Chapitre 14

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Dean revenait du travail un jeudi soir.

L'été était enfin presque arrivé et le soleil se couchait plus tard. Dean voyait l'allongement des journées avec bonheur. Il avait hâte de partir en vacances avec Cass à travers le pays. Il espérait amener l'oméga dans des endroits que celui-ci n'avait jamais vu. Il savait que ce serait autant des vacances pour lui que pour Castiel qui était d'une humeur plutôt massacrante ces jours-ci. L'arrivée du beau temps lui donnait encore plus la sensation d'être enfermé à l'intérieur de l'appartement et son débordement d'énergie refoulé le mettait de mauvais poil. L'oméga s'entraînait encore plus longtemps sur le tapis roulant et était donc encore plus en forme et encore plus en colère de ne pouvoir aller courir dehors. Dean s'était secrètement informé au club de gym près de chez eux sur la possibilité d'inscrire un oméga. Le gérant avait été surpris presque abasourdi par la demande mais avait finalement dit à Dean qu'il autoriserait un oméga à venir s'entraîner dans son établissement à deux conditions : l'oméga devait être accompagné de son alpha et devait posséder une carte-privilège.

Dean en fut déçu. Il n'avait aucun problème face à la perspective de venir se mettre en forme avec Castiel mais il avait compté sur le fait que l'oméga pourrait y aller dans la journée puisque c'était à ce moment-là qu'il s'emmerdait le plus. Et il n'avait pas encore de carte privilège pour Castiel. Il en avait fait la demande au bureau de contrôle des omégas mais on lui avait envoyé une lettre dans laquelle on lui expliquait que ce serait au médecin de l'oméga de donner son accord. Dean avait donc pris rendez-vous avec celui-ci pour la visite annuelle de Castiel mais celle-ci ne serait qu'à la fin de l'été. Dean avait également pensé à un moyen pour que Castiel termine ses études. Il en était venu à la conclusion que la seule manière était de faire celles-ci à distance par internet. Malheureusement, dès son inscription, on découvrirait immédiatement qu'il était oméga et on lui refuserait l'accès. Il devait donc acquérir une fausse identité virtuelle pour Cass. Et la seule personne qu'il connaissait était Charlie.

Il lui avait brièvement demandé si ce serait possible sans lui dire que c'était pour Castiel et Charlie lui avait donné rendez-vous pour le lendemain soir chez elle pour parler de tout cela. Il avait gardé le secret de cette initiative à Castiel et celui-ci ne savait donc rien et s'était mis en colère lorsque Dean lui avait dit qu'il ne serait pas là demain soir. L'oméga lui avait envoyé un texto empli de colère et de déception. Dean était donc un peu nerveux de rentrer à la maison et espérait que l'humeur de l'oméga se soit améliorée.

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Il réalisa dès son entrée que ce n'était manifestement pas le cas. Castiel était à la cuisine, perché sur le bout des pieds sur une chaise pour atteindre le dessus des armoires qu'il nettoyait avec des gestes brusques. Dean déposa sa boÏte à lunch sur la table et le regarda en secouant la tête.

- Cass ? Tu fais quoi là ? Tu vas te casser la gueule, mon ange.

- Laisses faire les '' mon ange'' Dean Winchester ! Lui répondit bêtement Castiel sans même se retourner.

- Castiel…Je suis désolé pour demain !

- Je m'en fiche Dean !

- Tu as TELLEMENT l'air de t'en ficher ! Et fais gaffe ! Cette chaise n'est pas solide ! Lui dit-il en voyant l'oméga chanceler dans sa position précaire.

Castiel soupira fortement et tourna enfin la tête vers lui.

- Tu crois que j'aime être comme ça Dean ? Tu crois que j'aime te tomber dessus comme une vielle mégère ? JE DÉTESTE ÇA ! J'étouffe Dean ! J'en ai assez de dépendre de toi comme ça ! De t'étouffer comme je le fais !

- Tu ne m'étouffes pas Cass et je comprends !

-Ça change rien ! Lui dit fortement Castiel et Dean sentit la colère l'envahir.

- Alors arrêtes de t'en prendre à moi ! Je fais ce que je peux Castiel !

- Je sais et ce n'est pas contre toi que je suis fâché !

- Mais c'est moi qui prends !

-DÉSOLÉ ! Lui cria Castiel véritablement en colère cette fois en donnant un coup de poing contre la porte de bois de l'armoire devant lui. Il grimaça immédiatement de douleur et Dean remarqua que c'était la première fois qu'il voyait Castiel faire preuve de violence envers quoi que ce soit. Et encore une fois, il remarqua à quel point la colère le rendait magnifique. Il soupira tout de même de dépit en constatant que l'oméga s'était fait mal à la main.

- Tu comptes te briser tous les os de la main, Cass ?

- Non… Répondit celui-ci en se massant les jointures de l'autre main.

- Alors descends, idiot. Allez Cass, laisses tomber ces foutues armoires et parlons ok ?

- Ok.

L'oméga laissa tomber le chiffon qu'il tenait toujours dans sa main blessée et entreprit de descendre de la chaise. Dean ne vit pas ce qui se produisit parce qu'il s'était retourné au moment de l'accident. Il entendit un bref cri de surprise et un bruit sourd. Il se retourna vivement pour retrouver Castiel couché sur le sol, la chaise renversée sous lui.

- Cass !

Castiel vint pour se relever avant de crier de douleur en retombant sur le sol se tenant le bras gauche de l'autre main. Il se précipita sur lui et comprit immédiatement en voyant l'angle bizarrement formé par l'avant-bras. Il y avait fracture. Une grave fracture même. Castiel gémissait faiblement, son visage couvert de sueur et Dean se pencha sur lui, apeuré.

- Ton bras est cassé Cass, ne bouges pas !

- Merde ! Jura l'oméga en respirant rapidement.

- Ça va aller bébé, attends je vais t'aider à t'asseoir.

Il réussit à relever Castiel mais celui-ci, le choc passé, commençait à ressentir de plus en plus la douleur bien qu'il tentait de rester stoïque. L'oméga se leva sur ses pieds mais ses jambes étaient chancelantes et il semblait éprouver des étourdissements sous l'intensité de la douleur. Dean connaissait cette douleur, il s'était fracturé le bras à l'âge de 15 ans et se souvenait qu'il s'était évanoui sous la douleur. Et Dean n'était pas une pâte molle.

- Je t'amène à l'hôpital.

- Non ! Cria Castiel en haletant, le visage crispé de douleur.

- Cass. On n'a pas le choix ! Ils vont te remettre l'os en place et puis tu auras un plâtre, ce n'est pas la fin du monde !

L'oméga n'eut pas la force de répondre et se plia en deux en gémissant perdant pied avant que Dean ne le retienne. Il fouilla dans ses poches pour sortir ses clés de voiture, les fit tenir dans sa bouche et prit Castiel dans ses bras.

- Je peux marcher ! Se défendit faiblement celui-ci.

- Tu vas t'évanouir et je n'ai pas envie que tu te casses une jambe aussi !

Castiel vint pour répliquer mais la douleur le fit gémir et Dean le porta ainsi jusqu'à la voiture où il l'assit doucement avant de se mettre au volant et de démarrer en trombe. Castiel tenta visiblement de retenir ses gémissements durant le trajet mais Dean vit bien qu'il souffrait le martyr. Il tenta de ne pas prendre une route trop tortueuse mais voulait aussi arriver le plus vite possible à l'hôpital. Il savait qu'une mauvaise fracture comme celle-ci pouvait endommager les nerfs.

Ils arrivèrent au bout de 10 minutes mais Castiel refusa vivement qu'il le porte à nouveau en disant, à travers ses gémissements, que ce serait très mal vu qu'il porte un oméga devant tout le monde ainsi. Dean n'en avait rien à foutre et avait momentanément oublié toutes ces histoires d'alphas et d'omégas. Mais il eut soudainement peur d'être tombé sur un hôpital qui refuserait de prendre en charge un oméga. Il n'avait pas pensé à appeler la ligne d'urgence pour les omégas afin de se renseigner sur cette information. Il aida Castiel à marcher jusqu'au bureau d'inscription des urgences malgré les protestations de celui-ci.

- Dean ! Éloignes-toi !

- Personne ne sait que tu es un oméga Cass ! Laisses-moi t'aider, sale tête de mule !

- Ils vont le savoir dès que tu leur donneras ma carte d'identification !

- Je m'en fiche ! Occupes- toi de regarder où tu marches !

Ils s'arrêtèrent au bureau où une dame leur demanda la raison de leur visite, ce que Dean trouva être la question la plus stupide au monde en voyant la façon dont Castiel peinait en se tenant le bras.

- Castiel s'est cassé le bras.

Dean tendit la carte de celui-ci et la femme regarda Castiel avec surprise.

-Oh…C'est un oméga ?

- Oui… Dites moi que vous les soignez! Supplia Dean.

- Heu… Un de nos médecins accepte de les soigner. Le Docteur Roberts. Mais il y a une clinique pour omégas à l'autre bout de la ville.

- C'est qu'une petite clinique et ils n'ont même pas de rayon X. Castiel a le bras cassé et il va lui falloir une radiographie.

- Bon, allez vous asseoir avec l'oméga et on vous appellera.

La salle d'attente n'était pas très remplie et Dean espérait qu'ils n'auraient pas à attendre longtemps.

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Il eut tort.

4 heures passèrent et Castiel chancelait entre l'éveil et l'inconscience, tanguant sur sa chaise sous la douleur, gémissant à lui en arracher le cœur. Dean s'était levé à deux reprises pour demander quand arriverait leur tour et on lui répondit chaque fois d'être patient. Lorsqu'il remarqua que tous les gens étant arrivés bien après eux passèrent il se leva une troisième fois pour aller voir l'infirmier au triage.

- Hé ? La salle d'attente est presque vide ! La terre entière est passée avant nous ! Il a le bras cassé depuis plus de 4 heures et sa main est devenue froide ! Vous attendez quoi ? Que ça gangrène ?

L'infirmier jeta un coup d'œil vers Castiel qui se balançait d'avant arrière sur sa chaise devenu fou de douleur.

- Bon. C'est que le Docteur Roberts est sur son heure de pause.

- Et personne ne le remplace ?

- Il est le seul qui soigne les omégas.

- Tu sais qu'un bras d'oméga est la même chose qu'un bras de bêta non ? Dit bêtement Dean.

- Vous devriez vous compter chanceux qu'un médecin accepte de soigner votre oméga, monsieur ! Lui répondit l'infirmier sur le même ton.

- Super chanceux et reconnaissant ! Tu ne peux pas lui dire de venir le voir son patient ?

- Et le déranger pour un oméga ?

Dean sentit une colère terrible l'envahir mais il se retint de crier. Il voulait que Castiel reçoive des soins alors il acta.

- Écoutes mon vieux, si mon oméga reste avec des séquelles à son bras je vous poursuis ok ? Je ferai quoi moi d'un oméga handicapé ?

Ce semblait être l'attitude à adopter et ça fonctionna.

- Bon. Amenez -le en radiographie. Je vais les aviser de votre arrivée.

- À la bonne heure !

Il dut dénicher une chaise roulante pour amener Castiel aux rayon x, l'oméga gémissait maintenant sans arrêt à bout de douleur.

- Je suis désolé mon ange, j'aurais dû t'amener ailleurs.

- Non Dean. C'est le seul endroit et tu le sais bien…Le consola l'oméga.

Dean ne fut pas admis dans la salle de rayons x et dut laisser Castiel aux soins de deux employés qui l'avaient d'abord accueilli avec un sourire avant de voir la marque d'identification de l'oméga et de se transformer soudainement en monstres sans cœur et de manipuler l'oméga comme s'il était un objet offensant. Il dut patienter une vingtaine de minutes avant qu'un médecin ne vienne le voir.

- Monsieur Winchester ?

- Oui.

-Je suis le Docteur Roberts et je viens de regarder les radiographies de votre oméga.

- Ok… Et ?

- C'est pas beau. Il a une double fracture. Le radius et le cubitus sont fracturés.

- Et merde ! Je crois que son bras a atterri sur le dossier de la chaise lorsqu'il est tombé.

- Ça expliquerait la fracture nette. Vous avez de la chance parce que les deux os ne se sont pas fragmentés et qu'il ne semble pas y avoir trop de dommage. Votre oméga n'aura pas à aller en chirurgie pour une réduction ouverte. Nous allons lui replacer les os, remettre les extrémités ensemble et ça guérira avec un plâtre. Ça risque seulement d'être difficile et laborieux parce que j'aurai deux os à aligner et non un seul.

Dean hocha la tête. Il savait que c'était ainsi qu'on avait réduit sa propre fracture lorsqu'il avait eu 15 ans mais ne se souvenait pas de la procédure puisqu'on lui avait administré du Versed, un puissant sédatif qui lui avait fait perdre la tête durant des heures.

- Je pourrai ramener Castiel après ?

- Je le garderai peut-être jusqu'à demain matin.

Probablement mieux… pensa Dean parce que Castiel allait être drôlement drogué.

- Vous pouvez allez le rejoindre dans la salle 5 si vous voulez. C'est là qu'aura lieu la procédure. Je vais y être dans quelques minutes.

- D'accord.

Il était content qu'on ait enfin pris Castiel en charge. Même si ce médecin était un alpha qui parlait de Castiel comme on parlerait du chien de quelqu'un, il semblait professionnel et un médecin devait prendre la santé de ses patients à cœur, peu importe qu'il soit oméga ou non.

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Lorsqu'il arriva dans la salle désignée, Castiel était couché sur une table d'examen, éveillé mais toujours en douleur et soupira d'aise en voyant Dean.

Dean alla vers lui et posa une main sur son front se retenant de lui démontrer trop d'affection mais dans l'incapacité complète de ne pas le toucher. Il y a avait beaucoup d'employés dans la salle semblant attendre et Dean les regarda avec curiosité. Il reconnaissait deux ou trois infirmières par leur carte d'identité mais les autres employés étaient quatre hommes qui ressemblaient plus à des gardes de sécurité qu'à un personnel soignant. Le médecin fit son entrée et alla se laver les mains sans rien dire et Dean sourit doucement à Castiel.

- C'est bientôt terminé, Cass.

- Restes avec moi Dean ! Supplia Castiel, les larmes aux yeux.

- Tu ne sauras même pas que je suis là.

Castiel le regarda avec surprise et vint pour dire quelque chose mais le médecin le coupa en s'avançant vers eux.

- Vous devriez vous éloigner, Monsieur Winchester.

Dean laissa le champ libre à l'équipe sans lâcher son oméga des yeux .Le médecin regarda les quatre hommes qui attendaient silencieusement et leur fit signe de la tête.

- Ok, On va commencer.

Les évènements se précipitèrent alors devant les yeux ébahis de Dean. Il vit les quatre hommes se jeter sur Castiel pour le tenir fermement et il comprit. Il comprit dans quel leurre stupide il se tenait depuis le début. Il n'y aurait pas de versed pour Castiel. On n'utilisait pas d'analgésique ou de sédatif sur un oméga. Question de principe. Peu importe que la réduction d'os soit une procédure extrêmement souffrante et une torture immense tandis qu'on bougeait les os à travers les chairs enflammées, les tendons, les nerfs, qu'on tirait, poussait jusqu'à aligner les deux extrémités. Son cauchemar se réalisait.

- Hé ! Vous allez le sédater ! Ordonna fortement Dean et le médecin le regarda comme s'il venait de dire la sottise la plus ridicule qu'il ait entendue de sa vie.

- Laissez-ous faire notre travail, Monsieur Winchester. Je vais vous remettre votre oméga comme un neuf.

Il se retourna vers son patient fermement tenu, et avec l'aide d'une infirmière, commença la procédure en tirant fermement sur le bras avec un visage impassible. Castiel revint brutalement à la vie et hurla à pleins poumons.

- Arrêtez ! Cria Dean mais il fut ignoré tandis que le médecin parlait tranquillement à l'infirmière de faire '' une rotation externe '' en tentant de couvrir les hurlements de l'oméga qui ne firent qu'augmenter lorsque la femme tordit son avant bras pendant que le médecin retenait fermement la main. Castiel rua sur la table, tenta de se libérer de la prise des quatre hommes et hurlait d'un cri à arracher le cœur.

- Je vous ai dit d'arrêter ! Cria Dean en accourant vers Castiel mais fut repoussé par un infirmier.

- Arrêtez !

- Monsieur Winchester ! Vous agissez de façon exagérée ! Lui dit calmement le médecin.

- Exagérée ? C'est de la torture inhumaine bande de salauds !

- Inhumaine ? Il n'est pas humain ! Lui répondit le médecin d'un ton excédé en tentant de tirer sur le bras de son patient qui hurla en les suppliant d'arrêter. Personne ne sembla l'entendre et Dean tenta d'atteindre celui-ci mais l'infirmier le repoussa vers la porte.

- Sortez !

- Non ! Lâchez-le ! Comment vous pouvez faire ça ? Comment vous pouvez prétendre que vous faites quelque chose de bien en faisant hurler une personne de douleur comme ça !

- Et vous ? Comment pouvez vous parler comme ça d'un oméga ! Cria le médecin en le foudroyant du regard.

- Salaud ! Sale trou de cul ! Comment peux- tu avoir prêté le serment d'Hyppocrate tout en faisant tant de mal à un innocent alors qu'il ne t'aurait fallu qu'une minable piqûre pour l'empêcher de souffrir.

-Vous allez trop loin !

Dean tenta de revenir dans la salle mais deux gardes de sécurité le tirèrent vers la sortie. On referma la porte devant lui et il frappa violemment sur celle-ci.

- Si vous ne vous calmez pas, je vous sors de l'hôpital ! Le mit en garde un des agents et Dean leva les mains devant lui en signe d'abandon. S'il quittait l'hôpital il savait qu'on lui prendrait Castiel.

Les gens présents le regardaient avec curiosité et il eut envie de leur crier toutes les injures de la terre avant que les hurlements de Castiel dans l'autre pièce ne le paralysent sur place. Ils étaient déchirants, suppliants. Il posa son visage contre la porte en ayant envie de sangloter comme un enfant.

Des gens dans la pièce regardèrent la porte avec appréhension et pitié en entendant les cris déchirants qui en sortaient jusqu'à ce qu'une infirmière ne leur dise, avec un sourire, que ce n'était qu'un oméga. Tous reprirent alors leurs attentes silencieuses sans plus s'en préoccuper sauf une personne. Une femme d'une quarantaine d'années qui regardait toujours la porte close avec un regard empli de tristesse. Elle croisa les yeux de Dean et celui-ci y lut une compréhension et une désolation jumelle à la sienne.

Castiel hurla, cria, supplia, ses cris secoués de sanglots, sa voix se faisant de plus en plus brisée. Et ça dura une éternité. Une éternité où Dean se tenait contre cette porte, les mains à plat contre celle-ci, le visage contre le bois à pleurer. Sans plus avoir quoi que ce soit à foutre des regards consternés et accusateurs sur lui.

Castiel souffrait le martyr. Son ange, son bébé.

Castiel hurlait et chacun de ses cris lui déchirait la poitrine. Il pleura sur la cruauté des gens, l'indifférence des employés, la froideur du médecin. La tristesse de ce monde pourri qui pouvait laisser un ange être torturé ainsi sous prétexte qu'il ne méritait pas les mêmes traitements qu'un humain. Qu'il n'était pas un être pensant. Qu'il n'était qu'un jouet.

Plus le temps passa et plus les gens s'impatientèrent sous les cris incessants de l'oméga et Dean se tourna vers eux et les fixa avec une haine terrible qui fit même reculer une vielle dame qui venait de se plaindre à propos de ce vacarme insupportable. Il voyait les deux gardes de sécurité se parler à voix basse tout en le regardant avec mépris et Dean se retourna vers la porte, cette porte qui le séparait de Castiel. Celui-ci avait cessé de hurler et Dean n'entendait plus que des petits sanglots étouffés.

- Laissez-moi entrer ! Cria-t-il en martelant la porte et un des gardes vint lui taper sur l'épaule.

- Tenez-vous tranquille ! Votre comportement est totalement inadéquat !

- MON comportement est inadéquat ? MON COMPORTEMENT ?

- Oui, et calmez-vous ou sinon je vous sors !

- T'en fais pas mec, dès qu'on m'ouvre cette porte je prends Castiel avec moi et je dégage d'ici !

La porte s'ouvrit au même moment sur le Docteur Roberts qui regarda Dean avec une pointe d'agacement.

- Vous vous êtes calmé là ? C'est terminé.

Dean l'ignora et se dirigea rapidement vers Castiel, ne tentant même plus de contrôler ses manifestations d'affection à l'égard de celui-ci. Castiel était conscient mais avait le regard vague, respirant rapidement, les cheveux inondés de sueur.

- Dean ? Demanda-t-il faiblement et Dean posa une main sur son front.

- C'est fini Cass.

- Je veux aller chez moi, Dean.

Un plâtre frais avait été posé sur son bras lui allant de la main au coude.

- Nous allons le garder cette nuit. Lui dit le médecin. La fracture était vilaine et…

- Allez-vous lui donner des analgésiques ? Le coupa sèchement Dean et le médecin fronça les sourcils.

- Monsieur Winchester ! Il n'est pas dans les politique de...

Dean ne le laissa pas terminer et prit précautionneusement Castiel dans ses bras. Castiel se laissa porter sans rien dire, cachant son visage contre la poitrine de Dean.

- Mais Monsieur Winchester ! Qu'est-ce que vous faites ?

- Je l'amène chez moi ! Je prendrai mieux soin de lui que la bande de salauds que vous êtes !

Le regard du médecin s'agrandit de colère et Dean eut soudainement la certitude qu'il allait payer cher ses paroles d'aujourd'hui.

Personne ne tenta de le retenir et il porta Castiel jusqu'à la sortie sous les regards ébahis des gens présents. Il sursauta lorsqu'on lui ouvrit la porte d'entrée. Il reconnut la femme de tout à l'heure. Elle regarda le visage de Castiel en secouant la tête.

- Pauvre petit…

Elle regarda alors Dean et lui fit un signe de tête en guise de reconnaissance et Dean la remercia chaleureusement avant de porter son précieux fardeau jusqu'à la voiture. Il se remémora cette première fois où il avait tenu Castiel ainsi, cette fois juste avant de le clamer. Il déposa un baiser sur le dessus de la tête de son oméga chéri.

- Je t'aime Cass. J'ai failli à ma promesse mon ange. J'avais promis de ne jamais laisser quelqu'un te faire du mal.

Il sentit la main de Castiel se poser sur sa joue, douce et réconfortante.

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Castiel gémit durant tout le trajet chaque fois que la voiture brassait un peu. Il semblait épuisé, complètement exténué mais la douleur était encore trop lancinante pour lui permettre de se réfugier dans le sommeil.

Dean le porta jusqu'à l'appartement et le déposa sur le sofa en lui donnant un baiser sur le front. Castiel poussa une petite plainte de douleur qui lui déchira le coeur pour la centième fois de la journée. Il ne savait même plus comment il pouvait encore arriver à battre dans sa poitrine après le nombre de fois où il l'avait senti se faire déchiqueter. Il s'éloigna du sofa et alla se réfugier dans la cuisine pour prendre son téléphone. Il avait besoin de médication contre le mal et à bout de ressource, appela Charlie qui avait eu une prescription il y avait peu de temps pour soulager la douleur d'une fracture du poignet. Il dut lui sembler hagard et confus au téléphone puisqu'elle lui fit répéter sa demande deux fois. Elle annonça finalement qu'elle arrivait et Dean raccrocha. Il retourna impuissant au chevet de Castiel et prit sa main valide où il y déposa doucement les lèvres.

- Je vais te donner des médicaments mon ange, la douleur va disparaître.

Castiel ouvrit des yeux fiévreux et les posa sur lui.

- Je suis désolé Dean !

Dean l'embrassa sur la joue et le regarda tristement.

- Désolé pour quoi bébé ?

- De te causer tous ces problèmes.

- Dis pas ça mon ange ! J'aurais dû tous les tuer ! Défoncer cette porte et les tuer pour te faire tout ce mal !

- Ils ont soigné mon bras Dean.

- En te torturant inutilement !

- Ils ne se rendent pas compte. Je tentais d'arrêter de hurler pour toi Dean. Pour toi. J'entendais tes hurlements de l'autre côté de la porte. Tu étais là. À hurler pour moi. Pour me défendre et… Je suis si chanceux Dean et je t'aime tant… Je voulais être assez fort pour cesser de crier de douleur pour te calmer mais…

Il eut un faible sanglot.

- Ça faisait si mal ! Ça fait encore si mal ! Je m'excuse !

- Cass ! Bébé ! Arrêtes ! Bien sûr que tu criais ! Ce devait être affreux ! Charlie va t'apporter des médicaments.

Castiel continua à pleurer, l'épuisement le rendant complètement à bout.

Charlie n'habitait qu'à quelques rues de chez eux et arriva après quelques minutes. Dean la conduisit au salon où elle resta figé en voyant l'oméga.

- Tu as les médicaments ? Demanda Dean.

Charlie hésita un instant et en voyant le visage empli de souffrance de l'oméga elle fouilla rapidement dans ses poches pour en sortir un contenant. Elle l'ouvrit et sortit deux comprimés. Dean alla rapidement chercher un verre d'eau et releva doucement la tête de l'oméga pour lui faire prendre les comprimés. Il lui parla avec douceur et avec des gestes affectueux qui ne passèrent pas inaperçus aux yeux de Charlie. L'alpha demeura avec la tête de l'oméga sur les genoux et lui caressa tranquillement les cheveux en attendant que les cachets fassent effet, se fichant apparemment éperdument à présent que Charlie soit témoin de ses gestes. Ils regardèrent silencieusement l'oméga un long moment sans parler, observant le corps de celui-ci se détendre de plus en plus à mesure que la douleur lâchait finalement son emprise sur lui. Lorsque Dean remarqua qu'il dormait profondément il poussa un long gémissement et la voix de Charlie le fit sursauter.

- C'est pour lui hein ? L'identité que tu m'as demandée est pour Castiel ?

Dean la regarda. Charlie ne semblait pas fâchée, ni outrée. Ni même surprise.

- Oui Avoua-t-il finalement.

Elle sembla songeuse un instant.

- Tu veux te sauver avec lui ? Le ton était calme, pas accusateur, simplement contastateur.

- Non. À quoi bon ? Il y aurait toujours quelqu'un pour le reconnaître comme étant oméga.

- Alors pourquoi ?

- Il veut étudier… Expliqua calmement Dean en regardant l'oméga endormi avec tendresse et Charlie sourit.

- Et tu veux lui offrir cela.

- Je lui offrirais la lune si je le pouvais.

- Tu es beau à voir Dean. Jamais je ne t'ai trouvé aussi magnifique qu'en ce moment. Avec ton Castiel contre toi. Quelqu'un le sait ?

- Non… Je…

- Je garderai évidemment le secret.

- Charlie… Je ne savais pas que…

- Que je n'étais pas une anti-oméga et que je trouvais cette société absurde ?

- Oui. On n'en a jamais vraiment parlé mais… C'est vrai que tu as toujours été douce envers Castiel…

Charlie regarda celui-ci et sourit.

- Castiel est super. C'est lui qui a commencé à me faire réagir à propos du sort des omégas. Castiel est si vif ! Si vivant et si intelligent ! Puis il y a eu cette histoire. Tu en as entendue parler ?

Dean sentit la tristesse l'envahir à nouveau, la plaie de cette perte n'étant pas encore cicatrisée.

- Oui. Hector et Christian. Des amis que moi et Castiel avons côtoyé sur un forum de discussion. Le gouvernement a tenté de nous empêcher de diffuser cette histoire.

- Vous êtes derrière ça ? C'est toi hunter ? S'extasia Charlie et Dean fut surpris qu'elle soit autant informée.

- Non, mais c'est Cass qui a réussi à faire tenir la nouvelle 3 heures sur le net.

- Oh! Du travail de pro ! Je voudrais bien savoir comment il a fait !

- C'est un génie. Il voudrait tant continuer ses études. Même si ce n'est que sous un faux nom, juste pour le plaisir d'apprendre.

- Je le comprends. Il a été retiré de l'école à quel âge ?

- 15 ans. Mais comme tu vois, il se reprend vite.

- Je serais heureuse de l'aider Dean. Et je suis contente de connaître votre secret. Je comprends que tu en n'aies pas parlé. N'importe qui pourrait te dénoncer mais… Je suis à 100% avec vous. Tu es amoureux et personne ne devrait être interdit d'aimer qui il veut.

- Merci Charlie. Ça fait du bien de se confier à quelqu'un d'autre qu'un ami sur le web.

- Ash comprendrait aussi, tu sais. Il est contre toutes ces injustices envers les omégas et l'histoire de vos amis l'avait touchée. Il l'avait même téléchargée et mise sur son blog. On en parlait souvent mais nous ne savions pas ce que toi tu en pensais. On savait que tu étais plus doux que les autres alphas envers ton oméga mais… Nous n'étions pas certain alors on en parlait seulement entre nous. Je ne le dirai pas à Jo parce que je ne suis pas certaine de son opinion et en parler à Benny est hors de question même si je suis certaine que son amitié pour toi est sincère et qu'il ne te dénoncerait jamais.

- Il ne serait pas d'accord… Soupira Dean.

- Non. Mais tu es son ami.

- Je préfère tout de même ne pas lui en parler, ni à Jo. Pour ce qui est de Ash je te laisse décider, je sais que toi et lui êtes très proches.

- J'attendrai le bon moment.

Elle regarda Castiel qui dormait profondément.

- Et si tu me disais ce qui s'est produit ? Je suis certaine à 100% que tu n'es pas responsable de cette fracture. Racontes.

Dean raconta sa journée d'horreur. L'accident, l'hôpital, la procédure horrifiante, les hurlements de son ange, les regards des autres patients, le mépris, l'indifférence, sa crise. Charlie l'écouta sans rien dire, ses yeux se posant avec tristesse sur Castiel puis sur Dean.

- Pauvre Castiel…Soupira-t-elle.

- Je ne peux pas croire que toutes ces horreurs arrivent chaque jour sans que personne ne fasse quoi que ce soit.

-Je crois que la plupart des gens ne savent pas Dean. Ou ne veulent pas savoir.

- Tu sais lorsque Castiel hurlait les gens ont vraiment été horrifiés, déconcertés, attristés. Puis lorsqu'ils ont su que c'était un oméga qui souffrait ainsi ils s'en sont immédiatement désintéressés. Ils savaient Charlie ! Comment ont-ils pu se détacher ainsi de la douleur de quelqu'un.

- La société nous endoctrine à penser qu'ils ne sont pas des humains mais nous avons aussi notre part de responsabilité. Nous voyons les omégas, nous voyons avec nos yeux qu'ils sont comme nous et décidons tout de même de continuer à agir ainsi. Nous sommes responsable de ce massacre. C'est des gens comme toi, comme Castiel et ce Hunter qui changeront les choses.

- Il y a beaucoup de gens comme nous, tu sais. J'en rencontre chaque jour sur ce forum. Et il doit y avoir des centaines de forum comme celui-là à travers le monde. Et Hunter est un leader. Il rattache chaque jour des gens à notre cause et je crois sincèrement que nous sommes à l'aube d'un changement.

Charlie sourit largement.

- Et je veux y participer. Commençons par permettre à ce cher Castiel d'étudier. Je crois qu'un cerveau comme le sien fera des merveilles !

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Charlie refusa de retourner chez elle et proposa à Dean de rester avec Castiel le lendemain. Il vint pour refuser car il ne voyait pas comment il pourrait aller travailler en sachant Castiel dans cet état mais il devait être réaliste : Castiel avait eu ses chaleurs la semaine dernière et Dean avait dû manquer le lundi. Une chance que les chaleurs de l'oméga ait tendance à tomber les week-ends et que Bobby était un patron compréhensif. Il devait tout de même faire gaffe parce que l'argent ne poussait pas dans les arbres et que les études qu'il voulait payer à Castiel ne seraient pas gratuites. Il offrit son lit à Charlie et passa la nuit auprès de Castiel. Il dormit peu et Castiel se réveilla aux petites heures du matin en gémissant de douleur. Dean lui donna deux autres comprimés et l'oméga se rendormit presque immédiatement. Il eut de la difficulté à se concentrer sur son travail le lendemain. Bobby le remarqua et lui demanda pourquoi il avait un air si inquiet.

- Cass s'est cassé le bras hier.

- Oh! Comment c'est arrivé ? S'étonna Bobby.

- Un accident stupide en nettoyant le dessus des armoires.

Il omit de raconter l'histoire de l'hôpital n'en ayant plus la force.

- Tu sais Dean. Je te laisserais bien retourner chez toi mais… Disons que nous avons une journée très chargée…Lui dit Bobby tristement.

- Ça va, Charlie est restée avec lui.

- Vas-tu tout de même l'amener en vacances avec toi cet été ?

- Mais oui. Il ne devrait plus avoir son plâtre à ce moment-là. Aujourd'hui c'est très souffrant pour lui mais ça ira mieux dans quelque jours.

- En parlant de souffrant. Est-ce qu'ils donnent des analgésiques pour les omégas à l'hôpital ? Demanda Bobby avec curiosité.

- Non… Dit seulement Dean en souhaitant ardemment que le bêta change de sujet. Dean ne pourrait pas faire mine de rien devant un sujet qui le traumatisait encore et bien qu'il était certain que Bobby ne serait pas d'accord avec ce que le personnel de l'hôpital avait fait à Castiel il savait aussi qu'il en parlerait à John et Dean voulait éviter cela. Un client arriva et le sortit heureusement de cette situation malaisée.

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Charlie semblait avoir bien pris soin de Castiel et il les retrouva tous deux devant un film, l'oméga emmitouflé dans d'épaisses couvertures. Il avait le regard légèrement vague et fiévreux mais sourit grandement en le voyant.

- Dean !

Dean alla l'embrasser sur les lèvres en tentant de ne pas prêter attention aux gloussements de Charlie. Castiel ne tenta pas de repousser Dean ce qui prouvait que lui et Charlie avaient parlé et que Castiel savait que celle-ci connaissait leur secret.

- Vous êtes siiiii mignons ensemble ! Gloussa-t-elle.

- Je ne suis pas mignon ! Se défendit Dean.

- Oui ! Je ne t'avais jamais vu en amour ! Toi et Cass étiez faits l'un pour l'autre.

Dean ne tenta pas de contester et il remercia chaudement Charlie d'avoir pris soin de Castiel. Il avait bien l'intention de cajoler celui-ci tout le week-end et commença par lui faire à manger. Dean était pourri en cuisine mais il se força à confectionner des pâtes sachant que l'oméga en raffolait. Castiel tenta de protester et de se lever du sofa mais Dean l'y repoussa gentiment.

- Laisses-toi gâter mon ange et arrêtes de rouspéter ! Je m'occupe de tout !

- Mais Dean, il me reste un bras !

- M'en fiche ! Gardes ton joli derrière sur ce sofa et tu n'en bouges pas !

- Même pour faire pipi ? Demanda Castiel en souriant.

- Je te porterai.

- Tu crois que Charlie me portait ? Franchement Dean ! Et ne sabotes pas ma cuisine ! Ajouta-t-il en entendant un bruit de casseroles qui dégringolait.

- Arrêtes d'espionner ce que je fais et occupes-toi de guérir Cass !

- Tu as l'air d'avoir des problèmes !

- Du tout ! Tu sais que je ne mourrais pas de faim avant ton arrivée dans ma vie ?

- Tu veux rire ! Quand je suis arrivé chez toi il n'y avait que des boîtes de vieux restants dans votre frigo. Sauf trois ou quatre légumes réservés à Sam.

- Foutue nourriture de lapin !

- Tu aimes la nourriture de lapin quand je la cuisine !

- Tu n'en cuisines pas !

- Tu veux rire ? Tu manges des légumes trois fois par jours depuis deux ans Dean !

- Non !

- Oui ! Je le sais c'est moi qui te fais tes repas depuis tout ce temps !

- Tu ne peux pas m'avoir fait manger de la nourriture de lapin depuis deux ans sans que je le sache !

- Oui, John aussi et vous ne vous en êtes même pas aperçu ! Des légumes et des légumineuses.

- Des quoi ?

- Une source de protéines autre que la viande.

- Ça existe ça ?

- Inculte !

Dean alla embrasser l'oméga avec tendresse.

- Quand tu recommences à m'insulter c'est que tu vas mieux. Tu as mal Cass ? Tu veux d'autres cachets ?

- J'ai un peu mal mais j'en ai assez d'être sans cesse dans les vapes. J'en reprendrai avant de dormir, pas maintenant.

- Comme tu veux bébé mais n'endures pas inutilement la douleur pour rien. Tu en as assez bavé.

Castiel le regarda avec affection et posa une main sur son visage.

- Merci Dean. Pour ce que tu as fait pour moi. Pour m'avoir défendu comme tu l'as fait. J'espère seulement que nous n'aurons pas de problèmes. Le personnel de l'hôpital avait vraiment l'air en colère contre toi.

- Et bien j'étais aussi très en colère contre eux ! Répliqua sèchement Dean.

- Ça j'ai entendu… Tu les as traité de quoi dont ? De trous du cul cruels et sans cœur ?

- Je crois que c'était plus cru que ça. Quelque chose dans le style du '' je vais tous vous faire avaler vos propres couilles bande de foutus salopards !''

Castiel sourit et hocha la tête.

- Ouais. Ça me revient maintenant. Vraiment Dean, je crois que nous allons avoir des problèmes. Ils avaient vraiment l'air choqué, je me souviens les avoir entendu dire que le bureau du registraire en entendrait parler. Ou quelque chose comme ça.

- Pour l'instant je m'en fiche. Vas te reposer pendant que je cuisine parce que il y a tout un marathon de films qui nous attend en soirée.

- Tes films ou les miens ?

- Les tiens sont troublants et traumatisants !

- Traumatisants ? Tu parles comme s'ils étaient des films d'horreur !

- Un films qui m'oblige à réfléchir après une dure journée de travail EST traumatisant dans mon vocabulaire Cass.

- Et moi un films empli d'effets spéciaux et de cascades sans aucune histoire j'appelle cela des films pour imbéciles !

- Les films pour imbéciles sont faits pour relaxer.

- Et ne pas penser.

- Espèce de petit oméga snob et intellectuel ! Sam aurait tellement dû être celui qui te clame Cass ! Vous êtes pareils !

- C'est vrai. Et on t'aime tous les deux. Idiot.

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À la fin du week-end, Castiel ruait déjà comme un lion en cage. Il en avait assez de devoir rester assis à ne rien faire, maugréait contre son plâtre embarrassant et les démangeaisons terribles dans son bras. Dean avisa le médecin de Castiel par téléphone de l'accident de celui-ci et le médecin lui apprit qu'il était déjà au courant, avec un ton de voix peu avenant et devança le rendez vous de Castiel pour dans 6 semaines où il en profiterait pour enlever le plâtre de son patient.

Le premier avertissement arriva le lundi soir alors que Dean passait prendre le courrier. Parmi les factures et les annonces publicitaires se trouvait la lettre au logo officiel du bureau registraire des omégas. Dean sut immédiatement que la lettre n'annoncerait rien de bon.

'' Cher Monsieur Winchester,

Nous vous envoyons la missive suivante dûe à une plainte concernant votre comportement lors de votre visite au centre hospitalier où vous êtes présenté avec votre oméga.

Vous y auriez, devant témoins, tenu des propos désobligeants et allant en l'encontre du comportement attendu d'un alpha propriétaire et responsable. Vos paroles étaient accusatrices et blasphématoires et complètement inutiles dans la situation. Le personnel a apporté des soins professionnels et adéquats aux blessures de votre oméga et n'aurait jamais dû avoir à subir ces paroles désobligeantes.

Nous vous considérons dorénavant comme averti et espérons ne plus avoir à intervenir à l'avenir.

Être alpha propriétaire est une difficile responsabilité mais vous vous devez d'apporter les comportements attendus de vous et devez aussi respecter l'entente signée par vous-même lors de l'inscription de votre oméga.

Nous voulons toutefois féliciter votre obéissance à la nouvelle loi concernant la protection des omégas et félicitons votre rapidité à avoir fait soigner votre oméga lors de la blessure de celui-ci.

Veuillez agréer, cher Monsieur, de nos sentiments les plus distingués.

Monsieur Jeffrey Houston.

Directeur général du registraire oméga.''

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Dean regarda la lettre officielle avec effroi. Non pas que les mots l'avaient effrayé ou quoi que ce soit mais bien parce qu'il avait l'impression que cette lettre était un mauvais présage. Une sensation désagréable l'envahit, une mauvaise intuition, comme si il se trouvait présentement dans un engrenage venant d'être amorcé et que rien qu'il puisse faire ou dire ne l'empêcherait d'être inexorablement entraîné vers sa fin. Le souvenir de Christian et Hector lui revint douloureusement à la mémoire et il serra les dents. Il froissa le bout de papier dans sa main et le jeta au fond de la voiture.