Chapitre 22 : Réconciliation

Brennan attendit jusqu'à sept heures pour que la nourriture lui soit livrée dans sa chambre. Elle voulait s'assurer que Booth serait de retour lorsqu'elle le surprendrait avec le dîner. Rick lui avait donné le nom de l'homme qui dirigeait l'un des meilleurs restaurants Thaï de la ville – et Beckett avait confirmé cette suggestion. Mais dès qu'elle eut le sac de nourriture à emporter dans une main et l'autre main sur la poignée de la porte, elle se figea.

Elle se demandait si elle faisait bien. La tradition basique américaine avait toujours fait que le mâle devait faire le premier pas dans une relation et là elle allait contre ça. Mais Booth n'avait-il pas fait le premier pas comme elle en avait l'impression bien avant ? Il lui avait dit qu'elle était la seule pour lui. Elle l'avait refusé. Au moment où elle avait fait cette erreur, elle l'avait perdu. Techniquement, pensait-elle, ça serait le troisième pas. Il avait fait le premier, elle avait fait le deuxième et maintenant elle ferait le troisième.

Elle retira sa main de la porte, commençant à douter encore davantage d'elle-même. Allait-elle réellement faire un pas ? Était-ce sa motivation ? Ou ce dîner n'était-il qu'une façon de s'expliquer ? Peut-être faisait-elle un pas trop grand en pensant qu'elle ferait une sorte de pas.

Elle arrêta son monologue intérieur un moment pour se calmer. Elle devait trouver un objectif. Elle allait prendre le dîner avec Booth pour lui expliquer où Rick était apparu dans sa vie. C'était son objectif. Si elle faisait ça simplement, elle pourrait le faire. Si d'autres choses lui venaient pour compléter son objectif, elle les prendrait. Les épaules droites et la poitrine relevée, elle ouvrit la porte. Elle tâta sa poche de jean où elle avait mis sa clef pour être sûre qu'elle était là avant que la porte ne se referme derrière elle. Faisant un pas dans le couloir, elle se tourna vers la gauche et défila presque vers la porte de Booth, la chambre numéro 2004.

«L'année où nous nous sommes rencontrés» se dit-elle silencieusement, souriant. C'était le moment pour un départ plein de fraîcheur. Elle frappa fermement à la porte et attendit.

«Bones ? demanda Booth alors qu'il ouvrait la porte. Ça va ? Tout va bien ?»

Ses yeux scrutaient le couloir autour d'elle dans un geste de protection.

«Bien sûr.»

Elle leva le sac.

«J'ai amené le dîner.»

Elle avait l'habitude d'être ennuyée par sa sollicitude. Elle se demandait quand elle avait commencé à y penser – elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur le bon mot.

Son discours interrompit ses pensées.

«Oh. Je pensais que vous aviez déjà des projets pour le dîner.»

Elle repensa à la partie de la conversation téléphonique à laquelle il avait assisté.

«J'en avais. C'étaient mes projets. Je voulais vous surprendre. Et il y a quelque chose dont nous devons parler.

-D'accord» dit-il, s'écartant de la porte pour qu'elle puisse entrer.

Elle posa le sac de nourriture sur la table et survola sa chambre des yeux. Comme pour son billet d'avion, elle lui avait payé une chambre Deluxe sans lui dire. Ça voulait dire qu'il avait un salon avec un canapé, une table et une télévision , une télévision se trouvant également dans la chambre. Des dossiers étaient éparpillés sur la table, une bouteille de bière posée dessus.

«Oh, dit-elle. Je n'ai pas pensé à ramener de boissons.

-Il en reste cinq comme ça, dit-il, montrant la bouteille verte, dans le mini-bar. Je les ai achetées en rentrant du poste. Mais le mini-bar est bien rempli.

-Je prendrai juste une bière.»

Elle commença à sortir la nourriture du sac sur la table alors qu'il sortait une bouteille fraîche du mini-bar.

«Est-ce que je peux mettre ça quelque part où elles seront rangées ?»

Elle commença à faire des piles des dossiers.

«Laissez-les là. Peut-être qu'on pourra découvrir quelque chose en mangeant.»

Le silence s'installa alors qu'ils s'asseyaient. Brennan était encore consciente de la gêne qui avait pris place entre eux. Elle devait dire ce qu'elle allait dire et mettre fin à cette tension.

«Booth, ce pourquoi je suis venue n'est pas l'affaire.

-Je m'en doutais. Mais d'habitude, quand on mange ensemble, on finit en parlant d'une affaire. C'est juste la façon dont nous fonctionnons, Bones.»

elle prit une inspiration.

«En réalité, je suis venue vous parler de Rick.»

Booth s'étouffa avec un peu de la nourriture Thaï qu'il venait de mettre dans sa bouche. Alors qu'il recrachait sa nourriture, il ne voulait pas croiser ses yeux.

«Vous savez quoi Bones ? Ça va. Castle et vous, je veux dire. Je ne me mettrai pas entre vous. Il m'a dit comment vous vous êtes rencontrés et c'est à peu près tout ce que j'avais besoin de savoir.»

Bones posa sa boîte sur la table. Elle sentait son visage devenir nerveux, jusqu'à la colère.

«Alors soit vous n'écoutiez pas, soit vous êtes devenu la victime des histoires surdramatiques de Rick.»

Il posa aussi sa nourriture.

«Je ne crois pas Bones. Ça me paraît clair. J'ai tout parfaitement entendu, tout comme le ton arrogant de sa voix. Je n'avais pas besoin d'entendre cette histoire, alors que vous étiez venue ici par avion un moment pour un rendez-vous avec lui !»

Il s'appuya sur la table, ses yeux à présent plongés dan les siens. Son ton avait changé et était devenu bas et dangereux.

«J'ai arrêté de jouer il y a longtemps, Bones, et je ne prendrai pas un risque de plus sur quelque chose qui ne peut pas exister. Peut-être que pour une fois, je devrais suivre votre conseil et arrêter d'écouter mon instinct.»

Brennan pouvait sentir les larmes couler. Il devait penser qu'elle lui disait qu'ils ne pourraient pas être ensemble. Qu'elle voulait Rick plus que tout.

«Vous vous trompez, dit-elle. Rick vous a raconté sa version de notre rencontre. Je sais pourquoi parce qu'il me l'a dit aujourd'hui. Mais cette histoire était destinée à vous rendre jaloux. Booth, vous ne comprenez pas ?

-J'ai compris plutôt clairement cette partie.

-Mais pas pour la bonne raison.»

Elle s'éloigna de la table et s'arrêta près de la fenêtre. Lorsqu'elle l'eut atteinte, elle se retourna et s'appuya sur le petit rebord. Elle ne pouvait expliquer pourquoi, mais elle avait besoin de mettre de la distance entre eux.

«Quand j'ai rencontré Rick, je venais d'écrire mon premier livre. Il n'était pas le premier mâle alpha que je rencontrais, bien sûr, mais il était celui qui montrait le plus clairement les caractères que j'avais appris. Il était charmant et riche, et aurait pu avoir la plupart des femmes du bar cette nuit-là. Une partie de ce qui fait de lui un mâle alpha est qu'il le savait.»

Booth se leva brusquement.

«Mais le fait qu'il le savait et qu'il s'en servait, Bones, est ce qui fait de lui un salaud. Vous ne voyez pa ça ?»

Alors qu'il parlait, il contournait la table, et se trouvait maintenant à quelques pas d'elle.

«S'il vous plaît, laissez-moi finir.»

Elle fit une pause. Elle savait que c'était ça. C'était le moment pour elle de jouer cartes sur table.

«On a flirté, c'est vrai. Quand il m'a parlé, ça n'était pas la façon de parler à laquelle je m'attendais de la part d'un homme qui veut juste une autre femme dans son lit. Il parlait avec intelligence et charme. Il m'a prise sous son aile, et m'a ouvert à moi et à mes écrits de nouvelles opportunités. Quand il m'a ramenée chez lui pour rencontrer sa fille, en pensant qu'elle avait besoin d'un modèle de femme forte dans sa vie, j'ai tout de suite adoré ses manières et son intelligence à elle aussi.»

Elle vit les yeux de Booth briller à la dernière partie – elle savait qu'elle avait mentionné Alexis, mais il ne devait pas l'avoir remarqué quand elle l'avait fait.

«Le côté familial de Rick est ce qu'il est vraiment, surtout maintenant. Il est tout d'abord un père. C'était cette partie de lui, son cœur, qui m'attirait chez lui. Il me comprenait, pas seulement l'écrivain en moi, mais la scientifique aussi. Il trouvait mon léger manque d'habiletés sociales attachantes.»

Son cœur fit un bond dans sa poitrine alors qu'elle trouvait enfin le mot qu'elle ne trouvait pas plus tôt pour décrire la protection de Booth. Elle sentit un sourire venir sur ses lèvres alors que son cerveau et son cœur étaient connectés. Ses émotions grandirent et elle sut soudain qu'elle pouvait continuer – sachant qu'elle dirait enfin ce qu'il voulait entendre. Elle pouvait effacer la colère qui se jouait sur ses traits et dans sa position avec une simple constatation.

«Mais Rick n'est pas la personne que je veux, Booth. Rick est mon protecteur, mais pas comme vous vous l'êtes. Rick est comme un grand frère, il l'est devenu quand il a vu que j'avais désespérément besoin de repères que mon propre grand frère pourrait ne jamais me donner. Je lui ai tout dit. Je lui ai parlé de vous. Il essayait de vous rendre jaloux avec cette histoire, mais pas de nous éloigner. Il a fait ça pour nous mettre ensemble.»

Elle se redressa, ayant peur de s'approcher de lui, mais voulait désespérément se rapprocher de lui.

«Qu'est-ce que vous êtes en train de me dire Tempérance ? Dites-moi.»

Elle voyait la colère commencer déjà à disparaître alors que l'espoir entrait dans son esprit. Elle frissonna de plaisir au son de son prénom sur ses lèvres.

«Je ne veux pas Rick Booth» répéta-t-elle. Cette fois elle ajouterait ce qu'il avait besoin d'entendre.

«Je n'aime pas Rick. J'ai raté ma chance avant et j'avais peur avant. Mais maintenant ce n'est plus le cas.»

Il fit un pas, anticipant, et resta ainsi.

«C'est vous. Je vous ai toujours voulu.»

Elle laissa la tension qu'elle ne savait pas qu'elle supportait avec ces mots. Elle respira doucement, remplissant sa voix d'énergie.

Avant qu'elle le sache, il avait supprimé l'espace entre eux. Lorsqu'il la prit dans ses bras, elle eut enfin l'expérience sensorielle que ses rêves et fantaisies ne pourraient jamais égaler. La main qu'il avait mise dans ses cheveux rassembla ses cheveux en arrière, puis il l'embrassa – et le monde était toujours là. Elle n'avait jamais compris pourquoi on disait qu'ils voyaient des feux d'artifice ou entendaient des chœurs chanter. Tempérance Brennan n'avait certainement jamais expérimenté de telles choses. Mais ce soudain calme qui était entré en elle quand leurs lèvres s'étaient touchées était équivalent. Il n'y avait pas de bruit, pas de lumière, et pas de pensée. C'était seulement eux deux.

Ils pouvaient sentir l'énergie sous la peau de l'autre. Alors que Booth détournait la tête pour adoucir le baiser, elle colla son corps au sien. Il la plaqua contre le mur derrière elle, laissant le mur la presser contre lui et autorisant ses mains à se déplacer librement. Lorsqu'il sentit son gémissement, plutôt qu'il ne l'entendit, ses mains encadrèrent son visage et éloigna ses lèvres de celles de Brennan. Elle ouvrit les yeux, pleins de confusion, se demandant pourquoi il s'était arrêté. Il avait quelque chose à dire avant qu'ils ne poussent plus loin leur passion.

«Tempérance, lorsque j'ai dit «je sais», je le pensais. Je sais. Vous êtes ma partenaire, et je vous aime.»

Brennan ne savait pas comment elle trouvait sa voix. Elle était engourdie de la tête aux pieds, de chaque muscle. Mais elle arriva à prendre une inspiration et dit :

«Montrez-moi Booth, s'il vous plaît. Faites-moi l'Amour.»

Elle vit ses yeux noircir en guise de réponse.

«Vous êtes sûre ?»

Elle sourit simplement et l'embrassa encore. Elle se sentait pressée contre le mur encore davantage, et sut qu'il avait reçu le message.