Bonsoir !


Chapitre 34 : Flaques d'eau et taches

Castle fut sorti du sommeil par quelqu'un qui l'appelait. Il savait que la voix était familière, mais quelque chose y était différent. Elle était douce et basse – pas du tout comme celle de Beckett habituellement. Il ouvrit un œil. Beckett était agenouillée près du canapé de la salle de repos sur lequel il s'était écrasé, une main doucement posée sur son épaule. Ses lèvres étaient à quelques centimètres des siennes. S'il s'avançait rien que d'un cheveu...

«Castle, réveillez-vous» murmura-t-elle.

Rejetant ses besoins, il ouvrit l'autre œil.

«Combien de temps ai-je dormi ?

-Je n'en suis pas certaine, mais il est l'heure de déjeuner maintenant et nous devrions manger quelque chose si nous avons l'intention de tenir le reste de la journée.

-Vous avez fait une pause ? demanda-t-il, se relevant lentement et se frottant les yeux.

-Pas encore, mais un déjeuner suffira. J'ai fait une sieste la nuit dernière, vous vous rappelez ? Vous n'avez rien trouvé de la journée.

-Et ça a été une grosse journée.

-Qui devient plus grosse encore, ajouta-t-elle. Tempe et Booth reviendront demain ici pour aider pour les interrogatoires et pour enfin résoudre cette affaire.»

Castle sourit.

«Ils viennent?

-Je raccroche juste d'avec Booth. Il a dit qu'ils pensaient qu'il viendrait seul, mais il a fait changer Tempe d'avis.»

Castle se leva avec précaution, les muscles pas encore réveillés, et tendit la main pour aider Beckett à se relever.

«Tempe ne serait pas venue ? Pourquoi ?

-C'est l'autre nouvelle – Angela a eu son bébé aujourd'hui. Tempe pensait qu'avec elle et Hodgins absents du labo, elle aurait besoin d'être là. Booth lui a prouvé le contraire.

-Bien. De quoi s'agissait-il déjà ? Du déjeuner ?»

Castle fit un geste vers la porte. Il la suivit dehors, la main dans le bas de son dos jusqu'à ce qu'ils atteignent l'open space. Alors qu'ils sortaient du poste pour aller dans la rue, Castle fut impressionné par la beauté de la journée. Il n'était pas sorti depuis qu'ils étaient arrivés au poste à 2h30 ce matin-là. Il faisait trop noir dehors pour vérifier autre chose que le fait qu'il ne pleuve pas. Il prit une profonde inspiration et suivit Beckett jusqu'à la voiture, conscient du fait qu'il était probable qu'ils passeraient le reste de la journée enfermés au poste.

«Eh, vous voulez retourner au parc ? demanda-t-il. On peut s'arrêter prendre des sandwiches ou autre chose. Je sens qu'on ne reverra pas la lumière du jour pendant un bon moment une fois qu'on sera revenus au poste.

-Ça a l'air bien. Vous voulez aller à l'épicerie fine autour du pâté de maisons ou vous voulez allez à l'autre à laquelle vous m'avez emmené le mois dernier ?»

L'épicerie fine à laquelle elle faisait référence était seulement l'un des secrets les mieux gardés de Manhattan.

«Vous êtes obligée de demander ? Je veux dire, vous vous souvenez du délice qu'était ce sandwich à la dinde ? Vous devriez être heureuse que je vous aie emmenée là-bas.»

Elle roula des yeux et fit entrer la voiture sur la route.

«Alors, qu'ai-je manqué pendant mon sommeil ?

-Pas grand-chose. La plupart des développements ont eu lieu en votre présence. On a de solides identités pour les quatre victimes maintenant. On sait qu'ils sont tous liés par la drogue d'une façon ou d'une autre. On sait aussi qu'ils sont liés à mon ancienne affaire d'il y a quelques années. Tout ce qu'on a à faire maintenant c'est trouver notre meurtrier et celui qui nettoie derrière lui.

-Est-ce que vous pensez que ça vaut le coup de traquer notre ami facilement susceptible et qui m'a blessé à la pommette la semaine dernière ?

-Peut-être. Peut-être qu'il a entendu quelque chose de nouveau. On se dirigera vers sa partie de la ville après le déjeuner.»

Traquer Petey s'avéra plus facile que chacun d'eux ne le pensait. Le dealer était debout exactement au même endroit que la première fois qu'ils lui avaient parlé. Il était vaseux à propos des détails de leur conversation précédente – Castle avait une idée plutôt arrêtée selon laquelle ça avait un rapport avec le fait qu'il ait été incroyablement violent la dernière fois – mais, heureusement pour eux, il avait entendu une rumeur la nuit précédente. Encore mieux, se disait Castle, c'était le fait qu'il n'avait pas été suffisamment violent la nuit précédente pour oublier qu'il avait entendu ça.

«Une de mes amies, Darling, a dit qu'elle avait entendu qu'il était dehors et hier soir à quelques pâtés de maison d'ici. Elle a dit qu'un client nommé Hatty l'a mordu.

-Est-ce qu'on peut parler à Darling ou est-ce que vous avez plus de détails ?» demanda Beckett alors que Castle se levait.

Il n'avait définitivement pas peur du dealer. Il ne voulait tout simplement pas se faire de nouveau frapper.

«Allez, Petey. Qu'est-ce que «à quelques pâtés de maisons d'ici» signifie ?»

Beckett tentait de conserver l'attention du dealer, qui ne cessait de se diriger vers les gens qui passaient.

«Je ne sais pas. Elle ne l'a pas dit.»

Castle fit une tentative de pas en avant.

«Alors où Darling sort-elle ?»

Petey inclina la tête et baissa le regard vers le sol.

«Je pense que l'endroit s'appelle le Cheers.

-Le Cheers ? demanda Beckett, sceptique.

-Ouais.»

Petey commença à reculer alors que la rue autour de lui devenait un peu occupée.

«D'accord, merci Petey. Vous entendez quelque chose d'autre, vous trouvez un flic et vous demandez le détective Beckett. Vous m'avez comprise ?

Elle s'assura qu'il la regarde dans les yeux une dernière fois pour se faire comprendre.

«Ouais, ouais» marmonna-t-il, commençant à traîner dans une allée.

Castle se rapprocha de Beckett.

«Cette Darling sort dans un bar fictif de série télé ?»

Elle secoua la tête.

«On doit trouver un flic de la circulation par ici. Voyons s'ils ont entendu parler de Darling ou de ce bar dans lequel elle sortirait.»

Un certain officier Gedley fut le premier qu'ils purent trouver. Il rit lorsqu'ils lui parlèrent du Cheers.

«Il n'y a aucun bar dans le coin qui s'appelle comme ça. Votre mec voulait probablement parler du Keyer. Un dépotoir local deux rues plus loin et quatre pâtés de maison. Par contre, je ne connais pas cette «Darling».

-Merci» dit Beckett. Elle se dirigea dans la direction indiquée par le policier.

Castle la suivit. Lorsqu'il la rejoignit, il glissa à nouveau sa main dans le bas de son dos alors qu'elle entrait dans la foule. Elle l'autorisa à la guider sans se plaindre, et il appréciait le contact. Lorsqu'ils atteignirent le Keyer, elle s'arrêta et se tourna vers lui.

«Ayez l'air d'un homme, Castle. Essayez d'avoir l'air d'un policier cette fois. Et ne mangez rien de ce qui sort d'un bocal sur le bar, ok ?»

Il acquiesça, grimaçant à la pensée de cet œuf mariné qui avait fait sa ruine la dernière fois que Beckett lui avait dit de se comporter en adulte. Remettant sa veste en place et espérant paraître un policier rigide, il la suivit alors qu'elle ouvrait grand la porte et se dirigeait vers l'homme derrière le bar à travers les tables.

«Qu'est-ce que je peux faire pour vous, lieutenant ?» demanda-t-il à Beckett.

L'emphase qu'il avait placée sur son titre avait fait devenir plusieurs personnes nerveuses et même se déplacer un peu plus loin ou vers la porte.

«On cherche un dealer local. Darling. Vous savez où je peux la trouver ?

-Pourquoi devrais-je le savoir ? Je n'accueille pas de dealers ici.»

Son ton était proche de celui qui avait fait prendre Beckett comme une menace pour les gens.

«Ah oui ? Alors quel est votre nom ?

-Joe. Joe Keyer. Ça ne change pas ma réponse.»

Castle ne fit pas un geste mais commença à parler.

«Je ne sais pas, Joe. Le lieutenant Beckett ici présente semble être sur le point de s'offusquer de votre ton. Vous ne voudriez pas qu'on vous fasse fermer, si ? Mon ami au bureau du commissaire des incendies ne serait pas très content de voir vos sorties non marquées et les boîtes que vous avez empilées sur cet escalier.»

Il n'était pas sûr de paraître rigide, mais une fausse menace était le pain et le beurre du policier.

Beckett se tourna vers lui, le regard incertain. Elle forma les mots «commissaire des incendies» des lèvres, le questionnant, puis roula des yeux. Elle pivota pour faire de nouveau face au propriétaire du bar, mais il ne parlait pas.

«Pour l'amour de Dieu, Joe, dit une femme alors qu'elle sortait de la cuisine. Arrête de te comporter en gros dur.»

Elle se tourna vers Castle, ignorant complètement Beckett.

«Darling est dans la salle de bains, elle vomit ses tripes.»

Elle sourit à l'écrivain.

«Eh bien, merci ma'ame» lui dit-il. Elle n'était pas particulièrement attirante, mais Castle pouvait sans risque flirter avec elle en échange de l'information qu'elle venait de leur donner.

«Et vous êtes ?

-Moira. Moira Keyer. Et vous êtes Richard Castle, XXX ?»

Castle nota la tension qui régnait dans le corps de Joe lorsqu'il réalisa que sa femme flirtait. Son apparence de policier était grillée, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne pourrait plus être utile. Il s'avança d'un pas, vers Moira, et appuya ses coudes sur le comptoir.

«Je le suis, Moira. Et quel joli nom c'est. Que pourriez-vous me dire d'autre sur Darling ? Ce sont des affaires de flic, vous comprenez.

-Darling est un dealer normal. Lorsqu'elle fait une vente, elle vient ici pour boire un coup et prendre un peu de nourriture. Elle entre et sort d'ici pendant ces dernières années. Elle est jeune, mais elle est assez forte pour être encore en vie. Elle a des problèmes ?»

Castle sourit à la femme, mettant son charme en avant.

«Non, non. On a entendu qu'elle avait vu quelque chose la nuit dernière, et on a juste besoin de lui demander où.»

La femme battit des paupières à Castle, ignorant le silence protestant de son mari quelques pas plus loin.

«Elle n'a pas dit où elle était la nuit dernière, mais elle n'est pas revenue avant ce matin. Elle n'était pas en pleine forme, et une assiette de bâtonnets au fromage lui a fait rejeter ses biscuits au premier endroit où elle a pu.

-Merci Moira. On va juste aller lui parler, et on sortira de votre chemin.»

Castle s'éloigna du bar et fit un geste à Beckett en direction de la porte sur laquelle il y avait écrit «Salle de repos». Il se retourna et sourit à Moira.

«Vous devriez vouloir retenir votre respiration. Ça va probablement sentir horriblement mauvais là-dedans» dit-elle alors qu'elle ouvrait la porte.

Une botte noire sortie de dessous, et la porte s'ouvrit.

«Darling ?» appela Beckett.

Un gémissement vint du fond de la pièce.

«Oui ?»

Kate s'avança d'un pas et ouvrit la porte.

«Je suis Kate.»

Elle s'accroupit.

«Un de mes amis m'a dit que vous aviez vu quelque chose la nuit dernière. Quelqu'un a été blessé ?»

Lorsque la jeune femme gémit une nouvelle fois, Castle humidifia des serviettes en papier avec de l'eau froide et les passa à Kate. Alors que Kate les pressait sur le front de la jeune femme. Les yeux de Darling s'ouvrirent.

«Merde, vous êtes un flic.»

Elle commença à se battre, mais elle était faible et n'alla pas loin avant que Beckett n'ait une prise sur elle.

«Vous n'aurez pas de problèmes. Je voulais juste savoir où vous étiez la nuit dernière. Si vous me le dites, on partira tout de suite.»

La jeune femme était silencieuse, lubrifiant ses lèvres sèches et tentant d'ouvrir totalement ses yeux.

«Une rue près du parc à un pâté de maisons. Il faisait noir. Je faisais une affaire, j'ai entendu quelqu'un crier et beaucoup de bruit au-dessus de moi. Je n'ai rien vu, ça devait venir d'un appartement ou autre chose. Mais j'ai entendu parler du dealer qui avait donné des coups de pieds aux clients, et j'ai couru.

-Vous avez entendu des détonations ?»

Elle secoua la tête.

«Vous allez me laisser seule maintenant ? J'ai l'impression que ma tête va exploser. J'ai tellement flippé la nuit dernière que j'ai pris ce que j'avais sur moi (elle parle de drogue). J'aurais souhaité savoir quelle combinaison c'était pour ne plus jamais le refaire.

-Très bien, Darling. On va vous laisser seule. Si ça va encore moins bien, vous avez Moira et Joe. Ils vous emmèneront à l'hôpital.»

Kate se leva et sortit de la pièce.

«Je vais bien. J'en ai juste pris. Je n'ai pas fait d'overdose ou quoi.»

La jeune femme ferma de nouveau les yeux, glissant contre le mur et posant un bras sur le siège des toilettes.

«'Lez, Castle. Laissons-la seule et sortons d'ici.»

Beckett sortit de la salle de bains et revint dans le bar. Elle tendit une carte à Moira alors qu'ils sortaient.

«Elle se rappelle autre chose, vous m'appelez. Allez la voir de temps en temps. Elle pourrait probablement utiliser de l'eau.»

Moira acquiesça silencieusement, jetant un dernier regard plein d'espoir vers Castle. Castle lui sourit en retour, un sourire particulièrement diabolique dont il avait dit qu'ils faisait devenir folles les femmes. Il suivit Beckett dans la rue. Elle regarda autour d'elle, particulièrement vers le parc un pâté de maisons plus loin et se dirigea dans cette direction.

«Pourquoi ne l'avez-vous pas ramenée au poste ? demanda-t-il à Beckett alors qu'il marchait près d'elle.

-Elle n'a rien vu. Ça aurait été une perte de temps de faire le chemin jusqu'au poste. Elle nous a montré la bonne direction, c'est tout ce dont on a besoin.

-On pourrait l'avoir aidée à s'en sortir. À se remettre sur pieds.

-Elle n'a jamais été sur ses pieds, Castle. J'ai vu assez de dealers pour le savoir. Mais j'ai glissé vingt dollars dans la poche de sa veste avant qu'on parte. Avec l'espoir qu'elle les utilisera pour mettre de la nourriture dans son organisme.

-Vous vieillissez doucement» lui dit-il.

Elle le regarda les sourcils levés.

«Eh bien, si vous continuez de m'acheter des repas Castle, je vais avoir de l'argent.»

Sortir de l'argent sans que Beckett ne le remarque, ou avant qu'elle ne puisse le faire elle-même, était la spécialité de Castle. C'était la seule chose avec les regards en réflexe à laquelle il était meilleur qu'elle. Maintenant qu'il y pensait, elle n'avait probablement jamais vraiment essayé. Et avec la façon dont elle le regardait trop tard – et avait cassé avec Josh – elle n'avait probablement pas essayé du tout. C'était presque comme s'ils sortaient ensemble. Il s'arrêta net.

«Ça doit être l'allée» dit-elle alors qu'elle sortait du chemin. Elle marcha quelques mètres encore avant de l'appeler.

«Oui, désolé» dit-il, trottant jusqu'à elle. Son esprit était toujours occupé alors que ses yeux la suivaient jusqu'à l'immeuble d'appartements qui bordait l'allée.

-Il doity avoir une douzaine d'appartements par ici. Si Darling a entendu quelque chose, c'était probablement fort, ce qui veut dire que quelqu'un d'autre l'a sûrement aussi entendu. Je pense qu'on devra trouver le propriétaire des lieux et commencer à interroger les locataires.»

Castle se remit au même niveau que Beckett, mais le soleil l'éblouit. Il baissa les yeux pour les protéger, rejetant presque les taches qu'il voyait alors qu'il fermait les yeux. Il se demanda s'il avait plu la nuit dernière. Il ne pensait pas, et donc il baissa de nouveau les yeux. C'était liquide, ça c'était sûr, mais ça ne ressemblait pas à de l'eau.

«Beckett ?»

Son regard suivit son doigt pointé.

«Qu'est-ce que c'est ?

-Je ne pense pas que ce soit de l'eau, dit-il. Il n'a pas plu la nuit dernière.»

Elle s'agenouilla, la main tendue. Lorsqu'elle éloigna ses doigts de la flaque, ils étaient teints en rouge. Elle le regarda. Il s'était positionné de façon à ce que la flaque soit entre lui et le bâtiment, puis regarda vers le haut. Trois étages plus haut, un rebord blanc de fenêtre était tachée d'une coulée rouge. Beckett se releva de nouveau et regarda en haut également.

«Quelqu'un a vraiment été tué là la nuit dernière, dit-elle.

-Et jeté par une fenêtre.

-Et probablement dispersé dans plusieurs bennes à ordures de l'île.»

Il la regarda de nouveau.

«Si on doit rester éveillés pour les prochaines vingt-quatre heures, j'aurai besoin de plus de ce café magique que vous possédez.

-Moi aussi.»


Alors ?