Chapitre 28 : Forces diamétralement opposées
Brennan regarda depuis la table Rick et Alexis mettre de copieux tas de restes du dîner dans des boîtes réutilisables et sourit. Martha passa près de la cuisine derrière eux, mettant la touche finale au dessert et préparant le café. Beckett glissa un dernier plat de nourriture sur le comptoir vers Alexis, puis s'appuya contre l'ilot pour bavarder avec son père et elle.
D'un côté, elle entendit la voix de Booth.
«Je pense que nous avions tous les deux raison, Bones. C'était une soirée agréable, mais putain si ce groupe tout entier n'est pas là pour nous amener à parler de – eh bien, de nous...
-Ce n'était vraiment que Martha, Booth, et elle est comme ça.»
Elle recula et se tourna pour le regarder lier leurs mains sous la table hors de vue de tous.
Ça avait été un agréable dîner. Mais la supériorité de Martha à mener une conversation était quelque chose qui rendait perplexe Brennan. Malgré le nombre de fois où Booth ou elle avait changé de sujet vers quelqu'un ou quelque chose d'autre que leur relation, c'était toujours astucieusement remis sur le tapis. Brennan avait remarqué beaucoup d'amusement venant de Castle, et elle était certaine qu'il avait quelque chose à voir avec ça. Elle était particulièrement confuse quant à la façon dont une conversation à propos de la fabrication du yaourt maison avait rapidement dérivé vers la flamme faible et constante qui brûlait entre Booth et elle depuis ces dernières années.
«Elle a un esprit diabolique celle-là, dit Booth, faisant un signe de la tête vers la tête rousse la plus âgée dans la cuisine.
-Eh bien, si tu insistes pour cacher notre relation, on aura besoin de trouver un sujet intéressant pour parler pendant le dessert et le café, constata Brennan. Je pense à une affaire particulièrement intéressante. Que pensez-vous de Lionel le soigneux ? Je suis certaine de ne jamais en avoir parlé à Rick et Alexis.»
Elle pouvait dire que Booth avait arrêté de l'écouter en plein milieu de son propos.
«Attends, dit-il à voix basse. Tu ne crois pas que nous devrions garder le secret ?
-Je pense que nous sommes assez loin de Washington, du F.B.I. et du Jefferson, et avec des gens suffisamment dignes de confiance pour que ça n'affecte pas notre travail ou nous-mêmes.
-Vraiment ?» demanda-t-il.
Elle plissa le front, confuse.
«Je ne comprends pas pourquoi tu pensais que je voulais cacher ça. Je n'ai aucune raison de cacher ça à ces gens-là. Je fais confiance à Rick et j'ai aussi confiance en Beckett, malgré le fait qu'on ne se connaisse pas depuis très longtemps. Ils ne diront rien.
-Mais on ne peut pas le dire à nos propres amis ?
-Je n'ai pas dit ça, Booth, mais il y a évidemment une ligne à la maison qui est un peu floue ici. J'irais d'ailleurs jusqu'à suggérer que même si on le dit à tout le monde en rentrant, notre situation de travail ne sera pas différente qu'elle l'est habituellement. La moitié du Jefferson et du F.B.I. croit déjà qu'on sort ensemble. Alors, si on le fait vraiment, quelle différence ça fera ?»
Booth était silencieux, et Brennan espérait que c'était une bonne chose. Il réfléchissait à ce qu'elle avait dit. Lorsqu'il lui avait dit qu'il avait laissé échapper un indice à Beckett et maladroitement caché ça par un mensonge, elle avait compris. Après des années dans le déni de leur relation, il était logique que le cerveau de l'un d'eux continue simplement à le faire jusqu'à ce qu'il se réadapte. Elle savait aussi qu'Angela la regarderait d'une certaine façon dans le laboratoire lorsqu'ils reviendraient le lendemain et saurait simplement que Booth et elle auraient eu des relations sexuelles. Angela était excellente pour ce genre de choses. Mais tout le monde était comme ça au F.B.I. et au Jefferson. Ils étaient entraînés à être observateurs, et elle doutait du fait que ça leur prendrait du temps pour remarquer un contact ou un regard entre eux.
Brennan sentit les mains de Booth lâcher les siennes et se concentra de nouveau sur son visage, mettant ses pensées de côté. Elle sentit la main toucher son visage et, avant qu'elle ne puisse bouger ou dire quelque chose, il l'embrassait. Elle se dit qu'il avait décidé d'être d'accord pour faire savoir aux autres personnes de l'appartement qu'ils étaient ensemble, et l'embrassa aussi. Malgré le fait que c'était complètement éclipsé par les quatre personnes qui regardaient, le baiser était passionné et romantique. Elle entendit un sifflement et des applaudissements venant de la cuisine, mais elle les ignora et se concentra sur Booth. Lorsqu'il la relâcha, ses lèvres étaient engourdies et ses yeux fermés.
«Ici, murmura Booth. Ils savent. Il n'y a pas de ligne ici – pas même une floue.»
Il l'embrassa une fois de plus avant de revenir dans sa chaise.
«Hey vous deux ! Ma fille adolescente n'a pas besoin de voir quoi que ce soit de ce genre. Elle est trop jeune !» cria Castle depuis la cuisine.
Brennan vit Alexis et Kate rouler des yeux en même temps.
«Oh Richard, grandis un peu ! Alexis t'a vu embrasser plusieurs femmes comme ça, dit Martha, revenant à la table et posant une tarte au chocolat et une tarte au citron vert. Je suis sûre que tu l'as davantage marquée que ce mignon petit couple ne le pourra jamais. Au fait, c'était mignon, dit-elle à Brennan et Booth.
-Bien sûr, nous savions déjà que vous étiez ensemble, fit Alexis, la suivant avec les assiettes à dessert et d'autres couverts.
-On m'a dit que vous n'étiez rien de plus qu'un menteur, Booth» dit Castle, ramenant un plateau avec des tasses de café.
Alors que Beckett posait la crème et le sucre, Brennan pouvait dire qu'elle tentait de paraître innocente.
«Oui, acquiesça son partenaire. J'aurais dû mieux faire qu'essayer de mentir à un inspecteur sans y arriver.
-Alors vous avez appris votre leçon. J'ai appris cette leçon il y a longtemps avec cet inspecteur particulier.»
Alors que Brennan regardait Beckett rouler des yeux une fois de plus, elle pensa à ce que les deux hommes venaient de dire. Ça semblait – amical. Elle sourit et prit une tasse de café à Rick. Alors qu'elle était sur le point de la passer à Booth, Rick lui en tendit une. Booth remercia l'écrivain, qui lui fit un signe de tête. Brennan se demandait quand les deux hommes avaient décidé d'être amis. Ça devait être arrivé de faon interne pour eux deux. Elle pensa que Booth avait dû laisser passer ce qu'il avait contre Rick. Décidant qu'elle ne comprenait vraiment rien à la psychologie masculine, elle décida d'être heureuse que deux des hommes les plus importants de sa vie ne soient pas plus longtemps des forces fortement opposées.
Alors que Kate commençait le dessert, elle sentit ses pensées errer de nouveau, alors qu'elles avaient fait ça toute la soirée Mais peu importe où les pensées commençaient, elles finissaient toujours sur lui. Elles revenaient toujours à Richard Castle. Il s'assit près d'elle, le bras autour d'Alexis, et raconta joyeusement l'histoire de son visage égratigné. Bien sûr, il racontait sa propre version de ce qui était arrivé, et elle savait qu'elle ne ferait rien pour le corriger. La conversation dériva vers Booth et Brennan travaillant avec Bunsen Jude, «le prof de science». Brennan s'assurait de sourire aux moments appropriés, mais son attention était ailleurs.
Voyant Booth et Brennan ensemble et heureux la faisait bien sûr penser à Castle. Elle pouvait sentir l'énergie entre Rick et elle aussi bien que le reste du monde le pouvait – peut-être même plus. C'était intense par moments et doux à d'autres. Mais c'était constant. Elle dirait qu'elle était folle d'ignorer ça, mais elle n'avait jamais vraiment ignoré ça. Ça l'avait troublée, de temps en temps, de savoir avec quelle facilité il était dans sa peau. Sa conclusion permanente avait été qu'elle était avec Josh, mais ça ne marcherait plus désormais. Elle pouvait être avec Castle. Elle pouvait être une partie de sa famille. Elle pouvait être aimée.
Elle était déjà aimée, se dit-elle. Maintenant c'était à propos d'être aimée en retour.
Les anecdotes avaient été racontées et la conversation était finie.
«Je pense qu'il est temps pour nous d'y aller» dit Booth. Brennan acquiesça.
Chacun à la table se leva en même temps. Castle amena le manteau de Brennan et Booth l'aida à le glisser sur ses bras. Martha et Alexis serrèrent toutes les deux Brennan dans leurs bras, lui rappelant de rester en contact. Après avoir donné des conseils à Booth, Martha revint dans la cuisine pour une autre boisson. Beckett pouvait seulement imaginer ce qu'elle avait dit, et en jugeant par le regar surpris sur son visage, Booth ne le dirait pas. Tous les au-revoir furent dits, Brennan et Booth promettant d'appeler dès qu'ils commenceraient leur matinée.
«Je vais commencer le ménage, dit Alexis lorsque la porte fut fermée.
-Ne t'occupe pas de ça, ma chérie, dit Castle. Demain tu as cours ; tu ne dois pas aller au lit ?
-D'accord, mais d'abord je vais débarrasser la table, contra-t-elle.
-Ok.»
Beckett remonta les manches de sa veste et se dirigea vers la cuisine.
Castle mit ce qui restait du dessert dans le réfrigérateur et la rejoignit devant l'évier.
«On devra laver certains grands plats à la main, lui dit-il. Certains ne vont pas dans le lave-vaisselle.»
Il ouvrit l'eau et ferma la bonde avant d'ajouter du produit vaisselle et quelques assiettes et bols.
«Eh bien, bonne nuit et bonne chance ! leur dit Alexis, posant le reste de la vaisselle sale sur le comptoir.
-Bonne nuit mon petit oiseau, dit Castle en souriant.
-Bonne nuit Alexis.»
Elle regarda l'adolescente monter l'escalier jusqu'à sa chambre et entendit la porte se fermer.
«Torchon ? demanda-t-elle à Castle.
-Deuxième placard à gauche du réfrigérateur» dit-il.
Elle sortit deux torchons du placard. Elle lui en tendit un, mais il avait déjà plongé ses mains dans l'eau chaude.
«Posez-le sur mon épaule» dit-il nonchalamment.
Soudain elle sentit le retour de la nervosité qui l'avaient tourmentée quand elle était devant sa porte. Elle posa son torchon et se pencha pour poser l'autre sur son épaule. Avant qu'elle ne sache ce qu'elle faisait, elle posait le torchon, une main passait sur son dos et l'autre sur son front. Ses mains restèrent dans l'eau et elle l'entendit prendre une rapide inspiration. Elle s'arrêta et baissa les yeux.
«Castle, le prévint-elle, enlevant ses mains et pointant l'évier du doigt.
-Oh merde !»
Les bulles de produit vaisselle étaient montées si haut qu'elles commençaient à déborder et la pile sur le comptoir était entourée de bulles. Il sortit rapidement ses mains de l'eau chaude pour fermer l'eau, mais ne réussit qu'à éclabousser la cuisine, Beckett et lui-même.
Beckett se pencha et ferma l'eau. Son sweat était devenu humide, et elle osa un regard pour voir l'état dans lequel se trouvait Castle. Dès qu'elle l'eut fait, elle éclata de rire. Il était debout dans une flaque d'eau savonneuse. La mousse faisait une ligne de son front à ses chaussures, descendant lentement vers le sol. Son visage était plein d'eau.
«Ce n'est vraiment pas drôle, Beckett» dit-il, ne bougeant pas.
Elle continua de rire. Elle oublia tout ce à quoi elle pensait et rit de lui jusqu'à ce que les larmes coulent sur son visage, ajoutant à l'humidité de son sweat. Lorsqu'elle reprit finalement sa respiration, une main sur le comptoir pour se supporter, elle vit qu'il avait tourné la tête vers elle. Il avait son visage de petit chien battu et elle éclata à nouveau de rire. Elle prit le torchon de son épaule, révélant un rectangle sec sur sa chemise.
«Regardez, dit-elle. Vous séchez déjà.
-Pas drôle, répéta-t-il.
-Ici» dit-elle, lui tendant le torchon. Elle prit celui qu'elle avait auparavant posé et commença à nettoyer la flaque autour de l'évier, toujours en pouffant de rire. Son sweat sécherait lui-même.
Une forte main se posa sur son épaule et la retourna. Il croisa sérieusement leur regard.
«Vous ne vous en sortirez pas comme ça» dit-il à voix basse et un peu rauque. Il mit son autre main sur son autre épaule, puis les laissa glisser lentement sur ses bras. Ses yeux suivirent le mouvement descendant de ses bras, arrivant sur sa poitrine, ses hanches, ses jambes, puis revinrent à ses yeux.
Elle eut un moment de lucidité et prit une décision. Lorsqu'il l'embrassa, elle était sur le point de l'embrasser. Elle allait laisser faire. Elle vit les muscles de ses bras tendus, prêts à la presser contre lui. Il recula la tête.
Rick pressa son corps contre le sien, et un bruit de succion emplit la pièce. Son visage atteignit sa poitrine avec un «floc» où l'humide commençait, et elle recula à la soudaine humidité qui avait immédiatement commencé à transpercer ses habits.
«Castle» se plaignit-elle, mais il la garda contre lui. Elle oublia ses projets de l'embrasser et pensa à plusieurs façons de le tuer.
«Oh, Beckett, est-ce que je serais en train de vous mouiller ?» demanda-t-il avec sarcasme. Il la laissa partir et vit maintenant sa forme sur elle, trempée et savonneuse.
«Oups...
-Je vais vous tuer Castle.
-Et je mourrai heureux, lieutenant» répliqua-t-il, souriant.
Elle lui sourit aussi, une dangereuse lueur dans son regard, puis prit une pile de vaisselle du comptoir et la posa sur sa tête.
«Joli chapeau, dit-elle diaboliquement.
-Oh, c'est sûr» lui dit-il, plongeant ses mains dans l'évier et prenant des bulles. Il les lui jeta et l'éclaboussa avec de l'eau.
Elle renchérit en prenant le pulvérisateur de son holster, tourna le robinet, visa et tira. Elle le frappa en plein visage, puis descendit pour atteindre son torse. Elle laissa le déclencheur et laissa le tuyau retomber. Il s'avança vers elle, plus de mousse dans les mains. Elle leva les mains pour l'arrêter et recula – hors du tapis et sur un carreau humide. Ses pieds glissèrent sous elle et elle perdit l'équilibre. Castle tenta de prendre ses bras pour la rattraper et elle s'appuya sur le comptoir et à sa chemise. Avant que Beckett ne le sache, ils étaient tous deux sur le sol de la cuisine. Castle avait d'une certaine façon fait en sorte de ne pas tomber sur elle lors de leur chute.
Le rire surgit de son torse. Ils étaient arrivés à un mélange de bras et de jambes, avec le corps de Beckett plus qu'à moitié allongé sur le sien.
«J'ai dit «c'est sûr» Beckett, pas «mettez-moi par terre».»
Elle sourit aussi, prenant en compte le fait qu'aucun d'eux n'avait été blessé et qu'ils étaient juste humides, savonneux et allongés en flaque sur le sol de la cuisine. Elle laissa son front reposer sur son torse, sentant le rire faire bondir et vibrer son torse. Lorsqu'elle leva les yeux, il la regardait bizarrement.
«Quoi ? demanda-t-elle.
-Bienvenue parmi nous.»
Lorsque son regard l'interrogea, il continua.
«Je dirais que votre esprit était ailleurs ce soir. Je suis heureux d'avoir pu vous ramener.
-Oh.»
Ils s'assirent en même temps. Castle se leva le premier, puis proposa une main à Beckett et l'aida à se relever. Elle enleva ses talons par souci de sécurité.
«Venez, dit Castle. Allons finir ces plats.»
Une heure plus tard, ils étaient secs et avaient fini avec les plats. La cuisine fut également sèche après dix minutes d'essuyage et de passage à l'éponge. Beckett avait mené Castle à la porte, les bras chargés de boîtes pleines de restes.
«Merci d'être venue, Kate, dit-il. Et pour l'aide pour le ménage.»
Elle frissonna légèrement au son de son prénom sur ses lèvres. Elle sentit de la chair de poule se former sur ses bras malgré la chaleur qui emplissait son corps, et se souvint qu'il avait eu le même effet sur elle quelques heures avant. Elle décida qu'il avait besoin d'un pourboire. Elle s'avança vers lui, se pencha, et l'embrassa sur la joue lentement et délibérément.
«Pas de problème, murmura-t-elle d'une voix lente et restant toujours près de lui. Mais pour plus tard, je préfère devenir mouillée ailleurs que dans la cuisine. Bonne nuit.»
Elle recula et ferma la porte derrière elle. Elle entendit un léger gémissement, puis le délicieux son du front de Castle frappant la porte.
Malgré le fait qu'elle était toujours humide, lorsqu'elle sortit du bâtiment dans l'air frais de la nuit, elle était étonnamment chaude.
La suite dans 10 jours !
