Blabla de l'auteure: Le premier chapitre est tellement court, ça me perturbe alors je poste tout de suite le deuxième! En écrivant cet OS j'ai pensé pêle-mêle: au fait qu'être un super empire devait provoquer de bons maux de tête et des sautes d'humeur assez flippantes, à ce que ça donnerait si Antonio essayait d'inculquer ses valeurs d'"homme espagnol" à chibi Romano et au fait qu'il a beau faire le fier, Romano doit pas en mener large quand Spain est contrarié (même si Spain est trop gaga de lui pour lui faire du mal). Du coup ça a donné ça. Je n'en suis pas vraiment satisfaite mais bon...^^'
Bonne lecture!
Honor
Romano était terrifié. Des tremblements parcouraient son corps d'enfant et deux gros nœuds semblaient s'être formés dans son ventre et dans sa gorge alors qu'il luttait de toutes ses forces pour ne pas éclater en sanglots. Les mains crispées sur le grand rideau derrière lequel il était caché, il se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de faire le moindre bruit.
« Tout ça à cause de ce foutu chat ! Pourquoi ce genre de choses n'arrive jamais qu'à moi ? » Se demanda-t-il amèrement.
L'incident s'était produit il y avait à peine plus d'une heure. L'écrasant soleil de la mi-août commençait à décliner doucement vers l'ouest, soulageant un peu les hommes de son accablante chaleur et leur permettant ainsi de reprendre leurs activités jusque là interrompues. Romano venait de finir sa sieste, et il avait décidé d'écrire une lettre à son idiot de petit frère. Veneziano n'arrêtait pas de le harceler avec ses lettres pleines de babillages inutiles sur Autriche qui jouait tout le temps du piano ou bien sur le Saint Empire Romain Germanique qui était « tellement effrayant, fratello! ». Elles étaient aussi souvent accompagnées de dessins qu'il faisait pendant son temps libre, si bien que l'ainé se sentait obligé de répondre de temps à autre, ne serait-ce que pour dire à Veneziano d'arrêter de lui envoyer tout ce courrier stupide.
Il ouvrit un des tiroirs de son secrétaire en acajou, en sortit la jolie plume d'écriture que lui avait donnée Spagna, trois feuilles de papier et son encrier et se dirigea vers son petit bureau en face de la fenêtre. A mi-parcours, son pied glissa sur un ruban en soie qu'il avait laissé trainer par terre, et le petit garçon se sentit tomber en avant. Il parvint à amortir la chute sur ses deux mains, mais ne pu que regarder impuissant le flacon en verre se fracasser sur le sol en mille morceaux et y répandre son contenu.
Quelques jurons en italien et deux ou trois larmes de rage plus tard, Romano décida d'aller chercher une autre bouteille d'encre dans la chambre de d'Espagne.
Après s'être perdu une ou deux fois au détour d'un couloir (pourquoi est-ce que ce bastardo avait une maison aussi immense ? Au moins un tiers des pièces ne servaient surement à rien à part contenir des meubles tout aussi inutiles, que personne n'utilisaient et qui prenaient la poussière!), Romano se retrouva devant la grande porte en chêne de la chambre de son soi-disant « Boss ». Le garçon eu un moment d'hésitation, la main posée sur la poignée de la porte. Il savait bien que normalement il n'avait pas le droit d'entrer ici. Pas sans permission en tout cas. Mais Espagne était parti à Séville tôt le matin pour inspecter les nouvelles marchandises qui venaient d'arriver du port de Cadix. Romano jeta un coup d'œil autour de lui. Personne dans les couloirs, personne dans l'escalier : tout l'étage était vide et silencieux. Il tourna le bouton de la porte et entra sur la pointe des pieds. Après tout, il n'en aurait que pour deux minutes et il viendrait reposer l'encrier dès qu'il aurait terminé sa lettre, ni vu ni connu.
Les volets avaient été tirés pour empêcher la chaleur de l'extérieur de rentrer et la chambre était donc plongée dans une semi-obscurité. Mais on en distinguait suffisamment pour constater qu'elle était immense et richement meublée. Romano y était déjà entré plusieurs fois, mais il n'était jamais resté plus de quelques secondes, le temps qu'Espagne lui fasse signer un papier officiel, le gronde un peu pour avoir fait tomber un vase en porcelaine de Chine, ou bien lui souhaite bonne nuit en lui ébouriffant les cheveux. Cette fois-ci, le garçon s'arrêta un petit instant pour détailler l'ensemble. Un immense lit à baldaquin tout en ébène sculpté et lourdes tentures en velours rouge, surmonté sur le mur d'un crucifix en bois noir et en ivoire, une armoire tout aussi immense en acajou poli, encore d'autres meubles en bois précieux, des tapis persans tissés de couleurs chaudes, quelques beaux portraits de personnes à figure austère au mur, une multitude de petites babioles exotiques et surement hors de prix… Tout dans cette chambre, comme dans le reste de la maison d'ailleurs, respirait l'opulence tranquille. Et Romano ne doutait pas un instant que seule une partie ridiculement infime des flots de richesses qui semblaient se déverser continuellement depuis les Amériques jusqu'aux quais surpeuplés du port de Cadix finissaient dans la somptueuse maison d'Antonio. C'était là une des principales sources de la puissance démesurée du grand Empire Espagnol.
Un peu intimidé, Romano se dirigea vers un secrétaire en espérant mettre le plus vite possible la main sur ce qu'il cherchait. Il voulu ouvrir un tiroir au hasard, mais celui-ci refusa de bouger. Évidement la clef n'était pas dans la serrure, et il en allait de même pour tous les autres tiroirs du meuble. Un peu frustré, Romano s'en détourna et reporta ses espoirs sur le grand bureau en face de la fenêtre. Celui-ci était complètement recouvert de centaines de papiers froissés, de cartes maritimes, de lettres décachetées, d'enveloppes scellées et de quelques plumes. Romano farfouilla un peu, puis finit par trouver un encrier presque plein entre deux livres ouverts et une carte de la Méditerranée toute griffonnée. Il s'en saisit joyeusement et allait repartir, lorsqu'un mouvement près de la fenêtre attira son attention.
Un gros chat tigré venait d'entrer par la fenêtre entrouverte et sauta sur le parquet en chêne ciré. Romano entendit un léger couinement et il s'aperçut qu'un petit mulot se débattait dans la gueule du félin.
« Hé sale bête ! Lâche-le, trouve-toi autre chose à manger ! »
Romano reposa précipitamment l'encrier sur la table et se jeta sur le chat pour lui faire lâcher le mulot. Mais le matou était vif et sauta sur une commode pour échapper à Romano qui se mit à le poursuivre tout autour de la chambre en criant. Après avoir fait une ou deux fois le tour de la pièce, le chat alla se réfugier sur la table de nuit à côté du grand lit. Romano s'en approcha doucement, près à l'attraper d'un coup. Mais au dernier moment, le félin l'esquiva et sauta sur le riche dessus de lit en brocard, faisant dégringoler par terre dans un grand fracas tout ce qui se trouvait sur le meuble. Romano bondit sur le lit à son tour, et attrapa finalement le gros chat par la peau du cou. Il parvint non sans peine à lui faire desserrer les dents et le mulot tomba sur les couvertures rouge incarnat. Romano voulu le saisir pour voir si il était blessée mais, à peine remise sur ses pattes, le petit animal se sauva à toute vitesse et disparu derrière une lourde tenture pendue à un mur. Quant au chat, sitôt son butin perdu, il s'en était rapidement retourné par où il était venu.
Romano descendit du lit, et vit avec panique les objets qui étaient tombés de la table de nuit. Il tomba à genoux pour vérifier l'ampleur du désastre et eu un moment de soulagement en voyant que gisaient là une jolie petite Bible à reliure dorée, un anneau en or blanc et les éclats d'un verre à pied brisé. Rien de cassé, ou en tout cas rien d'important dans le cas du verre.
Puis, en regardant un peu plus près du lit, il vit qu'un autre objet était tombé du meuble et s'était brisé. Une vague d'horreur le saisit quand il reconnu l'objet en question.
C'était un petit pendentif en argent un peu terni, incrusté d'un camé très délicat représentant une petite vierge à l'enfant. Le camé s'était détaché de son support et s'était brisé en plusieurs morceaux en tombant par terre.
Ce pendentif, Espagne le gardait toujours sur sa table de nuit et l'emmenait avec lui lorsqu'il partait pour un long voyage. « C'est mon porte bonheur, avait-il dit un jour à Romano, c'est Su Majestad Isabella qui me l'a offert le jour de son mariage avec Su Majestad Fernando. C'est un peu comme si j'étais né une deuxième fois ce jour-là…Et puis comme ça je sens qu'elle vieille sur moi, la Virgen. »
Romano n'avait toujours pas repris ses esprits, que des bruits de pas résonnèrent dans le couloir et une domestique, Theresa, entra en trombe dans la pièce.
-Mais qu'est-ce que c'est que tout ce raffut ? Señor Romano, vous n'avez pas le droit d'entrer ici voyons ! Que s'est-il passé ?
Romano ne répondit pas, trop occupé à essayer de camoufler comme il le pouvait le désastre. Mais Theresa se rapprocha et poussa une exclamation en voyant les objets au sol. Elle se mit à gronder Romano tout en commençant à ramasser les débris de verre.
- Quelle bêtise n'êtes vous pas encore allé faire ? Quand don Carriedo verra ça en rentrant, il risque de se fâcher. Vous savez bien pourtant qu'il a toujours beaucoup de travail et est fatigué en ce moment ! Est-ce que vous m'écoutez ? Qu'est-ce que vous cachez derrière votre dos comme ça ? Allez, laissez-moi voir… Dios mios ! C'est…c'est le pendentif ?
Theresa le regarda bouche-bée pendant un instant, trop ébahie pour dire quoi que se soit, et Romano sentit les larmes lui monter aux yeux quand il vit la surprise laisser place à l'effroi et à la colère.
-C'est pas moi je le jure ! C'est le chat qui est passé par la fenêtre ! Et le mulot ! Il avait un mulot dans la bouche alors je lui ai couru après pour qu'il le lâche mais il a sauté partout et tout est tombé et…
Mais Theresa le coupa sèchement.
-Stop ! Je ne veux pas entendre de mensonge ! Et où est-il votre chat maintenant ? Et votre mulot ? Tout ça est à peine plus crédible que votre histoire d'écureuils qui salissent les draps !
-Ils, ils sont partis ! Puisque je vous dis que c'est la vérité ! Cette fois-ci c'est vrai !
Romano sentit la colère monter en lui en même temps que la panique quand il vit l'air dur et dubitatif que lui lançait Theresa. C'était tellement injuste ! C'était déjà bien assez horrible pour lui que le camé se soit cassé alors qu'il était dans la chambre, ça l'était encore dix fois plus si on rejetait toute la faute sur lui ! Pourquoi est-ce que personne ne le croyait jamais ? Il n'était pas un menteur !
De grosses larmes de frustration se mirent à couler sur ses joues, mais cela ne sembla pas émouvoir la domestique qui le remit debout et le conduisit jusqu'à sa chambre en le tirant par la main.
-Vous allez rester ici jusqu'à ce soir, et lorsque don Carriedo reviendra, vous lui expliquerez comment vous avez cassé son pendentif. Et je ne pense pas qu'il croira plus que moi à votre histoire de chat et de mulot !
Sur ces dernières paroles, elle le laissa dans sa chambre et ferma la porte à clef avant de repartir.
Toujours en larmes, Romano se précipita vers sa fenêtre et tira le rideau devant lui puis s'assit par terre et enfouit sa tête dans ses genoux. C'était toujours ce qu'il faisait lorsqu'il était trop triste ou trop en colère, quand il avait envie de disparaitre, de se retirer de ce monde qui de toute évidence ne voulait pas de lui.
Au bout d'un petit moment, ses larmes se calmèrent et il put se mettre à réfléchir plus calmement. Pourtant elles reprirent bien vite lorsqu'il eu saisi toute l'ampleur du désastre. Antonio ne se mettait jamais vraiment en colère quand Romano cassait ou abîmait des choses à cause de sa maladresse quasi maladive. Il fronçait un peu les sourcils, soupirait d'un air las et puis lui disait de faire plus attention la prochaine fois. Il n'était pas vraiment attaché à la plupart de ses petites possessions matérielles comme son mobilier ou les objets de décorations. Après tout il n'avait aucun mal à les remplacer.
Mais le pendentif au camé c'était une autre histoire. Cet objet là faisait partie du petit nombre des choses auxquelles il tenait vraiment, et malheur à qui les touchait.
Depuis qu'il était arrivé ici, Romano avait eu le temps de découvrir plus en détail la personnalité de son tuteur. Antonio était joyeux, aimable et même gentil du moment qu'on ne le contrariait pas et qu'on lui obéissait. Romano pouvait se permettre d'être insolent et capricieux avec lui, mais il avait bien conscience d'être un cas à part et s'arrêtait toujours quand il sentait qu'il risquait d'aller trop loin. En fait, il voyait bien que ses crises de colère et sa manière de jurer comme un charretier amusaient son puissant tuteur plus qu'autre chose.
Mais Antonio pouvait aussi se mettre en colère, et malheur à vous si vous étiez alors la cause de sa fureur. Lorsqu'elles avaient lieu, ses sautes d'humeur étaient toujours un peu inattendues et pouvaient être vraiment effrayantes. Romano se rappelait très bien de la dernière qui datait d'un peu moins d'un mois.
Spagna avait passé trois jours enfermé dans sa chambre, occupé à écrire des tonnes de rapports pour le roi Carlos, et venait de sortir pour prendre un peu l'air, quand il avait décidé d'aller voir son étalon andalou préféré, Encantado III, et avait demandé à Romano de l'accompagner. Romano avait accepté de bonne grâce : il adorait caresser les naseaux des chevaux et leur donner des morceaux de pain dur. Mais ils arrivaient à l'heure où les palefreniers venaient de leur donner leur ration d'avoine, si bien qu'ils avaient tous la tête plongée dans leur mangeoire et tournaient le dos aux deux visiteurs. Tous sauf Encantado. Le bel étalon gris s'agitait dans sa stalle et se mit à hennir et à taper du pied lorsqu'il vit son maître approcher. Visiblement quelque chose n'allait pas. Espagne lui flatta l'encolure pour le calmer et se pencha vers l'intérieur de la stalle pour voir ce qui pouvait bien perturber son précieux cheval.
Lorsque Romano le vit se retourner, ses yeux verts brillaient d'une colère subite. Il fit venir le palefrenier, et le visage de ce dernier se décomposa lorsqu'il vit que c'était son maître qui l'appelait et l'aura absolument menaçante qui l'entourait.
-S…Sí Señor ?
-Pourquoi est-ce que la mangeoire et l'abreuvoir sont vides ?
L'homme regarda nerveusement en direction de la stalle puis de l'entrée de l'écurie, incapable de soutenir le regard accusateur que lui lançait Espagne.
-Je…j'allais le faire, j'allais le faire à l'instant señor!
-Non tu n'allais pas le faire. Regarde-moi quand je t'adresse la parole et ne me mens pas.
Le pauvre palefrenier leva timidement les yeux, l'air absolument terrifié
-Je…j'avais…j'avais oublié señor… bredouilla-il.
Romano sursauta quand son tuteur saisit brusquement le domestique par le col de sa chemise, le plaqua violemment contre la porte de la stalle d'Encantado et lui dit d'un ton à la fois exaspéré et très menaçant :
-Oublié ? Oublié hein ? De tous les chevaux de cette écurie c'est lui qui a la plus grande stalle, la plus grande plaque avec son fichu nom écrit dessus et l'ensemble de la maisonnée me voit le monter quasiment tous les jours quand je ne suis pas coincé à l'intérieur pour remplir de la putain de paperasse, et toi tu aurais réussi à l'oublier ? J'ai dis que je voulais entendre la vérité !
Le palefrenier lança un regard désespéré à Romano qui détourna les yeux. Il n'allait certainement pas intervenir et se faire remarquer par l'empire furieux.
-Il…il n'arrête pas de mordre et de donner des coups de pied dès qu'on s'approche de lui… C'était juste pour…pour lui donner une leçon. J'allais lui donner à manger dès ce soir !
Romano grimaça. C'est vrai qu'Encantado se comportait comme une vieille rosse avec tout le monde mis à part son maître, mais c'était une très mauvaise idée de lui rendre un peu la pareille en espérant que personne ne s'en apercevrait…
Toute la fureur qui s'était accumulée dans les épaules raidies d'Antonio sembla s'échapper d'un coup et il se mit à la déverser sur le pauvre homme en lui criant dessus, une lueur meurtrière brillant dans ses yeux verts.
-Tu veux donner une leçon à mon cheval ? Tu veux le faire crever de soif parce qu'il n'obéit pas à un misérable cabrón dans ton genre ? La leçon c'est moi qui vais te la donner ! Ce cheval a plus de valeur que toute ta maudite parenté rassemblée sur trois générations ! Je devrais t'attacher une corde aux pieds et le laisser te trainer par terre sur vingt kilomètres, peut-être que ça te motiverait à remplir son putain d'abreuvoir ! Tu as de la chance que je ne puisse pas lever la main sur un Espagnol, sinon je te garanti que tu serais déjà mort !
Il secoua un peu le domestique et l'envoya brusquement tomber au sol.
-Maintenant disparais ! Hors de ma vue ! Puis cria à la cantonade : Et que quelqu'un vienne nourrir mon cheval à l'instant !
Un laquais qui passait à proximité se précipita pour aller chercher de l'avoine. Espagne resta un moment immobile, puis se dirigea vers l'entrée de l'écurie et appela son petit page d'un ton vaguement ennuyé.
-Viens Romano, allons boire un chocolat.
Romano ne l'appela plus ni « bastardo » ni « idiota » pendant au moins trois jours.
Le garçonnet fut tiré de son souvenir par le bruit de lourdes bottes qui se rapprochaient de sa chambre. « Oh non c'est lui, il est rentré » réalisa-il avec effroi en se recroquevillant un peu plus derrière le rideau. Quelques secondes plus tard, il entendit la porte s'ouvrir puis se refermer et la voix d'Espagne résonna dans la pièce silencieuse.
-Romano. Romano sors de derrière le rideau.
Son ton était très calme, mais Romano percevait très bien l'aura menaçante qui semblait peser derrière chaque mot. Il se demanda l'espace d'une seconde s'il ne ferait pas mieux de rester caché, mais changea d'avis immédiatement. L'instant était très mal choisi pour abuser de la patience de son tuteur. Il se résigna donc à repasser tout doucement de l'autre côté du rideau et resta planté debout, les yeux baissés.
-Viens par là.
Le petit page se força à traverser la largeur de sa chambre, qui lui parut soudain immense, les jambes un peu flageolantes et les yeux toujours obstinément baissés vers le sol.
-Regarde-moi maintenant.
Romano frissonna et leva timidement les yeux vers son tuteur qui le toisait de toute sa hauteur, à environ un mètre de lui. Il n'était ni en armure de bataille ni en habit de Cour, mais Dieu sait qu'il n'en avait pas besoin pour avoir l'air impressionnant. Il tendit la main droite sous le nez de Romano et l'ouvrit pour découvrir le pendentif cassé.
-Theresa m'a dit que tu étais allé dans ma chambre. Et que tu avais cassé ça.
La menace commençait tout juste à percer dans la voix d'Espagne et Romano secoua la tête avec la force du désespoir.
-Non c'est pas vrai ! C'est pas vrai c'est pas moi !
Antonio poussa un soupir exaspéré.
-Quoi, tu n'étais pas dans ma chambre quand elle t'a trouvé avant de te ramener ici ?
-Si…Si, ce bout là c'est vrai, mais le pendentif c'est pas moi, j'le jure ! C'est le chat qui est rentré par la fenêtre avec le mulot !
-Oui comme ce n'était pas toi mais les écureuils qui ont sali tes draps la semaine dernière et qui ont fait tomber l'horloge du salon du deuxième étage samedi ! A t'entendre rien n'est jamais de ta faute Romano, seulement je commence à en avoir marre de tes mensonges ! Répondit Antonio en haussant la voix. Le garçon se remis à pleurer.
- Mais puisque je te dis que c'est la vérité cette fois-ci! J'y ai pas touché à ton… à ton fichu pendentif ! Je voulais juste récupérer un encrier et puis ce satané chat est entré et…et il avait attrapé un mulot alors je lui ai couru après et il a tout fait tomber par terre ! Mais évidemment quand Theresa est arrivé, ce bastardo s'était déjà enfui et pareil pour le mulot! Sale ingrat de mulot, plus jamais j'essayerai d'être gentil ! Et maintenant tu vas me crier dessus comme le palefrenier la dernière fois et j'ai pas envie ! Et pourquoi est-ce que personne me crois jamais ?
Romano se sentait absolument misérable. Son visage était tout collant de larmes et même son nez commençait à couler. Il baissa les yeux à nouveau et attendit en serrant les poings l'orage qui allait s'abattre sur lui d'une seconde à l'autre.
Au lieu de ça il sentit une main ferme le saisir par le menton pour lui relever la tête. Antonio avait posé un genou au sol. Il le regardait encore durement, mais semblait avoir retrouvé son calme.
-Personne ne te croit jamais parce que tu mens tout le temps. Comment veux-tu que je te fasse confiance maintenant alors que tu n'arrêtes pas de trouver les excuses les plus farfelues pour justifier toutes les bêtises que tu fais ? Seulement là il se trouve que tu as fait une très grosse bêtise, alors je ne peux pas laisser passer aussi facilement. Tu comprends ?
Romano hocha doucement la tête et murmura :
-Cette fois-ci c'est vrai, je le jure…
Espagne soupira.
-Dis-moi Romano, à ton avis, qu'elle est la principale vertu chez un homme ? Qu'est-ce qui détermine s'il a de la valeur ou non ?
Romano le dévisagea un instant, l'air un peu perdu. Puis, voyant qu'on attendait vraiment de lui une réponse, il réfléchit un instant avant de répondre d'une voix hésitante :
-…Le courage ? Le courage… d'accepter une punition par exemple ?
Antonio ria et ses yeux se radoucirent un peu.
-Ha ha ! Bien trouvée celle-là, mais ce n'est pas la réponse que j'attendais. Bien entendu le courage est une des plus grandes qualités qu'un homme doit posséder. Mais il doit aussi être honnête. Et pieux, respectueux, courtois. Il doit tenir ses promesses et ne jamais donner sa parole à la légère. Et bien sûr il ne doit jamais permettre qu'on l'offense en aucune manière. Et tout ça Romano, et c'est la réponse que j'attendais, tout ça s'appelle être un homme d'honneur. Un homme d'honneur est respecté par tous les autres, mais un homme sans honneur ne mérite que le mépris. Tu comprends ?
Le garçon hocha la tête en silence.
-Bien alors écoute. Je tenais vraiment beaucoup à ce pendentif. Je suis vraiment contrarié maintenant qu'il est cassé et j'aimerais savoir comment s'est arrivé. Si ce que tu m'as dit tout à l'heure était vrai, alors ce n'est pas de ta faute et tu ne seras pas puni. Mais si c'est faux je dois le savoir. Je suis sûr que toi aussi tu peux être un homme d'honneur, Romano. Maintenant regarde-moi dans les yeux et sois honnête.
Les grands yeux rougis soutinrent bravement les prunelles vertes jusqu'à ce que la voix haut perchée de Romano brise le silence.
-C'était la vérité. C'est le chat qui a fait tomber le pendentif. Mais je n'aurais pas dû entrer dans ta chambre sans permission, je suis désolé.
-D'accord, je te crois, répondit Antonio en lui souriant doucement. Maintenant vient par là, tu as la figure trempée.
Il attira son petit page contre lui et entreprit de lui essuyer la figure avec son mouchoir, puis, une fois son ouvrage terminé, déposa un baiser sur son front.
-Je meurs de faim ! Allons faire des churros et boire un chocolat chaud pour fêter le sauvetage de ton mulot !
Romano le suivit dans le couloir avec un grand sourire aux lèvres.
-D'accord !
-Ah, mais j'oubliais ! Tu es quand même rentré dans ma chambre sans permission. Bon et bien c'est moi qui mangerai tout !
-Spagna, bastardo !
Notes:
-"Encantado" veut dire "Enchanté" en espagnol. C'est à la fois niais et épique, je me suis dit que c'était juste parfais pour le cheval d'Antonio...
-Le "roi Carlos" c'est l'Empereur Charles Quint (1500-1558), il était à la fois roi des Espagnes et Empereur du Saint Empire Romain Germanique, ce qui est plutôt "awesome" comme dirait Gilbert. On est donc au début du « Siècle d'Or » de l'Espagne.
-Isabella et Fernando ce sont Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Leur mariage à permis une sorte de première unification de l'Espagne.
- Tout le petit speech d'Antonio sur l'honneur je l'ai casé parce qu'apparemment c'était vraiment une donnée essentielle pour les Espagnols (même s'ils avaient tendance à en faire trop et confondre honneur et orgueil), à tel point que dans les autres pays d'Europe on disait qu'un Espagnol tenait toujours parole (et on se moquait un peu d'eux aussi ^^). Du coup, en tant qu'incarnation du "Spanish spirit", Antonio doit beaucoup tenir à ces choses là.
-D'ailleurs désolée s'il vous a parut OOC, mais j'avoue que j'ai du mal avec cette image d'abruti heureux et en permanence insouciant qu'on lui donne souvent. C'était quand même la première puissance européenne voire mondiale du XVIème jusqu'au début du XVIIème siècle et ça implique que c'était pas toujours un enfant de cœur...
Voilà c'est tout pour cette fois! Review? *pretty please *3**
