Merci à tous pour les reviews au précédent chapitre. Je suis heureuse que 'bébé' Gaby vous ait plu.
Pour information, et comme me l'a demandé Severus Snape - Black Dragon ma fic devrait normalement faire 75 chapitres.
Bonne lecture....
Chapitre 48 :
Retour à la réalité
- « On parlera de ce match pendant longtemps ! » jubilait Fred alors qu'ils descendaient les escaliers tous ensemble quelques minutes après la remise de la coupe.
Ils furent bientôt pris dans la foule qui sortait du stade pour revenir sur le terrain de camping. Sur le chemin du retour, l'air de la nuit leur apportait l'écho des chansons hurlées à tue-tête par les supporters irlandais, et les farfadets filaient au-dessus d'eux en poussant des cris et en agitant leurs lanternes.
Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant leur tente, personne n'avait vraiment envie d'aller dormir et, compte tenu du vacarme qui régnait autour d'eux, M Weasley fut d'accord pour qui ils boivent une dernière tasse de chocolat avant d'aller se coucher. Ils parlèrent longtemps des meilleurs moments du match et de l'ambiance festive qui se dégageait de la foule puis la discussion se porta sur Gaby.
- « Au fait, bien joué avec Verpey ! » lança Fred.
- « C'est vrai que tu étais à croquer ! » ajouta George en pinçant gentiment la joue de son ami, lequel vira aussitôt au rouge tomate. « Plus vrai que nature ! »
- « Et encore ! Vous avez raté le meilleur ! » Intervint Bill avant de leur raconter – devant un Gaby gêné d'être ainsi le centre d'attention – la prestation de celui-ci auprès du couple Malefoy.
- « Dommage qu'aucun des deux ne t'ai pris sur les genoux ! » termina Bill entre deux fou-rires. « J'aurai adoré voir leur réaction si tu leur avais fait pipi dessus ! »
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Vers une heure du matin, lorsque Gaby et Ginny tombèrent tous deux endormis sur la table de camping, M Weasley décréta qu'il n'était plus temps de discuter et insista pour que tout le monde aille se coucher.
Après avoir aidé Gaby, qui avait toujours l'aspect d'un enfant de trois ans, à s'installer, Arthur se dirigea vers son propre lit.
- « Je suis vraiment content de ne pas être de service ce soir » marmonna t-il en se laissant tomber sur le matelas alors que les supporters continuaient de chanter de l'autre côté du camping et que l'on entendait retentir de temps à autre la détonation d'une baguette magique. « Je n'aimerais pas être obligé d'aller dire aux irlandais de cesser de faire la fête. »
Alors qu'il somnolait, Gaby repassait dans sa tête les trajectoires les plus spectaculaires de Krum. En pensant à la manière dont celui-ci avait plongé sans hésitation au milieu des autres joueurs pour tromper l'attrapeur adverse, il comprit beaucoup mieux pourquoi son père ne voulait pas le voir effectuer ce genre de manœuvre. Krum avait failli se faire percuter au moins trois fois ! Sans compter qu'il aurait pu s'écraser comme l'avait fait Aidan Lynch... et pourtant, il se demandait quelles sensations cela pouvait procurer de voler de cette façon… Et il s'imaginait sur son éclair de feu, attrapant le vif d'or sous les acclamations d'une foule de cent mille personnes et le regard empli de fierté de son père……
Gaby ne sut jamais s'il avait fini par s'endormir. La seule chose dont il était certain, c'était que M Weasley avait brusquement poussé de grands cris.
- « Debout ! Vite ! Tout le monde debout ! » Hurla Arthur en allumant toutes les lampes d'un coup de baguette.
Gaby se redressa aussitôt, le cœur battant à tout rompre. Il ne devait pas avoir dormi très longtemps puisqu'il avait toujours la forme d'un petit garçon.
Il se rendit tout de suite compte qu'il se passait quelque chose d'anormal et – par réflexe – prit une gorgée de polynectar. C'est à ce moment là qu'il se rendit compte que les bruits qui provenaient du terrain de camping avaient changé de nature ; les chansons et les rires ayant laissé place à des hurlements et à des pas précipités.
- « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Ron d'une voix endormie.
Voyant que tout le monde sauf lui était levé, Gaby se dépêcha de se glisser hors de son lit.
- « Je renvois les enfants immédiatement ! » disait M Weasley, parlant dans ce qui semblait être une sorte de miroir.
- « Faut-il envoyer des renforts ? » poursuivit une voix que Gaby reconnu comme étant celle de son grand-père.
- « Ca devrait aller. Il y a déjà pas mal d'aurors sur place. Je vous recontacterai en cas de besoin. »
- « Soyez prudent Arthur. »
Sur ces dernières paroles, M Weasley rangea son miroir et se tourna vers Gaby, Neville et les quatre plus jeunes de ses enfants.
- « On va aider les gens du ministère. » expliqua t-il en attrapant sa veste. « Vous, vous utilisez le portoloin de Gabriel et vous rentrez Square Grimmaurd. »
Baguette en main, il se précipita hors de la tente, Bill, Charlie et Percy sur les talons.
Ecoutant leur curiosité plutôt que leur bon sens, les six adolescents les suivirent à l'extérieur.
A la lueur des quelques feux qui continuaient à brûler, ils virent des gens courir vers le bois, fuyant quelque chose qui traversait le pré dans leur direction... quelque chose qui émettait d'étranges éclats de lumière et lançait des détonations semblables à des coups de fusil. Des exclamations moqueuses, des explosions de rire, des vociférations d'ivrognes leur parvenaient.
- « Où est papa ? » gémît Ginny d'une voix angoissée.
- « J'en sais rien. » lui répondit Fred en jetant des regards circulaires autour de lui dans l'espoir de le repérer.
Une puissante lumière verte illumina subitement les lieux et, levant les yeux, Gaby vit avec horreur qu'une gigantesque tête de mort avec un serpent qui sortait de sa bouche étincelait à présent dans un halo de fumée verdâtre, se découpant dans le ciel noir. Il la reconnut aussitôt : cette marque... c'était la même que celle qui était gravée sur le bras de son père... c'était la marque des mangemort !... La marque de Voldemort !
A peine l'eut-il réalisé que ceux qui l'avaient sans doute créée apparurent. Une foule serrée de sorciers avançaient d'un même pas, la baguette magique pointée en l'air, et traversaient lentement le pré. Leurs têtes étaient recouvertes de cagoules qui masquaient leurs traits et ils portaient des robes de sorciers entièrement noires.
Loin au dessus d'eux, flottant dans les airs, quatre silhouettes se débattaient, ballottées en tous sens dans des positions grotesques. On aurait dit que les sorciers masqués étaient des marionnettistes et les silhouettes suspendues au-dessus de leurs têtes de simples pantins animés par des fils invisibles qu'actionnaient les baguettes magiques.
- « Il faut qu'on parte ! » fit Neville d'une voix effrayée. « Gaby ! Il faut utiliser le portoloin de ton père ! »
Mais personne ne l'entendit. Tous étaient concentrés sur l'atroce spectacle qui se jouait devant leurs yeux.
Des tentes s'effondraient sur le chemin des sorciers en noir et, à plusieurs reprises, l'un d'entre eux fit exploser d'un coup de baguette une tente qui se trouvait sur son passage. Plusieurs d'entre elles prirent feu et les hurlements augmentèrent d'intensité.
Les quatre malheureux qui flottaient en l'air furent soudain éclairés par une tente en flamme et les adolescents purent reconnaître l'un d'eux : c'était M Roberts, le gardien du camping. Les trois autres devaient certainement être sa femme et ses enfants.
- « C'est répugnant ! » marmonna Ron en regardant le plus petit des enfants moldus qui s'était mis à tourner comme une toupie en poussant des hurlements déchirants.
Des sorciers du ministère arrivèrent soudain de tous les côtés tandis que la foule de sorciers se rapprochait, la famille Roberts toujours suspendue au dessus de leurs têtes.
Ginny s'était réfugiée dans les bras de Fred et avait fondu en larmes, terrorisée. Gaby tremblait comme une feuille, et les autres, blancs comme des fantômes ne semblaient pas aller beaucoup mieux.
- « Qu'est ce que vous faites encore là ?! » Hurla M Weasley qui, suivant la progression de la foule, était revenue vers la tente. « Filez ! Dépêchez-vous ! »
- « Mais on ne va quand même pas vous laisser là ! » protesta George d'une voix qu'il voulait sûre. On peut sûrement aider ! On... »
- « c'est beaucoup trop dangereux ! Votre place n'est pas ici ! Vous rentrez ! Et tout de suite ! »
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- « Mais qu'est ce qu'ils font ? » marmonna Severus, fou d'inquiétude, en faisant les cent pas dans le salon du premier étage, là où le portoloin devait ramener les enfants. « Ca fait plus de dix minutes qu'Arthur nous a prévenu ! Ils devraient être là depuis longtemps ! »
- « Pourvu qu'ils aillent bien... par Merlin, pourvu qu'ils aillent bien... » Priait Molly en tordant nerveusement son mouchoir entre ses mains.
- « Tout ca c'est de votre faute Albus ! » accusa Severus en se tournant brusquement vers son supérieur. « Vous et votre foutu optimisme ! 'Laissez-le y aller Severus !' » Continua t-il en imitant Dumbledore, sans pour autant cesser de tourner comme un lion en cage. « 'Voldemort ne prendra pas le risque de se dévoiler si tôt... Il n'y aura pas de problème !'…C'est la dernière fois que je vous écoute vieil homme ! Et c'est la dernière fois que je laisse mon fils aller quelque part sans moi ! Ça vous pouvez en être certain ! »
Il jeta un rapide coup d'œil vers l'extérieur – au cas où Arthur aurait finalement raccompagné les enfants en transplantant – puis se remit à user le tapis.
Il continua à marmonner et à grogner pendant cinq bonnes minutes, vérifiant l'heure toutes les dix secondes, puis, incapable d'attendre un instant de plus, il se dirigea à grands pas vers la porte.
- « J'en ai assez ! Je vais le chercher ! »
Faisant fi des protestations de Dumbledore et de Remus, Il dévala les escaliers le plus vite possible et avait déjà atteint l'entrée quand la voix de Molly Weasley retentit.
- « oh Merlin !... Merci Merlin, vous êtes là ! »
Galvanisé par ce cri, Severus s'élança à nouveau dans les escaliers et se précipita dans le salon. Il vit alors avec un immense soulagement que Gaby – toujours sous la forme d'un petit garçon roux – et les cinq autres adolescents étaient de retour.
C'est en courant qu'il franchit les quelques mètres qui le séparaient de son fils qu'Albus avait déjà rejoint.
- « Tu n'as rien mon ange ? » fit-il, affolé, en se jetant à genoux devant Gaby pour l'inspecter sous toutes les coutures. « Ca va ? »
Gaby hocha négativement la tête, clairement choqué par ce qu'il avait vu, et se jeta dans les bras sécurisants de son père avant d'éclater en sanglots. Severus se releva aussitôt, serrant Gaby contre sa poitrine, et alla s'installer dans un fauteuil, Remus et Sirius le rejoignant rapidement pour l'aider à rassurer leur filleul.
La famille Weasley, après que Molly se soit assurée que chacun de ses enfants était en un seul morceau et les avoir serrés tour à tour dans ses bras, s'installa sur le canapé, Ron et Ginny blottis de chaque côté de leur mère et Fred et George installés à leurs pieds sur de gros coussins. Dumbledore, quant à lui, après avoir prévenu Mme Londubat par cheminette, se chargea de raccompagner Neville chez lui.
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Gaby avait retrouvé sa forme d'origine depuis environ une heure quand enfin Arthur et les autres Weasley revinrent square Grimmaurd.
- « Arthur ! J'étais si inquiète ! » S'écria Molly en sautant au cou de son mari. « Vous n'avez rien eu ? » poursuivit-elle en le relâchant pour regarder ses trois aînés les uns après les autres.
- « Tout va bien, Molly. Calme-toi. » Essaya de l'apaiser Arthur. « Juste... »
- « Oh Merlin ! » l'interrompit-elle en voyant le bras ensanglanté de Bill. « Laisse-moi voir ça ! »
- « C'est rien maman. Juste une égratignure ! » Expliqua Bill. « Je vais... »
- « Assieds-toi là et laisse-moi faire ! » Ordonna Molly en l'obligeant à prendre place dans un fauteuil.
D'un sort, elle fit venir à elle bandages et désinfectant et, avec une maîtrise digne de Mme Pomfresh, nettoya la plaie et la protégea d'un épais pansement. L'entaille étant profonde, il lui faudrait quelques heures pour cicatriser, même avec les potions.
Tandis que sa femme jouait les infirmières, M Weasley, secondé de Charlie, faisait un compte rendu détaillé des évènements.
- « Ils étaient une vingtaine, tout au plus vingt-cinq, mais ils ont fait pas mal de dégâts. Le camping a été presque entièrement dévasté et ils ont malmené le gardien moldu et sa famille. Il n'y a cependant eu qu'une petite dizaine de blessés et, heureusement, aucun mort. »
- « Etes-vous certain que c'était des mangemort Arthur ? » l'interrogea Dumbledore.
Celui-ci acquiesça.
- « Il n'y a aucun doute là-dessus. Ils ont fait apparaître la marque des ténèbres, Albus. Qui d'autre aurait fait une chose pareille ? »
- « Vous avez pu en reconnaître certains ? »
- « Ils avaient des cagoules. » Expliqua Charlie. « Entièrement habillés de noir, aucun signe distinctif. Les Malefoy ont assistés au match mais il n'y a aucune preuve qu'ils aient participés à ce défilé barbare. »
- « Au moins le ministère va être obligé d'annoncer le retour de Voldemort maintenant. »
- « Je n'en serais pas si sûr à votre place Remus. Connaissant Fudge, il va essayer de faire passer ça pour un incident isolé causé par des ivrognes ou quelque chose dans ce goût là. »
- « Mais ils ont fait apparaître la marque ! Il n'y a pas... »
- « Ca ne prouve rien. Cela pourrait être l'œuvre d'une seule personne qui se serait 'laisser grisée' par l'euphorie du moment. Il va mettre ça sur le compte d'un petit groupe de sorciers anti-moldus, j'en suis certain. »
- « Qu'est ce qu'on peut faire ? »
- « Pour le moment, absolument rien. »
Dumbledore consulta sa montre.
- « Il est à peine quatre heure. Je propose que nous allions tous nous recoucher. On avisera de ce qu'il convient de faire demain, quand on aura connaissance de la version du ministère et le rapport de nos aurors. Ils étaient tous les deux de service ce soir... »
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-. « Papa ? » demanda Gaby alors que son père s'apprêtait à aller se coucher.
- « Oui mon cœur ? »
- « Est-ce que... » Hésita Gaby.
- « Oui ? »
- « Non rien. Laisse tomber. C'était stupide de toute façon. » Soupira Gaby en s'enfonçant un peu plus sous ses ouvertures.
Voyant bien que quelque chose le tracassait, Severus vint s'asseoir sur le bord de son lit et lui passa une main dans les cheveux.
- « Qu'est ce que tu as ? »
- « ... »
- « Eh bien dis-moi Gaby. Qu'est ce que tu voulais me demander ? »
- « ... »
- « Tu veux dormir avec moi ? »
Gaby secoua la tête.
- « Non ?... Quoi alors ? »
- « Je... je voulais... »
Gaby parla tellement doucement que Severus n'était pas sûr d'avoir très bien compris.
- « Que je te raconte une histoire ? C'est ça que tu aimerais ? »
Gaby acquiesça, rouge de honte.
- « Je sais très bien que je suis trop vieux... que c'est pour les bébés... mais hier, au camping j'ai... j'ai vu des jeunes enfants avec leurs parents et... et je me suis dit que jamais je n'avais pu vivre ça… Tu sais... être simplement un enfant. Tante Pétunia… je ne l'ai jamais considérée comme une maman… et… je crois qu'elle ne m'a jamais pris dans ses bras, tu sais, même quand j'étais petit... et jamais elle ne m'a laissé écouter quand elle racontait une histoire à Dudley ; elle m'envoyait toujours dans mon placard et… je sais pas... je crois que j'aurai juste voulu savoir ce que ça faisait... » Expliqua difficilement Gaby, laissant des choses enfuies depuis longtemps au fond de son cœur refaire surface.
Severus regarda son fils avec un petit sourire triste en pensant à l'enfance misérable que celui-ci avait du avoir.
- « Excuse-moi papa. Je n'aurais pas dû... »
- « Chuuut... » Fit Severus en lui posant un doigt sur les lèvres pour le faire taire « N'ais jamais honte de me demander quelque chose mon cœur. Jamais. »
Il l'embrassa sur le front et se leva.
- « Installe-toi correctement. Je reviens. »
Environ cinq minutes plus tard, Severus était de retour, un petit livre d'apparence ancienne à la main. Sur la couverture écornée, on pouvait lire 'les contes de Biddle le barde et autres contes sorciers.'
- « Tu me fais un peu de place ? »
Gaby acquiesça, en croyant à peine ses yeux, et se décala légèrement.
Severus se glissa alors à ses côtés, sous les couvertures, et le laissa se blottir contre lui.
Avec un soupir de reconnaissance et de bien être, Gaby posa sa tête sur l'épaule de son père et, légèrement émus, écouta.....
- « Il y a longtemps dans une lointaine contrée, vivait un jeune moldu du nom de John qui habitait dans un petit village en lisière d'une épaisse et mystérieuse forêt. Chaque matin, au petit jour, il partait, ses outils sur l'épaule, effectuer son travail de bucheron. Le travail ne manquait pas et le vigoureux jeune homme, qui ne rechignait pas à la tâche s'en réjouissait. Il avait tôt fait de jauger les arbres et d'en trouver un dans la force de l'âge. Il caressait son écorce, le toisait de la racine à la couronne et lui disait calmement qu'il allait le couper avec amour, douceur et respect. Il lui racontait qu'il serait bientôt table, fauteuil, chaise, lit, et que sa beauté et sa noblesse lui vaudraient de connaître une vie longue et heureuse dans une maison, voir dans un château. Il y serait bien traité, épousseté, caressé, ciré, chaque jour complimenté, montré, utilisé, pour le travail, le repos ou le plaisir.»
Severus jeta un œil vers Gaby et vit que celui-ci l'écoutait attentivement, un sourire bienheureux collé sur les lèvres.
- « …(bâillement)… continue papa… s'il te plait… »
- « Dans ces moments là, John était sûr que l'arbre l'écoutait avec attention et que, rassuré sur son sort, il allait se laisser abattre, tailler et débiter pour donner le meilleur de lui-même à l'homme. Apaisé, le bucheron le remerciait et commençait à officier, selon un rituel immuable. Après force coups de cognée et chants de lame de scie, un craquement sec accompagnait la chute du géant qui tombait avec lourdeur dans les feuilles avec un bruissement sourd.
John choisissait toujours la fin de l'ouvrage pour souffler un peu, se désaltérer et manger un sandwich. Généralement, il s'asseyait sur la souche toute fraiche de sève et avait alors l'impression que la force de l'arbre encore présente courrait de ses racines à travers tout son corps. Il aimait ce repos propice à ouvrir sa tête et son cœur aux bruits des animaux, aux chants des oiseaux, aux odeurs de terre et de feuilles mêlées. Il s'abandonnait à la rêverie. Son regard courrait puis se posait tantôt sur un buisson lointain, tantôt sur la pointe de ses chaussures. Il découvrait dans cet univers discret mille spectacles captivants qui l'éloignaient avec malice de sa tâche, laissant le temps se dérouler.
Par un beau jour de juin, alors qu'ayant terminé son repas, il allait se remettre à l'ouvrage, il vit une longue forme blanche se faufiler entre les feuilles mortes. Il se leva pour la suivre et pressa le pas. Il se pencha et tendit la main pour tenter de saisir l'étrange créature ondulante qui, alors qu'il allait l'attraper, disparut soudain, comme par magie.»
- « C'était… (Bâillement)… c'était un animagus ? »
- « Ecoute. Tu verras bien. » Lui répondit Severus en souriant, attendrit par l'attention que portait son fils à l'histoire.
- « … (bâillement)… »
- « C'était un magnifique serpent de près de deux mètres de long, d'un blanc presque transparent et aux écailles scintillant comme le cristal et jamais avant cela le jeune homme n'avait aperçu pareille créature dans cette forêt.
Le reste de la journée, toutes les pensées du moldu furent occupées par ce mystérieux animal. A plusieurs reprises, levant la tête, il crut l'apercevoir, rampant à proximité, mais à chaque fois qu'il feignait de courir à sa rencontre, celui-ci disparaissait subitement.
Rentré au village, il se rendit à l'auberge et là, il fit part de son étrange rencontre. Un vieil homme portant de longs cheveux blancs et une barbe lui arrivant presque jusqu'à la taille, qui était assis à une table lui dit qu'il avait tout simplement rencontré l'esprit de la forêt et qu'il n'avait rien à craindre de lui.
Le bucheron raconta qu'il l'avait poursuivi pour tenter de le capturer, ce qui fit bien rire le vieillard.
L'esprit de la forêt ? Le capturer ? Il ne faut pas y penser ! Il est insaisissable ! Et puis qu'en aurais-tu fait ? lui demanda le vieil homme.
Oh … Je l'aurais simplement examiné puis relâché mais ma curiosité était la plus forte. Répondit le bucheron.
Vois tu gamin, reprit l'autre homme, c'est une bien grande chance que tu as eu là. Et tu ne crois sans doute pas à toutes ces vieilles histoires au sujet des esprits et de la magie mais si tu m'écoutes et que tu sais te montrer patient et habile, tu pourras peut-être vivre quelque chose de fantastique. Si le cœur t'en dit, cueille une poignée de millepertuis à minuit le jour du solstice d'été et rends-toi à la forêt avec tes herbes le lendemain.
Et que devrais-je donc faire ? demanda le plus jeune, à la fois intrigué et amusé.
Ecoute bien ce qu'on dit de l'esprit de la forêt. Et même si ce n'est qu'une légende, qu'est ce qui t'en coûte d'essayer ?
Le jeune homme acquiesça.
Voilà ce que tu devras faire. Quand tu verras le serpent approcher, surtout, fait mine de ne pas le voir, de ne pas t'intéresser à lui. Garde bien tes herbes à portée de la main et quand tu jugeras la bête assez proche, tu les lanceras sur elle. Après tu verras bien. Depuis longtemps on raconte que cette fameuse herbe possède un pouvoir particulier auquel l'esprit de la forêt n'est pas insensible… et si ton âme est suffisamment pure à son goût, alors il réalisera ton souhait le plus cher.»
- « …Qu'est ce qu'il aimerait… (Bâillement)… à ton avis ? »
Severus secoua à la tête en signe d'ignorance et poursuivit sa lecture.
- « Au lendemain du solstice d'été, John fit comme le vieil homme le lui avait dit et partit en forêt avec les herbes dans sa besace. Sitôt arrivé, il se mit, comme à l'accoutumée à l'ouvrage. Mais il n'avait pas oublié les recommandations de l'ancien et, tout en travaillant, il surveillait les environs du coin de l'œil.
Soudain, un bruit de feuilles remuées attira l'attention du bucheron. A ses pieds, le reptile ondulait avec lenteur, comme s'il était en promenade. John se saisit aussitôt de sa poignée de Millepertuis et la laissa tomber sur le dos de la bête.
Le serpent se redressa aussitôt devant lui, plantant ses yeux dans les siens.
Le jeune homme se sentait étrange, comme si l'animal regardait au plus profond de son âme avec ses hypnotiques yeux verts. Cela dura une minute à peine puis une voix douce comme une brise de printemps sortit de la bouche de l'animal.
Bucheron, tu as toujours aimé et respecté la forêt et aujourd'hui, tu en seras récompensé. Dis-moi quel est le souhait le plus cher à ton cœur et il sera exaucé.
Abasourdi, car n'ayant pas vraiment cru à l'histoire du vieil homme, John bredouilla :
Je… j'aimerai trouver la plus douce et la plus belle des femmes. Et si elle le veut, je l'épouserai et la rendrait heureuse.
Lorsque le jeune homme, qui avait fermé les yeux, les rouvrit, le reptile avait disparu. Ebranlé, il rentra donc chez lui et décida de taire cette scène surprenante de peur qu'on le prenne pour un fou.
Semaines et mois passèrent. John, qui se rendait chaque jour dans la forêt attendit en vain une nouvelle visite du serpent. Il pensa alors qu'il avait été victime d'une hallucination et qu'il attendrait sans doute encore longtemps l'élue de son cœur.
Ce soir là, comme il approchait de chez lui, il trouva une femme en pleurs assise au bord du chemin. Il s'approcha de l'inconnue qui cachait son visage dans ses mains. Elle semblait souffrir.
Mademoiselle, qu'avez-vous ? Que faites-vous là ? lui demanda t-il.
Mon cheval est tombé dans le pré voisin. Répondit la jeune fille dans un sanglot. Il s'est blessé à une patte.
Nous allons voir cela. Mais vous n'allez pas rester ici à pleurer. Je vais vous conduire chez moi où vous allez vous restaurer et vous reposer puis je vous reconduirai chez vous.
La jeune femme leva alors la tête et le bucheron découvrit, sous les larmes, un merveilleux regard bleu azur et un visage empreint de douceur. Il aida la jeune fille à se lever.
Mon dieu, mais c'est une fée que je viens de rencontrer pensa t-il
John revint au village accompagné de la demoiselle puis revint soigner le cheval. Elle lui confia être la fille d'un riche châtelain voisin et le pria de prévenir ses parents de sa chute.
Nous allons faire mieux que cela. Lui répondit-il. Nous allons prendre mon cheval et je vais vous raccompagner auprès des vôtres. Quant à votre cheval, je vous le rapporterai quand il ira mieux.
Les parents, inquiets de ne pas voir leur fille rentrer, furent soulagés de la retrouver. Elle leur conta son aventure et leur présenta John qui l'avait secourue.
Jeune homme, soyez remercié de votre attention. Fit le père Il va de soit que vous serez notre hôte le jour où vous ramènerez la monture de ma fille. Mais sachez aussi que ma demeure vous est éternellement ouverte.
Monsieur je vous remercie Répondit le bucheron. Je n'ai fait qu'aider une jeune fille dans la difficulté et je pense que tout autre que moi en aurait fait autant. Je suis cependant ravi de votre offre et c'est avec plaisir que je m'assiérai à votre table.
Disant cela, John glissa un regard vers la jeune fille qui esquissa un sourire et rosit imperceptiblement. Elle avait une grâce infinie, une beauté toute en nuances, l'élégance d'une ondine tout droit sortie d'un conte de fée.
Le châtelain demanda finalement à sa fille comment elle s'était produit sa chute.
Mon cheval allait au pas dans un pré lorsqu'il s'est soudainement cabré. Je n'ai pas pu le contrôler car je devais rêver un peu. J'ai été désarçonnée et je suis tombée. Devant nous se dressait un long serpent blanc comme je n'en avais jamais vu ! Le cheval a paniqué, s'est éloigné en boitillant, et a mit bien du temps à revenir. Quant au serpent, il a disparu sans que je sache comment.
Il est bien rare que quelqu'un aperçoive ce reptile. Fit John. A n'en pas douter, il s'agit là de l'esprit de la forêt, une créature de légende dotée d'étranges pouvoirs.
Un indicible sentiment de bonheur venait de s'installer dans le cœur du bucheron. Le vieil homme ne lui avait pas menti ; le serpent venait de réaliser son souhait.
John et la jeune fille se marièrent l'été suivant et eurent une vie longue et heureuse.
Ce qu'ils ne surent jamais, c'est que le vieil homme à la longue barbe blanche et le serpent ne faisaient qu'un… et que cet homme était connu, pour une certaine partie du monde, sous le nom de Merlin. »
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Severus referma le livre, l'histoire terminée, et se rendit compte que Gaby dormait à poings fermés, toujours étroitement blotti contre lui.
Il le regarda un instant dormir puis posa le vieux livre sur la table de nuit avant d'éteindre la lumière et de fermer les yeux à son tour.
A suivre......
