Chapitre 17 : Quand Richard rencontre Tempérance

Avant que ça fasse longtemps, les quatre hommes étaient assis sur de hauts tabourets au Old Haunt avec de la bière et des bretzels. Castle avait demandé de faire revenir régulièrement la bière à la table, donc ils n'auraient pas à s'inquiéter à chaque fois que l'un de leurs verres commençait à être vide. Ryan et Esposito occupaient Booth avec des discussions à propos de sport un petit moment, donnant à Castle l'occasion d'observer simplement l'homme qui était assis en face de lui. Tempe parlait vraiment souvent de lui, et c'était presque plus que ce qu'il s'était imaginé que l'agent du F.B.I. était. Il n'était pas trop musclé, mais vous pourriez dire qu'il avait de la force. Cette observation fut confirmée lorsque Booth dit qu'il jouait au hockey à ses moments perdus. Mais Castle lisait encore plus dans les yeux de Booth. Ils étaient cernés, mais par l'âge ou par l'expérience, l'auteur ne saurait le dire. Il voyait pourquoi Brennan était particulièrement attirée par cet homme. Ses yeux vous attiraient, et vous clouaient sur place. Castle utilisait des mots pour créer et écrire ses histoires. Booth utilisait ses yeux.

«Donc Castle a acheté le bar pour qu'il reste ouvert.»

Ryan parlait à présent du Old Haunt.

Castle se redressa et entra facilement dans la conversation :

«Ça comptait beaucoup pour moi quand j'étais plus jeune. Mais maintenant, d'une certaine façon, ça compte encore plus.»

Il pensait à tout le temps qu'il avait passé avec Beckett, Ryan et Esposito à cette table et sourit.

«Oui, intervint Esposito. Les boissons gratuites sont un bon moyen d'impressionner les filles.

-Maintenant Esposito, je n'utilise ça qu'avec les femmes spéciales de ma vie.»

Castle prit une gorgée de sa bière.

«Beckett, Brennan, ma mère, et vous deux adorables inspecteurs.»

Il leur sourit à tous deux en se tournant. Il vit une lueur d'amusement dans les yeux de Booth.

«Oh Castle, je ne savais pas que nous comptions tant pour vous, dit Ryan, rendant sa voix plus aiguë d'une octave, faisant sa meilleure imitation d'une fille. Nous aimerions beaucoup être les deux prochaines encoches dans votre tableau de chasse.

-Prenez la ligne les gars» répliqua Castle sarcastiquement. Changeant de sujet, il s'adressa à Booth.

«Alors, sur quelles affaires intéressantes avez-vous travaillé avec Tempe dernièrement ?»

Booth n'était toujours pas certain de l'homme qui était assis devant lui, mais depuis qu'il savait qu'il ne paierait pas toute la bière qu'il buvait, il pensa pouvoir lâcher quelques choses.

«Vous a-t-elle parlé de la ferme aux corps ?

-Non. S'il vous plaît racontez-moi.»

Booth passa la demi-heure suivante à parler de la plus grande affaire sur laquelle il avait travaillé avec Brennan. Puis la discussion dériva sur la façon dont Brennan et lui s'étaient rencontrés. Castle savait ce qui viendrait ensuite.

Ryan, qui avait dépassé son quota de bière pour la nuit, commença à parler :

«Comment l'avez-vous rencontrée, Castle ?»

Esposito se rangea aux côtés de son partenaire éméché :

«Oui Castle, vous ne nous avez pas dit comment vous aviez rencontré la jolie docteur. On ne savait même pas que vous la connaissiez.»

Castle jeta un coup d'œil à Booth, qui malgré toute la bière semblait toujours sobre. Les yeux de Booth brillaient dangereusement, mais l'agent acquiesça. Castle ne put résister à l'envie de raconter une histoire.

«Eh bien, nous nous sommes rencontrés à une réunion d'écrivains en 2001. Tempe venait de sortir son premier livre, qui n'avait pas connu le succès qu'il a maintenant. J'étais déjà dans le métier, et Derek Storm décollait vraiment. La réunion était à Las Vegas cette année-là. Maintenant, je vais ignorer le slogan de Sin City et vous dire ce qui s'est passé là-bas.»

Castle fit une pause et prit un moment pour que sa voix devienne la voix chaude qui racontait les histoires et qui attirait toujours les gens.

Ryan et Esposito se penchèrent pour entendre. Booth ne bougea toujours pas, la bière dans la main.

«En réalité, j'étais entre deux romans de Derek Storm et j'essayais de faire prendre à ma muse un autre chemin. J'avais une histoire dans lal tête qui parlait d'une sorte d'Indiana Jones féminin. Une archéologue sexy qui se mettait toujours dans des situations impossibles semblait drôle à écrire. J'étais assis au bar de l'hôtel après un rendez-vous au Bellagio pour le dîner. J'essayais de ne pas le montrer, mais avec le smoking, j'avais l'air de ne pas être à ma place. Des fans venaient vers moi toutes les deux minutes pour essayer d'avoir un autographe et une photo. Si je pouvais, je me mettais dans le coin le plus sombre du bar. Et elle est entrée. C'était exactement comme si la femme dont l'histoire trottait dans ma tête avait pris une forme humaine et s'était assise au comptoir du bar. Je l'ai reconnue après un moment de réflexion, mais je ne l'avais pas encore vue à la réunion. Mis à part la quatrième de couverture de son livre, dont certains éditeurs avaient parlé, je n'avais pas vraiment d'idée de ce à quoi m'attendre. De toute façon, toutes les attentes que je pouvais avoir sont parties par la fenêtre. Elle portait un jean avec une ceinture et une chemise kaki ouverte sur un débardeur. Les bottes marron de travail et la queue de cheval serrée complétaient le look. Je pouvais imaginer parfaitement bien ce à quoi elle ressemblerait couverte de poussière avec un fouet coincé dans sa ceinture. Je savais qu'elle n'était pas archéologiste, mais elle y ressemblait.»

Le coin des lèvres de Booth se soulevèrent légèrement alors qu'il se souvenait de la version de Brennan.

Castle prit note de la lueur dans les yeux de Booth, mais il continua.

«Je voulais l'étudier, voir comment elle bougeait et réagissait. Je suis resté dans mon coin en prenant mentalement des notes. Mais il y avait un mouvement particulier qu'elle n'arrêtait pas de répéter, et ça m'a fait me poser des questions. Elle n'arrêtait pas de regarder autour d'elle, presque comme si elle était au bord et qu'elle s'attendait à ce que quelque chose de mal arrive. Je devais savoir ce que c'était. J'étais tout simplement attiré par elle. Je me suis glissé hors de mon siège et j'ai marché vers elle. Elle m'a vu arriver et nos yeux se sont rencontrés alors que je marchais sur le sol. «Excusez-moi, a-t-elle dit. Vous n'êtes pas Richard Castle ?» Bien sûr, j'ai souri et j'ai acquiescé. Et j'ai répondu : «Et vous êtes Tempérance Brennan.» Elle m'a dit qu'elle était une fan et je lui ai dit que j'étais impressionné par son premier livre. Je lui ai payé une boisson quand son verre commença à se vider, et on a parlé. Mais elle n'arrêtait pas de regarder autour d'elle, toujours sur ses gardes. Alors je lui ai demandé pourquoi elle avait l'air aussi nerveuse. Elle m'a expliqué que quelqu'un l'avait suivie toute la journée et essayait de la faire accepter un rendez-vous dans un bar. Elle ne savait pas qui c'était, mais il lui semblait évident que quelqu'un gardait un œil sur ses activités à la réunion. S'il y a quelque chose que je connais bien, ce sont les fans fous. Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter. J'ai pris en note de rester avec elle au bar jusqu'à ce qu'elle soit prête à en parler et puis m'assurer qu'elle arrive dans sa chambre sans ennui.

-Cool» commenta Ryan.

Il jeta un autre coup d'œil à Booth, dont le visage était inexpressif. Certain que ce n'était pas une bonne chose mais trop loin dans l'histoire pour s'arrêter, Castle tendit son verre alors que la serveuse en remplissait un devant lui.

«On a continué à parler de la réunion, de nos livres, vraiment de n'importe quoi qui donnait libre cours à notre fantaisie. J'étais impressionné par toute l'intelligence qu'elle avait. Elle avait vu tant de choses et était tellement expérimentée dans son domaine que ça m'a vraiment surpris. Je ne résolvais pas de crimes ; je n'avais aucune expérience de ce que j'écrivais dans la vraie vie – à ce moment-là du moins. C'était clair qu'elle avait vraiment utilisé quelque chose d'important pour elle lorsqu'elle avait écrit son livre. Bien sûr, la façon dont elle semblait manquer d'habileté sociale et de familiarités typiques était incroyablement attachante. J'étais déchiré entre l'envie de la prendre sous mon aile et la ramener dans ma chambre. Pendant que je pensais à ça, je me suis excusé pour aller à la salle de bains.»

Il fit une pause.

«Tout plan que j'avais en tête pour résoudre ce problème de harceleur avant qu'il ne puisse parler à Tempe fut détruit lorsque je suis revenu au bar. Il était plus grand que je pensais pour quelqu'un à une réunion d'écrivains. Il y avait quelque chose de mal dans la façon qu'il avait de se pencher sur le bar, la piégeant effectivement sur son siège. Je n'étais pas sûr de ce que je pouvais faire, mais depuis qu'elle avait dit qu'il essayait de l'emmener dans un bar, j'ai pris une rapide décision. J'étais plus arrogant que maintenant, alors j'ai juste marché vers le bar, le poussant sur le côté et m'excusant auprès de Tempe d'être en retard. Il s'était suffisamment reculé pour que je la lève de son siège. Nous devions être bizarres, moi toujours en smoking et Tempe habillée comme si elle sortait tout droit d'un magasin de randonnée. Elle m'a regardé avec interrogation, alors je lui ai fait un clin d'œil avant de me pencher en avant pour l'embrasser. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle comprenne que j'essayais de trouver un moyen d'éloigner son harceleur, et je ne suis toujours pas sûr qu'elle a compris, mais cette femme m'a embrassé comme si elle faisait ça depuis le début. Ça m'a pris un moment pour comprendre qu'on s'était séparés, mais je lui ai demandé si le gentleman avec lequel elle parlait l'ennuyait. Elle est devenue toute pâle, alors je me suis adressé directement à lui. J'ai dit «est-ce que mademoiselle Brennan peut faire quelque chose pour vous ?» Il a juste fait «non» de la tête, la déception se lisant sur tout son visage, et il s'est dirigé vers la sortie du bar.»

Autre pause.

«Comme vous pouvez l'imaginer, j'étais plutôt content de moi, alors j'ai rassis Tempe sur sa chaise et je lui ai proposé de lui payer une autre boisson. Elle a dit une de plus et qu'après elle aurait besoin d'aller se coucher. J'ai fait signe au barman de s'arrêter, et on est juste restés assis pendant la demi-heure suivante. J'avais l'impression qu'elle me regardait comme si elle ne savait pas quoi faire de moi, mais elle n'était pas mécontente que je sois là. Ses yeux étincelaient le reste du temps pendant lequel nous sommes restés assis là. Lorsque nous avons tous les deux fini notre verre, elle m'a poliment laissé l'accompagner jusqu'à sa chambre, juste au cas où le mec la suivrait toujours. Le reste, comme on dit, c'est une autre histoire.»

Le silence suivit la fin de son histoire. Ryan avait la tête appuyée sur un poing, la bouche grande ouverte. Esposito parla le premier :

«Vous vous connaissiez depuis aussi longtemps et on ne l'a jamais rencontrée ?

-Eh bien, je dois vous avouer que nous nous sommes un peu perdus de vue quand j'ai commencé à travailler avec le NYPD. J'étais occupé entre toutes les affaires et l'écriture de Nikki Hard. Mais nous avons commencé à nous reparler il y a plusieurs mois.»

Castle croisa brièvement le regard de Booth et y vit de l'incrédulité. Il se demandait quelle partie l'agent ne croyait pas.

«Mais je pense qu'il serait mieux de commencer une nuit. Beckett nous voudra tous frais et dispos demain matin pour travailler sur l'affaire.»

Tous les hommes se levèrent simultanément et s'étirèrent un peu avant de se diriger vers la porte. Castle fit signe au barman, laissant plusieurs billets sur la table pour la serveuse et regardant autour de lui pour voir que la plupart du bar était déjà vide. Il frappa Ryan dans le dos et frappa du poing Esposito avant de se tourner vers Booth.

«J'ai apprécié les boissons, monsieur Castle» dit Booth. Sa voix était glaciale, mais son ton semblait assez amical.

Castle pourrait dire que Booth était toujours plus que lui. L'histoire que Rick avait eue avec Tempe avait mis un fossé entre eux, c'était assez évident. Mais il n'avait rien contre le partenaire de Brennan. En réalité, il aimait déjà Booth, il pensait que c'était juste le Castle plus jeune, plus arrogant qu'il avait ressuscité.

«Bien sûr. Mais appelez-moi Rick s'il vous plaît. J'aimerais vous appeler Seeley, mais Tempe dit que vous n'aimez pas ça.

-Pourquoi n'en restons-nous pas aux noms de famille. Je suis Booth, vous êtes Castle.

-Ça me va» dit Castle en tendant la main.

Booth la saisit, puis jeta son sac dans le coffre avant de monter dans la voiture.

Castle pourrait jurer avoir vu l'agent se tourner dans son siège et le fixer alors que le taxi démarrait. Il secoua la tête, se disant qu'il imaginait des choses, montant dans l'autre taxi attendant pour le ramener chez lui.


Toujours la même chanson...