Chapitre 5 :
Envy revint dans sa chambre juste après le déjeuner et se vautra sur son lit. Il attrapa un cahier qui trainait et l'ouvrit. (Écouter « Fantasia alla marcia for piano, chorus and orchestra » de l'orchestre philarmonique de Tokyo)
-Tiens, depuis quand j'ai que des bonnes notes, moi ?
Il vérifia l'étiquette. Pas de doute, c'était bien le sien.
-Bizarre...on dirait qu'on m'a fait faire un rattrapage...Bah ! C'est rien !
Il jeta le cahier sur le sol et remarqua quelque chose qui dépassait de dessous le lit voisin, qui était pourtant inoccupé...
-C'est quoi, ça ? On dirait une flûte...
Les initiales E.E. étaient gravées dans le métal doré. L'adolescent s'amusa à en tirer quelques notes.
-Je suis toujours aussi nul, à ce que je vois. Je me demande quand-même d'où vient cet instrument...ça fait un mois que j'habite ici, seul, et elle n'y était pas...
En examinant la flûte, il fut pris d'un étrange malaise et il la posa soigneusement sur son bureau.
Il se leva pour mettre du gel dans ses cheveux, qui semblaient n'avoir pas été coiffés pendant un moment, et se planta devant le miroir. Il fit quelques mimiques, rigola tout seul, puis se fit une queue-de-cheval. Il marqua un temps d'arrêt en voyant un genre de cicatrice sur son cou.
-Depuis quand j'ai ça, moi ?
Il toucha la crevasse du bout du doigt et frissonna. L'adolescent fronça les sourcils, essayant de se rappeler ce qui avait causé cette blessure, en vain.
-De plus en plus bizarre...
Ne pouvant tenir en place, il sortit du dortoir en évitant les surveillants qui patrouillaient pour dénicher les sécheurs. Ses pas le menèrent au cœur de la forêt, dans une clairière qu'il ne connaissait pas. Les animaux s'approchèrent de lui sans manifester la moindre peur et le renifflèrent amicalement, comme s'ils l'avaient déjà rencontré.
-Ouste, sales bêtes !
Mais ils restèrent. Envy leva les yeux au ciel et s'assit sur le rocher qui trônait au centre de l'étendue d'herbe. Sans savoir pourquoi, il trouvait presque étonant que la Lune ne soit pas au-dessus de lui, entre les cimes des arbres. Il ricana tout haut. La Lune ! En plein jour ! Il devait vraiment péter un câble ! Les oiseaux sifflaient un air envoûtant qui lui rappelait quelque chose...
Deux soleils tournés vers lui, des fils d'or qui flottaient dans le vent... un morceau de tissu rouge...
-A quoi je pense, moi ?!
Effrayé par ce qu'il ressentait, il finit par quitter la clairière, escorté jusqu'à l'orée du bois par les animaux.
Il se pointa au dîner et s'installa à sa table, plongé dans ses pensées.
-Heu...Dis, Aglieri ? fit une voix timide.
-Quoi ?! aboya-t-il à la fille qui lui parlait.
-Oh ! Heu... Tu ne sais pas, par hasard, où se trouve Edward ? Je voudrais lui demander de l'aide pour le cours de math... Il est malade ? Je ne l'ai pas vu de la journée...
-Qui ça ? fit Envy, déconcerté.
-Ben, Edward Elric, le garçon avec qui tu traînes depuis la rentrée, expliqua la fille, un peu vexée parce qu'elle croyait qu'il se moquait d'elle.
-Connais pas.
-Mais...
-Maintenant, ta gueule, j'aimerais bien manger en paix.
La lèvre de la fille trembla et elle s'éloigna.
-Dis donc, Aglieri, c'était pas très sympa, ce que tu viens de faire à Kate ! lui lança un type de sa classe.
-Mais j'y peux rien si elle vient me faire chier avec des gens que je ne connais pas ! s'énerva Envy.
-Oh, je vois ! Vous vous êtes disputés, alors tu fais genre tu ne le connais pas ! ironisa le mec.
-Mais comment je pourrais me disputer avec un gars dont j'ignore l'existence, bordel ?!
L'autre souffla et lui tourna le dos.
Tout le monde le regardait.
Il saisit son plateau et sortit de la salle.
Et percuta un blond qui s'étala par terre.
-Putain, c'est la coalition des glandus ou quoi ?! s'écria Envy en soulevant le blond, qui n'avait toujours rien dit.
Il portait un harmonica à la main et le fixait de ses drôles d'yeux jaunes.
-Qu'est-ce que tu m'veux, toi ?!
-C'est toi, Envy Aglieri ?
-Ouais, et alors ?!
-On peut parler ?
-Nan, j'ai pas envie !
Le brun s'éloignait quand l'inconnu porta son instrument à ses lèvres.
Une mélodie le figea sur place et l'obligea à suivre le garçon qui l'avait accosté.
Ils se retrouva dans un parc, à l'ombre des arbres, sans même savoir comment il y était arrivé.
-C'est quoi ce bordel ?! Qu'est-ce que tu m'as fait ?
L'autre roula les yeux d'un air excédé.
-Comment Ed a-t-il pu aimer un type pareil?
-Qui ça ?
Envy comprenait de moins en moins.
-Tu as vraiment tout oublié ?
-Oublié quoi ?!
-Pourtant, j'ai laissé la flûte en dessous du lit... J'ai fait chanter les oiseaux...
-C'est à vous, la flûte ?
-Bon Dieu, si tu l'oublies, c'est que tu n'es pas digne de lui !
-Oublier qui ?
-Edward Elric.
-Encore lui ?
-Souviens-toi, c'est important.
-Mais vous me faites chier à la fin !
L'inconnu fit alors une chose incroyable. Il l'embrassa.
-Mais lâchez-moi ! C'est pas de vous que je... !
-...Que tu es amoureux ? sourit le blond.
-...Je...Vous êtes qui, déjà ?
-Je suis Hohenheim. Le père d'Edward.
-Vous avez un fils ? Mais vous avez quoi ? Dix-huit ans ?
-Je suis plus vieux que j'en ai l'air. Dis-moi, petit, te souviens-tu de ce qui a fait ta cicatrice ?
Envy resta un instant déconcerté d'être appelé « petit » par un gars à peine plus grand que lui.
-Non, j'ai oublié.
-Ce sont des cheveux. Ceux de Raiponce.
-Vous vous foutez de moi ?!
-Non. Et la pomme empoisonnée ? Et le loup ? Tu as oublié ?
-Mais de quoi vous parlez ?
-Ecoute bien, petit, parce qu'on n'a pas toute la journée ! Il ya un mois, tu as rencontré Edward, mon fils. Il me ressemble comme deux gouttes d'eau, mais il est plus petit. D'ailleurs, il déteste qu'on l'appelle Nabot.
-Nabot... ?
-Il a 253 ans.
-Sans blague ?
-C'est le Joueur de Hamelin.
-Naaaan !? Comment je sais ça, moi ?
-C'est lui qui t'a raconté l'histoire, crétin. Hum... Vous vous aimez. Mais il t'a ôté la mémoire pour te protéger. Parce que les humains qui découvrent notre secret sont tués. Ça te revient ?
-Je me souviens de lui... et de son pouvoir. Il a les os cassants et il est immortel, n'est-ce pas ?
-Tout à fait.
-Pourquoi vous me rappelez tout, si c'est pour me faire tuer ?
-Parce que je veux que tu sauves mon fils.
-Quoi ?! Ed est en danger ? Il est où, déjà ?!
-Il va être jugé coupable de haute trahison envers le peuple des fées et va être puni.
-Il est coupable avant même que le procès n'ait lieu ?! C'est dégueulasse !
-C'est la loi des fées, soupira Hohenheim d'un air fatigué, ce qui le faisait enfin ressembler à un adulte. Et la punition sera horrible.
-Du genre ?
-La mort.
-Mais il est immortel !
-Disons qu'on va le tuer chaque jour, chaque minute... de la pire des façons. Vaut mieux être mortel dans ces cas-là.
-Quelle horreur !
-Ou alors, on convoquera une sorcière qui lui reprendra son immortalité.
-Bah, c'est pas si mal.
-Sauf que son corps aura l'état d'un garçon de 253 ans. Il tombera en poussière.
-...
-Vas-tu sauver mon fils ?
-Oui !
*O*O*O*O*O*O*O*
Edward n'avait pas encore été jugé, mais il savait déjà quel sort l'attendait. La mort. Répétée, douloureuse, horrible.
Mais au moins, Envy était en sécurité.
Il se tenait sur le banc des accusés, au tribunal des fées. C'était un endroit magnifique bien qu'assez ironique pour ce qu'on y faisait. Le siège qu'il occupait, par exemple, était en fait constitué d'un arbre de forme bizarre, ensorcelé pour servir de chaise. Des branches formaient des entrelacs complexes et de petites fleurs blanches s'ouvraient, ça et là.
Devant lui se tenaient les juges : Cendrillon, Rumpel le nain, le Roi-Grenouille, le Prince Charmant, Dorothée et le Chat Potté. Le dernier n'était pas encore là, et le procès attendrait son arrivée pour débuter. Le visage d'Edward se ferma quand il se souvint de l'identité du dernier juge. Il ne lui ferait pas de cadeau.
Soudain, une immense gerbe de flammes salua l'arrivée du juge, qui apparut comme par magie sur son siège. Les cheveux blonds, l'air juvénile, les yeux dorés, tripottant entre ses doigts un harmonica argenté.
Son père.
Oui, je sais que je suis une sadique... Reviews ?
