Note: Merci pour les reviews ! Vous êtes géniaux ! Moi je suis malade... mais du coup j'ai eu le temps de terminer le chapitre. J'espère que ça vous plaira,


A cœurs ouverts

-Hé, rentre chez toi.

Le corps dans les draps feignit de ne pas entendre. Je soupirai. C'était plus que fatiguant et irritant comme comportement. Je lui secouai l'épaule.

-Casse-toi, lui dis-je à nouveau d'un ton plus cassant.

Il était quatre heures du matin, j'étais fatigué et devais travailler demain. Le jeune garçon se releva -un peu trop brusquement pour quelqu'un qui était censé dormir- et essaya de m'embrasser. Je grognai et le repoussai de la main. Le désir que j'avais pu ressentir pour lui au cours de la soirée venait de s'évaporer complètement. Il me regarda, une lueur mécontente dans les yeux et me demanda, la voix embuée par le sommeil,

-Juste une nuit s'teuplait.

-Non, répétais-je fermement, va-t-en.

Il grogna et marmonna un truc du genre « Mais pourquoi est-ce-que les meilleurs coups sont toujours des connards... » avant de se rhabiller rapidement. Je me fichais de ce qu'il pensait. J'avais déjà eu de lui ce que je voulais, et lui avait donné la seule chose qu'il pouvait avoir de moi.

-Hé... dis-je à la jeune fille, déjà habillée, elle, mais qui s'installait dans un de mes fauteuils et allumait une cigarette, ça vaut pour toi aussi.

Elle s'en alla sans un mot et ne se plaignit pas de devoir partir en pleine nuit. Une chouette fille. Ma maison était vide. Enfin. J'inclinai ma tête sur mon oreiller et soupirai de bien être. Je ferais bien de dormir. Sakura ne se priverait pas de me faire la morale sur les coups d'un soir -encore une fois- à la première heure, demain. Autant profiter …

~OoO~

Ça n'avait pas manqué. Mon ex-coéquipière me regardait d'un air furieux et ses yeux ne m'avaient jamais paru aussi verts que lorsqu'elle était en colère. Elle vociférait que c'était malsain, sans sentiments … que j'étais un salaud, qu'elle s'inquiétait pour moi …comme d'habitude. Heureusement qu'elle ne savait pas qu'il n'y en avait pas qu'un dans mon lit … J'avais envie de lui dire qu'elle était juste frustrée et que si elle faisait comme moi, on irait tous beaucoup mieux. Mais je n'avais pas envie de commencer une dispute ou de la blesser. Elle était mon amie et comptait beaucoup pour moi. Si elle n'était pas là, j'avais parfois l'impression que je serais alors complètement dépourvu de sentiments. Et elle le savait. Je crois que c'était pour ça, au fond, qu'elle m'engueulait. Pour me secouer. M'obliger à sortir de mes gongs. Mais ça faisait longtemps que ça ne marchait plus.

-Sakura … lui dis-je d'un ton doux, ça suffit.

Elle arrêta sa tirade d'un ton fatigué après quelques secondes d'hésitation et vint s'asseoir à côté de moi. Sa voix s'était calmée quand elle me répéta,

-Tu m'épuises tu sais.

Je ne répondis pas. Elle continua,

-Naruto … je ne comprends pas, c'est tout. Tu fous ta vie sentimentale en l'air … avec une totale indifférence.

Je ne répondis pas tout de suite. Chacun de ces mots me brisait le cœur tant ils étaient sincères. Puis, elle ajouta, d'un air songeur, presque rêveur,

-Tu devrais te trouver quelqu'un.

Je ne pus empêcher une légère grimace de prendre place sur mon visage. Voilà le sujet que je voulais éviter. Trouver « le grand amour. »

-Je n'ai pas de vie sentimentale et n'en veux pas Sakura.

-Je te parle pas de te marier Naruto … mais juste, quelqu'un qui prendrait soin de toi, tu vois ?

Comme je ne répondais pas, elle ajouta, toujours de cet air insupportablement envieux,

-Et puis, tu ne voudrais pas avoir des enfants un jour ? Fonder une famille …profiter de la vie …

Je serrai les poings et dis, d'un ton plus dur que je l'aurais voulu,

-Sakura … un monde comme celui-ci est trop cruel pour des enfants.

Elle sursauta. J'avais touché une corde sensible. La guerre avait détruit tant de choses, et un nombre de rêves incalculable. Ces ovaires aussi. C'était un coup bas de ma part. Elle ne renonça pas pour autant,

-Oui mais …

-Sakura, la coupais-je, ça suffit. Laisse-moi profiter de la vie comme je l'entends.

-Alors toi, juste du cul toute ta vie, ça te va ? Hurla-t-elle sidérée.

Je haussai les épaules. Ses yeux brillaient, humides des larmes qu'elle ne voulait pas me montrer. Elle se leva précipitamment, emporta son sac bleu canard d'une main vive et cria avant de claquer la porte,

-Et bien bon courage monsieur l'ermite ! Mais ne compte plus sur moi !

Je haussai les épaules alors que mon cœur se serrait. Elle reviendra.

~OoO~

Mon masque est en place. Je suis anonyme, moi, le meilleur des Anbus. Mon visage est camouflé par un masque noir, le même que tous. Nous sommes une unité, nous sommes la Racine et rien d'autre. Pas question d'avoir une individualité.

J'aurais préféré avoir mon masque de cérémonie, pour avoir l'illusion de rendre hommage aux hommes que je vais tuer. Un masque chatoyant, représentant un renard étincelant, brillant jusque dans la nuit, dans les recoins les plus sombres. Comme pour avoir encore un peu de Kyubi sur moi. Pour avoir l'illusion d'être moins seul. Car il est mort, comme tous les bijuu. « Ça vaut mieux pour l'équilibre mondial et la paix de tous », ont décidé les Kages. Pas question d'avoir à nouveau une guerre comme celle-ci. La folie et la terreur de cette sanglante page de l'histoire ont marqué à jamais les esprits. C'est à ce moment-là que j'ai refusé de devenir Hokage. Je ne veux ni de loin ni de près être associé à cet acte. A la mort de mon ami. A son assassinat. C'est assez ironique quand on y pense, c'était le moment même où j'allais le devenir, où il l'aurait fallu. La vie est une farce, une immense blague, et je ne cesserais jamais de me le rappeler. J'ai perdu sa saveur. J'ai déjà l'impression d'être mort.

Je regarde devant moi. Il est temps d'y aller. Je n'ai pas besoin d'y toucher une nouvelle fois, je sais que mon masque est en place. Quelle importance de toute façon, me dis-je, ils vont mourir. Quelle importance s'ils aperçoivent mon visage. C'est absurde. Mais les ordres sont les ordres. Je me perche sur une branche, au-dessus de mes ennemis. Je diffuse délibérément un peu de mon chakra autour de moi, pour rendre la chasse plus intéressante. Officiellement, c'est pour encourager les mercenaires à montrer leurs pouvoirs, leur niveau. Mais mon chakra afflue toujours vers eux, sans qu'ils le sentent. Ils ne sont pas très puissants, ça ne doit être qu'une équipe d'assassins détruite par la guerre, errant, dépouillant les voyageurs qui passent pour vivre. Le sang sale, illégal, ne paye plus. De nos jours, le seul sang qui a un prix est celui des criminels.

Je leur envoie une brusque pression de chakra. Le résultat ne se fait pas attendre. Ils se tendent. L'un a les jambes tremblantes, incapable de résister à la pression, ça doit être le plus faible. Leurs yeux balayent de droite à gauche, de haut en bas. Leurs oreilles sont à l'affut du moindre son. Leurs muscles se bandent. Ils ont peur. Enfin. L'ennemi est autour d'eux, silencieux, invisible, puissant. Je pourrais les tuer d'un seul geste. Mais je n'ai pas envie. Pas tout de suite. Mon sang pulse et j'entends les battements de mon cœur s'accélérer brutalement, l'excitation gagner mes veines. Sang et sexe sont les seules choses qui me font me sentir vraiment vivant, et je suis comme un drogué, cherchant à chaque fois un peu plus d'adrénaline. C'est assez pathétique quand j'y pense. Alors, je n'y pense plus.

Je m'élance à corps perdu dans cette bataille, mes ennemis ont à peine le temps de se préparer. Je ferme les yeux et ralentis. Commence le compte à rebours. Trois... deux … un … Impact.

Un. Mon kunai s'enfonce dans la chair. J'entends un hurlement et inspire. Deux. Je retire l'arme. La chair se déchire, je peux l'entendre comme si c'était la mienne. Expire. Revers de la main gauche, le sang gicle et le corps tombe au sol, la poussière se colle à mes vêtements. J'entends clairement un gargouillis étouffé et qu'il suffoque, il doit s'étouffer dans son sang.

Facile.

Trois. On me fonce dessus, j'effectue un salto-arrière avant de prendre appui sur un arbre pour m'élancer. Je réalise un rasengan et le cache derrière mon dos. Quatre. J'enfonce dans une poitrine ma technique, le corps tournois et meurs sur le coup.

Ennuyant.

La dernière respiration s'accélère, je l'entends aussi clairement que si j'avais ma tête collée sur sa poitrine. Il cherche à fuir, et pars à travers les arbres. Je laisse un sourire prendre place sur mon visage.

Bien bébé, va-y, fais-bander. Cours sans t'arrêter, le plus vite possible, la peur t'habitant entièrement, la mort sur tes tallons. Laisse-moi la sentir, la terreur qui t'habite. Laisse-moi te traquer.

Cinq. Trop lent, la chasse est de très courte durée. Coup de pied dans le plexus, sa respiration est coupée et il atterrit sur un arbre, un peu sonné. Six. D'un geste bref de la main, je lui brise la nuque. Sept, ma mission est finie, les meurtriers exterminés.

Décevant.

Ils n'ont rien pu faire, à l'instant même où j'ai reçu la mission, ils étaient comme morts. J'ouvre les yeux et retire mon masque. Je dois ramener les corps, afin d'extraire plus tard toutes les informations qu'ils peuvent renfermer. J'abaisse à nouveau mon masque et prends les cadavres. Je sentais enfin apaisé, mes problèmes envolés. Mais voilà qu'une fois les meurtriers assassinés, ils reviennent au grand galop. Faut vraiment que je me trouve une occupation autre que de tuer … ça devient morbide.

~OoO~

Le soleil se couche lentement et des couleurs orangées prennent possession du ciel d'automne. Le vent souffle doucement, c'est agréable. Mes cheveux me caressent le visage. J'ai fini ma mission et rentre chez moi, mes sacs de course à la main. Sur le chemin, je passe devant la maison de Sakura. Les lumières sont allumées mais je ne capte pas le moindre mouvement à l'intérieur. J'hésite un instant puis finis par toquer à la porte. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre et mon amie apparaît, le visage décomposé, nerveux, elle a pleuré.

-Naruto ? M'appelle-t-elle, la voix un peu rauque.

Je hoche la tête. Je lève la main pour lui montrer que j'ai de quoi manger et demande,

-Je peux entrer ?

Elle hésite un instant puis ouvre la porte et me laisse passer. Alors que je pose mes sacs sur la table de la cuisine, je l'entends refermer la porte et s'asseoir sur une chaise, près de moi. Elle renifle et s'essuie d'un mouvement rapide les yeux. Mais pas assez pour que je l'ignore. Je sors un sachet de pâtes de mon sac ainsi qu'une boîte de converse de sauce tomate et une gousse d'ail. Je prends les instruments de cuisine dont je connais l'emplacement par cœur à force de venir chez elle le soir et commence à cuisiner. C'est souvent comme ça. On s'engueule, et je viens recoller les morceaux. Mais jamais Sakura ne m'avait paru si mal en point pour une dispute. Je mets les pâtes à bouillir et elle le couvert. Elle a les sourcils froncés comme sous l'effet d'une réflexion intense, le regard préoccupé. Que s'est-il passé ? Un problème au travail ? Après tout, elle est la secrétaire de Tsunade, c'est beaucoup de responsabilités … Elle m'en parlera une fois le ventre plein.

Quand le repas est prêt, je nous sers généreusement et nous passons à table. Nous mangeons en silence. Je débarrasse rapidement et nous allons nous blottir sur le canapé. Je la prends dans mes bras. Ces yeux brillent de larmes mal contenues.

-Sakura... l'appelais-je avec douceur, qu'est-ce qui ne va pas ?

Elle mord sa lèvre inférieure et ne répond pas. Je lui dis,

-Sakura, je suis vraiment désolé pour ce matin.

Toujours de pas réponse. Elle a détourné la tête, je ne vois plus que ces cheveux, son corps toujours collé au mien. Il tressaille. Pleure-t-elle ? Je continue de parler, espérant la calmer,

-Tu sais bien que je … que je ne veux aimer personne. Que je ne veux plus m'attacher à qui que ce soit de cette façon.

Des souvenirs me reviennent en pleine figure. Encore et encore, je vois Neiji assis, le visage entre les mains, pleurant la mort de sa cousine. Puis, je le revois se tourner vers moi, l'œil hagard, empli d'une souffrance abominable. Et dire, d'une voix brisée mais rageuse « C'est de ta faute si elle est morte ». J'ai mal. Mais c'est bien fait pour moi.

-Naruto … murmure la voix de ma coéquipière, me ramenant au moment présent avec brutalité malgré le bas volume de sa voix.

-Naruto, répète-t-elle, ce n'est pas ça. C'est juste … le travail.

J'avais donc visé juste tout à l'heure. Elle se retourne vers moi. Les larmes ont dévalé sur ses joues, ses yeux sans maquillage semblent vides. Les néons au-dessus de nos têtes blanchissent d'une façon lugubre son visage. Même ses cheveux roses paraissent ternes. Je l'embrasse sur la joue et demande d'un ton compatissant,

-Tu veux m'en parler ?

Elle se mord la lèvre plus fort encore, comme pour contenir ses paroles et le sang perle. Elle répond d'une voix morne,

-Pas le droit.

Voilà donc ce qui la travaillait tant. Un secret politique dont elle ne peut parler à personne. Être haut placé est un poste cruel. Ça doit être très important pour qu'elle ne m'en parle pas, ce qui signifie aussi que je serais au courant bien assez tôt. Sakura prend la couverture rouge et blanche à motifs indiens et à franges, qu'elle laisse toujours près du canapé et la met sur nous.

-Et toi, le travail, ça va ? Demande-t-elle d'une voix légèrement tendue; elle n'aime pas ce que je fais, encore moins mon surnom, je crois que ça lui fait peur.

-La routine.

-Ah.

Il n'y a rien d'autre à dire sur le sujet. Rien qu'elle n'ait envie de savoir.

-Tu as fais quoi aujourd'hui ? Je la questionne, pour briser le silence plus que par réel désir de savoir.

-J'ai débattu longuement avec le conseil et je suis arrivé à obtenir l'autorisation de construire de nouveaux orphelinats pour les orphelins de guerre.

-Ils ont accepté ? Je demande, étonné, le conseil était plutôt avare et l'argent manquait.

Elle rougit un peu et finir par dire mystérieusement, amusée,

-Disons que j'ai usé de plusieurs moyens de persuasion.

Je comprends dans un éclat de rire.

-Qu'as-tu mis dans leurs verres cette fois en leur disant que toi seule avait le remède ? De quoi avoir d'énormes furoncles ? Marqué sur le front « Je suis un idiot » accompagné d'oreilles d'âne ? [1]

Elle répond après quelques secondes, dans un gloussement,

-Un truc du genre.

Nous éclatâmes de rire en chœur. Après s'être un peu calmés, je lui demande, faussement moqueur, des larmes de rire encore aux yeux,

-Et la vieille n'a pas trop râlé ?

Elle fit une moue, et j'eus l'impression de retrouver la Sakura d'avant la guerre, qui riait des gens avec une désinvolture frôlant l'insolence,

-Disons que dans ce cas aussi, j'ai usé de différents moyens de persuasion.

Nous riment à nouveau. Je la regardai. Elle était belle ainsi, rayonnante de vie. Ses yeux pétillaient tels les bulles du champagne, des larmes de rire se pointaient à leurs extrémités et ses cheveux allaient d'avant en arrière en même temps qu'elle riait. J'adorais cette femme. Elle était de loin ma meilleure amie. Nous nous servîmes un verre.

-A l'amitié, dit-elle en trinquant et je répétai, souriant,

-A l'amitié.

~OoO~

Réveil difficile. Ma tête me faisait un mal de chien, ma bouche était pâteuse et j'avais aussi l'impression que mon ventre était aussi fragile que du verre, remué dans tous les sens. Je jetai un coup d'œil autour de moi. La maison de Sakura était vide, elle devait déjà être partie et avait ramassé les bouteilles que nous avions bues la veille. Je me levai en grognant et regardai l'heure sur l'horloge murale de sa cuisine: 9h37. Il y avait un mot bref accompagné d'un flacon sur la table.

Je suis partie tôt, merci pour hier soir et ne t'inquiète surtout pas à propos de mon travail. Bois la potion cul sec. Dis-moi quand tu es à nouveau libre. Amitiés, Sakura.

La distance entre nous était rétablie rien qu'avec ce mot, amical mais froid, conventionnel. J'avalai la fameuse potion d'un coup. Je faillis la recracher tant elle était amère mais après l'avoir entièrement bu, j'avais à nouveau l'esprit clair. Je remerciai mon amie intérieurement. En repensant à elle, mon humeur s'assombrit. Son mot m'inquiétait. Elle me disait de ne pas en savoir plus sur son travail, sûrement pour me rassurer, mais ça produisait tout l'effet inverse. Je remarquai que je mâchouillais une mèche de mes cheveux, une mauvaise habitude que j'avais prise. Je rassemblai rapidement mes affaires et partis. Je possédais la clef de sa maison, ce n'était donc pas un problème pour verrouiller la porte. Je déposai le double des clés sous son paillasson, comme d'habitude. Je décidai après un instant de réflexion d'aller voir Tsunade sans prendre le temps de prendre une douche et d'enfiler des vêtements propres. Il était déjà tard.

La vieille était étrange aujourd'hui, lunatique. Des cernes sous ses yeux trahissaient son manque de sommeil, ses cheveux noués à la va-vite ses préoccupations. Des feuilles étaient entassées sur son bureau, mais en me voyant arriver, elle les balaya sur le côté d'un geste de la main. Elles tombèrent et s'éparpillèrent sur le sol. Je me baissai automatiquement pour les ramasser mais elle m'interrompit d'une voix fatiguée,

-Laisse. Ça n'ira pas plus bas.

Je n'insistai pas. Elle ne m'avait jamais paru aussi vieille, lasse. La pauvre... elle n'était plus de première jeunesse et attendait certainement un remplacement à son poste de Hokage.

-La mission ? Demanda-t-elle.

Je me mis au garde-à-vous et commençai mon bref rapport d'une voix précise,

-Accomplie sans difficultés particulières. J'ai déposé les corps au service d'autopsie pour qu'ils les étudient.

Tsunade regardait par la fenêtre, sans avoir l'air de prêter une réelle attention à mon rapport. Je continuai, légèrement agacé, espérant attirer son attention,

-J'ai senti un chakra particulier émaner d'un des mercenaires, le résultat trouvé sera peut-être intéressant.

Elle ne réagit pas. Alors que je pensais partir, elle me questionna,

-Tu as effacé les traces de ton travail ?

Je fronçai les sourcils, intrigué. Elle ne posait pas cette question d'ordinaire. Même si j'effaçais toujours ce que j'accomplissais derrière moi, faisant parti de la Racine qui devait rester secrète, même si elle ne l'était plus vraiment, aucun ordre ne demandait de le faire. Au contraire, la plupart des gens trouvaient que c'était une bonne mise en garde contre les mercenaires et assassins de laisser la trace de la « justice ». Je décidai de ne pas y faire attention,

-Oui, répondis-je simplement.

-C'est bien.

Puis, elle ne me prêta plus aucune attention et retourna à son observation du ciel.

-Puis-je disposer ? Proposais-je, les dents serrées.

Elle sursauta à demi et se tourna vers moi. J'eus l'impression que c'était la première fois depuis que j'étais rentré dans son bureau ce matin qu'elle me regardait vraiment.

-Oui, oui bien sûr.

Alors que je me dirigeais vers la porte, elle m'interpella,

-Naruto ? Est-ce que tu peux m'appeler Sakura s'il te plaît ? Elle sait à propos de quoi c'est.

C'était certainement ce qui avait perturbé mon amie la veille. Peut-être que c'était aussi les préoccupations de Tsunade.

-Bien sûr, obéissais-je.

-Et dernière chose...

Je me tournai vers elle. Elle avait une lueur hésitante dans le regard et ouvrit la bouche, sur le point de dire quelque chose. Pourtant, elle parut se raviser et dit seulement, me plongeant dans un total désarroi,

-Sil te plait Naruto... ne m'en veux pas trop.

Je refermai la porte derrière moi, sans répondre. Quel secret m'était caché ?

~OoO~

Une fois rentré chez moi, je remarquai instantanément que quelque chose avait changé depuis mon départ la veille. Même s'il n'y avait aucune trace d'effraction, quelqu'un était venu. Maudissant les voleurs, je passai une heure à chercher au peigne fin ce qui manquait mais je dû me rendre à l'évidence: tout était en ordre. Pourtant, j'étais certain que mon appartement avait été fouillé. Mais par qui et dans quel but ?

Je décidai finalement, très agacé, de me rendre chez Sakura pour lui en parler, ou même aller revoir Tsunade. Pourtant, sur le pas de la porte, je m'interrompis. Seul un ninja de haut niveau aurait ainsi pu camoufler ses traces. Bêtement et sans pouvoir m'en empêcher, mon regard se porta sur le quartier Uchiwa, que j'apercevais de ma fenêtre.

Sois pas con Naruto, me repris-je, tu l'aurais senti si c'était lui.

Depuis notre rencontre dans la forêt, il y a sept mois, je ne pouvais m'empêcher d'espérer. Espérer de le revoir, ou simplement de l'apercevoir. D'avoir un signe, une trace de lui. Mais je sais que cela signifierait aussi sa perte. Il doit rester un vagabond jusqu'à la fin de ses jours, jusqu'à que la mort le libère. Il doit rester invisible. Il me semble que de tous mes rêves de gamins, celui de le ramener à Konoha soit le plus ancré dans mon cœur. Des images et des sensations envahissent mon corps quand je repense à lui.

Son air surpris quand il me reconnait, le partage de son feu, l'orage qui se déclenche, ma main dans la sienne qui, froide, me guide, ses cheveux plaqués sur son visage, à cause de l'eau, il secoue la tête dans la grotte, et les gouttes d'eau glissent, sur ses vêtements, son corps, c'est beau, il est beau, ses cicatrices, la chaleur de son corps contre le mien, ses jambes mêlées aux miennes, son souffle près du mien, les frissons de bien-être car le froid s'en va, le réveil dans ses bras, son air tranquille quand il dort, la tempête qui ne finit pas, je ne veux pas qu'elle finisse, sa main sur mon épaule, sa présence à côté de moi, ses muscles tendus quand il s'interroge sur les rations, son sourire complice bien que malheureux, sa bouc...

ARRETE !

Je sursaute, m'extirpant de mes souvenirs d'il y a quelques mois, de mes pensées pas vraiment destinées à un ami. Je serre les dents et détourne les yeux de la fenêtre. Il me manque. Qu'est-ce-qu'il me manque putain. Lui comprenait. Lui est comme moi. Il est le seul.

-Naruto !

Je faillis sursauter de nouveau, je n'avais pas entendu Sakura monter. Elle était devant ma porte. En larmes. Encore. L'inquiétude s'empara de mon être. Elle se jeta sur moi et sanglota un flot de paroles, la plupart incompréhensibles,

-Oh tu es là, oui tu es là... Naruto … désolée, j'ai fait tout ce que j'ai pu mais... Désolée, Naruto... le tuer... Naruto, toi seul peux … Désolée …. pas te trahir, sil te plait, me laisse pas... me laisse pas... le tuer …. vite...

Je lui caresse les cheveux et mets son visage face au mien.

- Pourquoi je te laisserais ? Tuer ? Sakura je ne comprends rien, calme toi.

-'tuer … Me laisse pas … pardonne-moi...

-Tuer ? Sakura, qui ?

Je la secoue à présent, j'ai peur. Elle renifle bruyamment et tremblotte quand elle achève,

-Sa... Sasuke... Ils l'ont eut …. 'vont le tuer … il était dans les cellules spéciales... depuis... hier... mais ils ont décidé... il... va... mourir... je pouvais pas te le dire... pardonne-moi...

Sasuke. Je lâche Sakura qui s'écroule contre ma porte, le visage entre les mains et m'en vais du plus vite que je peux. Comme les morceaux d'un puzzle, tout s'emboîte parfaitement dans ma tête à présent. Tout s'explique. Sakura savait. Tsunade savait. C'est la Racine qui doit avoir fouillé mon appartement... même si j'ignore encore dans quel but, c'est forcément lié à lui.

En tout cas, Sasuke ne peut être qu'à un seul endroit.

Je regarde droit devant moi, courant sur les toits, une pluie légère sur le visage. Devant moi, le bâtiment de l'Hokage se dresse. Je sais qu'il est là. Il ne peut être que là. Je pénètre dans le bâtiment en brisant une fenêtre.

J'étends mon ouïe. Des gens étaient regroupés par dizaines... le tribunal.

Je cours, toujours, je passe les portes au nez des gardes, qui tentent de m'attraper. Je n'ai pas le droit d'être ici. Je n'ai pas le droit de m'opposer à sa mort. Comme pour Kyuubi, je ne peux qu'assister à l'assassinat de mon ami. Les règles sont les règles. Mais pourtant, je n'arrêterais de courir pour rien au monde. J'y arrive. J'y suis, les gens se pressent autour de moi, hurlant, criant, contre la seule véritable personne qui a su voir à travers mon masque. Et alors que je me frayais un chemin dans cette foule excitée, courant le plus vite que je pouvais, une insoutenable peur me tordait les entrailles. Son nom passait en boucle dans mon esprit, aussi vite que mes battements de cœur. Puis, je le vis. Il était comme un roc inébranlable au milieu d'une tempête.

« Ça y est, me dis-je, il s'est fait attraper. »

~Fin de la deuxième partie~


[1] inspiré de la série Merlin, je l'avoue, mais cet épisode avec le gobelin m'avait tellement fait rire …

Je sais, c'est pas cool de couper là. Je préfère dire « partie » que chapitre pour cette fic. Mais que les lecteurs se rassurent, ce n'est qu'un petit délire de l'auteure. Comme d'ordinaire, le temps de publication pour la suite reste aléatoire, ce qui est assez inquiétant. Cependant, je suis très attachée à cette fiction, alors même si je dois écrire en dormant, j'écrirais (je crois que je vais m'arrêter là, ça deviens bizarre... comment ça, c'était déjà bizarre ? Comment ça je parle toute seule ?).

Merci d'avoir lu jusques là, j'espère que ça vous a plu.