Séquelle-préquelle de la fic de Scorpio-no-Caro « Envers et contre tout » que je vous recommande de lire avant cette histoire.

Séquelle parce qu'elle fait suite, mais préquelle parce qu'elle raconte une histoire qui se déroule avant.

Merci à elle de m'avoir autorisé à raconter cette histoire que j'avais très envie de faire et de m'en avoir fait la bêta.

Disclamer : les personnages et l'univers appartiennent à Masami Kurumada

Astrid : Merci beaucoup. J'avoue que j'avais très envie de faire une histoire avec ce couple depuis un moment et après avoir lu la fic de Caro, je n'ai ps résisté à l'envie de lui demander si je pouvais, si elle-même ne comptait pas la faire. Je la remercie encore mais j'espère pouvoir en faire une autres aussi un jour, de mon cru, sur ce couple que j'aime beaucoup. Voici la suite et fin, j'espère qu'elle te plaira autant et merci encore de tes encouragements. Bisous.

Ignis : Merci beaucoup, j'espère que tu aimeras la fin ! bisous.

Un grand merci à tous pour votre soutien et vos coms. Bonne lecture !


Chapitre 2

Le bruit que fit la jeune femme en s'enfuyant sembla sortir Aïoros de sa torpeur passagère. Son regard embrassa la scène et il sourit à son cadet avant de s'avancer vers lui :

- Bonjour 'lia. Content de voir que tu vas mieux ! fit-il en le gratifiant d'une accolade qu'il prolongea quelque peu, comme pour se persuader qu'il était bien là.
- 'ros…
- Pardonne-moi… le coupa son aîné. Je ne voulais pas te faire souffrir. Je ne voulais pas qu'on se dispute…

Shaka reprit sa route, les dépassa et d'autres chevaliers arrivèrent en les saluant, les empêchant de poursuivre leur conversation. Ils suivirent le mouvement et se dirigèrent côte à côte vers les arènes.

Si en apparence le Sagittaire était calme, sa tête bouillonnait. Toutes ses alarmes internes s'étaient activées en même temps. Il avait vu le regard et l'expression de son cadet. Ça l'avait tant étonné qu'il en était resté presque paralysé de stupeur. Jusqu'à la fuite de Marine. Elle aussi avait vu, il en était certain. Il ne comprenait absolument pas comment de cette dispute avait pu naître de tels sentiments dans le cœur d'Aïolia. Il se croyait le seul atteint de cette folie mais visiblement non. En un sens, cela lui expliquait aussi les étranges sautes d'humeur de ce dernier quand à ses sorties. De la jalousie, voilà ce qui l'avait poussé à tant critiquer ses nuits en ville. Ce qui lui fit également comprendre que la dispute n'avait fait que révéler cette vérité que son cadet qui ne l'avait pas encore réalisée jusqu'alors. Ce qu'il savait lui depuis un bon moment, Aïolia venait tout juste de le comprendre.

L'entraînement se déroula pour lui dans une sorte de brouillard où il cherchait vainement la lumière qui dissiperait ce qu'il voyait comme un véritable cauchemar. Il prétexta une sortie en ville pour se soustraire à l'invitation de son frère à déjeuner avec lui. Il avait désespérément besoin de réfléchir à tout cela. Et c'est avec gratitude qu'il entendit Shura confirmer ce rendez-vous pourtant inventé de toute pièce et avec qui il se sauva littéralement du Sanctuaire sitôt sa douche expédié. Sûrement son ami avait-il dû ressentir son malaise.

Le Capricorne ne lui demanda rien mais l'emmena dans un restaurant calme en dehors de la petite ville :

- Tu veux en parler ? lui proposa-t-il simplement quand ils eurent commandé.
- Trop tôt, répondit-il. Je ne n'y comprends rien… C'est…

Mais non, il n'arrivait pas encore à mettre des mots sur ses impressions. Et ses pensées étaient encore bien trop chaotiques pour qu'il tente seulement de rationnaliser ce qu'il avait découvert ce matin.

Alors Shura parla. De tout, de rien, conscient que son ami ne l'écoutait ou ne l'entendait pas vraiment, qu'il se débattait avec des choses bien plus profondes que les petites anecdotes qu'il s'évertuait à raconter pour le distraire. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui lui arrivait, tout ce qu'il savait c'est que le Sagittaire avait besoin d'air, de temps et c'était la seule chose que pour l'instant il pouvait lui offrir.

Il ne savait pas non plus vraiment comment avait débuté leur amitié, mais il se sentait bien en sa compagnie. Peut-être ce malaise ambiant que tous ressentaient et qui n'avait jamais semblé le toucher l'avait-il attiré ? Peut-être avait-il aussi eu envie de rattraper un peu sa faute du passé, même si Aïoros la lui avait pardonnée de suite.

Toujours était-il qu'il ne le lâcherait pas alors qu'il avait besoin d'aide. Il resterait avec lui autant qu'il le faudrait.

Ooo000ooO

Aïolia rentra donc seul à son temple. Un peu déçu quand même que son aîné ne le suive pas. Mais il se fit rapidement une raison, car au fond de lui, il était certain que tôt ou tard il reviendrait vers lui.

Si le Lion avait une qualité commune avec son frère, c'était son honnêteté, et lui aussi avait vu partir Marine en courant. Il était désolé pour la jeune femme qui avait placé tant d'espoir en lui mais il savait aujourd'hui qu'il ne serait jamais capable d'y répondre. En avait-il été toujours ainsi ? Peut-être bien que oui après tout. Sinon comment expliquer qu'il n'ait jamais été plus loin dans leur relation ? Toujours était-il qu'il lui devait au moins une explication. Oh bien sûr, il n'allait pas lui révéler qu'il était amoureux d'Aïoros, mais simplement lui faire comprendre qu'elle aurait plus de chances d'être heureuse avec quelqu'un d'autre que lui. Il savait que ce ne serait pas simple mais il le lui devait.

Et puis, n'était-il pas mieux de clarifier sa vie avant de pouvoir tenter d'envisager une relation plus suivie avec son frère ? Là encore, il devinait que rien ne serait facile, que les difficultés ne faisaient que commencer, mais il avait déjà tant enduré par le passé. S'il devait payer ses erreurs d'autrefois, sa trahison envers le Sagittaire, il était prêt à y faire face. Parce que son cœur savait lui, qu'il ne pouvait vivre sans lui. Non, pas maintenant qu'il avait enfin compris.

Il partit donc après son repas en quête de Marine, un sourire apaisé sur les lèvres.

Ooo000ooO

Aïoros et Shura passèrent l'après-midi ensemble, à se promener dans les collines autour du Sanctuaire pour finir par s'installer sur la plage et regarde le flux et le reflux de la mer. Peu à peu le Sagittaire se calmait. Et réfléchissait. Il parvenait même maintenant à répondre aux flots de paroles de son ami, à plaisanter un peu avec lui.

- Merci Shura, dit-il alors qu'un silence s'était installé entre eux, en fin d'après-midi.

Il avait les yeux perdus sur les flots calmes en face de lui.

- Tu avais besoin d'un peu de compagnie non ? répondit ce dernier. Tu veux en parler maintenant ?
- C'est Aïolia…
- Ça, j'avais saisi…
- Désolé… Je suis un peu perdu là ! C'est tellement… inattendu !
- Explique, car là je ne te suis pas du tout.

Le Sagittaire tourna vers lui un visage fatigué mais résolu :

- Je crois qu'il s'est rendu compte qu'il était aussi attiré par moi. Ou du moins le croit-il… Mais je ne peux pas le laisser penser ça. Il faut qu'il vive sa propre vie !
- Et pourquoi donc ?

- Comment ça pourquoi ? s'emporta Aïoros en se levant. Parce que c'est mal ! Nous sommes frères Shura ! Et puis, Marine l'aime ! Je le sais, je l'ai vu dans ses yeux ! Il doit vivre une vie normale ! Pas se fourvoyer avec moi ! Je ne peux pas le laisser faire ça, je n'en ai pas le droit ! Je me dois de le protéger, de l'empêcher de commettre cette folie ! Il se peut qu'il se trompe, qu'il confonde juste l'amour fraternel avec ce qu'il croit être de l'amour, je dois absolument le lui faire comprendre !
- Et s'il ne se trompait pas ? demanda calmement le Capricorne qui n'avait pas bougé pendant son éclat.

Aïoros se figea et reporta son regard vers la mer. Un instant, la question de son ami le déstabilisa. Puis il serra les poings :

- Il ne peut que se tromper Shura, dit-il plus calmement. Il ne peut en être autrement.
- Si tu le dis…

Le Capricorne se leva à son tour et demanda :

- On rentre ?
- Oui. Autant que je mette les choses aux claires le plus vite possible et je ne voudrais pas priver Angelo de ta compagnie plus longtemps ! répondit le Sagittaire en souriant malicieusement. Merci encore d'avoir été là pour moi Shura.
- Pas de quoi ! On est ami non ?

Ils reprirent le chemin des temples en plaisantant sur divers sujets, mais n'abordèrent plus ce qui les avait amenés ici. Pourtant le Capricorne était loin d'être certain que son ami avait choisi la bonne solution. Pour être même tout à fait honnête, il était persuadé du contraire. Mais ça, Aïoros s'en apercevrait bien assez vite tout seul. C'est qu'il commençait à bien le connaître…

Ooo000ooO

Les deux frères se retrouvèrent donc le soir même pour un dîner chez le Lion. Aïoros était allé directement le voir en revenant mais ne l'avait pas trouvé chez lui. Il lui avait laissé un mot pour lui faire savoir qu'il était revenu. Son cadet l'avait contacté par télépathie en revenant de son après-midi passé avec Marine.

Aïolia avait préparé un repas simple mais qui plairait à son aîné. Un plat typiquement grec qu'il adorait, une moussaka. Cela en plus leur rappellerait leur enfance quand Aïoros cuisinait ce même plat pour lui. Tandis qu'il le préparait, il repensa qu'il lui avait fallu des années pour simplement arrivé à en remanger après sa mort. Comme si le faire aurait trop ravivé le souvenir de ces années de bonheur. Il souriait en faisant revenir la viande avec les oignons. Il se sentait heureux ce soir. Bien plus qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Comme libéré d'un grand fardeau.

Aïoros arriva alors qu'il venait juste de mettre sa préparation au four. Tout l'appartement embaumait des effluves du plat en train de cuire :

- Une moussaka ? fit-il en entrant. Tu as appris à la faire ?
- Oui, je savais que ça te ferait plaisir.
- C'est gentil 'lia… Encore désolé pour ce midi.
- Ce n'est pas grave, ça m'a laissé le temps de te concocté ce plat ! Viens, prenons un verre pendant qu'il cuit.

Ils s'installèrent dans le salon du Lion meublé simplement comme celui de son aîné et de quasiment tous les chevaliers qui n'avaient pas vraiment encore trouvé le temps de profiter des largesses de Saori concernant leur confort personnel. La jeune fille leur avait à tous alloué un budget, chose qui ne s'était sûrement jamais vu au Sanctuaire. Cela, ajouté à cette nouvelle vie qu'ils n'étaient pas tous certains de mériter ne facilitait pas leur vie quotidienne. Néanmoins, tant bien que mal, ils tentaient tous de s'y faire.

- Je suis vraiment content que tu sois sorti de ta retraite, commença l'aîné après avoir trinqué. Je n'avais pas envie qu'on reste fâché tous les deux.
- Ce n'était pas de ta faute, j'ai réagi bêtement. Je suis désolé.

Ce petit différend mis au point, ils parlèrent un moment de choses et d'autres et se mirent à table.

Aïoros était conscient que les regards que lui lançait son cadet avaient changés. Ils étaient plus doux, plus indulgents aussi. Comme s'il s'évertuait à son tour de jouer au grand frère compréhensif ou prévenant, il ne savait pas trop. Il attendit tout de même d'avoir en partie dégusté sa moussaka, excellente d'ailleurs, avant de remettre un peu les choses en place :

- J'espère que tu éviteras ce genre de sermon à ce pauvre Shura à notre prochaine sortie en ville, dit-il en souriant.
- Parce que tu comptes y retourner ?

Sa fourchette resta suspendue entre son assiette et sa bouche, tellement il fut surpris par la question :

- Et pourquoi je ne le ferai pas ? Surtout maintenant que tu as compris…
- Justement ce que j'ai compris ne t'oblige pas à retourner là-bas ! le coupa-t-il.
- Là, c'est moi qui suis perdu 'lia.
- Mais enfin, tu l'as bien vu non ?
- Bien vu quoi ?
- Je t'aime 'ros ! Inutile de chercher ailleurs ce que tu as ici ! s'énerva le Lion.
- Arrêtes de dire des bêtises tu veux, répondit calmement le Sagittaire en continuant son repas.
- Mais…
- Mais rien du tout. Ce que tu penses ressentir n'est rien d'autre que de l'amour fraternel 'lia. Tu as ta vie, Marine…
- Marine ne fais plus partie de ma vie ! Que tu le veuilles ou non, je sais très bien ce que je ressens ! Et ça n'a rien à voir avec de l'amour fraternel !
- Comment ça Marine ne fait plus partie de ta vie ? demanda froidement Aïoros, posant cette fois sa fourchette, décontenancé par cette nouvelle. Qu'est-ce que tu racontes ?
- La vérité 'ros.
- Mais enfin tu es fou ou quoi ? Marine t'aime !
- Moi non ! Et je lui ai parlé cet après-midi pour le lui expliquer !

Aïoros se leva et commença à faire les cent pas dans la cuisine, essayant de se calmer :

- Finis donc de manger, tout ce que tu diras n'y changera rien !
- C'est de la folie tu le sais ça ? lui rétorqua son aîné.
- Je ne suis plus à ça près. Tu oublies que j'ai fait une folie en te trahissant, répliqua le cadet en continuant presque calmement à manger. Je n'abandonnerai pas 'ros. Jamais !
- Tu es fou ! C'est impossible et tu le sais !
- Ose me dire que tu ne ressens pas la même chose ! s'écria Aïolia en se plantant devant son frère. Ose seulement me jurer que tu n'as pas toi aussi, cette même envie !

Il tenta bien de le dire le Sagittaire mais il ne le put pas. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Ses yeux plantés dans ceux du Lion, il finit par simplement baisser la tête pour dire d'une voix lasse mais ferme :

- Je te protégerai 'lia, que tu le veuilles ou non. Je ne te laisserai pas commettre cette folie… même si je dois te perdre pour cela…

Il avait relevé la tête. Son regard était aussi ferme que sa voix :

- Pardonne-moi…

Il sourit tristement, passa sa main sur la tignasse de son cadet et tourna les talons sans rien ajouter de plus.

Aïolia s'était figé, incapable de bouger, terrassé par ce qu'il venait de d'entendre.

Ooo000ooO

A partir de cette soirée, Shura put constater que son ami devenait de plus en plus taciturne. Il avait bien de essayer de le faire se confier, mais en vain. Bon, il n'était pas idiot non plus, et comme tous, avait remarqué que les deux frères ne se parlaient quasiment plus. Pourtant cela ne semblait pas entamer la bonne humeur du Lion. Du moins en apparence. Tous surprenaient, malgré ses efforts pour les cacher, les regards presque suppliants qu'il lançait régulièrement à son aîné.

Aïolia avait été surpris bien sûr par la brutale dénégation de son aîné mais il ne désarmait pas pour autant. Persuadé d'avoir raison, il se contenta de patienter en surveillant les agissements de son frère. Le Lion était têtu et ce n'était pas peu dire. Si enfant on le traitait de tête de mule, ce n'était pas pour rien. C'était aussi sûrement grâce à cette persévérance hors du commun qu'il avait réussi à devenir celui qu'il était malgré ce que certain qualifiait chez lui d'ascendance maudite. Son frère le repoussait, qu'à cela ne tienne, il lui prouverait d'une façon ou d'une autre que c'était inutile.

Aïoros, lui, souffrait le martyr. Devoir se priver de la compagnie de son cadet le minait même si sa raison le lui dictait. Non, il ne serait pas à l'origine de nouvelles souffrances et brimades à l'encontre de son frère. Il avait déjà bien trop souffert par sa faute. Qu'il puisse par contre souffrir de son rejet ne lui venait même pas à l'idée. Il devait le sauver et peut importait si lui devait sacrifier son bonheur ou sa vie pour cela. Le vide qu'il ressentait devenait si intense au fil des jours qu'il ne chercha bientôt plus la compagnie de Shura pour aller s'étourdir en ville régulièrement.

Au bout de trois semaines de ce régime, il devint bien moins vigilant et ne se rendit pas compte que les soirs où il quittait le Sanctuaire depuis environ une semaine, une ombre discrète le suivait.

Il s'installait en général au bar d'une boite gay branchée qu'il affectionnait, buvait quelques verres en observant la salle, recherchant sa proie. Celui qui pour un soir lui ferait oublier son cadet. Bien que l'alcool ne le grise jamais totalement, son contrôle sur son cosmos étant bien trop aiguisé pour cela, il attendait tout même de l'être assez pour aller séduire celui qu'il avait choisi et dont l'apparence serait assez trompeuse pour lui rappeler Aïolia. Au moins l'espace d'une nuit.

Ce soir-là, il n'eut pas besoin d'attendre sa dose d'alcool habituelle pour repérer un jeune homme se trémoussant sur les rythmes endiablés des musiques sud américaines que les hauts parleurs diffusaient. Le niveau sonore empêchait toute conversation à moins d'être collé à la personne avec qui on voulait parler. Pourtant un nombre assez impressionnant d'hommes tournaient et cherchaient coûte que coûte à attiré l'attention de l'apollon. Il fallait avouer que ce dernier était écrasant de charisme. D'ici, il ne devinait que son visage dans la semi-obscurité, qui lui convenait parfaitement. Vêtu d'un jean largement déchiré à certains endroits et lui collant à la peau, d'un gilet de cuir qui laissait voir son superbe bronzage et sa musculature parfaite, il semblait pourtant presque indifférent à l'intérêt qu'il suscitait. Des cheveux courts et visiblement châtains, difficile à juger avec les lumières, achevèrent de faire remonter un long frisson le long de l'échine d'Aïoros qui venait d'atteindre son quota habituel d'alcool. Il posa son verre vide et se dirigea vers la piste de danse. Pour peu qu'il ait des yeux verts et cette fois l'illusion serait parfaite pensa le Sagittaire en se glissant dans la marée humaine.

Il ne fut pas long à atteindre sa cible et profita d'un éblouissant jeu de lumière pour se glisser juste derrière lui et lui murmurer quelques mots à l'oreille, lui proposant un peu de compagnie pour danser. Semblant y consentir, l'inconnu se colla contre lui en continuant à se déhancher au rythme endiablé de la musique. Aïoros posa ses mains sur taille, frissonnant de nouveau en sentant sous ses doigts le corps parfait et la peau nue, humide de sueur. Il regrettait juste de ne pas avoir eu le temps de vérifier la couleur de ses yeux. Il se hasarda à mordiller son oreille et l'inconnu se laissa aller un peu plus contre lui, comme pour l'inviter à poursuivre. A ce moment la musique changea et devint plus douce, les lumières se tamisèrent pour permettre une tendre intimité. L'homme se retourna pour venir se lover dans ses bras, nouant les siens autour de son cou.

Il n'eut que le temps que d'apercevoir son visage avant qu'il ne colle contre lui. Une alarme s'alluma dans son esprit quand même fortement embrumé par l'alcool. Une impression fugace et trop rapide qu'il mit sur le compte de l'excitation du moment. Mais quand ses mains se mirent à parcourir le corps de son apollon d'un soir, elle revint lui permettant de l'identifier. Il lui semblait familier, bien trop familier. Il sentit son bassin se coller au sien. Une même excitation parcourait visiblement son inconnu et ses lèvres furent capturées avant qu'il n'ait le temps d'approfondir ce qu'il venait de percevoir. Le baiser le prit de court et le transporta dans un autre monde. Jamais ses conquêtes ne lui avait fait un tel effet. Il sut à cet instant que quelque chose clochait, mais c'était si bon. Bien trop. Il poussa un gémissement étouffé par la bouche gourmande qui le dévorait. Plus rien n'existait que l'être qui l'embrassait divinement, faisant réagir toutes ses cellules qui semblaient bouillonner en lui. Son corps était parcouru d'un milliard de frissons, son sang était devenu de la lave en fusion qui ne demandait qu'à jaillir pour partager ce qu'il pressentait comme grandiose. Il sut avant même de le regarder. Il devina ce qui le frappa comme une évidence.

Ils se séparèrent à bout de souffle mais il le serra contre lui, enfouissant sa tête contre le corps puissant qui, bien évidement, l'accueillit :

-'lia…
- 'ros…

Ils se balancèrent encore au rythme de la mélodie langoureuse, ne remarquant même pas les regards d'envie que leur couple provoquait autour d'eux. Ils étaient seuls au monde à cet instant, seuls au milieu d'une marée humaine.

Mais la réalité reprit ses droits. Une nouvelle fois, les rythmes changèrent et s'accélérèrent. Aïolia, qui s'était remis plus rapidement que son aîné, l'entraîna alors à l'extérieur en lui disant :

- Viens, on a plus rien à faire ici.

Aïoros, sonné et mis devant la terrible vérité qu'il avait tout fait pour fuir, le suivit docilement, tiré par sa main douce mais ferme. Son cadet le guida à travers la foule, jusqu'à ce que le quartier vivant et animé des nuits de la ville, soit loin derrière eux. Mais il ne retourna pas au Sanctuaire, pas encore. Il avisa le premier hôtel correct et y entra.

Aïoros ne chercha pas à l'en dissuader. Tout son corps lui criait encore qu'il avait besoin de bien plus que de ce baiser. Il était vaincu. Son cadet l'avait poussé dans ses retranchements, il était entièrement à sa merci. Et n'avait plus nulle envie de se battre contre lui. Tout comme il ne voulait surtout pas penser à demain.

Ils se retrouvèrent vite dans une chambre banale qu'ils ne regardèrent pas. A peine la porte passée et refermée, Aïolia l'attira dans ses bras pour un nouveau baiser. Si leur sortie à l'air frais avait quelque peu calmé leurs ardeurs et dégrisé le Sagittaire, il suffit que leurs bouches se frôlent pour que le feu renaisse et les embrase à nouveau.

Totalement conscient de ce qu'il faisait cette fois, Aïoros le débarrassa du gilet qui l'empêchait d'accéder à la totalité de la peau qu'il avait enfin à sa portée. Son cadet grogna de plaisir et d'anticipation en collant son bassin au sien, leur envoyant une décharge électrique dans le corps et le laissa maître de la situation, se soumettant volontiers à la ferveur qu'il déployait. Mais la raison du Sagittaire revint de nouveau le tarauder, l'empêchant de se laisser aller davantage. Il s'écarta de lui. Des deux mains, il attrapa le visage de son cadet pour le regarder :

- 'lia… c'est de la folie… murmura-t-il.
- C'est ça ou mourir à petit feu. Je veux que tu vives 'ros ! Je veux que cette vie soit la notre ! Je te veux tout comme tu me veux ! On n'y peut rien, c'est plus fort que toi, plus fort que moi !
- Mais… Tu vas en souffrir ! Les autres…

Aïolia le coupa d'un chaste baiser très tendre et captura son regard :

- Continue à me repousser et tu me feras bien plus souffrir que toutes les médisances du monde… Je t'aime et je sais que tu m'aimes aussi. C'est tout ce qui compte. Ensemble nous affronterons tout le reste ! Toi et moi ! Ensemble… 'ros…

Il le regardait à la fois suppliant et confiant. Il lui souriait, il était si beau, si pur à ses yeux. Aïoros se rapprocha presque malgré lui. Avec déférence, il s'empara de nouveau de ses lèvres encore gonflées de leur dernier baiser. Ce fut cette fois très tendre. Leurs bras reprirent leur place initiale, leurs corps se frôlèrent à nouveau. Mais, si le feu couvait encore eux, ils prirent le temps d'approfondir ce baiser, de le savourer aussi, d'accepter enfin l'inacceptable.

Ils commencèrent aussi à se découvrir. Le tee-shirt de l'aîné rejoignant bientôt le gilet du cadet sur le sol. Torses nus tout deux, ils purent lentement prendre le temps de goûter la peau de l'autre, de s'enivrer de l'odeur musquée qu'ils dégageaient. Par commodité, ils gagnèrent le grand lit qui leur tendait les bras. Leurs pantalons ne tardèrent pas à les gêner pour poursuivre et ils s'en débarrassèrent mutuellement, franchissant peu à peu les étapes vers ce qu'ils ne pouvaient plus fuir, leur amour incestueux.

Du creux d'un cou à la douceur d'une épaule, d'une pointe de téton qui se tendait dans l'attente d'une autre caresse à un ventre qui frémissait sous des baisers, ils explorèrent, goûtèrent, dévorèrent sans jamais se rassasier du corps de l'autre. Le temps s'était arrêté pour eux cette nuit. Ils n'étaient plus que tous les deux, seuls au monde.

Les gestes devinrent peu à peu plus appuyés, plus précis aussi. Leurs corps réclamaient davantage et ils ne pouvaient plus les ignorer.

Aïoros, alors à califourchon sur son cadet, descendit sa bouche de plus en plus bas, vers la fière virilité qui le défiait depuis qu'ils s'étaient tous deux mis nus un peu plus tôt, ou beaucoup, il ne savait plus vraiment. Aïolia se tendit brusquement sous lui quand sa main l'emprisonna pour la caresser dans un premier temps. Il ferma les yeux et un instant, le Sagittaire releva la tête pour l'admirer. Un râle profond s'échappa de sa gorge alors qu'il accentuait un peu son geste. Il le trouva divinement beau dans le plaisir.

Le Lion ne put retenir le cri de plaisir que lui procura la bouche de son aîné en l'engloutissant dans son entier. Son bassin se jeta à sa rencontre et ses mains vinrent s'agripper avec force aux épaules du Sagittaire qui n'en mit que plus d'ardeur à la tâche. Langoureusement, il l'emmenait au bord de la rupture pour mieux le faire patienter ensuite en explorant le reste de son anatomie. Mais ce petit jeu ne pouvait durer éternellement et il sentit bientôt son cadet s'arquer sous lui en rugissant son prénom.

Il le goûta avec autant de plaisir que de délectation et remonta jusqu'à lui pendant qu'il reprenait son souffle. Il se retrouva plaqué sur le lit, Aïolia reprenant la direction de l'échange et l'embrassant avec gourmandise. Il se retrouva bientôt grisé par ses multiples attentions, perdant le contact avec la réalité pour savourer cette torture aussi divine qu'infernale.

Le Lion s'en donnait à cœur joie. Il avait tant rêvé de cette scène depuis qu'il avait compris à quel point il aimait son aîné qu'il profita largement de sa supériorité momentanée, se délectant de ses cris et gémissements, frémissant à peine sous ses tentatives pour lui rendre la pareille. Il ne lui fallut pas longtemps pour être à nouveau excité par cet intermède un peu plus musclé que le précédent. Mais son frère arrivait au bout de sa résistance et il le sentit.

Il se calma et vint de nouveau le dominer pour capturer son regard avec le sien. Puis avec des gestes lents, il prit une position qui ne laisser aucun doute sur ses intentions. La bouche d'Aïoros s'ouvrit pour protester mais avant qu'un seul son n'en sorte, son frère s'empalait sur lui avec un feulement rauque. Il se retrouva le souffle coupé sous le choc d'être propulsé ainsi au plus profond de lui. Ses mains agrippèrent ses hanches et il tenta tant bien que mal de se calmer pour ne pas satisfaire tout de suite au besoin presque violent qu'il ressentait de se laisser dominer par ce que son instinct lui dictait en ce moment. Car les yeux d'Aïolia étaient embués de larmes.

Ce dernier les avait d'ailleurs refermés. Il luttait de toutes ses forces contre la douleur, se mordant les lèvres jusqu'au sang pour ne pas hurler. Il sentait son regard inquiet sur lui, ses mains rivées à ses flancs et entendait sa respiration saccadée, devinant l'effort qu'il devait fournir pour ne pas encore bouger en lui. Mais il était tellement heureux de lui offrir ce cadeau ! Il rouvrit lentement les yeux, aussitôt captés par ceux de son aîné et sourit à travers ses larmes tout en commençant à bouger doucement.

Un grognement de plaisir accompagna son geste et Aïoros se cala à ses mouvements encore quelque peu retenus, le temps que la douleur reflue, surveillant ses expressions. Il se redressa lentement pour l'entourer d'un bras alors que son autre main venait s'emparer de son sexe. Le Lion vint se caler contre son épaule et le mordit quand il se mit à bouger un peu plus vite. Mais rapidement le plaisir reprit le dessus et il rejeta sa tête en arrière sous le déferlante qui le submergea bientôt quand son aîné toucha sa prostate. Il perdit le fil de la suite, ravagé par la volupté le plus totale, plongeant avec délice dans la luxure du moment.

Ne comptait plus que les bruits indécents de leur union, les claquements de sa chair contre celle de son aîné qui enfin le possédait. Les râles ou grognements qu'ils ne pouvaient plus retenir ni l'un ni l'autre tant les sensations qui les parcouraient étaient jouissives bien au-delà de tous les mots qui auraient pu les décrire. Il ne formait plus qu'un. Enfin. Aïoros lui-même était dépassé par l'enivrante montée en puissance de leur osmose parfaite.

Il retarda autant qu'il put sa délivrance, plongeant et replongeant à l'infini dans le corps ainsi offert de son cadet. Mais la vague enflait en lui, de plus en plus fort, de plus en plus incontrôlée et prit bientôt possession de lui. Il fut emporté, sombrant lui aussi avec délice dans les flots du plaisir suprême qui le balaya encore et encore, jusqu'à l'infini.

Ils reprirent lentement leurs esprits savourant, dans la même position, les derniers frémissements de plaisir qui parcouraient encore leurs deux corps, étroitement enlacés et unis. Puis, Aïoros se laissa doucement glisser en arrière, entraînant son cadet. Le libérant, il l'attira contre lui pour un tendre baiser et le Lion se blottit au creux de ses bras. Ils ne parlèrent pas. Pas encore, ils laissèrent le sommeil les gagner en se câlinant tendrement. Le reste attendrait bien demain.

Ooo000ooO

Aïolia fut le premier à s'éveiller. L'image qu'il vit alors fut le visage serein de son aîné, dormant encore tout près de lui, son bras l'enserrant toujours. Il sourit et déposa un léger baiser sur ses lèvres entrouvertes mais ne chercha pas à se dégager de son étreinte. Les yeux du Sagittaire papillonnèrent et il s'éveilla à son tour.

- Bonjour, le salua son cadet.
- 'lut…

Le regard d'Aïoros se porta sur la fenêtre où tentait de percer le soleil à travers tous les interstices que les rideaux lui laissaient :

- Il est tard ? demanda-t-il.
- Trop tard pour l'entraînement si c'est ta question.

Son regard revint sur son frère :

- Non, pas vraiment. Ça va toi ? demanda-t-il en déposant un baiser sur ses lèvres.
- Ça ira, ne t'inquiètes pas. C'est plutôt moi qui devrais te poser cette question. Après tout, je t'ai tout même un peu forcé la main cette nuit…
- Tu m'as surtout mis devant la vérité que je fuyais… Et je ne suis pas du genre à me défiler. Alors te dire que je suis aux anges serait mentir mais je ferais avec.
- Tu regrettes ?
- Non. Toi oui ?
- Bien sûr que non, se récria Aïolia en se lovant contre lui. Mais j'ai cru que toi… un instant…
- Non, le rassura son aîné en le serrant contre lui. C'est plutôt comment ça va se passer maintenant qui m'inquiète. Les autres…
- Ils devront bien accepter ! le coupa son cadet.
- Je n'en suis malheureusement pas si sûr. Mais nous verrons cela en temps voulu, tu veux bien ? Pour l'instant, je prendrais bien une douche moi ! A moins que je ne te dévore encore une fois ? conclut-il malicieux en commençant à l'embrasser sur l'épaule.
- Je ne suis pas contre… les deux… gémit Aïolia.

Ils profitèrent donc encore de ces moments d'intimité d'un commun accord, remettant à plus tard les réalités qu'ils auraient à affronter en retournant au Sanctuaire. Une nouvelle étreinte les réunit, où cette fois, ce fut l'aîné qui s'offrit à son cadet. Puis une douche où ils prolongèrent leurs jeux plus tendrement. Ils quittèrent la chambre pour l'heure prévue mais flânèrent encore longuement en ville et puis vers des endroits plus calmes, où ils pouvaient à loisir s'embrasser ou simplement se tenir par la main. Ce n'est que bien plus tard, en fin de journée, qu'ils reprirent le chemin du Sanctuaire où ils arrivèrent à la tombée de la nuit. Ce qui les arrangea car ils ne croisèrent ni le premier, ni le deuxième gardien des temples, déjà retirés dans leurs appartements et ayant perçu et reconnu leurs cosmos.

Le troisième, ne leur posa guère plus de problème, si ce n'est qu'ils perçurent une violente dispute entre les deux Gémeaux en y pénétrant. C'était de plus en plus souvent depuis quelques temps que les jumeaux se querellaient ainsi. Ils se regardèrent un instant, ralentissant leur progression à travers le temple, et se sourirent comme s'ils venaient de comprendre une chose essentielle :

- Tu crois que… commença Aïolia.
- J'en aie bien peur…

Ils n'ajoutèrent rien, sachant pertinemment que chaque chevalier devait vaincre ses propres démons, comme eux venaient de le faire.

Angelo les attendait par contre, avec Shura à l'entrée du quatrième temple :

- Content de vous voir ! s'écria le Capricorne en les gratifiant tour à tour d'une joyeuse accolade.
- Nous de même, salua le Lion en lâchant la main de son aîné pour y répondre. Angelo…
- Bienvenu au bercail ! fit celui-ci en prenant sa main tendue.

Puis, ils se retrouvèrent chez Aïolia et s'y arrêtèrent. Demain viendrait bien assez vite. Ils n'avaient nullement l'intention de cacher leur relation mais ne comptaient pas non plus l'étaler. Alors autant profiter de l'intimité de leurs deux temples. Quoi qu'il se passe demain, ils s'étaient jurés un peu plus tôt dans la journée que rien ni personne, non pas même un Dieu, ne les séparerait à nouveau.

Ooo000ooO

Quand ils sentirent quelques temps plus tard, le retour des Gémeaux au Sanctuaire après leur escapade, ils n'hésitèrent pas un instant à descendre les marches les menant à leur temple pour les saluer et leur souhaiter un bon retour. Qui mieux qu'eux pouvaient comprendre leurs inquiétudes ?

Ils y étaient encore et ils venaient de finir leur récit. Assis dans le canapé côte à côte, dans le salon du troisième temple, les mains toujours nouées, Aïoros se tut et regarda tour à tour les jumeaux :

- Voilà ce qu'on voulait vous faire savoir à tous les deux, vous n'êtes pas seuls !

Et le sourire qu'ils reçurent en réponse était sans doute, le plus beau des remerciements.

Fin