Je vous remercie de tout coeur pour vos derniers commentaires particulièrement vibrants et détaillés, Valir, Julie, Legend, Ma, Emelyne35, Vicky, Magicalmoonstar et LolOW. Merci pour votre soutien et pour votre enthousiasme, merci d'être là avec moi pour la finale...

Car voici ma finale... enfin... le jour de la fin du monde, comme beaucoup d'entre vous l'ont fait remarquer ! Ce n'était pas calculé, mais je trouve... que ça s'y prête bien...

J'ai vraiment travaillé dessus, et j'espère de tout mon coeur qu'elle vous apportera tous les frissons, tous les bouleversements, toute l'émotion, que vous aviez envie de trouver ... C'est, très honnêtement, le mieux que je pouvais faire. J'ai essayé de rendre ce chapitre épique, autant que possible... pour qu'il soit l'apogée de cette fiction que j'ai mis beaucoup d'énergie (et d'amour) à écrire. J'espère que cette conclusion vient apporter toutes les réponses et rend justice à tous les personnages.

Elle est triste, mais pas seulement : il y a une surprise, comme je vous l'ai dit depuis le début...

Vous allez voir laquelle, maintenant.

Bonne lecture à vous...

CHAPITRE 9

Morgane luttait, sous le poids de la magie noire...

Même avec l'aide du démon, même avec la puissance d'Emrys, elle se débattait contre un trop grand nombre d'ennemis à la fois... les nécromanciens la frappaient avec une violence répétée, la lardant de leurs attaques multiples et meurtrières. Elle n'arrivait pas à répliquer à toutes. Elle n'arrivait pas à les éviter toutes.

Pourtant, elle était une adversaire dangereuse. Ceux de ses ennemis qui tombaient sous ses coups ne se relevaient pas. Combien en avait-elle tué ? Cent ? Deux cents ? C'était un nombre redoutable pour une seule combattante, mais il en restait encore beaucoup trop pour se jeter sur elle...

A l'intérieur de l'Antre de Cristal, Merlin, le corps parcouru de tremblements, sentit ses yeux se révulser en sentant la menace qui se rapprochait de son Roi.

Arthur !

La voix désespérée du magicien remonta comme une onde flamboyante à travers la connexion que Morgane partageait avec lui. L'image qui se reflétait sur tous les cristaux de l'Antre incendia l'esprit de la grande prê se retournait vers Mordred, qui le frappait, avec Excalibur...L'incrédulité passait brièvement sur son beau visage avant de disparaître, noyée dans la douleur...puis, le Roi s'effondrait à genoux, l'épée plantée dans sa poitrine.

Morgane sentit la terreur, et la douleur, éclater en elle...

Elle projeta sa vision magique au-delà des rangs de ses ennemis innombrables, à travers le champ de bataille de Camlann, jonché de cadavres, et elle les vit.

Mordred et Arthur, face à face, seuls.

Arthur était désarmé.

Non, rugit Merlin, à travers elle, et la voix de Morgane s'éleva pour rugir ce même non désespéré.

Comprenant que les secondes étaient comptées, la grande prêtresse chercha aux griffes qui se tendaient vers elle pour commencer à remonter vers son frère... un manteau de ténèbres s'accrochait à elle... les tentacules noirs de ses ennemis fusaient de toutes parts pour chercher à la retenir. Elle plongea dans la masse sans plus répondre aux attaques des nuées de nécromanciens qui l'assaillaient de toutes parts, focalisée sur un seul objectif : avancer.

Elle était transcendée par la nécessité que Merlin faisait remonter en elle à travers leur lien brûlant.

Sauver Arthur. Sauver Arthur. Sauver Arthur.

-Démon ! cria-t-elle, de toutes ses forces.

Sa créature, qui était en train de se repaître de la chair des soldats Saxons qu'elle pourchassait et dévorait impitoyablement, se retourna vers elle, ses babines dégoulinantes de sang. Ses yeux rouges s'étrécirent, et, d'un bond prodigieux, elle se transporta à ses côtés, pour répondre à ses ordres.

-Je dois rejoindre mon frère, s'exclama Morgane.

De toutes parts, la furie des nécromanciens continuait de s'abattre sur elle... le sang coulait sur son front et sur ses joues; sa robe blanche en était imprégnée à tel point qu'elle était devenue écarlate; mais Morgane était en transe, insensible à ses blessures. Sauver Arthur était la seule chose qui importait...et elle n'y parviendrait pas seule.

La Bête qui la regardait inclina la tête, et dans ses yeux embrasés, Morgane vit poindre quelque chose d'étrange. De l'approbation ? De la reconnaissance ? Elle avait senti la haine du démon à son égard pendant si longtemps qu'elle fut déconcertée de découvrir qu'il pouvait ressentir quoi que ce soit d'autre vis à vis d'elle...

-Tu es brave, prêtresse, gronda la créature. Tu es comme un arc tendu entre lumière et ténèbres. Je te servirai jusqu'au bout, et pas seulement parce ta sœur l'exige. Tu es une guerrière sanguinaire. Tu mérites d'être servie avec zèle.

Morgane frissonna, et dit :

-Merci.

Dans un geste de paix, elle tendit la main pour toucher sa tête monstrueuse.

-Ouvre la voie pour moi, murmura-t-elle.

Les traits du démon se modifièrent sous son toucher, et Morgane frémit quand elle vit ceux du nouveau visage qu'il était en train d'adopter. Ils ressemblaient presque aux siens...bien qu'en plus grossiers. Etait-ce sa manière de lui témoigner son admiration ?
Le démon se changea en tornade. Il se mit à tourbillonner furieusement pour écarter de Morgane la marée noire de ses ennemis. S'arrachant au magma de ténèbres où elle était engluée, criblée par les coups, poussée par la magie, la grande prêtresse fit un pas, puis un autre en avant, dans le sillage de la bête.

Une fois qu'elle fut en mouvement, elle sentit l'énergie brûler en elle, galvanisant ses forces...

Et elle commença à prendre de la vitesse, portée par l'espoir fou, que peut-être, elle pourrait arriver à temps pour sauver Arthur.

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Arthur regarda Solel, le coeur rempli de joie et de stupéfaction.

-Comment as-tu fait pour t'en sortir ? lui demanda-t-il.

Son héritier à l'armure ensanglantée ouvrit la bouche pour lui répondre, mais ses paroles moururent sur ses lèvres et ses yeux se dilatèrent brusquement, fixés sur un point derrière l'épaule d'Arthur.

Le souverain d'Albion se retourna vivement, prêt à affronter la menace qui se levait dans son dos... et il découvrit, émergeant de la brume, Hengist, Roi des Saxons, qui avançait à grands pas dans sa direction, flanqué de l'un de ses sorciers maléfique. L'homme était grand et tatoué de runes. Il marchait à visage découvert dans le sillage de son maître qu'il suivait comme une ombre...pas de cape noire, pas de capuchon; il allait le torse et les bras nus. S'agissait-il de Mordred ? Impossible de le savoir. Tant que le sorcier n'ouvrirait pas la bouche, Arthur ne pourrait pas découvrir s'il était le druide qui avait pris tant de plaisir à les plier à son pouvoir, lui et Merlin, sous la tente des négociations. Ce serait seulement en entendant sa voix... qu'il pourrait savoir...

-Recule, ordonna Arthur à Solel, en se plantant, déterminé, face à ses ennemis.

Hengist était furieux, et il marcha tout droit vers lui, sa lame, à découvert, ses yeux, remplis de hargne.

-Qu'est-ce que c'est que cette monstruosité magique qui tue mes nécromanciens et massacre mes soldats ? rugit-il.

Arthur rit.

-Vous ne vous attendiez pas à ça, n'est-ce pas ? Et pourtant, vous n'êtes pas le seul, à pouvoir réserver des surprises à vos ennemis; Hengist. Si puissants que soient vos sorciers, ils ne font pas le poids face au pouvoir des miens... Regardez ce qu'un seul d'entre eux est en train de faire à votre armée.

-Ce n'était pas du tout de cette manière que les choses étaient censées se produire, reprit Hengist. Notre...

-Arthur ! cria Solel, derrière lui, interrompant Roi des Saxons.

Arthur se retourna, et saisit au vol l'épée que lui lançait son prince héritier.

Puis il fit face à Hengist, et, sans lui laisser l'occasion de parler plus longtemps, il l'attaqua de toutes ses forces, dans une charge puissante et libératrice. Le roi rouge para le coup avec difficulté, et réussit à repousser Arthur de justesse...Celui-ci recula pour rompre l'engagement avant de bondir sur lui une seconde fois, dans un cri féroce.

Il voulait faire payer Hengist, pour tout ce qu'il avait détruit, pour tous les hommes qu'il avait tués, pour tout le mal qu'il avait fait au royaume d'Albion... Pendant la bataille de Nemeth, ils n'avaient pas eu l'occasion de se mesurer l'un à l'autre, mais maintenant, ce manquement pouvait être rattrapé. Arthur se rua contre son ennemi, et ils se mirent à tournoyer face à face, échangeant des coups de plus en plus resserrés.

De part et d'autre de l'espace qu'ils occupaient, les deux témoins de leur duel enfiévré, qui se tenaient face à face, s'affrontaient du regard, en silence.

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Ikbaal regardait Mordred, le coin de ses lèvres retroussé sur un sourire.

Mordred regardait Ikbaal, les doigts crispés autour de la garde d'Excalibur.

Il ignorait ce qui l'avait poussé à garder l'épée d'Arthur, et à lui donner la sienne à la place...si ce n'était qu'en son esprit, Excalibur était l'épée du Roi, et qu'elle était donc faite pour lui dorénavant.

Il était si proche de monter sur le trône; si proche d'atteindre son but...

Il entendait la lame ensorcelée chanter sombrement à son poing tandis que les deux anciens Rois, voués à disparaître, se combattaient sous ses yeux: le jeune souverain blond contre le géant à la barbe rouge …

Mordred regarda Hengist, qu'Arthur était en train de mettre en difficulté. Bien fait pour lui, pensa-t-il. Il avait bien des raisons de détester le Roi des Saxons, mais la plus récente d'entre elles était qu'il avait failli lui gâcher sa grande révélation... Heureusement, Arthur n'avait pas compris que les reproches d'Hengist s'adressaient à son héritier! Il les avait pris pour lui, et ensuite, il avait coupé court à toute déclaration en attaquant au moment le plus opportun.

Arthur combattait bravement. Mordred pouvait sentir sa rage, et sa volonté de l'emporter... Malgré toute la haine qu'il avait envers le Roi qui avait sabordé l'avenir et manqué à son destin, une part de lui admirait encore le chevalier en Arthur, pour le courage dont il faisait montre. Même maintenant, après que tous ses alliés, tous ses amis aient été détruits, même alors qu'il avait tout perdu, même alors qu'il ne restait plus aucun espoir, Arthur refusait de baisser les bras. Il se battait; il se battait encore. Il ne détenait pas la moindre once de magie, mais il y avait assurément une dimension magique à sa détermination, et à sa bravoure.

Mordred aurait pu tuer Arthur, tout à l'heure, lorsqu'il était désarmé...Mais quelque chose l'avait poussé à vouloir lui offrir un dernier vrai duel avant qu'il ne meure frappé par surprise comme un imbécile; de la mort stupide et sans noblesse qu'il méritait pour toutes ses fautes.

Lui permettre d'affronter Hengist son ultime marque de respect pour un homme qu'il avait aimé autrefois, et, à le voir combattre, il arrivait presque à se souvenir, du jour où son coeur avait succombé à Arthur, du jour où il avait commencé à croire en lui. C'était dans ce petit village oublié où trois jeunes druides étaient sur le point d'être mis à mort par un fanatique... le Roi s'était dressé comme la justice pour défendre les enfants magiciens. Le soleil était tombé sur son visage, allumant des reflets dans ses cheveux blonds... et Mordred s'était surpris à espérer en la promesse qu'était Arthur. Ses espoirs avaient tous été déçus, mais il ne pouvait pas s'empêcher, de se rappeler comme il avait été doux de croire même pour un temps...

C'était dans une autre vie, pensa-t-il.

Se désintéressant momentanément du combat qui se jouait sous ses yeux, Mordred jeta un coup d'oeil au tourbillon de puissance noire et blanche qui remontait lentement vers eux. Il ne reconnaissait pas la magie furieuse qui émanait de l'allié de dernière minute de Camelot, mais il pensait qu'il s'agissait de Morgane... Il s'était douté qu'elle serait en colère, après avoir vu ce qu'il avait fait à sa précieuse Aithusa, mais il était agréablement étonné par une telle démonstration de puissance...

Il ne s'inquiétait pas outre mesure de la colère de Morgane, évidemment. La prêtresse ne pourrait jamais se retourner contre lui... et si elle essayait, il disposait d'un moyen infaillible de la contrôler.

En attendant qu'il la remette à sa place, il n'était pas fâché qu'elle s'occupe de décimer un peu les soldats Saxons.

Il s'était assuré l'allégeance des sorciers d'Ikbaal, pas celle des fantassins d'Hengist... Morgane n'avait donc qu'à l'en débarrasser...

Quant au fait qu'elle attaque aussi les nécromanciens... Ikbaal et ses hommes s'étaient montrés un peu trop zélés au goût de Mordred en faisant un sort aux troupes d'Albion. Les chevaliers de Camelot étaient supposés devenir les liges de Mordred quand il serait couronné Roi. S'il n'en restait plus aucun pour combattre sous ses ordres, à quoi bon s'être donné tant de mal pour se faire respecter d'eux ? Les nécromanciens avaient besoin que quelqu'un réfrène leurs ardeurs, sinon rien ne garantissait qu'ils puissent être placés sous contrôle à la fin de la bataille... tant mieux si c'était leur future Reine qui s'en chargeait. De cette manière, ils apprendraient à la respecter.

Mordred n'avait pas la moindre intention de régner sur un royaume désert... ni d'être doublé par les sorciers dont il s'était assuré l'allégeance.

Donc, moins de Saxons, moins de problèmes, et bien que Morgane croie probablement être en train de lui nuire, elle faisait son jeu.

Quant à Arthur, et Hengist, Ikbaal et lui avaient un accord, et il n'entendait pas remplir sa part du marché sans que son «allié » n'ait d'abord rempli la sienne, après lui avoir déjà rapporté le cœur d'Aithusa en guise de bonne foi.

Mordred regarda Ikbaal, et hocha lentement la tête, pour lui donner le signal...

Ikbaal sourit, et s'approcha lentement d'Hengist par-derrière. Mordred l'imita, s'avançant vers Arthur dans son dos...

Les deux sorciers se faisaient face, les yeux dans les yeux. Ikbaal émit un mince sourire... et dégaina son arme. D'un geste ferme, il la planta dans le dos du Roi rouge, qui s'effondra à genoux. Mordred sentit une joie violente l'envahir en voyant le géant hoqueter de douleur.

-Pourquoi... dit Hengist, en se retournant vers Ikbaal.

-Nous avons trouvé un meilleur Roi que vous, lui répondit Ikbaal.

Puis il arracha son épée à la chair d'Hengist, puis, d'un geste propre, le décapita.

Arthur recula, choqué de s'être vu privé de son adversaire d'une façon aussi inattendue.

-Mordred ? dit-il, en secouant la tête, le regard rivé au visage d'Ikbaal.

-Mordred, ce n'est pas moi, lui répondit Ikbaal, avec amusement. C'est l'homme qui se trouve juste derrière toi.

Arthur se retourna, la garde ouverte, et, l'espace d'un instant, Mordred vit l'incrédulité passer sur son visage alors qu'il le regardait sans comprendre.

-Solel ?

-Non. Pas Solel.

Ce fut ce moment-là qu'il choisit pour le frapper.

Face à face, alors que leurs regards étaient rivés l'un à l'autre.

-Je suis Mordred, affirma-t-il, au moment où Excalibur traversa dans un crissement le pectoral du Roi pour se planter dans sa poitrine.

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Dans l'Antre de Cristal, Merlin sentit le coup qu'Arthur avait reçu comme s'il l'avait encaissé lui-même, et son corps qui lévitait dans les airs s'arqua de douleur. Des torrents de larmes se mirent à dévaler le long de ses joues pâles, et sa bouche s'ouvrit.

Lorsqu'il cria, tous les cristaux de la caverne éclatèrent, se brisant en mille morceaux.

-Arthuuuuuuuuur !

Morgane tomba à genoux, et sentit le pouvoir d'Emrys s'intensifier en elle; la lamentation de la terre d'Albion fulgura à l'intérieur de son âme, et la tension à laquelle elle était soumise augmenta à tel point qu'elle crut qu'elle allait imploser.

Elle sentit un liquide visqueux couler sur ses joues, et, lorsqu'elle cligna des yeux pour chasser le voile rouge qui était tombé sur son champ de vision, elle réalisa qu'elle pleurait du sang en grande quantité... il y en avait aussi qui coulait de ses oreilles, de son nez, et de sa bouche.

Son rythme cardiaque devenait erratique, sa respiration n'arrivait plus à s'apaiser.

Des lames de souffrance perçaient son esprit enfiévré, lui interdisant de réfléchir de façon censée.

Son organisme lui échappait.

Elle ne contrôlait plus rien...

La Cailleach avait dit vrai.

La magie était sa destinée, mais la magie serait aussi sa perte.

Personne ne pouvait survivre bien longtemps à l'étau qui la comprimait, au flot de pouvoir qui la submergeait...

Ce ne serait pas sa volonté qui la lâcherait, mais son corps.

D'ores et déjà, il était à l'agonie...

Elle haleta, luttant pour regarder devant elle, avec ses yeux magiques, et quand elle comprit, pourquoi Merlin avait crié, la rage et le désespoir augmentèrent en elle...

Mordred avait frappé Arthur.

Malgré tous ses efforts, elle n'avait pas réussi à rejoindre son frère à temps.

La magie de la Source qui bouillonnait en elle se condensa avant d'éclater dans une déflagration de lumière blanche. Tous les nécromanciens qui se trouvaient autour d'elle périrent, irradiés. Pour la première fois depuis le début de la bataille, les autres cessèrent de se ruer sur elle pour l'arrêter, et commencèrent à reculer, avec effroi.

Arthur...

Morgane pouvait sentir les pulsations du cœur de son frère...

Il était encore en vie...

Elle pouvait peut-être encore empêcher sa mort.

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La douleur teinta le regard bleu d'Arthur, et il baissa les yeux sur sa poitrine.

Excalibur s'était enfoncée à travers son armure, presque jusqu'à la garde.

Dans un hoquet de souffrance, le Roi Présent et à Venir s'effondra à genoux.

Un filet de sang coula de ses lèvres.

Ses yeux, rivés à ceux de Mordred, se remplirent de larmes alors qu'il soufflait :

-C'était toi.

-Oui, dit Mordred, qui le surplombait, sur fond de flammes.

Un nouveau filet de sang coula sur le menton du Roi, et il demanda :

-Pourquoi...pourquoi prendre de cette manière ce dont je t'aurais fait cadeau... pourquoi me trahir, pourquoi me haïr... qu'ai-je fait, Mordred, pour que tu te retournes contre moi... alors que je t'aimais comme un frère...

Mordred fit un pas vers lui, le regard teinté de tristesse.

-Comment pouvez-vous me poser cette question ? Vous avez abandonné votre royaume, vous avez abandonné votre peuple... Si je n'avais pas été là pour retarder l'échéance, vous n'auriez trouvé à votre retour à Camelot que les ruines qu'Hengist projetait de laisser derrière lui après avoir détruit votre royaume... Mais regardez, à présent. La bataille s'achève, et pourtant, Camelot est debout. Albion est sauve. Parce que j'ai maîtrisé les arts noirs, je suis le maître de la magie que vous auriez laissée mourir, et des sorciers Saxons. L'avenir est sauvé. Tout est pour le mieux...

Arthur ne répondit pas.

Mais ses yeux étaient remplis d'incrédulité, et d'horreur.

- Je suis le souverain légitime d'Albion, dit Mordred d'une voix douce. Et c'est grâce à vous, Arthur...

Il fit une pause, puis ajouta :

-Il n'y a qu'une seule chose que je regrette, parmi toutes celles que j'ai faites. C'est d'avoir pris possession de l'esprit de ce chevalier pour le rendre fou, le jour du tournoi... vous savez de quel tournoi je parle...

Les larmes roulèrent sur les joues d'Arthur.

-Galaad, articula-t-il.

-Je croyais que Guenièvre portait l'enfant de Gauvain, et non le vôtre..., souffla Mordred. Mais si votre sœur m'avait été fidèle, peut-être les choses ne se seraient-elles jamais passées ainsi. Si vous devez blâmer quelqu'un, blâmez Morgane, et sa nature inconstante. Blâmez-la d'être incapable de tenir ses promesses... Blâmez-la de toujours jouer un double jeu.

Morgane... la compagne de Mordred... ?

Alors, elle aussi l'avait trahi...

Arthur regarda, au désespoir, ce chevalier qu'il lui avait cru fidèle, qu'il avait aimé comme un frère, dont il avait fait son héritier... et qui l'avait détruit. Et il s'obligea à regarder la vérité en face... sa sœur, sa chère sœur, n'était pas venue pour le secourir, lui, mais pour prendre sa place... Jusqu'au bout, il avait été aveugle. C'était sa foi dans ceux qu'il aimait, qui le tuait aujourd'hui. C'était sa confiance dans les êtres chers, qui l'avait condamné. Il avait été l'artisan de sa propre perte...

-En un sens, c'est parce que j'ai pris la vie de votre fils que j'ai aussi été obligé de prendre sa place. Galaad n'aurait jamais du mourir, mais pas plus que vous, je n'ai le pouvoir de revenir en arrière pour rectifier cela. Et même si je ne suis pas Galaad, je mérite toujours plus que vous de devenir Roi.

D'un geste, Mordred le fit basculer en arrière, et Arthur tomba sur le dos, les yeux fixés sur le ciel.

Il sentait sa vie lui échapper, si vite... les formes des nuages défilaient sous son regard, les larmes coulaient sur ses joues, et il pensa, que c'était une chose horrible, que de devoir mourir seul, sans un ami à ses côtés.

Plus que jamais, en cet instant, son être à l'agonie se languissait de la seule chose qui aurait pu lui apporter la paix et le réconfort : la tendresse, le pardon, la générosité, la lumière, de la magie de Merlin, l'effleurant de ses doigts dorés. Comme il aspirait à ce contact, à cette étreinte. Comme il aurait aimé pouvoir ressentir ce bonheur... une dernière fois.

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-Tout est accompli, dit Ikbaal, à Mordred. Tu peux monter sur le trône d'Albion comme le seul Roi de cette île... Mes hommes et moi-même partons prendre possession de la Source, comme c'était convenu.

-Va, répondit Mordred. Mais n'oublie pas, que c'est à moi, que tu as prêté allégeance.

Ikbaal hocha la tête, et disparut, emportant ses sorciers avec lui...

Il ne resta plus sur le champ de bataille qu'une seule magicienne embrasée de colère.

Mordred attendait Morgane, debout, auprès d'Arthur, à l'agonie.

Quand elle apparut, dans une flambée de pouvoir, il se retourna vers elle, le sourire aux lèvres.

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-Morgane. Sois la bienvenue. Le règne d'Arthur Pendragon s'achève ici. Le nôtre peut maintenant commencer. Viens me rejoindre, ma Reine...

A travers le voile de sang qui couvrait son visage, la grande prêtresse regarda autour d'elle.

Tout le monde était mort. Mithian, Loth, Annis, Bayard. Guenièvre. Gauvain, Léon, Elyan, Perceval. Les chevaliers d'Albion. Les soldats Saxons. Les nécromanciens étaient nombreux à avoir survécu, mais Morgane les avait vus quitter les lieux...Elle se trouvait au milieu d'un champ de cadavres. Il ne restait pas un seul survivant. Elle regarda les bannières ensanglantées que le vent agitait, et les corps des hommes qui étaient tombés, et elle pensa : voici l'instant où ma vision se réalise, celui qui m'éveille en sursaut, chaque nuit, depuis des années.

Elle était glacée intérieurement par la vue d'un tel désastre, clouée sur-place par l'horreur, et par la haine.

Elle fixa ses yeux sur Mordred, qui lui tendait la main, dans le soleil levant, jeune, radieux, et victorieux dans son armure étincelante, persuadé qu'il venait de sauver la magie, alors qu'il était en train d'achever de la détruire...

Puis elle les abaissa sur Arthur, qui gisait à terre, vaincu, frappé en pleine poitrine par sa propre épée, comme dans ses cauchemars. Une mare de sang se formait lentement sous lui. Sa vie lui échappait,et ses yeux étaient baignés de larmes...

Pardonne-nous, Mère Source, pensa-t-elle, le cœur brisé. A mon frère ,pour avoir été aveuglé par sa foi dans la bonté de l'homme, et à moi, pour avoir failli à mon devoir envers lui...

Mais pour Mordred, il n'était point de pardon. Pour lui, la Source réclamait le courroux d'une juste vengeance.

La vengeance de la magie, contre l'homme qui avait été l'artisan de sa destruction, celle qu'Emrys lui-même exigeait à travers Morgane...

-J'attends, dit Mordred, d'un ton impérieux.

Elle se tourna vers lui, haletante de dégoût et de rage. Et pour la première fois, depuis qu'elle était arrivée sur le champ de bataille, leurs regards se croisèrent.

Ce fut alors qu'il comprit, qu'elle n'était pas venue pour le rejoindre. Mais pour le combattre...

-Pauvre folle, dit-il, en secouant la tête. Tu n'oserais pas te retourner contre moi...

Il était si sûr de son pouvoir...

Elle sourit, sombrement.

-Vraiment ? Et de quoi aurais-je peur, répondit-elle, d'un ton carnassier.

Il hésita, reculant d'un pas devant elle.

-Morgane... qu'est-ce qui te prend ? Comment oses-tu me défier ?

Morgane sentit sa haine augmenter d'un cran.

-Tu as détruit tout ce que j'aimais, tout ce que j'avais juré de protéger. Tu as réduit le Temple de la Magie en ruines. Tu as assassiné tous mes enfants. Tu as arraché son cœur à Aithusa. Tu as tué mon frère. Je ne te connais pas. Je ne suis pas ton alliée. Je ne suis pas ta Reine. Tu vas payer, Mordred, pour tout le mal que tu as fait.

Elle vit le regard meurtrier que lui adressait Mordred.

-Toi aussi, tu choisis de me trahir ? demanda-t-il.

Dans l'Antre de Cristal, le corps d'Emrys se redressa à la verticale, pour parler à travers ses lèvres, courroucé de fureur.

-C'est toi qui as trahi les tiens, Mordred. Ne comprends-tu pas ? La magie va mourir, à cause de toi !

-Je viens de sauver l'avenir ! rugit le druide.

-Tu viens tout juste de le détruire ! répondit Morgane, avec la voix d'Emrys. Tu t'es laissé aveugler par ta soif de pouvoir et par ta haine... tu as provoqué tout ce que tu cherchais à éviter... tu as anéanti tout ce que tu avais juré de protéger !

-C'est la lignée des Pendragon que je vais anéantir, jura Mordred. A commencer par toi, Morgane. Puisque c'est vraiment ce que tu veux, tu finiras comme mon esclave, transformée en démon !

Il l'attaqua, avec toute la puissance de sa magie noire, cherchant à retourner la bête contre elle...

Mais le démon n'était plus en elle, et elle éclata de rire lorsqu'il se matérialisa à ses côtés, les yeux rouges, étincelants...

-C'est l'heure du festin, mon Ami, dit-elle à sa créature. Suce sa magie, jusqu'à la moelle. Ne lui en laisse pas une seule goutte.

Le démon gronda, et se jeta sur Mordred.

Le sorcier recula en criant de terreur, et, alors que la bête bondissait sur lui pour aspirer son pouvoir, il rassembla toutes ses forces pour frapper Morgane dans une ultime attaque... Elle reçut la décharge de plein fouet, et celle-ci l'ébranla jusqu'aux os, achevant de briser son corps, mais Emrys la possédait si intimement que cela ne l'empêcha pas d'élever sa main contre Mordred, que le démon était en train de vider de son pouvoir. Elle sentait toute la puissance de la Source rugir en elle à travers le canal qui la reliait à Merlin, et elle aurait tué Mordred, si sa volonté lui avait appartenu en propre.

Mais en cet instant, elle ne tenait plus debout que par la présence d'Emrys, qui l'habitait entièrement, et, à l'intérieur de l'Antre de Cristal, un sourire noir plaqué sur son visage, le plus puissant sorcier de tous les temps avait décidé d'exercer contre leur ennemi commun une toute autre vengeance...D'une voix forte, il incanta les Rites, les mêmes Rites dont Mordred avait voulu convaincre Arthur de se servir pour le priver de sa magie bien des années plus tôt.

Lorsqu'il termina l'incantation, sa main se leva, et la main de Morgane se dressa en miroir pour tracer sur l'âme de Mordred un Sceau éternel alors qu'elle rendait d'une voix désincarnée la sentence énoncée par la Source elle-même :

-Pour ce que tu as osé faire à la magie, je te condamne, à ne plus jamais, ni pouvoir la sentir, ni pouvoir la rejoindre... La magie est morte pour toi, Mordred. Le don qui t'a été donné à ta naissance t'est retiré pour toujours.

Mordred blanchit, ses yeux se révulsèrent, et il bascula dans l'inconscience.

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Morgane sentit le canal qui la reliait à Merlin se refermer brutalement.

Séparée de la puissance d'Emrys, elle revint à sa nature mortelle...

Ses genoux cédèrent sous elle, et elle glissa sur le sol, courbée en avant. Elle cracha un jet de sang, et prit une inspiration déchirée. Ses blessures apparentes étaient innombrables, comme si elle avait été lardée de centaines de petites coupures. Mais c'était à l'intérieur de son corps, que plus rien n'allait. Ses poumons la faisaient atrocement souffrir. Ses os n'étaient pas seulement fracturés; en certains points, ils étaient broyés au point d'être réduits en poudre... des milliers d'hémorragies étaient en train de se répandre à l'intérieur d'elle. Tous ses organes étaient touchés, saignés à blanc par la magie : celle que ses ennemis avait lancée contre elle... et celle qu'Emrys lui avait transmise pour les combattre...

Elle mourait.

Elle se retourna vers Arthur, agonisant, qui levait vers elle son regard éperdu, rempli de détresse.

Il réussit à l'appeler, comme il l'avait appelée, toutes ces nuits, à travers ses rêves, d'une voix suppliante et effrayée, d'une voix de petit garçon esseulé face aux ombres de la mort :

-Morgane... Morgane...je t'en prie... aide-moi...

Dans un effort de volonté, elle se traîna vers lui sur ses jambes fracassées, rampant plus que marchant..., et, à travers le voile de sa propre souffrance, elle réussit à poser une main sur son front.

-Je suis là, petit frère, dit-elle, d'une voix étranglée. Tu n'es pas seul. Je suis avec toi.

Elle caressa ses cheveux de ses doigts déformés par les fractures, comme elle le faisait quand il s'éveillait dans son sommeil autrefois. Elle sentait les larmes couler le long de son visage, mêlées de plus de sang que d'eau. Arthur les vit, et il cligna des yeux. Son regard était rivé au sien, et elle sut qu'il espérait encore.

En elle.

Avait-il raison d'espérer ?

Pouvait-elle encore le sauver ?

Elle referma ses mains brisées sur le pommeau d'Excalibur.

Puis, d'un geste brusque, elle retira l'épée, faisant haleter Arthur de douleur, et la jeta au loin dans un cri.

En hâte, elle posa ses paumes sanglantes sur la plaie béante qui barrait la poitrine du Roi, à travers son armure.

Aide-moi, Emrys, appela-t-elle, en forçant le canal à se rouvrir, pour rejoindre Merlin qui sanglotait, brisé, au fond de la caverne. Ses yeux se teintèrent d'or tandis qu'elle lançait le sortilège de guérison... La magie arrêta presque son coeur quand elle l'utilisa, et elle dut lutter pour prendre l'inspiration suivante, s'étouffant dans son propre sang. Mais elle maintint le contact, avec toute l'énergie de sa volonté. Elle ne renoncerait pas à son frère, pas tant qu'il lui resterait un souffle de vie, pas tant qu'elle n'aurait pas anéanti tout ce qui restait de ses forces, quitte à déchirer son propre corps avec le pouvoir qui fusait à travers elle en essayant de le sauver...

Arthur se raidit de douleur...

La magie forcit, et la blessure se referma.

Morgane retira sa main, radieuse... puis, elle eut un hoquet horrifié, en voyant la plaie, qui s'était ressoudée, se rouvrir peu à peu et se remettre à saigner dès que le sortilège s'interrompit...

-Non, non, non, non, dit-elle, comme folle.

Elle refit une tentative, désespérée, puisant dans le canal sans réfléchir...et le processus recommença : guérison, puis inversion. Quelque chose ne fonctionnait pas normalement, quelque chose rendait les soins inefficaces...

C'est Excalibur, réalisa-t-elle soudain. La lame forgée dans le souffle du dragon... la magie ne peut rien contre les blessures qu'elle inflige.

Sa main saisit celle d'Arthur, à l'agonie, et ils échangèrent un regard.

Le Roi mourant était noyé dans sa souffrance, mais elle le sentit se tendre vers elle de tout son être.

-Merci... articula-t-il.

-Ca ne marche pas, répondit-elle, d'une voix effrayée.

-Mais tu as... essayé. Morgane.

Il lui sourit, avec reconnaissance, et elle se mit à sangloter.

Il n'avait pas le droit de lui être reconnaissant pour ça, cet échec pitoyable, cette ultime faiblesse à cause de laquelle il succomberait.

Elle pensa à toutes ces années qu'elle avait passées loin de son frère, à tout l'amour qui avait été gâché entre eux, à tous les sacrifices qu'elle avait faits pour pouvoir le protéger sans qu'il n'en sache rien. Tous ses efforts avaient été inutiles. Tous ses rêves s'effondraient en poussière s'il mourait maintenant sans qu'elle puisse rien faire pour le sauver...

-Petit frère...

Elle avait tellement de regrets, maintenant que venait la fin. Arthur avait passé sa vie à souffrir à cause d'elle, à être déçu d'elle et à se sentir trahi par elle. Elle n'avait pas été présente, quand il avait eu besoin d'elle... Elle avait cru bien faire, en veillant sur lui de loin, sans lui donner signe de vie... Elle s'était dit qu'ils ne pourraient jamais redevenir aussi proches qu'avant après tout le mal qu'elle lui avait fait à l'époque où elle était gouvernée par le démon... et que c'était seulement dans la distance qu'ils pourraient se témoigner leur affection sans se blesser.

Mais si elle s'était trompée ? Et si la plus grande de ses erreurs avait été de faire une croix sur leur relation ? Arthur avait toujours aspiré à faire partie d'une famille unie, au lieu de cela, il s'était retrouvé orphelin au milieu des conflits. En cet instant, tandis qu'il regardait vers elle, ce n'était pas le réconfort de la prêtresse qu'il cherchait, mais celui de sa soeur Morgane, qui le serrait dans ses bras pour le consoler quand ils étaient encore enfants, et savait toujours comment l'aider à retrouver le sourire.

Les larmes cascadaient sur le visage de Morgane, en véritables torrents, et elle voyait dans le grand Roi ce petit garçon blond, qu'elle avait tant aimé.

Elle aurait tellement voulu pouvoir dire à Arthur, quelle soeur elle aurait désiré être pour lui. Une soeur en qui il puisse avoir confiance, une soeur prête à se tenir à ses côtés quelles que soient les épreuves. Inébranlable comme un roc, forte, courageuse et présente.

Mais au lieu de ça, elle dit d'une voix désespérée :

-Tu ne peux pas mourir, Arthur. Pas toi, c'est impossible, je ne laisserai pas une telle chose arriver.

Il rit doucement, et il souffla, d'une voix remplie d'acceptation :

-Tous les hommes meurent... Morgane...

Il cligna des yeux.

-Mon heure vient. Je veux que tu saches... que je te pardonne...

-Non ! Ne fais pas ça... ne lâche pas prise maintenant, tu m'entends ?

Elle essaya de rassembler sa magie, mais elle n'en avait plus... son organisme à l'agonie la lâchait pour de bon... Elle avait beau appuyer sur sa blessure, celle-ci saignait toujours... bientôt, elle n'aurait même plus la force d'appuyer.

Et puis, dans un éclair, elle vit les sorciers nécromanciens qui avaient fui Camlann encercler l'Ile des Bénis, et s'approcher du cœur de la Source... ils étaient encore tellement nombreux... tellement nombreux...

Morgane n'avait pas réussi à tous les détruire... à présent, dévorés par leur avidité, ils s'apprêtaient à se saisir de l'ultime trésor. Quand ils toucheraient le coeur de la magie, elle noircirait sous leur contact... et tout serait perdu.

Comment Arthur pouvait-il accepter ?

Morgane n'acceptait pas cette fin odieuse. Elle sentit la panique et la terreur monter dans son âme, alors qu'elle cherchait à faire appel à des ressources qu'elle ne trouvait plus, ni en elle-même, ni dans sa connexion avec Merlin.

Je refuse que tout se termine ainsi, pensa-t-elle. Mon destin ne peut pas se résumer à ça... Même si je ne peux pas sauver Arthur, qu'au moins, je sauve la Source... je ne peux pas échouer en toute chose, je ne peux pas, c'est impossible!

Une voix qui remontait de son passé résonna dans son cœur, une voix aimante, et confiante...

Si tu fais le bon choix, la magie sera libre.

Et cette phrase vint accrocher l'esprit vacillant de Morgane d'une manière nouvelle.

Peut-être était-ce sa mort toute proche; peut-être était-ce l'expérience extraordinaire qu'elle venait de vivre, en lien avec Emrys, en tant que réceptacle de sa puissance; et toutes les choses qu'elle avait ressenties, lorsque son pouvoir l'avait submergée, la comblant, et la détruisant à la fois... lorsqu'elle avait pris sa place... lorsqu'elle était devenue la Source.

Elle comprit enfin.

Sa destinée.

Sa perte.

La magie.

EMRYS.

MERLIN.

MERLIN DEVAIT ETRE LIBRE.

POUR QUE LA MAGIE SOIT LIBRE.

PARCE QUE MERLIN ETAIT LA MAGIE.

Merlin était la magie !

Il était aussi important que les dragons, parce qu'ils étaient de la même famille.

Il était l'incarnation humaine de la puissance de la Source...

C'était quelque chose que Morgane avait toujours senti intuitivement, sans jamais en prendre pleinement conscience... à chaque fois qu'il utilisait ses pouvoirs comme si c'était un jeu, à chaque fois qu'il parlait de la Source comme s'il en avait une connaissance infuse...

S'il mourait, la magie était vouée à disparaître avec lui...

Mais il n'était pas mort, comme il aurait dû l'être si Morgane n'avait pas pris sa place, et joué son rôle pendant la bataille de Camlann...

Il vivait.

Prisonnier de l'Antre de Cristal.

Et il restait à Morgane une dernière chose à accomplir, avant de mourir de la mort qui aurait été celle du grand magicien dans toutes les autres versions de la grande bataille.

Le faire ressortir du piège où elle l'avait enfermé.

Morgane essaya de susciter un couloir de déplacement instantané jusqu'à la caverne. Mais elle était trop faible, et elle connut un instant de pure terreur, en réalisant que si elle ne trouvait pas le moyen de libérer Merlin maintenant, personne d'autre ne pourrait le faire plus tard, et il resterait prisonnier pour toujours.

Elle s'imagina la magie, prisonnière d'une bulle hors du temps, inaccessible à quiconque voudrait pouvoir la délivrer parce qu'elle y avait veillé, et elle s'étrangla de frustration.

Elle ne pouvait pas échouer pas si près du but. Elle ne pouvait pas trahir la confiance qu'Aithusa avait placée en elle...

Mais soudain, elle vit le démon s'incliner vers elle, le démon qui avait presque ses traits, et dont les yeux étaient passés du rouge, au vert, et elle l'entendit murmurer :

-Que veux-tu que je fasse pour toi, maîtresse ?

C'était avec sa magie qu'elle avait conçu le piège, et elle n'était pas la seule à pouvoir le désactiver. Lui aussi en avait le pouvoir.

Elle rit en elle-même, et soudain, elle pensa : merci, Morgause, de m'avoir maudite...

-Ami, dit-elle, par ses lèvres déchirées. J'ai une dernière requête pour toi. Vole, jusqu'à l'Antre de Cristal... libère Merlin de sa prison... et quand tu l'auras fait, retourne au monde des esprits, auquel tu appartiens, pour y vivre libre.

Le visage du démon était étrangement humain lorsqu'il hocha la tête.

-Ca a été un honneur de te servir, maîtresse, lui dit-il. Je ferai comme tu l'as ordonné.

-Merci... souffla Morgane, lorsqu'il s'envola dans les airs au-dessus d'elle.

Puis elle retomba à terre, incapable de bouger.

Elle resta là, allongée, côte à côte avec Arthur.

Leurs deux souffles agonisants allaient et venaient au même rythme incertain.

Dépêche-toi, Merlin, pensa-t-elle, en regardant les nuages qui défilaient au-dessus d'elle. Je t'en prie. Avant qu'il ne soit trop tard...

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)

Merlin sanglotait, sur le sol de la caverne, dans le vortex de puissance qui tournoyait, tout autour de lui.

Il sentait le coeur d'Arthur ralentir, et la mort chercher à l'arracher à lui... le souffle du Roi ne cessait de se raccourcir... et Merlin sentait son âme se déchirer.

Je veux juste être à ses côtés maintenant que vient la fin.

Mais pour cela, il aurait fallu qu'il puisse sortir. Et personne ne viendrait le délivrer, n'est-ce pas ? Morgane n'en aurait pas la force. Il l'avait sentie se détacher de lui, brisée. Elle allait mourir, et il resterait enfermé ici, pour toute l'éternité, à pleurer. Sa douleur ne diminuerait jamais, elle ne s'effacerait jamais. Il serait condamné à la solitude, à la souffrance, et au souvenir atroce de la mort d'Arthur, loin de lui. Il n'aurait pas pensé qu'il soit possible d'avoir aussi mal... Il n'aurait pas pensé que leur histoire, à tous, s'achèverait de façon si horrible... Et quand il envisageait l'éternité qui l'attendait, enfermé à l'intérieur de cette caverne, il se sentait mourir intérieurement...

Puis, il sentit une présence, et, levant les yeux, il vit une silhouette sombre se dresser devant l'entrée de la caverne; elle avait presque la forme d'une femme, et elle le regardait.

-Morgane ? souffla-t-il.

Impossible : ce n'était pas elle... mais la créature lui ressemblait étrangement, et, quand elle lui sourit, Merlin vit une parenté, entre son visage, et celui de la prêtresse, qui le fit frissonner. Puis elle étendit la main, et quelque chose se produisit.

Il sentit le filet de runes qui le retenait prisonnier disparaître, comme par magie. Le pouvoir condensé dans la caverne émit un « bang » fulgurant alors qu'une exquise sensation de la liberté l'emplissait, le faisant frissonner...

Avant même d'avoir pu formuler la moindre pensée consciente, il s'était transporté, sur le champ de bataille de Camlann. Il apparut au-dessus du corps de Morgane, à l'agonie, perdu dans la tempête de ses émotions mêlées... Comme il la haïssait pour ce qu'elle lui avait fait ! Elle l'avait trahi, elle l'avait séparé d'Arthur, elle l'avait enfermé. Mais en même temps, elle s'était battue pour Albion, elle avait vaincu Mordred, elle l'avait délivré. Pendant le combat, il savait qu'elle l'avait laissé rayonner à travers elle, lui abandonnant par moments le contrôle total de son corps, pour le laisser agir à travers elle. Il avait de leur connexion un souvenir diffus et brûlant, irradié de douleur et de désespoir. Et à cause de tout ce qu'elle avait fait..., il ne savait plus quoi penser d'elle...

Elle gisait sur le sol, méconnaissable... silhouette brisée, recouverte de sang. Il ne put s'empêcher d'éprouver de la compassion pour elle. Comme elle devait avoir mal... Seul, son regard était resté le même... ses yeux verts, à la fois sauvages, et implorants.

-Aide-moi, Emrys...souffla-t-elle, en tendant une main désespérée vers lui.

Et il sentit son coeur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Il regarda le désastre de Camlann... tous ces morts, et parmi eux, tant d'être chers... sans compter Arthur, qui était à deux doigts de périr (mais il ne voulait pas penser à Arthur maintenant).

-Etait-ce vraiment ce que tu voulais, Morgane ? demanda Merlin, en la dévisageant avec douleur.

-Non... hoqueta-t-elle.

Elle lutta, et réussit à ajouter :

-Mais c'était ce que je devais, pour honorer une promesse... quels qu'en soient les sacrifices. Je t'en supplie, Merlin. Je t'en supplie. Ne m'en veux pas... Approche... Prends ma main... Il y a quelque chose que je dois te montrer...

Merlin sentit la pitié l'envahir. Il s'agenouilla auprès de Morgane, pour accéder à son ultime requête, et leurs doigts entrèrent en contact...

Les yeux de Morgane se révulsèrent, alors qu'elle montrait à Merlin, dans un dernier sursaut de pouvoir, la vision du futur sans magie où Mordred l'avait entraînée, bien des années plus tôt.

Le jeune magicien eut un hoquet horrifié face à la grisaille qui l'entourait. Il se mit à parcourir les rues mornes et grises de ce monde triste à pleurer aux côtés de la prêtresse mourante, et il découvrait pour les visages moroses de ses habitants avec le coeur serré. Il ignorait où il se trouvait. Il ne savait pas pourquoi Morgane l'avait emmené ici. Il ne comprenait pas ce qu'elle attendait de lui en lui dévoilant cette vision...

-Où sommes-nous ? demanda-t-il, perdu.

A ses côtés, Morgane murmura :

-Dans le monde de demain, celui que nous avons fait naître. C'est le fruit de nos erreurs, et de nos failles... C'est un monde si triste... sans magie, sans dragons, sans sorciers, sans Source.

Merlin sentit les larmes rouler sur ses joues.

La main de Morgane serra doucement la sienne.

-Tu es le seul à pouvoir sauver ce monde, lui dit-elle, d'une voix fervente. Tu es le seul à pouvoir lui rendre sa magie. Tu es le plus grand sorcier de tous les temps. Tu peux changer l'avenir. Tu peux nous donner, à tous, une seconde chance.

La vision se dissipa, et l'instant d'après, ils furent à nouveau à Camlann.

Merlin était penché sur Morgane, dont le corps en ruines était parcouru par ses ultimes soubresauts.

-Morgane, je ne sais pas de quoi tu me crois capable... mais je ne sais pas comment faire ce que tu dis, sanglota-t-il. Je ne sais pas comment rectifier les erreurs que nous avons faites... je ne sais pas comment sauver l'avenir... je serais même incapable de te sauver, toi, si j'essayais.

-Je ne te demande pas de me sauver...

Elle haleta, et son regard se troubla.

-Les sorciers noirs... les sens-tu se tendre vers la Source ? lui demanda-t-elle. Ils sont à deux doigts de l'atteindre...

-Oui... je sais, souffla-t-il.

-Tu ne dois pas les laisser l'avoir, Merlin, dit farouchement Morgane. Tu ne dois pas les laisser pénétrer dans le Temple de la Magie. Mais tu ne dois pas non plus les affronter, sinon, ils te tueront. Ils sont trop nombreux... si tu les laisses te toucher, leur noirceur te corrompra... si tu les combats, leurs pouvoirs finiront par te briser.

-Alors, il n'y a rien que je puisse faire, dit-il, avec colère.

-Si... il y a une chose... haleta Morgane. Pars... prends Arthur avec toi... et emmène-le... emmène-le... à Avalon.

-Il est trop tard, pour Arthur, je ne pourrai pas le guérir lui non plus, s'exclama-t-il en pleurant.

Les yeux de la prêtresse vacillèrent, et elle cracha du sang. Puis elle le regarda, et malgré son agonie, ce fut avec foi qu'elle affirma :

-Il n'est jamais trop tard.

Merlin secoua la tête...

-Comment peux-tu encore croire ça, Morgane ? Regarde autour de toi..., dit-il, désespéré. Tout le monde est mort...

-Non... pas tout le monde, répondit-elle. Te souviens-tu... du choix.. du choix que je devais faire... celui dont... Aithusa avait...parlé... et qui ferait... la différence. Je l'ai fait... dit Morgane avec un ultime sourire. J'ai fait le bon choix...

Merlin la regarda... sa voix s'épuisait... ses yeux étaient totalement troubles... elle était en train de glisser... délirait-elle ?

-Il fallait que je te sauve... Emrys... En t'enfermant dans l'Antre de Cristal. Pour t'empêcher de mourir à Camlann. Parce que mon destin... était de prendre ta place pendant la bataille. Mais ce n'était pas suffisant... Il fallait aussi que je te délivre... avant de mourir. Pour empêcher que tu ne restes prisonnier pour toujours. Je l'ai fait. Je l'ai fait. Tu es la magie, Emrys... Je t'ai sauvé... et maintenant...tu es libre.

Il voulut protester, s'exclamer, quoi que tu penses à mon sujet, tu te trompes, mais sa voix l'avait abandonné.

-Tu es libre, répéta Morgane.

Ses yeux s'emplirent de lumière et il l'entendit souffler : Avalon...

L'espace d'un instant, son visage fut transfiguré par un sourire qui l'illumina de grâce. Puis, elle retomba sans vie sur le sol sanglant. Merlin sentit les larmes dévaler le long de son visage et un sanglot le secoua de la tête aux pieds. Morgane Pendragon n'était plus. La dernière des Grandes Prêtresses de l'Ancien Culte venait de mourir.

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Merlin réussit à se relever pour trébucher jusqu'à Arthur qui gisait inconscient. Il priait désespérément pour qu'il ne soit pas trop tard. Il chercha sa blessure à tâtons et libéra son pouvoir pour la guérir. Mais la plaie infligée par Excalibur ne voulait pas se refermer...

Mère Source, je t'en supplie, invoqua-t-il, en libérant toute sa magie.

L'espace d'un instant, la blessure se referma, et Arthur ouvrit les yeux... Merlin vit son regard bleu s'éclaircir, et rayonner de joie en se posant sur lui.

-Merlin. Tu es revenu... souffla-t-il. J'ai cru... que tu m'avais abandonné...

-Arthur...

Merlin secoua la tête.

-Jamais, réussit-il à dire, à travers ses sanglots. Jamais je ne vous abandonnerai.

Le sourire que lui fit le Roi était incroyablement doux.

-Je suis si heureux... que tu soies ici, avec moi. Je n'aurais voulu... personne d'autre que toi... pour être l'autre moitié de ma pièce... Merlin... Tu sais...tu m'avais dit de t'attendre, alors... je t'ai attendu, pour pouvoir m'en aller. Mais il est temps, maintenant.

-Ne mourez pas, Sire, supplia Merlin, les mains pressées sur sa blessure.

Arthur eut un rire amusé, et le sang coula de ses lèvres.

-Je suis... le Roi... je fais... ce que je veux, articula-t-il, avec une petite étincelle dans le regard.

-Ne mourez pas, je vous l'interdis, cria Merlin, horrifié.

-J'ai toujours su que je partirais le premier... nous nous reverrons... de l'autre côté, mon ami, souffla tendrement Arthur.

Puis, ses yeux se fermèrent, et sa tête roula, sur le côté.

-Arthur ! Non ! Arthur ! Arthur ! Ne partez pas sans moi, je vous l'interdis ! hurla Merlin, complètement fou.

Il sentit le coeur d'Arthur s'arrêter, et ce fut comme si le sien s'arrêtait, en même temps. Il cria. Sur l'île des Bénis, l'autel calciné du Temple se fendit en deux. Merlin criait, criait, criait sans discontinuer, et son cri remplissait Albion toute entière de sa détresse vibrante, désespérée. La magie se mit à tourner en spirale. Le monde se ramassa sur lui-même. Le temps se mit à vaciller...

Merlin sanglotait sur le corps sans vie d'Arthur, il sanglotait sur le rêve brisé d'Albion, il sanglotait sur le massacre de Camlann...

Libre, libre, libre...

Les mains des nécromanciens se tendaient vers la Source pour s'emparer de son pouvoir

Et soudain le cri de Merlin atteignit son apogée. La magie retournée de la terre d'Albion convergea vers son centre, vers Emrys. Le temps se replia sur lui-même.

Merlin était sur l'Ile des Bénis, face à la Source, et il tenait le corps sans vie d'Arthur dans ses bras... Les larmes coulaient le long de son visage...

Libre, libre, libre...

Elles étaient pour Arthur, sans lequel il n'était plus qu'une moitié incomplète. Elles étaient pour Albion, sa pauvre Albion ravagée. Elles étaient pour Morgane, brisée au combat. Et pour Gwen, qui avait donné sa vie sans hésiter... Elles étaient pour tous les êtres chers tombés, pour tous les rêves détruits, pour tous les espoirs ravagés, pour tout ce qui avait été perdu et qui ne pourrait jamais être retrouvé...

Libre libre libre...

Merlin ouvrit ses yeux d'or pur, et la voix de Morgane résonna en lui. Confiante. Forte. Remplie d'espoir.

Tu peux sauver le futur. Emrys.

Il entra dans la Source, Arthur étroitement serré dans ses bras, et il libéra son pouvoir.

Ce n'était pas un sortilège. C'était bien davantage. La magie fit éclater les frontières matérielles de son corps Un arc de pouvoir se dessina au-dessus de la planète, drainant dans son apparition toute la magie qui se trouvait dans le monde alors que les Portes d'Avalon s'ouvraient démesurément tandis qu'il en forçait le passage.

Un grand silence tomba sur la terre.

Le vent souffla sur l'île des bénis.

Le plus grand magicien de tous les temps avait disparu.

Seule demeurait Excalibur, figée en plein cœur du nœud dont jadis jaillissait la Source, qui semblait s'être tarie pour toujours.

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Quelque part, seul au milieu d'un champ de cadavres, Mordred, qui avait compris que la magie était morte pour le monde autant que pour lui, se mit à pleurer comme un enfant.

Et sur l'Ile des Bénis, cent sorciers Saxons, privés de leurs pouvoirs, regardèrent s'effondrer le rêve qu'ils avaient conçu, de pouvoir posséder une chose qui ne pouvait pas l'être.

Les sujets de Camelot sortirent de leurs cachettes pour regarder le champ de bataille recouvert de cadavres et comprirent qu'ils étaient sauvés.

La prophétie de Camlann venait de s'accomplir.

Albion vivrait pour devenir une grande nation, sans magie ni dragons. Le nouveau monde prendrait le pas sur l'ancien, et les mystères de l'Ancien Culte deviendraient légende dans un univers d'ordre et de raison.

Jusqu'au jour où l'avenir entrevu par un enfant-druide vengeur et désespéré par-delà le voile deviendrait réalité, dans un monde de grisaille sans inspiration.

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Pourtant...

Morgane Pendragon était morte le sourire aux lèvres.

Parce qu'elle avait compris une chose essentielle, qui n'était inscrite dans aucune prophétie, dans aucune légende.

Le rêve du dragon blanc allait au-delà de la vision de l'enfant-druide.

Avec son aide, en dépit des apparences, Aithusa avait vaincu le destin lui-même.

Enfouis au plus profond de la terre d'Albion, là où nul ne les découvrirait avant que le temps ne soit venu, dormaient cinq œufs parfaits qui attendaient d'être appelés à la vie par la seule voix qui pourrait les faire éclore.

Ils pouvaient dormir pendant des milliers d'années, fossilisés en apparence.

Mais ils n'en étaient pas moins vivants.

Attendant de s'éveiller au son d'une voix aimante.

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Pendant plus de deux mille ans, le monde resta en attente d'une étincelle, retenant son souffle...

Puis un soir, un arc de pouvoir se dessina au-dessus de la planète... et dans une maternité publique de Londres, en l'an de grâce 1996, un enfant nouveau-né ouvrit des yeux d'un bleu océan, où flottaient des paillette d'or.

La sage-femme qui était penchée sur lui eut un cri émerveillé, et s'exclama à l'attention de sa mère :

-Mon Dieu, Madame... je n'ai jamais vu ça... votre fils a vraiment des yeux magiques...

-Je sais, dit la jeune femme, avec un étrange sourire.

-Avez-vous déjà choisi son nom ?

-Oh ! Oui. Son nom est...

MERLIN

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Chers lecteurs qui avez souffert cette Camlann infernale, regardé vos personnages préférés mourir les uns après les autres, et haleté tenus en haleine par mon imagination atroce, là voilà, ma surprise...

NON, tout n'est pas terminé.

Et maintenant que j'ai expliqué ma version des faits : à savoir... pourquoi... il n'y a plus de magie, de dragons, pourquoi... toutes les légendes nous racontent que Tutur est mort à Camlann... pourquoi, le plus grand magicien de tous les temps n'a pas réussi à le sauver... pourquoi, nous nous retrouvons aujourd'hui dans un univers SANS magie malheureux comme les pierres... à geeker pour nous consoler...

Eh bien, on peut s'atteler à la suite de l'histoire.

A savoir, mais qu'est-ce qu'ils sont devenus, les oeufs de dragons ? Est-ce que Merlin est le seul à être revenu ? (NON, vous pensez bien). Est-ce qu'ils vont être les mêmes que dans leur vie d'avant ? Est-ce qu'ils auront gardé leurs souvenirs ou est-ce qu'ils vont devoir les retrouver ? Est-ce qu'ils vont faire revivre la magie après tout ce temps ? Est-ce qu'il y aura des heureuses naissances ? Est-ce que Merthur aura survécu à la fin des temps ? Et Arwen ? Et Arwenthur ? Est-ce qu'ils vont rester vivre dans le futur ou bien est-ce qu'ils vont retrouver le secret du voyage dans le temps ?

Je suis sadique (un peu) mais tout au fond de mon âme noire et vicieuse, je suis comme vous tous... je rêve d'une FIN HEUREUSE

Et la tendresse, bordel ?

Là, tout de suite, je suis en vacances, et j'ai du monde à la maison ;)

Alors, ce que je vais faire : je vous donnerai le début de la suite après la finale de la version officielle (qui devrait vous déprimer moins que prévu maintenant que vous avez lu ma fic) pour vous consoler de la perte irréparable de votre série préférée (au moins un peu) mais ensuite il faudra attendre début janvier pour reprendre sur des publications plus régulières...

Et en attendant, à vos devoirs, j'ai des questions pour vous et j'attends vos réponses :

1-Quelle est votre impression sur l'ensemble du récit ?

2-Quel a été votre épisode ou vos passages préférés et pourquoi ?

3-Quel a été votre épisode ou vos passages détestés et pourquoi ?

4-Est-ce que vous avez relevé des incohérences majeures dans la globalité de l'histoire ? (arcs laissés en plan, pistes non exploitées, trucs bizarres... j'ai essayé d'être cohérent, mais il y a pu avoir des ratés, surtout avec la contrainte que c'est de ne pas pouvoir revenir en arrière une fois un chap publié)

5- Est-ce qu'il y a certains passages que vous avez trouvés louches ou certaines théories allumées que vous n'avez pas bien comprises ? (ou autrement dit : à la fin, est-ce que vous êtes au clair ou est-ce que vous êtes embrouillés ? parce que des fois, je pars dans mes délires et je m'embrouille tout seul XD)

5- Est-ce que certaines choses vous ont surpris (agréablement ou désagréablement)

6-Auriez-vous préféré une fin différente et laquelle ?

7- (sachant que la trame est déjà là quand même) qu'est-ce qui vous rendrait heureux pour la suite ?

Merci de m'aider à m'améliorer grâce à vos retours et joyeux Noël à tous ;)