Blabla de l'auteure: Petit changement dans l'ordre des OS! j'ai décidé d'en intercaler au moins deux entre Avidez et Honor parce que j'aimerais bien essayer de décrire l'évolution des relations entre Romano et Antonio et surtout le passage du "je te déteste" mutuel aux sentiments un peu plus...apaisés on va dire qu'on a dans Honor et que ça aurait pas été logique de les mettre après... Du coup le prochain OS se retrouvera encore avant Honor! (Oui je sais je suis chiante...)

Et tant qu'on est dans le domaine des rectifications, après moult prises de tête avec moi-même, j'ai décidé d'arrêter mes hérésies vis-à-vis de la langue française et je me suis résolue à appeler Antonio Espagne ou España ou Spagna mais plus Spain! (Du coup j'ai aussi rectifié dans les autres chapitres.)

Ah et niveau hérésies j'ai aussi corrigé des fautes, j'espère qu'il en reste plus trop dans aucun des chapitres...U_U


Amargura

Romano n'était en fait pas mignon du tout décida Espagne.

Le gamin avait beau ressembler à un petit angelot avec sa jolie frimousse toute ronde et ses grands yeux couleur noisette pas tout à fait mûre, en fait c'était un vrai démon. Antonio en venait parfois à se demander s'il n'était pas le résultat d'une malédiction lancée contre lui.

Depuis qu'il lui avait adressé la parole pour la première fois, le petit Royaume des Deux-Siciles traitait son nouveau tuteur avec un mélange de dédain et de mépris agressif, comme si c'était la péninsule ibérique qui venait d'être conquise par une armée italienne et non l'inverse. Il pouvait aussi être incroyablement vulgaire (ce qui était tout de même un comble pour une personne ayant passé une grande partie de son existence auprès du pape) et se mettait à débiter des torrents d'insultes dès qu'on lui demandait de faire la moindre chose ou que, pire encore, on lui faisait une remarque sur son attitude. Ou ce qu'il pensait être une remarque d'ailleurs : Espagne ne se souvenait pas d'avoir jamais côtoyé une personne aussi susceptible que ce fichu gosse.

Autant dire que le voyage de retour en Aragon n'avait pas été des plus plaisants en compagnie d'un gamin qui passait son temps soit à se plaindre, soit à bouder, soit à crier sur son tuteur pour bien lui montrer à quelle point la nouvelle domination espagnole l'enchantait.

« Vous feriez mieux de dégager tout de suite de mes terres bande de faux catholiques prétentieux! On a pas besoin de voir vos sales têtes enflées de Maures et de Juifs soi-disant convertis ni à Naples, ni à Palerme, ni nulle part ailleurs ! De toute manière vous irez tous brûler en Enfer ! »

Dire qu'Espagne n'appréciait pas vraiment qu'on remette en question sa foi catholique aurait été un euphémisme. Il dû donc se faire violence pour ne pas jeter Romano par-dessus bord en lui criant « Et bien vas-y, rentre chez toi ! », lorsque leur navire dépassa les côtes de Sardaigne. Après tout ça n'aurait pas été un très bon exemple de charité chrétienne… Sans compter que le roi Alfonso aurait été légèrement contrarié.

Une fois qu'ils furent arrivés au château en bordure de Valence où habitait Antonio, celui-ci décida de confier Romano aux bons soins de sa batterie de domestiques pendant qu'il reprenait de son côté ses habitudes antérieures. Il était donc souvent absent, occupé à guerroyer dans le sud de la péninsule où la Reconquista s'achevait enfin, finalement pas mécontent de pouvoir ainsi s'éloigner de sa nouvelle conquête. Il n'avait aucune envie de maltraiter un enfant, cette idée allait même à l'encontre de bon nombre de ses principes moraux, mais il n'était pas absolument certain de pouvoir garder indéfiniment son calme avec ce gosse capricieux. Après tout il n'était pas une nounou et Romano était fatigant, exaspérant et tout simplement insupportable.

Les années se succédaient et Antonio passait son temps à parcourir la péninsule en long, en large et en travers. Il se battait, assistait aux réunions politiques de son souverain, rendait visite aux familles nobles, accueillait les délégations étrangères, faisait des tournées d'inspections dans les campagnes… Partout où il allait, les gens qu'il croisait semblaient le reconnaitre, quand bien même la plupart ne l'avaient jamais vu et ne connaissaient pas son nom. C'était comme une sorte d'intuition, d'instinct primitif qui les poussaient vers lui. On le saluait, les enfants couraient à sa suite, les jeunes filles lui offraient des fleurs, les femmes lui faisaient la révérence et les hommes se découvraient. Certaines personnes, les plus humbles et les plus pauvres souvent, s'agenouillaient même devant lui et saisissaient ses mains pour les baiser. Antonio les relevait et à tous il offrait ses plus beaux sourires. Il aurait voulu pouvoir prendre tous les hommes, toutes les femmes, tous les grands-parents et tous les enfants d'Espagne dans ses bras en une seule fois et les serrer contre son cœur pour qu'ils sentent qu'il ne battait que grâce à eux. Toute sa vie, toute sa force et toute sa joie, España ne les tiraient que de deux choses : sa terre et son peuple. Aragonais, Barcelonais, Castillans, Andalous, Galiciens… tous ils étaient Espagnols et Antonio ferait tout pour qu'un jour ils soient tous réunis dans un seul et même grand royaume.

Mais lorsqu'il rentrait à Valence, tout perclus de fatigue, ce n'était pas avec un sourire que Romano l'attendait et loin s'en fallait. D'ailleurs Espagne ne se rappelait pas l'avoir jamais vu sourire. Même la toute première fois qu'il l'avait vu, assis à la gauche du pape, la petite nation arborait un air sérieux alors qu'une étincelle joyeuse dansait en permanence dans les yeux de son frère.

Ça aurait sans doute été tellement mieux de conquérir l'Italie du Nord… Sans compter que Veneziano était surement plus doué et débrouillard que son frère. Le ciel semblait en effet avoir gratifié Romano de deux mains gauches au lieu de la gauche et de la droite habituelles, si bien qu'à peu-près tout ce qu'il touchait été condamné à venir de briser au sol dans les trois secondes qui suivaient. Ou alors il le faisait seulement exprès et sa maladresse maladive n'était qu'une nouvelle excuse pour exaspérer Antonio.

Pourtant il était hors de question de se séparer de lui. Les royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne appartenaient à présent au roi d'Aragon et celui-ci ne laisserait personne les lui disputer. Antonio était bien d'accord sur ce point : ce que l'Espagne gagnait par les armes, elle ne permettait pas qu'on le lui reprenne, c'était une question d'honneur.

Et de profit aussi, il ne fallait pas se leurrer : l'Italie du Sud et la Sicile étaient riches en ressources et en habitants. Véritable corne d'abondance pour les Grecs depuis qu'ils étaient venus s'y installer dans l'Antiquité, l'Espagne comptait bien perpétuer à son compte cette longue tradition.

C'est pourquoi lorsqu'un beau jour Francis vint lui rendre une petite visite de courtoisie et, entre deux gorgées de vin, lui fit comprendre de manière fort aimable que son roi estimait avoir des droits sur le Royaume de Naples et qu'il serait peut-être judicieux pour le roi d'Aragon de les prendre en compte, sans quoi qui sait à quelles extrémités le bon roi Charles en serait réduit pour récupérer ce qui lui revenait, Antonio se leva brusquement et répondit d'un ton cassant, ses yeux verts brillant de colère.

-Des droits ? Foutaises que ces prétendus droits ! Naples et la Sicile sont à moi et quiconque voudra le nier et s'en emparer devra me passer sur le corps ! Moi vivant, je ne saurai tolérer un tel affront !

Les fins sourcils blonds de Francis se haussèrent imperceptiblement et il se tapota légèrement le coin de la bouche avec sa serviette d'un air indifférent.

-Oh, un affront, vraiment ? Je ne vois pas en quoi mes paroles ont pu t'offenser très cher. Mais il est vrai que vous autres Espagnols avaient un tempérament plus…latin. Ça doit être votre « sang chaud » comme on dit. Il me semble que l'expression « prendre la mouche pour un rien » fonctionne aussi. Cela étant…

Il fut interrompu par le grand bruit que fit le poing d'Antonio en s'abattant sur la table qui les séparait.

-Sors de chez moi et repasse vite de l'autre côté des Pyrénées avant que mon « sang chaud » d'homme latin ne se mette à vraiment bouillir, conseil d'ami.

Francis se leva en feignant une mine attristée.

-Je vois que je t'ai contrarié et tu m'en vois absolument navré. Mais il est vrai que des affaires importantes m'attendent « de l'autre côté des Pyrénées », alors je vais suivre ton conseil si gracieusement prodigué et me retirer.

Il traversa de son habituelle démarche gracieuse le grand salon où Antonio l'avait reçu, mais s'arrêta sur le seuil de la porte et se retourna à demi.

-Pour ce qui est de te passer sur le corps, ce sera avec un immense plaisir mon cher ami.

Un verre en cristal fusa à travers la pièce et vint s'écraser avec fracas contre le mur du couloir devant lequel se trouvait Francis une demi-seconde auparavant, mais celui-ci s'était déjà éclipsé.

Trois mois plus tard, Espagne repartait en guerre en Italie.


Notes (que vous êtes vraiment pas obligés de lire parce qu'elles sont presque plus longues que l'OS en lui-même):

- "Amargura" veut dire "amertume" en espagnol

- La Reconquista s'est achevée en 1492 avec la prise de la ville de Grenade.

- J'ai décidé de faire "loger" Antonio à Valence en Aragon pour le moment parce qu'à l'époque c'était le royaume d'Espagne le plus dynamique. Très peu de temps après (le changement a dû se produire pendant le règne des Rois Catholiques je suppose...) c'est la Castille qui a pris le relais et c'est pour ça que dans "Honor" par exemple Antonio habite le plus souvent à Séville qui était une des villes les plus riches et les plus dynamiques (grâce surtout à toutes les richesses d'Amérique qui y remontaient depuis Cadix).

- Au début de la fic Romano est désigné comme le "Royaume des Deux-Sicile" puis il devient les "Royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne". En fait l'histoire de l'Italie du Sud (et de l'Italie en général d'ailleurs =_=) est extrêmement confuse et du coup je galère pas mal pour essayer de m'y retrouver, mais si j'en crois mes lectures, lorsque Alphonse V, roi d'Aragon, a conquis l'Italie du Sud (et il a aussi récupéré la Sardaigne mais d'une autre manière et pas en même temps et il me semble me souvenir qu'il avait déjà la Sicile par droit de succession...Comme je le disais c'est un peu le bordel...8D), il a créé le royaume des Deux-Sicile qui se composait donc du royaume de Naples (toute la moitié sud de la botte) et du royaume de Sicile. Seulement quand il est mort, il a partagé les Deux-Sicile entre ses héritiers et du coup il n'y a plus eu que d'un côté le royaume de Naples et de l'autre le royaume de Sicile avec deux souverains différents. Heureusement ensuite c'est le roi Ferdinand d'Aragon qui a récupéré les deux mais il n'a pas réutilisé le nom de royaume des Deux-Sicile et c'est resté comme ça jusqu'au XIXème siècle (et après le congrès de Vienne en 1815 c'est REDEVENU les Deux-Sicile", JOIE! 8D).

...Mon dieu cette note est incompréhensible...=_= En essayant de résumer ça donne que Romano = Royaume des Deux-Sicile de 1442 à 1458 sous le règne d'Alphonse V (début de l'OS) et ensuite Romano = Royaume de Naples et Royaume de Sicile (fin de l'OS). Et dans les deux cas vous rajoutez le Royaume de Sardaigne.

- La toute fin de l'OS se passe en 1494, date du début des guerres d'Italie. Le roi de France Charles VIII a décidé qu'il voulait récupérer l'Italie et il a envahi le royaume de Naples au début de 1495. Seulement Ferdinand d'Aragon est pas trop trop d'accord et du coup ils se sont tapé dessus... Et ça a continué pendant plus de 65 ans...U_U J'y reviendrai surement plus tard...

- Enfin pour ce qui est des injures qu'adresse Romano aux Espagnols au début: les Italiens ont vraiment très mal pris d'être conquis par les Espagnols parce qu'ils pensaient être un peu le nec plus ultra en matière de chrétienté (ils avaient le pape quand même...) et de culture (berceau de la Renaissance) alors que dans toute l'Europe on se foutait un peu des Espagnols en disant que c'était des barbares, des faux Chrétiens, des Juifs et des Maures à cause de leur passé récent (on pensait que la culture musulmane avait complètement déteint sur eux). En fait il y avait bien entendu eu une influence mais d'une part elle avait pas forcément été négative, et d'autre part finalement c'est quand même les Espagnols qui se sont un peu affirmés comme les "champions de la Chrétienté" pendant très longtemps. Ah oui et apparemment ils étaient quand même très arrogants en Italie du Sud (et un peu partout) et ça aussi ça plaisait pas du tout aux Italiens...

Voilà voilà, désolée pour la longueur des notes mais je tenais à expliciter certaines choses...^^'