Julie : merci, j'ai corrigé ça ;) Merlin, tuer Morgane ? Ah... tu parles d'Emrys est ta destinée, Emrys est ta perte... non, dans ma fic cette phrase a un sens différent... tu vas voir ;)
Emelyne : à la question "qui va-t-on perdre ensuite", je réponds... "strike" ? Ce chapitre est particulièrement meurtrier, j'avoue (ça en fait 8). J'espère que vous apprécierez les morts des uns et des autres, j'ai essayé de les personnaliser même si ce n'est pas évident quand il y en a tant à la fois. Merlin, garder la tête froide ? Non, là, il n'en est plus à ce stade... J'espère que vous apprécierez le transfert des rôles (et des énergies) entre lui et Morgane... et, oui, Morgane va faire des ravages dans le camp des Saxons... bien qu'elle soit seule contre cinq cents nécromanciens (je cheerleade activement Morgane moi aussi)
MagicalMoonStar : Morgane ne peut pas mourir pour rien, ce serait contradictoire avec tout mon arc narratif !
Legend : la plus grosse erreur de Mordred a été de se croire plus fort que Morgane... il ne sait pas quelle adversaire il a face à lui... et d'ici la fin, il lui mettra vraiment les nerfs.
Pour le cliffangher final : vous allez me haïr, loool, mais c'était trop bon.
Ceci est mon avant-dernier chapitre.
Vous n'aurez peut-être pas le dernier demain. Ca va dépendre de mon énergie à vous livrer ce glorieux final bien ficelé tout correctement. Au plus tard, il sera prêt pour vendredi... la veille du début de la finale version originale. Comment j'ai galéré pour tenir mes délais... j'espère que vous appréciez cette version de Camlann. Dites-vous qu'à côté, celle de la série vous paraîtra peut-être toute douce !
J'attends vos réactions sur l'ensemble de l'oeuvre à la fin, cela va sans dire !
CHAPITRE 8
-Plus vite ! s'exclama Gwen.
Thomas accéléra le galop de leur monture d'une poussée magique. La vitesse était telle que la Reine en avait les larmes aux yeux... le cheval qu'elle partageait avec le jeune magicien était si proche des deux montures de Gauvain et Mithian, et de son frère Elyan, que leurs jambes s'effleuraient dans leur course effrénée tandis qu'ils décrivaient un arc gracieux en perçant à travers les troupes ennemies. C'était seulement en restant collés les uns aux autres qu'ils pourraient réussir leur remontée infernale en direction d'Arthur.
Les chevaliers de Camelot avaient été dispersés et ils étaient impitoyablement pourchassés dans leur fuite éperdue; les poches de résistance étaient presque toutes anéanties.
Les combattants Saxons se retournaient donc tous sur le passage étincelant de la Reine et de son équipage pour essayer de leur faire obstacle, mais ils n'étaient pas assez rapides pour les bloquer. Thomas repoussait les attaques des nécromanciens qui les visaient avec une originalité qui ne cessait d'étonner Gwen : après le filet aux mailles dorées, il avait successivement employé, pour barrer la route aux tentacules de magie noire, des arcs-en-ciel enchantés jaillis de nulle part, un marteau de lumière qui s'était abattu sur une main menaçante, et une bulle géante à l'intérieur de laquelle il les avait faits flotter en apesanteur lorsqu'ils s'étaient retrouvés dans les feux croisés de cinq sorciers à la fois.
Les yeux de Gwen étaient rivés aux éclaboussures de magie bleue qui provenaient d'Alator, et de Gili elle savait qu'Arthur était avec eux, et qu'ils n'étaient plus très loin devant...
Savoir qu'elle se rapprochait du but augmentait son courage et sa détermination.
Elle ne savait pas comment ils s'en sortiraient une fois qu'ils seraient ensemble, mais en cet instant précis, tout ce qu'elle désirait, était de se tenir aux côtés de son mari pour pouvoir combattre avec lui...
Elle ne vit pas venir l'attaque massive des sorciers noirs, qui avaient repéré leur progression fulgurante, aidée par la magie de Thomas.
Elle entendit juste le jeune sorcier crier derrière elle, quand il fut brutalement arraché à la selle qu'ils partageaient. Elle se retourna juste à temps pour le voir décrire un arc-de-cercle dans les airs, un tentacule noir enroulé autour de sa poitrine, et elle tira sur les rênes en s'écriant : «Thomas !».
Sa monture pila net, en se cabrant sous la brutalité avec laquelle elle l'avait bridée.
Les chevaux de Mithian et Gauvain, et d'Elyan, continuèrent leurs course tout droit devant.
Gwen vit Thomas tomber sur le sol, à vingt mètres derrière elle, et elle fit aussitôt demi-tour pour le récupérer.
Elle savait que sans lui, ils ne tiendraient pas cinq secondes au milieu du champ de bataille ravagé par les nécromanciens...
Devant elle, Mithian cria à Gauvain de la suivre, mais une créature monstrueuse se dressa devant eux pour leur barrer la route. Elyan se retrouva aux prises avec quinze fantassins Saxons dont les rangs se refermèrent autour de lui. Gwen fonça jusqu'à Thomas, qui roulait à terre, aux prises avec les tentacules. Elle regarda le monstre de magie noire et de fumée qui torturait le jeune magicien, et elle chercha désespérément des yeux le sorcier qui le contrôlait. Il se tenait à plus de trente pas, un sourire horrible sur son visage...
Elle empoigna son arbalète, visa et tira.
Elle l'atteignit en pleine tête.
Le monstre se dissipa aussitôt, laissant Thomas à terre, haletant. Elle déscendit de sa monture et s'agenouilla à ses côtés. Il avait les yeux révulsés, et du sang sur son menton...
-Thomas, implora-t-elle. Thomas, je t'en prie, reste avec moi.
Elle le saisit et l'aida à se redresser pour le tracter jusqu'à son cheval.
Elle ne voyait plus les autres...
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Elyan se battait comme un diable contre les fantassins qui l'avaient entouré. Dans l'écran de rage qui était tombé sur ses pensées, il ne pensait qu'à une seule chose : sa sœur. Sa sœur courageuse et folle, qui avait autant que lui le cœur d'un chevalier pour s'être lancée dans cette remontée légendaire au milieu troupes ennemies, aidée de seulement quatre combattants, dont l'un était une femme et l'autre, un jeune garçon, malgré toute sa magie...
Pourquoi fallait-il que Guenièvre soit si brave ? Pourquoi n'avait-elle pas pu rester en arrière ?
Il la détestait, mais il l'admirait aussi. Il admirait la femme, et la Reine qu'elle était devenue.
Il avait souvent eu l'impression de lui faire défaut, au cours de son existence.
Il l'avait abandonnée, seule pour veiller sur leur père, quand il était plus jeune, parce qu'il avait eu envie de courir à l'aventure. Il n'avait pas eu le courage de se tenir à ses côtés, quand Arthur l'avait désavouée, après l'histoire avec Lancelot. Il n'avait pas su la réconforter, un an auparavant, quand elle avait perdu son enfant.
Elle était l'aînée d'eux deux, et c'était toujours elle qui avait tout fait pour lui...
Mais aujourd'hui, il ne laisserait aucun ennemi le séparer d'elle. Il se tiendrait à ses côtés pour la défendre, s'il le fallait, jusqu'à la mort.
Poussant un rugissement de colère, Elyan fouetta la croupe de son cheval et emboutit les hommes qui se trouvaient en travers de son passage, réalisant une percée.
Gwen était devant lui, soutenant Thomas à demi inconscient. Les combattants Saxons l'avaient encerclée, et, renonçant à rejoindre sa monture, elle avait tiré l'épée, seule au milieu d'un cercle de trente hommes. Elle tournait sur elle-même en surveillant leur approche, sans lâcher le jeune magicien. Elyan vit le sourire du nécromancien qui observait la scène, un peu à l'écart, et il jura.
Il entendit le signal d'attaque. Il vit les soldats charger la Reine...
Il poussa un cri, et planta ses talons dans les flancs de son cheval pour se ruer à son secours.
-Gwen !
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Gauvain regarda la créature qui leur barrait la route et avala sa salive. Sans l'avertir, Mithian lui arracha les rênes des mains pour reprendre le contrôle de leur trajectoire.
Elle talonna leur monture pour la lancer au galop entre les jambes du monstre magique, évitant au passage le poing qu'il essayait d'abattre sur eux en obligeant leur destrier à faire brutal crochet sur la gauche.
-Tu conduis ce cheval comme si tu étais soûle ! lui cria Gauvain.
-C'est bien toi, de penser à boire même maintenant ! lui rétorqua Mithian, alors qu'ils passaient sous l'arche des jambes du géant. Dégaine plutôt ton épée, et tranche là-dedans !
« Là-dedans » désignait la horde de cavaliers Saxons qui fondaient sur eux à bride abattue.
Gauvain brandit son épée et amorça son attaque : un coup à droite, un coup à gauche un coup pour récupérer une épée au passage, et il se retrouva doublement armé, faisant des moulinets à deux mains pour libérer leurs deux flancs, tandis que bras et têtes volaient dans leur sillage.
-Qu'est-ce que tu dis de ça ? s'exclama-t-il avec fierté.
-J'en dis que tu fais encore le malin ! lui répondit-elle, en faisant décrire un demi-cercle à leur monture pour revenir vers l'endroit où ils avaient perdu Gwen.
-Dis-le, que c'est ce que tu aimes le plus chez toi... fit-il avec un sourire séducteur.
Elle lui envoya une bourrade dans l'omoplate.
-Tais-toi, Gauvain, et cogne !
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Elyan se fraya un passage dans la masse des Saxons à coups d'épée, utilisant le poitrail de son cheval comme un bélier et ses sabots comme des armes meurtrières pour percer à travers la masse compacte qui entourait sa soeur.
Gwen avait lâché Thomas pour pouvoir se battre, mais elle surplombait son corps pour le défendre vaille que vaille, au centre du groupe, refusant de s'écarter de sa forme inanimée. Elle était submergée de toutes parts, bousculée impitoyablement, et c'était un miracle qu'elle n'ait pas encore écopé d'un coup mortel...
Elyan rugit pour se donner de la force, emboutissant les Saxons pour se frayer un passage jusqu'à elle... et soudain, il fut là, à ses côtés.
L'armure et le visage de la Reine étaient éclaboussés de sang, ses yeux étaient dilatés de frayeur. Mais l'épée d'Elyan arriva à temps pour faire trancher la tête du Saxon qui menaçait de tuer sa sœur à coups de hache, et elle s'envola dans les airs, assommant un autre homme au passage.
-Arrière, vermines, gronda-t-il, en obligeant les soldats qui entouraient Gwen à s'écarter à grands coups d'épée. Vous ne la toucherez pas !.
Gwen sentit l'espoir lui revenir en voyant ses assaillants reculer devant la vigueur d'Elyan. Elle plongea pour redresser Thomas et le tracta tant bien que mal jusqu'au cheval, pour que son frère le jette en travers de sa selle. Puis, elle prit la main qu'Elyan lui tendait, pour monter avec lui...
Le chevalier la sentit haleter derrière lui, et il souffla :
-Tu vas bien ?
-J'ai cru ma dernière heure arrivée, lui répondit-elle, en essuyant le sang sur son visage.
-Ce sera bientôt le cas, si tu ne ranimes pas Thomas, s'exclama-t-il, en talonnant sa monture pour les extraire du piège où ils se trouvaient.
Il regarda devant lui, et vit Gauvain, et Mithian, revenir vers eux au grand galop. Il fonça dans leur direction...
A l'instant où ils se rencontraient, une explosion les souffla par en-dessous, les projetant tous dans les airs. Leurs chevaux retombèrent sur le flanc, les pattes déchiquetées. La terre s'ouvrit sous eux, et un magma informe d'esprits grouillants jaillit par l'orifice... Mithian et Gauvain se retrouvèrent d'un côté de la faille, Gwen et Elyan, de l'autre.
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Mithian se redressa la première après l'impact, et elle se redressa presque aussitôt. La faille était trop large ils ne pouvaient pas rejoindre Gwen, ni Elyan. La jambe de Gauvain s'était brisée lorsque le chevalier était tombé, et la princesse pensa : cette fois, c'est la fin. Elle avait toujours espéré que si elle devait mourir, ce serait sur le champ de bataille... Mais maintenant que l'heure était venue, elle ne se sentait pas prête. C'était trop brutal, cela arrivait trop peu de temps après qu'elle ait connu la joie la plus violente de toute son existence en joutant avec cet homme gouailleur, frondeur, insupportable, dont elle était le bouclier, et qui était sa lance. Elle voulait connaître d'autres nuits effrénées avec Gauvain, rire avec lui, et s'évader à la taverne, se mesurer à lui l'épée à la main, croiser son regard brillant pour relever les défis qu'il lui lancerait... Elle le saisit par le coude, pour l'aider à se relever.
-Laisse-moi, gronda-t-il, alors qu'elle passait son bras autour de ses épaules pour le soutenir. Si tu m'aides, tu n'as aucune chance d'en réchapper...
-Jamais je ne t'abandonnerai en arrière, répondit-elle, en l'entraînant à cloche-pied.
-Ce n'est pas une manière de finir au combat, dit-il, les yeux plissés. A moitié boiteux, soutenu par une princesse, comme si c'était moi la demoiselle en détresse, et toi le chevalier.
Malgré le désespéré de la situation, Mithian étrangla un rire.
Autour d'eux, les créatures infernales formaient un cercle, et au-delà du cercle, se trouvaient dix nécromanciens Saxons. Leurs soldats se rapprochaient inexorablement, leurs épées à la main. Il n'y avait aucune échappatoire... Quoi qu'ils fassent, ils étaient perdus.
Mithian pensa qu'elle n'avait pas envie de mourir en regardant les visages des Saxons, ni leurs horreurs informes.
Elle pensa que si vraiment elle devait périr, elle avait envie d'emporter dans la tombe le visage de l'homme qu'elle aimait en guise de souvenir.
-Je crois que j'ai trouvé une meilleure manière de finir, dit-elle, en se retournant vers Gauvain.
Et l'espace d'un instant, ils furent seuls au monde, à se regarder...
Le sourcil de Mithian forma un accent circonflexe.
Les yeux de Gauvain pétillèrent, le vent agita ses cheveux, le coin de son sourire blanchit dans sa barbe, et ils dirent ensemble :
-Sur un baiser...
Puis, leurs lèvres se joignirent.
Ils étaient face à face quand les forces des ténèbres se déchaînèrent autour d'eux, mais ça ne les empêcha pas de lutter ensemble jusqu'au bout, le bouclier de Mithian pour protéger Gauvain, l'épée de Gauvain pour défendre Mithian, et inversement, sans qu'ils s'éloignent d'un pouce.
Même lorsque les tentacules des ténèbres s'enroulèrent autour d'eux pour les ensevelir, même lorsqu'il devint évident qu'ils allaient rendre leur dernier souffle, ils partagèrent ce souffle sans se faillir, leurs regards, rivés l'un à l'autre. Une plaisanterie passait encore entre eux, encore, et toujours, celle de la joute, teintée d'une douceur étrange maintenant qu'elle touchait à sa fin.
Je suis ta lance, tu es mon bouclier, nous sommes ensemble, Mithian et Gauvain. Le chevalier et la princesse, les combattants et les amants.
Juste avant que la substance démoniaque ne recouvre la bouche de Gauvain, juste avant qu'elle ne pénètre dans ses yeux, Mithian vit ses lèvres bouger pour lui dire :
-Je t'aime.
Et en son fort intérieur, le sourire qui se dessina fut bien plus fort que la douleur qu'elle éprouvait...
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Elyan vit l'une des bêtes immondes qui avaient jailli hors de la faille saisir la jambe de Gwen, qui cria en essayant de la larder de son épée, et il se redressa à grand peine pour se jeter sur la créature.
Quand il prit contact avec sa substance visqueuse, il comprit qu'il avait eu tort d'agir ainsi...
-Elyan ! cria Gwen comme folle derrière lui, alors que la bête lâchait sa prise sur elle pour attraper son frère dans son étreinte mortelle.
-Sauve-toi, Gwen ! lui répondit-il. Prends Thomas avec toi et va rejoindre Arthur !
-Non, je refuse de te laisser ! dit-elle d'une voix brisée.
Il se tourna vers elle, le regard implacable.
-Fais ce que je dis, ma sœur ! Maintenant ! Lève-toi !
Gwen horrifiée vit le magma noir recouvrir les mains, le corps, le visage d'Elyan.
Elle recula sur ses coudes, se traînant jusqu'à la silhouette de Thomas sans pouvoir détacher ses yeux de son frère aux prises avec la magie noire... quand il eut totalement disparu sous l'enduit fourmillant, il y eut un affreux bruit d'os broyés, et elle sut qu'il était mort.
Puis les créatures commencèrent à remonter vers elle.
De l'autre côté du gouffre, Gauvain et Mithian étaient debout côte à côte, cernés de toutes parts, eux aussi... Gwen eut le temps de voir que Gauvain était blessé, avant de voir ses amis se retourner l'un vers l'autre, et échanger un ultime baiser... puis, les armées noires se refermèrent sur eux, et ils disparurent hors de sa vue.
Les yeux remplis de larmes, étouffée par ses sanglots, Gwen saisit le jeune magicien au col et cria :
-Réveille-toi, Thomas ! Réveille-toi, je t'en supplie !
Un sorcier couvert de runes apparut face à elle, le regard irradié de pouvoir noir.
-Il est trop tard, ma Reine, s'exclama-t-il, en élevant les mains.
Mais à l'instant où il allait la frapper, Thomas ouvrit les yeux.
Ils flamboyaient d'or pur.
-Mithian ! hurla-t-il.
Et sa magie transperça le nécromancien de part en part.
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Emrys est ta destinée, Emrys est ta perte.
Sur l'Ile des Bénis, devant la fenêtre qui devait la conduire à Camlann, Morgane ferma les yeux.
Dans l'Antre de Cristal, sous le filet de runes qu'elle avait tissé, Merlin ouvrit les siens.
Autour de lui, l'air vibrait de magie prisonnière, tourbillonnante. Le point de rupture était atteint, la puissance amalgamée était telle que l'espace-temps confiné de la grotte était au bord de l'implosion...
Merlin criait sans discontinuer, alors que, sous ses yeux, l'image d'Arthur, tué par Mordred, se répétait dans une boucle sans fin à l'intérieur des cristaux. Les images de Camlann défilaient, cruelles, le faisant assister à la mort de tous les êtres qu'il aimait, les uns après les autres.
Et Merlin n'était plus Merlin.
Merlin était Emrys.
Il était au-delà de la conscience, assailli par la puissance fulgurante de la Source qui se déversait en lui, sans trouver d'exutoire. A coups de boutoir furieux, il continuait d'ébranler le piège, et sa magie, en entrant en contact avec les runes qui l'absorbaient, touchait autre chose...
Emrys est ta destinée, et Emrys est ta perte.
Morgane sentit le temps se figer à l'intérieur du couloir de déplacement qu'elle avait emprunté.
Et quelque chose prit forme en elle...
C'était Merlin contre les runes de la caverne, les runes reliées au démon, le démon relié à elle, et au travers d'eux tous, l'énergie éclatante de la Source qui circulait, avec une force que jamais encore elle n'avait éprouvée.
La magie avait trouvé en Morgane son échappatoire...
Elle ressentit le cri de Merlin à travers toutes les fibres de son être. Elle sentit son pouvoir, elle sentit sa fureur, elle sentit sa souffrance. Tout ce qu'il éprouvait se déversa en elle... et soudain, un canal flamboyant s'ouvrit entre eux deux.
Morgane sentit le pouvoir d'Emrys remonter le long de ce canal, dont elle était le transfuge.
La Source venait de déscendre en elle, la pénétrant, l'emplissant, la dépassant.
Elle n'avait jamais rien ressenti de tel...
Ma destinée, pensa-t-elle, alors que ses yeux se mettaient à flamboyer de lumière pure.
Et au fond d'elle-même, elle pensa...
A quoi d'autre qu'à la magie aurais-je bien pu être destinée...
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Mordred se frayait un passage à travers le champ de bataille, son épée à la main.
Contrairement à Ikbaal, et aux autres sorciers, il n'utilisait pas sa magie contre les chevaliers de Camelot. Il voulait réserver ses forces, et sa surprise, pour Arthur seul, et il traversait le chaos absolu qui l'entourait en courant pour le rejoindre avant la fin. Maintenant qu'Ikbaal et les siens avaient déchaîné leurs pouvoirs, le camp d'Albion était plongé dans la débâcle...
Mordred avait repéré Arthur, mais il se trouvait très loin de lui, et il ne voulait pas surgir par magie à ses côtés.
Du coin de l'oeil, il avisa Hengist, qui, lui aussi, avait repéré le Roi adverse, et progressait implacablement dans sa direction...
Mordred sourit.
Le face à face risquait d'être intéressant.
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Les sorciers Saxons concentraient leurs attaques sur le Roi Arthur, et le petit groupe qui l'entourait, focalisant leurs efforts sur Gili et Alator qui combattaient ardemment côte à côte.
Alator se retrouva aux prises avec six nécromanciens sur lui seul. Ils envoyèrent contre lui une attaque croisée d'une violence extrême... et le bouclier qui entourait le Roi flancha tandis que le prêtre Catha absorbait le choc, son corps, en proie à des spasmes de douleur.
Gili fit aussitôt dévier ses pouvoirs pour lui venir en aide.
Arthur se retrouva sans aucune protection magique, et il fit face aux démons qui fondaient sur lui, Excalibur à la main... la première créature fusa dans sa direction à toute vitesse. Il pointa son épée, et elle éclata dans une gerbe de matière décomposée. Comprenant qu'il arriverait peut-être à se défendre grâce à la lame que le dragon avait forgée dans son souffle, Arthur se mit à faire des moulinets de plus en plus rapides avec son arme enchantée.
Mais les deux autres démons qui l'observaient étaient moins imprudents que le premier.
Ils les encerclèrent, lui, Perceval, et Léon, tout en restant à distance respectable...
Tandis que Gili et Alator luttaient âprement pour leur vie, le Roi et ses deux chevaliers resserrèrent leurs rangs.
Après avoir tournoyé autour d'eux pendant quelques instants, les démons lancèrent sur eux une double attaque synchronisée. Arthur réussit cueillit la première créature avec sa lame, puis, piqua dans la seconde pour la faire éclater. Lorsqu'elle se désintégra, tous les démons des alentours se mirent à bondir dans leur direction.
Dans le chaos qui s'en suivit, Arthur combattit comme jamais il n'avait combattu. Excalibur semblait attirée par les créatures surnaturelles et bondissait à leur rencontre entre ses mains... L'espace de quelques minutes, il crut qu'il aurait le pouvoir de protéger les deux hommes qui lui restait...Il avait été impuissant à sauver tous ses autres chevaliers, mais, au prix de sa vie, il ne laisserait pas ces abominables créatures le priver de Perceval, ni de Léon. Ils étaient peut-être les seuls qu'il réussirait à protéger...
Quand les soldats Saxons se jetèrent sur eux pour rajouter au chaos, Arthur fut heureux de les avoir à ses côtés. Ils se chargeaient des hommes, tandis que lui s'occupait des monstres. Et bien qu'ils ne soient que trois, ils offraient une résistance redoutable...
Arthur tourna la tête. A l'extrêmité de son champ de vision, Alator était à genoux, ployant sous le poids de l'attaque des nécromanciens qui l'assaillaient par dizaines avec leur pouvoir sombre et Catha se défendait avec violence, mais une substance noire avait commencé à couler, par ses yeux et par ses lèvres... Il ne tiendrait plus très longtemps...Gili s'interposa courageusement, et les griffes de la magie noire s'introduisirent dans sa gorge. Il fut irradié de l'intérieur sa peau se racornit sur ses muscles, puis, tomba en poussière, ne laissant de lui que son squelette... Alator tint, quelques instants de plus, avant de subir un sort identique.
Arthur vit venir l'attaque suivante, et il sut qu'elle était pour lui.
Même Excalibur ne pouvait rien contre la brutalité de l'attaque magique qui fusa dans sa direction... Mais Perceval, lorsqu'il s'aperçut que son Roi était la prochaine victime, se jeta devant lui pour encaisser le coup à sa place, se servant de son corps de géant comme d'un bouclier. Arthur eut le temps de croiser le regard tendre de son ami, avant qu'il ne se désintègre sous ses yeux... Il ouvrit la bouche sur un cri inarticulé, figé par la douleur de cette perte terrible. Mais il n'eut pas le temps de se laisser aller au désespoir.
Avec l'énergie du désespoir, Léon le saisit par le bras pour l'obliger à courir. Et ils coururent ensemble. le Roi et son capitaine, comme à l'époque ancienne où il n'y avait encore qu'eux d'eux...
Léon, qui avait été le premier de ses chevaliers, et qui serait aussi le dernier, criait à son Roi :
-Plus vite, Arthur ! Plus vite !
Et derrière eux, la terre se soulevait, en proie aux bombardements de la magie noire qui les poursuivait impitoyablement.
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Les larmes coulaient sur les joues de Thomas, alors qu'il répétait « Mithian », le visage noyé par la souffrance.
-Thomas, je t'en prie. Amène-moi jusqu'à Arthur, implora Gwen, les mains posées sur ses épaules.
Le jeune garçon ne la regarda pas. Ses yeux étaient à moitié révulsés dans leurs orbites... Mais Gwen perçut son assentiment, et, dans un effort de volonté, il serra les dents, invoquant sa magie... son regard malade qui tanguait furieusement passait sans cesse de l'or, à une teinte plus sombre. Le sang lui coulait du nez, et de la bouche, et formait des stries noirâtres sur ses joues...
Mais lorsqu'il s'éleva dans les airs, il entraîna la Reine avec lui, et dans la bulle dorée qu'il avait invoquée, aucun sortilège monstrueux ne réussit à les toucher alors qu'il les propulsait tous les deux en avant...Gwen ne regarda pas en contrebas pendant qu'ils volaient. Elle avait les yeux rivés au visage du jeune magicien, horrifiée par la lutte désespérée qu'il semblait livrer. Il tremblait, et il claquait des dents, comme si user de sa magie le détruisait de l'intérieur...
Il est en train de se tuer, pensa-t-elle, et elle comprit soudain, que c'était à cause de toute la magie noire qui faisait rage autour d'eux... Thomas luttait pour utiliser la Source comme il avait appris à le faire au milieu des effluves corrompus, mais il forçait si fort, à contre-flux de l'utilisation qu'en faisaient les Saxons, que son obstination risquait de lui coûter la vie.
Elle résista à l'envie de lui crier : arrête ! Elle savait qu'ils n'avaient pas le choix... sans son aide, elle ne réussirait jamais à rallier Arthur. Elle avait besoin qu'il continue...
Il poussa ses capacités jusqu'à l'extrême, mais soudain, il n'eut plus assez de forces pour les transporter dans les airs, et ils retombèrent à terre, lourdement. La bulle qui les entourait se dissipa. Les genoux jeune magicien cédèrent sous lui, mais il étendit la main, et un cheval fou qui galopait non loin de là arriva tout droit vers eux. La salve de magie dorée que Thomas envoya sur l'animal s'accrocha à ses sabots. La bête inclina la tête devant Gwen...
-Montez, dit le jeune homme.
Ses yeux aveugles étaient remplis de larmes noires.
-Arthur vient vers vous, ma Reine, murmura-t-il d'une voix tremblante. Allez à sa rencontre, et sauvez-le.
Gwen vit un nouveau filet d'or se décrocher de ses doigts irradiés de pouvoir, pour flotter jusqu'à elle, et elle sentit sa force augmenter subitement alors que la lumière s'accrochait à son armure, à sa lance, et à son bouclier... Thomas eut un hoquet de douleur, et s'effondra sur le sol, parcouru de spasmes terribles. Gwen fit un pas vers lui, déchirée.
-Je ne te laisserai pas, dit-elle.
-Je vous en prie, souffla-t-il, les mâchoires serrées, alors que ses tremblements s'accentuaient. Si vous renoncez maintenant, tout ça n'aura servi à rien... Je suis désolé... de n'avoir pas été un meilleur magicien, mais... je ne peux plus...
-Tu es un merveilleux magicien, Thomas, articula Gwen, à travers ses larmes. Loyal, puissant et brave. Morgane et Merlin seraient si fiers de toi.
Le jeune homme sourit... puis son corps s'arqua en arrière, dans un ultime spasme, et ses yeux restèrent rivés vers le ciel lorsqu'il se figea, mort.
Gwen s'arracha à cette image, et se retourna pour enfourcher sa monture ensorcelée.
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Léon pila, tenant Arthur par le bras.
Les Saxons étaient devant eux, et derrière eux... les rangs des sorciers noirs se rapprochaient lentement...
-C'est la fin, n'est-ce pas ? dit Arthur à son capitaine.
Léon le regarda, et sourit.
-Pas tant qu'il me restera un souffle de vie, mon Roi, s'exclama-t-il.
Puis il hocha la tête, et dit :
-Ca a été un honneur de vous servir.
Avant qu'il ne charge, Arthur ne comprit pas quelle était son intention.
Mais ensuite, Léon fonça face aux rangs de ses ennemis en hurlant, pour l'amour de Camelot ! Il se retrouva seul, contre cent hommes, et il attaqua, comme un lion, avec fureur, jusqu'à être submergé par le nombre. Il tint vaillamment avant que les épées ne le transpercent de toutes parts, le hérissant comme des pointes, lui offrant la mort qu'il avait choisie : par le fer, et non par la magie...
Il avait réussi à distraire, pour quelques instants de plus, l'attention des Saxons du Roi qu'il voulait défendre.
Mais maintenant, Arthur était seul, au milieu des armées noires, qui se refermèrent sur lui, et il se mit à combattre furieusement en tournoyant sur lui-même, se demandant si les nécromanciens l'achèveraient ou s'ils préfèreraient le regarder tomber d'épuisement. Comme ils devaient s'amuser de le regarder lutter en vain! Tout n'était plus que ténèbres autour de lui, le combat était sans espoir... le ciel était déscendu jusqu'à terre et l'obscurité était complète.
Arthur sentit les coups pleuvoir sur lui pour l'assommer...et rejeta haches et épées avec Excalibur, s'accrochant à elle comme à sa vie.
Il pensa : mon peuple, comme si un homme seul avait le pouvoir de s'opposer à des milliers, il pensa que quoiqu'il arrive, il ne renoncerait pas avant son dernier souffle... et soudain, il vit une forme dorée remonter vers lui, dans un galop aérien. C'était un cheval dont les sabots ne touchaient pas la terre, qui transportait un cavalier solitaire, vêtu d'une armure de lumière blanche.
Ses longs cheveux se déroulaient, sur le ciel d'orage et ses yeux étincelaient de larmes.
Sa lance était courageusement pointée devant lui, et il répandait une douce clarté dans son sillage.
Le chevalier blanc brandit son arme, dans un mouvement ample et contrôlé... et lance magique s'envola en direction d'Arthur, mais au lieu de décrire une ligne droite, elle se mit à voler en cercle, transperçant de part en part tous les Saxons qui le cernaient, répandant dans son sillage un tracer d'étincelles enchantées.
Au centre de la spirale lumineuse où il se trouvait, Arthur eut le temps de croiser le regard de son sauveur, et de reconnaître sa femme.
Il vit les larmes rouler sur son visage, et il ressentit pleinement le soulagement qu'elle éprouvait à l'idée d'être parvenue à le rejoindre à temps.
Puis, il vit une expression affolée passer dans ses yeux, et il l'entendit crier :
-Non !
Il suivit son regard, vit le tentacule de magie noire qui se dressait au-dessus de lui et se retourna pour faire face, comme au ralenti.
La monture magique de Guenièvre fut plus rapide que lui.
La Reine barra la route au sortilège qui s'était élevé pour le frapper, interposant son bouclier enchanté entre Arthur et la menace.
Il entendit le crissement de la magie noire contre la magie dorée qui la nimbait, avant que celle-ci ne clignote, puis ne cède.
Le bouclier se fendit par le milieu, et le tentacule frappa Guenièvre en plein cœur.
Lorsqu'elle bascula sur le côté, et, lâchant son épée, Arthur la reçut dans ses bras.
Au loin, un cor sonna, et les visages des Saxons se détournèrent comme un seul du spectacle du Roi, agenouillé, tenant sa Reine mourante.
A l'opposé du champ de bataille, venait d'apparaître un vortex, surplombé par une gigantesque ombre noire.
En son centre, se tenait une silhouette minuscule, irradiée de lumière blanche, de laquelle émanait un nœud de pur pouvoir.
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Morgane se matérialisa au-dessus de la plaine, dans un flamboiement immaculé.
Elle était ruisselante de pouvoir, les yeux irradiés d'or.
Au-dessus d'elle se dressait le démon, gigantesque sous sa forme spectrale, maintenant qu'ils n'habitaient plus le même corps...
La grande prêtresse regarda les cadavres des chevaliers de Camelot qui s'amoncelaient sous ses pieds, et les sorciers noirs triomphants dont la magie répugnante labourait le ciel et la terre.
Sous ses yeux se déployait l'oeuvre de Mordred.
Et elle venait pour l'arrêter..
Elle vit Guenièvre tomber de son cheval blanc, à l'opposé du champ de bataille et, comme dans sa vision, Arthur la recueillir dans ses bras.
Elle sentit la rage monter en elle, et elle porta ses lèvres au Cor d'Edel Terek.
Lorsqu'il sonna, un champ de force parcourut le champ de bataille.
Un coup pour attirer l'attention des Saxons, et elle les vit se retourner vers elle, comme un seul homme.
Il était impossible de ne pas la voir, flottant dans les airs, ses longs cheveux déroulés dans le vent, les voiles de sa robe blanche soulevés par la tempête, possédée par la magie de la Source qui coulait et chantait dans ses veines. Elle sentait le pouvoir se ruer vers elle, comme en hâte, comme en rage, remontant à travers son corps en geyser pour la doucher de sa pluie inversée, et elle sentait aussi, d'où provenait cette magie...
Emrys est ta destinée, et Emrys est ta perte.
Enfermé dans l'Antre de Cristal, Merlin était en transe, parcouru par la puissance, et au travers du lien qui les reliait, toute sa fureur déferlait en elle.
En cet instant où elle surplombait le champ de bataille, Morgane occupait pleinement la place de Merlin, celle qu'il aurait finie par prendre dans toutes les autres versions de Camlann..
Et elle comprenait, en sentant les bouillonnements de la Source, et les tensions à laquelle elle était soumise, pourquoi il était juste que ce soit elle, et non lui, qui se tienne là, pour inverser la balance qui réglait la bataille maintenant que le monde semblait toucher à sa fin. Elle avait été affectée par la magie noire. Des années durant elle avait cohabité avec un démon, qu'elle avait été obligée d'apprendre à tenir en respect dans son fort intérieur. La lutte qu'elle devrait mener maintenant, elle était habituée à la livrer. La corruption du pouvoir noir des Saxons n'arriverait pas à la faire plier. Contrairement à Merlin, grâce au traitement que lui avait fait endurer Morgause, elle était immunisée à cette forme de souffrance. Et maintenant que le démon ne pouvait plus prendre le contrôle de son âme, elle se dresserait comme un mur inébranlable face à ses ennemis, quels que soient leurs efforts pour la fracasser.
Maintenant, pour tout ce qu'ils avaient fait, les Saxons allaient essuyer le feu de sa vengeance
Elle se tourna vers son démon, et sentit sa soif de sang. Il souriait de tous ses crocs. Il tremblait de toute son impatience. Attendant qu'elle lui donne le signal pour attaquer...
-Que veux-tu que je fasse d'eux, Maîtresse ?
-Détruis-les ! rugit Morgane, en pointant sur ses ennemis son doigt enflammé.
La bête s'élança pour fondre sur les soldats Saxons à ses pieds. Les hommes hurlèrent quand le démon commença à les déchirer... il était rapide et meurtrier. Partout où il passait, coulaient des geysers de sang. La plaine en était toute éclaboussée...
Les nécromanciens se retournèrent vers Morgane, et se jetèrent sur elle, par centaines, cherchant à la frapper de leur magie noire pour la réduire à néant... Morgane sentit la Source s'arquer en elle sous la violence du contreflux. Elle plongea plus profondément dans la magie ruisselante, se fondant en elle pour en devenir son vaisseau. Elle pouvait sentir toute la mauvaiseté de la magie noire qui s'opposait à la magie blanche... La tension qui l'habitait était à son comble, mais elle comprit, dès la première attaque, comment l'absorbe. Elle répondait à chaque impulsion de pouvoir noir par des irradiations de lumière blanche, comme si la Source elle-même pulsait à travers elle...et les nécromanciens se retrouvèrent bientôt pris à leur propre piège. Chaque fois qu'ils employaient leurs méthodes vicieuses contre elles, elle absorbait leurs coups et retournait la magie en elle pour la leur renvoyer sous sa forme la plus pure. Les premiers d'entre eux commencèrent à tomber, en vomissant par leurs yeux, et leurs bouches, des torrents de lumière blanche, et un sourire carnassier se dessina sur les lèvres de Morgane.
Derrière elle, se trouvait la cité.
Et elle était le dernier rempart, entre Albion, et sa destruction.
Ils étaient des centaines, et elle était seule.
Mais elle n'abandonnerait pas les siens. Alors qu'ils se ruaient sur elle pour la submerger, elle se prépara à livrer son ultime combat, unie par toutes les fibres de son être à sa destinée.
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Arthur regarda sans comprendre l'endroit où il se tenait passer de surpeuplé à désert, tandis que l'armée ennemie se déportait dans un mouvement général.
Pourquoi les Saxons ne le tuaient-ils pas ? Pourquoi s'en allaient-ils tous ?
Le ciel était allumé d'éclairs incandéscants au-dessus de lui.
Le monde semblait être parcouru par les vibrations de la magie... La fin des temps paraissait être déscendue sur Camelot. Mordred avait-il eu raison d'affirmer qu'Arthur faisait l'objet du jugement des dieux ? A voir une telle puissance de destruction à l'oeuvre, Arthur s'interrogeait...
Il frissonna, et ramena son regard sur Guenièvre, effrayé de ce qu'il allait trouver. Elle était affaissée, dans ses bras. Son armure était percée et le sang s'écoulait de sa poitrine ouverte, mais elle vivait toujours, et elle le regardait... Il sentit les larmes rouler sur ses joues en voyant l'expression farouche de ses beaux yeux noirs.
Il sentait sa vie s'échapper d'elle, inexorablement. Sa blessure était trop graveIl savait qu'elle allait mourir.
-Pourquoi as-tu fait ça ? lui dit-il, en pleurant. Pourquoi a-t-il fallu que tu me sauves ? Tu étais supposée me survivre...
Son visage s'anima.
- La mort ne m'effraie pas, tu sais, Arthur, lui répondit-elle, les yeux vagues. Ce qui m'a toujours fait le plus peur... c'était.. .. l'idée de rester en arrière... seule... l'idée de vieillir en oubliant le visage des êtres aimés, disparus depuis longtemps... l'idée d'avoir à les pleurer, pour n'avoir pas eu le courage de me tenir à leurs côtés quand il fallait combattre.
Un filet de sang coula le long de ses lèvres pleines, et Arthur sentit son coeur se briser.
-Tu es courageuse, dit-il, en la serrant contre lui. Tu es la femme la plus courageuse que je connaisse. Tu es venue à mon secours, avec pour seule arme ton courage. Je t'aime, Guenièvre. Que vais-je faire, sans toi ? Si je te perds, il ne me reste plus rien... Merlin est parti. Et Morgane n'est pas là...
Il vit un sursaut d'énergie dans ses yeux noirs.
Elle s'accrocha à lui, et l'attira à elle.
-Morgane est là, dit-elle dans un souffle. N'entends-tu pas sonner la corne d'Edel Terek ? Je l'ai entendue, à la Source, un peu avant qu'il me soit accordé de voir notre fils. C'est elle, elle vient. Elle ne laissera pas ces monstres détruire Camelot. Et si Merlin n'est pas là, tu ne dois pas perdre l'espoir qu'il revienne... parce qu'il ne t'abandonnera jamais. Il t'aime, Arthur. Ne crois pas qu'il puisse renoncer à toi. Ne crois jamais ça... Il est comme moi. Il préfèrerait donner sa vie pour toi... plutôt que de te perdre.
Elle eut un sourire... puis, un voile tomba sur son regard.
-Ne pars pas, mon amour, soufflla-t-il, penché sur elle, ses mains, crispées sur son corps à l'agonie.
-Je meurs aujourd'hui... mais ce n'est pas un adieu...je sais que nous nous reverrons, mon amour..., lui répondit-elle, le regard enfiévré.
Elle le tira vers elle jusqu'à ce que ses lèvres effleurent son oreille, et elle dit, dans son dernier souffle :
-Garde la foi, Arthur. Notre fils m'a fait une promesse...
-Guenièvre, dit-il, lorsque sa main retomba inerte à ses côtés. Guenièvre, je t'en prie. Guenièvre, reste avec moi !
Elle ne lui répondit pas, et il sut, qu'elle était partie, qu'elle était morte, qu'elle s'était envolée...
Il s'enroula autour d'elle et sanglota en l'étreignant entre ses bras, son front appuyé contre le sien, ses doigts emmêlés dans les cascades de ses boucles noires.
Il ne voulait pas lâcher son corps sans vie... il ne pouvait pas accepter sa mort.
Elle avait toujours été là, à ses côtés, d'aussi loin qu'il se souvienne...
Comme Merlin, elle avait cru en lui quand il ne croyait pas encore en lui-même.
Il revit la fille du forgeron, si douce et si généreuse, qui lui avait murmuré avec des paroles farouches et pleines d'espoir quel Roi elle pouvait distinguer en lui quand il avait été mordu par la bête glatissante.
Il revit la citadine simple et honnête qui avait accepté de le recevoir dans son humble demeure le jour où il avait voulu se débarrasser de son titre pour le temps d'un tournoi, et qui lui avait enseigné, mieux que tous les tournois du monde, ce qu'était l'humilité et comment se rapprocher de son peuple.
Il revit sa fiancée cachée, prête à tous les sacrifices parce qu'elle ne pouvait être acceptée par son père, l'incitant toujours à devenir un homme meilleur malgré les épreuves qu'elle était obligée d'endurer pour rester à ses côtés, dans l'ombre, comme un secret honteux.
Il revit son épouse, montant sur le trône à ses côtés, et la manière dont elle était peu à peu devenue une Reine extraordinaire, une mère pour son peuple, une négociatrice pour la fondation d'Albion, une combattante capable d'emmener ses chevaliers au combat.
Il revit tous les moments de bonheur qu'avait connus leur mariage, tous ces instants lumineux, tous ces éclats de rire... avant que la promesse de l'enfant qu'ils avaient enfin réussi à concevoir ne leur soit brutalement arrachée, forçant leur séparation.
Il revit l'année qu'ils avaient passée l'un sans l'autre, et la joie brûlante de leurs retrouvailles, lors de cette ultime nuit où ils avaient été plus que jamais amoureux l'un de l'autre... lorsqu'ils s'étaient retrouvés changés, et cependant fidèles à eux-mêmes, en égaux, dans les bras l'un de l'autre, s'embrassant à travers les couloirs du château comme des amants...Arthur avait compris le cadeau que la vie lui avait faite en unissant son destin à cette femme.
La seule qu'il ait connue.
La seule qu'il ait aimée.
Sa femme.
Guenièvre. Guenièvre. Guenièvre.
Morte, dans ses bras.
A présent, c'était son tour.
Mais sur le champ de bataille noyé de pluie et de brume, il n'y avait plus aucun ennemi autour de lui...
Une seconde fois, Arthur entendit sonner la corne, et il leva les yeux.
Les armées de Saxe convergeaient toutes en un point, à l'opposé du champ de bataille, que surplombait une gigantesque forme noire .
En-dessous du vortex, irrradiée de lumière sur fond de ciel noir, se tenait une silhouette minuscule, d'un blanc pur, dont l'aura immense le stupéfia. Elle ressemblait à celle de Merlin... Merlin, transformé en Emrys, submergé par le pouvoir. Mais Arthur sentait, par toutes les fibres de son être, que ce n'était pas lui. Quelque chose, dans ce qui émanait de la forme lointaine, était différent... il n'aurait su dire quoi.
Sorciers et soldats ennemis se précipitaient à sa rencontre comme des mouches, l'ensevelissant sous leur nombre, mais cette flamme de pouvoir et d'espoir les brûlait et réussissait à émerger de leur assaut incessant et chevronné si nombreux qu'ils se précipitent vers elle pour l'éteindre...
Et ils mouraient à son contact.
Enfin.
Les cadavres qui jonchaient le champ de bataille de Camlann n'étaient plus seulement ceux des chevaliers de Camelot...
Morgane, comprit soudain Arthur, dans un éclair de lucidité.
Sa soeur était venue.
Les Pendragon combattraient ensemble, pour l'amour d'Albion.
Il étendit sa bien-aimée Guenièvre sur le sol, tendrement, et se redressa, cherchant des yeux Excalibur, qu'il avait lâchée pour la recueillir dans ses bras.
Quelqu'un l'avait ramassée, et, lorsqu'Arthur vit le visage de l'homme qui lui faisait face, une épée dans chaque main, la joie et l'incrédulité l'envahirent.
-Solel ? dit-il. Tu es en vie ?
Mordred sourit.
-Arthur. Je suis si heureux de vous avoir retrouvé à temps.
