Bonjour à tous mes padawans d'amour :3

Vous pouvez me taper sur les doigts, je n'ai pas posté de chapitre la semaine dernière ! Mais bon... Le voilà avec un peu de retard, mais le voilà quand même ! Personnellement, je crois que c'est mon chapitre préféré ! Parce que je trouve tous les personnages touchants et assez fidèles à eux mêmes. Du moins, c'est comme ça que je les imagine. Un Stiles taquin et rassurant. Un Derek renfermé mais tentant de s'ouvrir. Une Lula mal dans sa peau. Et un Isaac chevaleresque et impulsif. Voilà le programme de ce chapitre.

Maintenant, il ne me manque plus qu'à répondre à vos reviews et vos MPs mais avant, je tiens à vous dire que : JE VOUS KIFFE MES LOUPS !

Bonne lecture.


Chapitre 6

« A friend is someone who knows all about you and still loves you.»

– ELBERT HUBBARD


- « Tu vas finir par bousiller la voiture si tu continues à forcer autant sur le levier de vitesse. » pesta le lycanthrope en s'enfonçant un peu plus dans son siège. Voir Stiles conduire sa Camaro était bien plus désagréable que ce qu'il avait pensé. « Merde, t'es pas dans ta Jeep pourrie, Stiles ! » dit-il un peu plus fort encore, sa main enserrant fortement l'accoudoir. « Ma Camaro mérite un peu plus de délicatesse. »

- « Ta Camaro mérite surtout que tu la fermes un peu. » riposta l'adolescent, sans ironie aucune, restant concentré sur la route qui les menait à Newport Beach.

- « C'est toi qui dit ça ? » s'exclama Derek, un fin sourire naissant sur ses lèvres.

Stiles étonnait toujours Derek. Ces derniers mois, l'affection que le lycanthrope portait à l'humain avait considérablement grandie. Parce que Stiles était Stiles et qu'il n'était qu'un adorable casse-bonbons. Derek avait tenté de cacher cette affection. Pourtant, il se rendait bien compte que la tâche était trop difficile plus les jours passés aux côtés de l'adolescent s'additionnaient. Alors, le loup-garou avait cessé de lutter contre sa tendresse envers Stiles. Une tendresse qui peu à peu s'était transformée en amitié.

Et voilà que l'amitié qu'il lui portait se transformait en béguin.

- « Ça me fait bizarre de te voir sourire. » constata Stiles, d'un air bien plus sérieux qu'à l'accoutumée. « Ça me donne l'impression que t'es content d'être avec moi. Je ne suis pas habitué. » continua-t-il, un sourire éclaircissant désormais son doux visage. « Ne va pas croire que ça ne me plaît pas. Je suis content, moi aussi. C'est sympa de te voir sourire. »

Parfois, Stiles détestait ce que Derek avait réussi à faire de lui. Ces derniers temps, au contact du lycanthrope, Stilinski devenait de la guimauve. Fondue sur un feu de bois. Parce que se rapprocher de Derek le consumait un peu plus chaque jour. L'adolescent ne savait pas réellement à quel moment ses sentiments avaient évolué. Dans un premier temps, Stiles avait été intrigué par l'Alpha. Puis, la fascination avait fait place à une amitié profonde et à l'envie de gagner la confiance de son aîné.

Et voilà qu'aujourd'hui, il suivrait Derek n'importe où. Pour le simple plaisir d'être à ses côtés.

- « On est presque arrivés. »

La voix du lycanthrope était douce, enveloppante, rassurante. Si bien que Stiles dut user d'efforts incommensurables pour contrôler son rythme cardiaque. Il ne voulait pas que ses sentiments soient mis à nus aussi facilement. Il aimait aussi cette complicité presque naïve qui s'était installée entre eux. Jamais Stiles n'avait vu Derek aussi simple et naturel.

- « Gare la voiture ici. »

La vue était absolument sidérante. Stiles descendit de la voiture, bientôt suivi par Derek, dont le visage s'était sans doute un peu fermé. L'adolescent n'avait pas besoin d'être devin pour comprendre que l'Alpha était déjà venu ici auparavant. La question 'Quand ?' brûlait les lèvres de Stiles. Pourtant, il préféra rester silencieux et apprécier le paysage de carte postale qui s'offrait à eux en ce début de nuit. Le soleil se couchait très lentement sur la plage déserte. Les roses et orangers bataillaient avec les verts et les bleus de la mer calme. Beacon Hills n'avait jamais offert de tels couchers de soleil. Alors, en haut de la dune, Stiles avait l'impression d'être minuscule face à l'immensité de l'océan. Et aussi étrange que cela puisse paraître, l'idée d'être infiniment petit lui donnait la sensation d'être plus vivant qu'il ne l'avait jamais été.

Un frisson lui parcourut l'échine tandis que la voix suave de Derek le tirait de ses pensées.

- « On est venu ici avec Lula et Clyde, un jour d'été. »

Le silence reprenant ses droits suite à cette réplique, Stiles hésita un long moment mais décida de se retourner vers le lycanthrope dont les prunelles azurs s'accordaient parfaitement avec le paysage idyllique. Le regard de Derek se perdait vers le soleil couchant et Stiles eut la folle envie de venir se blottir contre lui. Juste comme ça. Pour apaiser encore un peu plus ce loup-garou mélancolique. Et peut-être aussi pour s'apaiser un peu lui-même. Si Stiles avait pansé les blessures profondes de Derek, le lycanthrope en avait fait de même avec l'adolescent, sans s'en rendre compte.

Pourtant, le jeune humain garda ses distances. Par pudeur, peut-être. Par peur du rejet, sans doute.

- « On n'avait rien dit à personne. On n'avait piqué la vieille voiture de ma sœur Laura et on s'était relayé pour conduire jusqu'ici... On s'était assis juste là, à se raconter des histoires et à regarder le coucher de soleil. Puis on s'était pris la main et on avait descendu cette dune de sable à fond la caisse avant de se jeter dans l'eau. »

La nostalgie transcendait la voix du lycanthrope. Stiles buvait ses paroles. Il était littéralement pendu à ses lèvres. Encore une fois, une facette inconnue de cet homme se dévoilait. Comme toujours, l'adolescent se sentait perdre pied au fur et à mesure que Derek se mettait à nu.

Derek farfouilla la poche de son jean pour en sortir son porte-feuille. Il en sortit une photo polaroid qu'il tendit à Stiles. Le visage de l'humain s'élargit en un sourire brumeux lorsque ses yeux rencontrèrent trois adolescents heureux, amis et insouciants, bien loin de tous les ennuis qui les attendaient. Tandis qu'il observait ces mines réjouies sur papier glacé, Stiles put sentir le regard insistant de Derek sur lui. Un regard brûlant, presque dérangeant.

- « J'avais dans l'espoir de voir que tu étais aussi squelettique que moi à l'adolescence, mais malheureusement, tu sembles être né baraqué. » fit remarquer Stiles, ne sachant pas réellement quoi dire d'autre.

- « On m'a offert des altères dès mon quatrième anniversaire. » ironisa le lycanthrope.

Stiles resta bouche bée face à l'audace de Hale. Voilà qu'il faisait dans l'humour ! C'était innovant mais terriblement plaisant. L'adolescent secoua la tête en riant et s'avança vers le lycanthrope pour attraper timidement sa main d'un geste pourtant rapide.

- « Qu'est-ce qu'on attend pour la dévaler, cette dune ? »

Hale roula des yeux. Parce qu'il restait Derek. Derek le renfermé, Derek le pessimiste, Derek le malheureux. Mais devant lui se tenait sa plus grande faiblesse portant le doux nom de Stiles. Stiles le bienheureux. Stiles l'insouciant. Stiles le radieux. Alors Derek serra la main de Stiles et d'un signe de tête donna le top départ de leur course vers la mer. Leur course vers une sorte de liberté qu'ils rêvaient tous deux d'atteindre. Et ils s'élancèrent.

Des enfants. Voilà ce qu'ils étaient en cet instant. Des gamins idiots qui fonçaient dans le sable à une vitesse impressionnante. Des gosses adorables qui se jetèrent à l'eau sans la moindre hésitation. Si Derek avait l'impression de revivre ses vieux souvenirs d'adolescence, Stiles avait la sensation de se les fabriquer. L'image de Derek Hale riant aux éclats tout en entrant tout habillé dans l'eau, c'était saisissant. Stiles savait très bien que cette image ne le quitterait pas de si tôt. C'était aussi rare et précieux que tout l'or du monde.

- FLASHBACK -

- « Comment il va ? »

- « Parce que ça t'intéresse maintenant ? »

- « Sérieusement, Lulu. Comment va Clyde ? »

La jeune femme détourna le regard des prunelles azures de son interlocuteur. Elle ne comprenait même pas pourquoi Derek prenait le temps de venir l'interroger. Plus les jours passaient, plus elle savait qu'elle était désormais seule pour aider Clyde à se contrôler. Malheureusement, en matière de loup-garou, elle était désarmée. Parce qu'en étant amie avec Derek, elle n'était pas amie avec le lycanthrope mais avec l'humain qui se cachait derrière cette carapace mystérieuse. Alors, à l'époque où tout allait bien -qui lui semblait bien loin maintenant-, elle n'avait pas songé un instant à demander à son ami comment un loup-garou apprenait à se contrôler. Elle espérait secrètement que le temps aiderait et apaiserait les colères de Clyde.

- « De quel droit tu viens me demander ça, Derek ? (…) C'est pas toi qui a eu à l'attacher comme un vulgaire chien pendant la pleine lune. C'est pas toi qui l'a entendu se détacher, qui a eu peur pour sa vie. On ne devrait pas avoir peur de la personne qu'on aime. Pourtant j'ai peur de lui. Chaque seconde qui s'écoule, j'ai peur de Clyde. Et tu sais quoi ? T'es pas tout blanc dans cette histoire. »

C'était sans doute la première fois que Lula avouait à haute voix ses sentiments pour Clyde. Derek songea un instant à la serrer dans ses bras pour calmer ses doutes. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait plus. Le jeune lycanthrope était allé bien trop loin et il ne pouvait plus faire marche arrière. Il avait choisi entre l'amour et l'amitié. Il donnait sa chance à son couple avec Kate. Il croyait dur comme fer que cette situation s'apaiserait. Que Kate et Lula apprendrait à s'apprécier. Qu'ils finiraient par couler des jours heureux, bien loin des jours moroses qu'ils étaient en train de vivre.

- « Clyde doit trouver un point d'ancrage. Ça ne m'étonnerait pas que ce soit toi. (...) Je ne peux rien faire d'autre pour l'aider. »

- « Bien sûr que tu peux. »

- « C'est trop compliqué. »

- « Tout ce dont il a besoin, c'est de son meilleur ami pour l'épauler. »

- « C'est trop compliqué. » répéta encore Derek.

- « D'accord. C'est trop compliqué. Si tu veux. Crois ce que tu as envie. Je m'en fiche maintenant. J'ai juste l'impression d'avoir perdu un temps précieux de ma vie à être amie avec un monstre comme toi. »

Le mot 'monstre' résonna dans les tympans du lycanthrope qui resta un long moment interdit face à Lula. La jeune femme secoua simplement la tête et tourna les talons. Rien ne faisait réagir Derek. Pas même le fait de voir ses meilleurs amis couler devant ses yeux. Comment pouvait-il ne pas se rendre compte qu'une femme qui l'empêchait d'aider ses amis ne pouvait pas être une bonne personne ?

- FIN DU FLASHBACK -

- « Fais chier. »

Lorsqu'elle avait entendu sa sonnette retentir, Lula avait cru à une mauvaise blague. Il était près de vingt heures et elle n'était franchement pas dans sa tenue la plus élégante. En réalité, à peine était elle rentrée du lycée qu'elle avait enfilé un vieux de jogging et l'un de ses tee-shirts préférés, celui qui l'accompagnait dans ses soirées déprime. Cette soirée en était une, définitivement. Le pichet de thé glacé était prêt et la glace à la menthe et aux copeaux de chocolat n'attendait qu'une grande cuillère pour être engloutie. Lula s'en serait presque voulue d'être aussi prévisible et pathétique.

La jeune femme se promit que si c'était son père qui venait lui livrer une pizza aux anchois, elle l'enverrait sur les roses. De toutes façons, ça ne pouvait qu'être son père. Il n'y avait personne d'autre en ville qui connaissait son adresse. Donc la surprise que son père tentait de lui faire n'en était pas vraiment une. Blasée, la jeune femme ouvrit la porte nonchalamment.

- « Sérieusement, papa ? »

Pas de réponse. Lula prit donc la peine de lever la tête vers la personne qui se trouvait face à elle.

- « J'y crois pas. » dit-elle, plus pour elle-même. « Qu'est-ce que... Comment tu as trouvé où j'habite ? Ça s'appelle du harcèlement ça, tu sais ? »

- « Le mot est fort non ? »

Isaac se mit à rire en entendant le commentaire de la jeune femme. Apparemment, il l'avait dérangé parce qu'elle paraissait bien moins aimable qu'à son habitude. Elle avait les bras croisés sur la poitrine et ses joues étaient rosies par la gêne de se montrer dans une telle tenue face à l'adolescent. Surtout, elle semblait s'en moquer de voir qu'il pleuvait des cordes dehors et que le pauvre Lahey était trempé jusqu'aux os.

- « Ça ne m'explique pas ce que tu fais là. Si tu t'inquiètes encore pour moi, je vais bien, je te l'ai déjà dit. »

- « Je sais. Ça n'empêche qu'une personne comme vous ne devrait pas passer son vendredi soir seule. (…) Puis je suis fan de Star Wars. Et vu que vous comptiez regarder ça, je me suis dit que... »

- « Tu n'es pas sérieux, hein ? (…) Parce que je ne vais pas te laisser rentrer chez moi, Isaac. C'est pas franchement conventionnel qu'une enseignante mate Star Wars avec un élève. »

- « Depuis quand vous êtes une personne conventionnelle ? »

La discussion était surréaliste. Lula n'en revenait pas d'être planté devant ce gamin à essayer de trouver des arguments pour l'empêcher d'entrer dans son appartement. Pourtant, il était bel et bien là, le bougre. Le sourire enjôleur, les yeux pétillants en prime. Alors Lula était à deux doigts de céder. Parce que malgré ses dix sept ans, il savait définitivement comment lui parler.

- « Et puis, je ne suis pas vraiment votre élève. Techniquement parlant. »

Tallulah resta sans voix un long moment puis se mit à rire nerveusement. Lahey avait réponse à tout. Chacun des arguments de l'enseignante tombait à l'eau. Alors forcément, résister devenait de plus en plus difficile.

- « Comment tu m'as trouvé, d'abord ? » demanda-t-elle.

- « Ça vous paraît flippant si je vous dis que votre odeur m'a mené jusqu'à votre appartement ? »

- « Non, ce n'est absolument pas flippant. J'ai juste l'impression d'être un vieux fromage qu'on aurait laissé traîner dans le fond du frigo. »

Cette fois, ils rigolèrent ensemble. Cette complicité effraya immédiatement la jeune femme qui se reprit en redevenant sérieuse et en secouant vivement la tête.

- « Je ne sais pas ce qui t'attire chez moi, Isaac. (…) Je suis une épave. »

Cela faisait des années que Lula traînait sa carcasse du mieux qu'elle pouvait sans pour autant être capable de s'accepter réellement. La jeune femme avait bâti sa confiance en elle sous le regard de ses deux meilleurs amis. Tout avait basculé du jour au lendemain. Elle tentait de garder le sourire et de donner l'impression d'être bien dans sa peau. A l'intérieur de son pauvre petit cœur, la tempête de doutes faisait rage.

- « Laissez-moi rentrer. S'il vous plaît. (…) Je suis gelé. »

Le voir tremblotant sous cette pluie battante eut raison de Lula qui se décala légèrement pour le laisser passer. Il saisit rapidement l'occasion et pénétra dans l'appartement. La jeune femme soupira longuement, se rendant compte de la bêtise qu'elle était en train de commettre. Le faire rentrer dans son chez-elle, c'était le début des ennuis. Maintenant qu'il avait gagné ce premier point, il comprendrait bien vite qu'elle était aussi troublé que lui. Tout dans ce garçon attisait la curiosité de Lula. Elle ne comprenait pas vraiment comment elle en était arrivée à le désirer de la sorte. C'était indécent. Stupide. Futile. Elle ne le connaissait pas, ce gamin. Elle ne pouvait pas l'apprécier comme elle avait apprécié Clyde, à l'époque. C'était trop tôt. Et c'était d'ailleurs sans doute le manque de Clyde qui la faisait fantasmer sur n'importe qui, n'importe quand.

Isaac resta planté au milieu du salon et observa la décoration de l'appartement. C'était plutôt musical, un peu fouillis, très coloré. C'était du Lula tout craché. Cela lui décrocha un sourire.

- « Tu vas attraper la mort si tu ne te changes pas. Je vais te trouver des vêtements. (…) Au pire t'enfileras une de mes chemises de nuit. Ça t'apprendra à vouloir à tout prix passer la soirée avec moi. »

Elle ironisait, bien sûr. Pourtant, Isaac était convaincu qu'elle serait bel et bien capable de le vêtir de la sorte juste pour rire. Les deux jeunes gens échangèrent un regard complice tandis qu'elle lui faisait signe de monter l'escalier qui menait à sa chambre.

- « Tu devrais trouver un t-shirt à ta taille là-dedans. »

Lula ouvrit les grandes portes qui les séparaient de son gigantesque dressing. Le jeune lycanthrope en eut le souffle coupé.

- « C'est vous qui faites tout ça ? »

L'enseignante rougit. Devant leurs yeux, il y avait plus de cent t-shirts différents, parfaitement rangés sur des cintres.

- « C'est mon passe-temps. (…) J'ai toujours aimé créer des t-shirts drôles ou originaux. Enfin bref, c'est pas très intéressant. Choisis-en un. »

- « Vous avez un talent fou. Vous pourriez ouvrir une boutique et avoir du matériel plus performant. »

- « Parfois, une passion doit rester une passion. »

Le regard de Lahey se posa sur le t-shirt que la jeune femme portait en ce moment. Son fameux t-shirt 'soirée déprime'. Sur celui-ci, il était écrit Lula & Clyde et deux silhouettes, l'une féminine, l'autre masculine, tenaient un pistolet, comme le célèbre couple Bonnie & Clyde. Isaac ne fit aucune réflexion. Il attrapa le premier t-shirt qui lui semblait à sa taille. Lorsque Lahey s'apprêta à retirer celui qui était trempé, la jeune femme se retourna rapidement et bredouilla maladroitement :

- « Je te laisse te changer. Tu... Tu trouveras un pantalon dans le placard du bas. Je... J'y vais. »

Lula redescendit rapidement l'escalier et se couvrit le visage avec ses mains. Qu'est-ce qui lui prenait d'agir comme une adolescente ? Elle avait passé l'âge des petits béguins de cour de récréation. Pour se calmer, elle avala -cul sec- un verre de thé glacé et s'affala sur son canapé en soupirant longuement.

Plusieurs minutes plus tard, Isaac refit son apparition dans le salon, un grand sourire sur les lèvres.

- « Je crois que je suis paré pour regarder Star Wars. » dit-il en pointant le t-shirt qu'il avait enfilé qui disait « Trust me, I'm a Jedi ».

Un sourire mélancolique naquit sur les lèvres de la belle enseignante. Cette paire de jeans qu'il portait avait un autre propriétaire. Bien des années auparavant, Clyde l'avait laissé traîner dans la chambre de la demoiselle. Elle l'avait gardé. Parce que c'était toujours adorable de posséder les vêtements de son petit ami. Lula ne savait pas que bientôt, ce serait le rare souvenir qu'il lui resterait de ce garçon plein de vie.

- « Je te préviens, si tu me vois baver sur Harrison Ford, c'est normal. J'ai toujours craqué pour Han Solo. » tenta-t-elle d'ironiser.

Elle n'avait pas d'autre choix. Ironiser restait sa seule arme face au(x) charme(s) dévastateurs de Lahey. Il était là, presque nonchalant, pas le moins gêné par la situation présente. Il avait même sur les lèvres un sourire taquin, quasi-insolent.

- « Tant mieux, moi aussi ! Han Solo est mon personnage préféré. »

Et il s'affala près de l'enseignante sans un mot de plus. La jeune femme resta un long moment à le regarder sans même se rendre compte que son regard pouvait être déstabilisant et sans doute déplacé. Elle le bouffait des yeux. Il n'y avait aucune autre expression pouvant décrire comment elle le scrutait. Pour simple réponse à cette observation scrupuleuse, il attrapa la télécommande qui trônait sur la table basse et appuya sur play. Dire qu'il était fier de tournebouler les pensées de Lula était un euphémisme. Il était euphorique mais arrivait encore parfaitement à le masquer.

- FLASHBACK -

- « Comment tu as pu me faire ça ? COMMENT ? »

Il avait hurlé et la lampe s'était crashé sur le sol de la chambre. Immédiatement, Lula s'était reculée dans un coin de la pièce et sa respiration était devenue irrégulière. Elle savait où pouvaient mener les colères de Clyde. Alors oui, elle avait peur. Parce que ce soir, son père était parti boire un verre avec des collègues et qu'elle était seule avec ce petit ami qu'elle reconnaissait à peine tant ses traits étaient défigurés par la rage.

- « REPONDS-MOI ! » avait-il hurlé tandis qu'il s'approchait d'un air menaçant.

Elle ne savait absolument pas de quoi il parlait. Pourtant, les larmes coulaient déjà à flots sur son doux visage. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'énervait ainsi mais elle savait que cela ne présageait rien de bon. Jamais elle n'avait vu Clyde empreint d'une telle fureur.

- « Calme-toi, Clyde. Je t'en supplie. » osa-t-elle d'une voix tremblotante tandis qu'elle s'était recroquevillée contre un mur. « Parlons calmement. »

- « Calmement ? Tu veux qu'on parle calmement alors que je viens d'apprendre que tu t'envoies en l'air avec Derek ? »

Cette fois, Lula était plus que déboussolée. Elle était la reine des pommées. Comment pouvait-il raconter de telles élucubrations ?

- « Comment tu peux croire une telle chose, Clyde ? »

Les sanglots de la jeune femme s'étaient calmés. Cette fois, Lula était elle-même en colère. Elle ne pouvait pas imaginer que Clyde la croyait capable de le tromper. Avec Derek, qui plus est. Le tout jeune lycanthrope s'assit sur le bord du lit et se mit à expirer longuement, comme pour se calmer. Rassurée, Lula s'avança vers lui et secoua vivement la tête.

- « Qui as bien pu te raconter ça? C'est insensé !»

Clyde avait les yeux plantés au sol et ne bougeait pas d'un millimètre. L'adolescente ne comprit que trop tard ce qu'il se passait. La colère du loup-garou prenait le dessus. Lorsqu'il releva la tête, ses yeux étaient bien plus dorés qu'ils n'auraient du l'être. Lula recula tout en lui murmurant de se calmer. « C'est moi, c'est Lula. » disait-elle maladroitement. Mais rien n'y faisait. Ses canines augmentaient à vue d'œil, ses traits se déformaient un peu plus encore. Elle aurait du s'enfuir pendant qu'il en était encore temps. Pourtant, à part reculer, elle n'avait rien fait. Il se releva et la toisa du regard.

- « Arrête de faire l'innocente, Lula ! Kate m'a tout raconté. »

La voix de Clyde était bien plus rauque qu'à l'accoutumée. Ce qu'il racontait paraissait dingue. La pauvre Lula avait l'impression qu'une dague s'enfonçait au plus profond de son cœur au fur et à mesure que Clyde lançait ces accusations non fondées.

- « Kate ? Depuis quand tu fais confiance à Kate ? »

S'énerver contre Clyde n'était sans doute pas la meilleure idée du monde. Pourtant, Lula ne pouvait s'empêcher de hausser la voix.

- « Elle vous a surpris, Derek et toi. Si tu pouvais arrêter de me mentir, une fois dans ta vie. JUSTE UNE FOIS ! »

Cette fois, devant ce parterre d'idioties, Lula comprit que Clyde ne se calmerait pas pour ce soir, elle ouvrit vivement la porte de sa chambre et tenta d'empêcher le lycanthrope de la suivre. Jamais le cœur de Lula ne battit aussi fort. Elle se serait cru dans un cauchemar. Malheureusement, il n'y avait aucune issue. Tout simplement parce qu'il n'y avait AUCUNE façon de calmer un lycanthrope qui venait de perdre son point d'ancrage.

Lula se sentit piégée. Piégée dans sa propre maison. Avec son propre petit ami. C'était le monde à l'envers. Et lorsqu'il la poussa avec toute la violence dont était capable un loup-garou, elle ressentit contre ses côtes, chacune des marches de l'escalier qu'elle dévala. Enfin, le contact brusque du sol contre son crâne fut intense et aigu.

La flaque de sang qui entoura bien vite son tendre visage fit prendre conscience à Clyde de l'horreur de la situation. Il descendit à vitesse grand V les quelques marches qui le séparaient de celle qu'il aimait. Malgré ce qu'il venait de faire, il l'aimait plus que tout au monde. Soudain, toutes ses erreurs remontaient à la surface. Il s'agenouilla près d'elle, et se balança, profondément sous le choc.

Aujourd'hui encore, Lula en est persuadée : elle est morte ce soir là. Pendant une semaine, elle allait faire l'expérience de l'entre-deux mondes. L'expérience dont on n'ose pas parler de peur de passer pour une folle. L'expérience qui nous change pour toujours. L'expérience dont on ne revient jamais totalement.

La tête en sang sur le parquet, inconsciente, elle se souvient parfaitement avoir eu la sensation de sortir de son corps et de s'élever dans les airs. Elle se rappelle même avoir crié qu'elle était trop jeune pour mourir. Avoir hurlé qu'elle ne pouvait pas finir assassinée par son meilleur et petit ami. Elle revoit encore comment Clyde s'est penché sur son corps, a pleuré contre sa poitrine et a murmuré ces quelques mots qu'elle n'oublierait jamais et la hanteraient pour toujours.

- « Je suis désolé, Lulu. Je... Qu'est-ce qu'il m'a pris putain ? (…) Je ne sais plus ce que je fais ces derniers temps. Je suis devenu dingue. En devenant un loup-garou, je suis devenu un putain de cas psychiatrique. (…) Je ne sais qu'une chose : c'est que je t'aime. Jamais je ne pourrais me pardonner ce que je viens de faire. »

En entendant la voiture du coach Finstock se garer dans l'allée, Clyde s'était enfui à toutes jambes.

- FIN DU FLASHBACK -

- « Kate a raconté à Clyde que Lula et toi vous couchiez ensemble juste pour foutre la merde entre Lula et Clyde ? Ça n'a aucun sens. (…) Quoi que venant de Kate, plus rien ne m'étonne. (…) D.R.I.P.K.A. (…) Don't Rest In Peace Kate Argent, pour ton information. (…) Enfin Rest In Peace un peu quand même parce que ça me ferait pas franchement plaisir qu'elle vienne me chatouiller les pieds la nuit. »

Stiles, allongé sur le sable, venait de se relever un peu, prenant appui sur ses coudes. Ce que venait de lui raconter Derek, c'était plus dingue que dingue. Honnêtement, il en avait l'estomac tout retourné. Imaginer Clyde s'en prendre à Lula pour cette histoire de tromperie imaginaire, c'était dérangeant. Il comprenait maintenant parfaitement comment cette révélation avait pu bouleverser Derek et pourquoi Lula avait tant hésité avant d'en parler. D'ailleurs, tandis qu'il avait raconté cette anecdote, les mains du lycanthrope n'avaient cessées de jouer avec le sable. La tension était palpable. Grâce à son intervention, Stiles avait cependant réussi à tirer un très maigre sourire à son ami. C'était toujours ça de gagner.

- « En s'attaquant à mes deux meilleurs amis, elle voulait m'atteindre. (…) Elle voulait que plus tard, je comprenne quel idiot j'avais été de m'éloigner d'eux. Elle a réussit son coup. »

- « Tu ne peux pas te rendre coupable de toutes ces histoires, Derek. Tu n'es coupable d'aucun crime à part de celui d'avoir été un adolescent éperdument amoureux de la mauvaise personne. »

- « Peut-être... »

Cette fois, Stiles leva les yeux au ciel, se redressa totalement et fila un coup d'épaule à Derek dont l'air mélancolique ne présageait rien de bon.

- « Kate Argent était folle. Totalement barrée. Démente. Dérangée. Forcenée. Maniaque. Siphonnée. Toquée. Zinzin. Timbrée. Détraquée. Frappée. (…) Je commence à être à court de synonymes mais rassure-moi un instant, t'as compris l'idée ? »

- « Ouais. »

- « Merci Derek, toi au moins tu sais être concis. »

Ils échangèrent le regard le plus complice que deux personnes pouvaient se lancer. Bien que le vent sur ses vêtements toujours mouillés commençait à le faire frissonner, Stiles ressentit son cœur se réchauffer et il s'autorisa à se perdre quelques secondes dans les prunelles de son aîné. C'était ça leur relation pour l'instant. S'autoriser à apprendre à se connaître. S'autoriser à s'aimer.

- « Pour tout t'avouer, je commence à avoir un peu froid. » osa l'adolescent. « Et je crois que tu as assez de choses sur la conscience pour en plus ajouter à cette liste : 'Avoir laisser l'adorable Stiles mourir de froid à Newport Beach.' »

- « Tu me tues, Stiles. » se contenta de répondre Derek tout en se relevant brutalement et en époussetant le sable collé à ses vêtements.

- « C'est un compliment ? »

- « A ton avis ? » rétorqua le lycanthrope.

- « Venant de toi, on sait jamais. T'as parfois une drôle de manière de montrer aux gens que tu tiens à eux. »

Encore une fois, les lèvres de Derek s'élargirent en un sourire et il tendit la main à l'adolescent pour l'aider à se relever.

- « On devrait essayer de trouver un hôtel où dormir et faire sécher un peu mieux nos vêtements. » constata le loup-garou tandis qu'ils remontaient la plage pour rejoindre la Camaro.

- « Je peux conduire ? »

- « T'en as assez profité pour aujourd'hui. Et avant de monter dans ma voiture, tu ferais mieux de virer tout le sable que tu as sur les fesses. »

- « Tu m'aides ? » répondit-il du tac o tac sans même se rendre compte qu'il n'était pas en train de blaguer avec Scott. Dire une telle chose à Derek Hale c'était sacrément déplacé et risqué. Une mort lente et douloureuse l'attendait sans doute. « Oh, fais pas cette tronche, je déconne. Je sais encore me frotter les fesses tout seul. (…) Putain, mais qu'est-ce que je raconte ? »

Derek était resté parfaitement silencieux et avait bien pris soin de laisser Stiles s'enfoncer dans son discours idiot. Même s'il ne le montrait pas, le lycanthrope était amusé par les propos de l'adolescent. Le voir ainsi gêné par ce qu'il racontait, c'était assez jubilatoire.

- « Et puis de toutes façons, si tu n'avais pas maté mes fesses en premier lieu, tu ne saurais pas que j'ai du sable dessus. »

- « Tu es tellement de mauvaise foi, Stiles. On ne voit que ça. » se justifia-t-il, cette fois piqué au vif.

- « Oui, je sais que j'ai de belles fesses. »

Et l'adolescent courut vers la Camaro en rigolant bêtement. Voilà qu'il flirtait ouvertement avec Derek Hale. En y pensant, ses joues s'enflammèrent et il rentra bien vite dans la voiture après s'être docilement épousseté le pantalon. Le trajet jusqu'à l'hôtel le plus proche se fit dans le plus grand silence. Ni Stiles ni Derek n'avait vraiment l'envie de discuter. L'adolescent avait allumé l'autoradio et il se sentait étrangement tranquillisé. Il aurait voulu rouler avec Derek éternellement et se laisser bercer par la musique qui passait à la radio. Les deux hommes étaient sans doute éreintés par l'air de la mer et leurs cernes laissaient présager qu'ils allaient passer une bonne nuit de sommeil.

- FLASHBACK -

- « Merci de m'avoir prévenu. »

- « J'ai cru comprendre que vous étiez en froid, Lula et toi mais... Tu devais être au courant. »

La voix du coach Finstock était nouée tandis qu'il posait sa main sur l'épaule de Derek. Une larme roula sur la joue de cet homme d'habitude si joyeux et le lycanthrope ressentit énormément de compassion pour lui. Il aurait voulu être capable de rassurer Bobby, mais ce n'était pas vraiment dans son caractère. Qu'aurait-il dit, après tout ? Les éternels « Ça va aller, je vous le promets. » étaient désuets. Lula était là, allongée sur ce lit d'hôpital, aussi blanche que ses draps. Un tas de tuyaux et de machines étaient branchés à son corps inerte.

- « J'ai essayé de joindre Clyde plusieurs fois mais il ne répond pas à son téléphone. » précisa le père de Lula.

- « Je vais tenter de l'appeler. Ne vous en faites pas pour ça. »

- « Merci Derek. (…) Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous mais... Elle t'aime beaucoup, tu sais. »

- « Je sais. »

Les deux hommes avaient échangés un maigre sourire. Le genre de sourire qui voudrait tout arranger mais qui était trop maladroit et sans ressource.

- « Je vais aller manger quelque chose. Ça doit faire vingt-quatre heures que je n'ai rien avalé. »

Derek approuva d'un signe de tête et laissa le Coach sortir de la chambre d'hôpital. Le jeune lycanthrope attrapa son portable dans sa poche et comme il l'avait promis, il entra le numéro de Clyde.

- « Je ne peux pas te parler, Derek. » La voix de Clyde semblait fatiguée et il paraissait au bord des larmes. « J'ai eu les messages du père de Lulu. Je... Quand elle se réveillera, dis-lui que je l'aime, d'accord ? »

- « Tu viendras la voir quand ? T'es où là ? » s'empressa de demander Derek d'une voix glaciale.

Clyde raccrocha. Derek bredouilla quelques mots et rangea férocement son portable au fond de sa poche. Il s'approcha doucement du lit de son amie et attrapa sa main tiède. Il ferma les yeux quelques minutes et se berça au son des battements du cœur de Lula. C'était de l'espoir à l'état brut.

- « Tu m'as toujours dit que tu étais maladroite mais honnêtement, t'aurais pu faire plus original que de tomber dans l'escalier, non ? »

Derek espéra entendre Lula se mettre à rire face à sa tentative d'humour. Malheureusement, c'était le néant. Il se releva d'un bond, quitta la chambre et courut jusqu'à chez lui. Ça faisait un mal de chien d'avoir une solution mais de ne pas pouvoir l'utiliser. Il aurait pu mordre Lula, la faire revenir à la vie. Lui accorder une autre chance. Mais il savait qu'elle lui en voudrait d'avoir fait ça. Alors, il devait laisser jouer la carte du destin. Comme tous les autres humains le faisaient.

En fait, ça faisait un mal de chien d'être inutile.

- FIN DU FLASHBACK -

- « Dis moi franchement pourquoi tu es là. »

Cela ne faisait qu'un quart d'heure que le film était commencé mais Lula n'y prêtait absolument pas attention. Elle avait donc attrapé la télécommande et avait éteint la télévision.

- « T'attends quoi de moi ? » renchérit-elle, ne quittant pas des yeux la mâchoire carrée, mais délicate, de son invité.

Isaac fixait l'écran de la télévision, désormais noir. Il ne s'attendait pas à cette question lancée de manière aussi abrupte. Maintenant, la situation le gênait. Après tout, il n'était qu'un adolescent impulsif et un peu idiot. Lorsqu'il avait reçu le message vocal de Derek le prévenant qu'il ne rentrerait pas ce soir, Isaac n'avait pas eu l'envie de rester seul. Il aurait sans doute put choisir d'aller voir Scott ou même Danny. Pourtant, il avait égoïstement cru que sa présence pouvait être utile à la belle Lula.

Lorsqu'il tourna le regard vers elle, la jeune femme avait recroquevillé ses genoux contre sa poitrine et avait posé sa tête sur ses jambes. Elle paraissait distante, presque rêveuse. De longues secondes passèrent, semblant devenir une éternité de doutes et de malaise.

- « J'attends rien. » finit-il par dire. Mensonge cuisant et inadapté.

- « Tant mieux. Parce que tu as bien conscience que tout ça, ça ne peut mener à rien ? (…) J'aurais jamais du te laisser rentrer chez moi. »

Elle se leva d'un bond et se mit à faire les cent pas au niveau de la table basse, visiblement tendue.

- « T'es un garçon adorable, Isaac. Je l'ai vu immédiatement. (…) T'as le genre de sourire qui réconforterait la terre entière. (…) Mais c'est carrément malsain et égoïste ce que tu es en train de faire avec moi. (…) Écoute, on a tous craqué sur un prof, un jour ou l'autre. Mais on n'a pas tous frappé à sa porte pour venir passer la soirée avec lui. (…) T'es en train de jouer avec moi, là. »

Isaac s'était aussi levé tandis qu'elle parlait. Il avait lu toute la détresse dans ses yeux et il avait alors compris qu'elle aussi était bouleversée par des émotions inconnues, dérangeantes mais terriblement efficaces et excitantes. Il attrapa ses mains d'un geste maladroit et son cœur rata un battement lorsqu'il se rendit compte qu'elle se laissait faire. Ce qu'ils étaient en train de vivre, c'était insensé et totalement déraisonnable. Ils savaient pertinemment qu'ils glissaient tous deux vers la limite à ne pas franchir. Ils voguaient sur une mer en furie, vers un rivage d'erreurs.

- « Je ne joue pas avec toi. »

Il venait de la tutoyer pour la première fois. Leurs cœurs battaient désormais à l'unisson, perdus entre leurs craintes et leurs envies. Leurs regards restèrent accrochés l'un à l'autre durant un long moment. Leurs doigts se serrèrent et ils ne le remarquèrent même pas.

- « Tu mens. » tenta-t-elle de se convaincre.

Elle n'était pas prête à s'attacher. Lula avait été blessée et avait blessé trop de personnes. Encore aujourd'hui, elle était persuadée de ne pas être quelqu'un de bien. Toutes ces fêlures, qu'elle ne montrait jamais, elle avait l'impression de les exposer face à Isaac. Elle n'aimait pas se montrer faible. Pourtant, auprès de cet adolescent, elle se sentait paradoxalement aussi forte que faible. Lorsqu'il se détacha d'elle, lâchant vivement leurs mains unies, elle sentit un vide intersidéral s'emparer d'elle. Un instant, elle songea à l'empêcher de s'éloigner, mais lorsqu'elle s'apprêta à réagir, il était déjà trop tard. Le garçon avait pris ses distances et la jaugeait du regard, adossé au mur de son salon.

- « Tu veux que je te dise quoi ? (...) Que tu envahis la moindre de mes pensées depuis que je t'ai bousculée à la sortie du lycée ? Que tout ça me fait peur parce que je n'ai jamais rien ressenti d'aussi vrai et d'aussi fort ? Que moi aussi je suis une épave et que j'ai eu mon lot d'emmerdes dans la vie ? Que tu es la personne la plus incroyable que je connaisse ? (…) Parce que oui, je te connais Lula. J'ai entendu les discours de Derek et de Stiles. Et le peu de temps que j'ai passé avec toi, j'ai eu l'impression qu'on était connectés. (…) T'es prête à ignorer tout ça par simple convention ? »

C'était sans doute la première fois qu'elle recevait une telle déclaration d'amour. L'adolescent avait parlé vite mais n'avait pas haussé la voix. Il s'était montré d'une douceur incroyable. Pourtant, les démons de Lula continuaient de la hanter. Alors sans doute était-elle prête à ignorer tout ça. Pas par simple convention. Par simple peur de faire un pas en avant. C'était souvent plus facile de vivre enfouie dans le passé. Elle avait eu quelques petits amis, après Clyde. Ils étaient tous partis bien vite, effrayés par le bordel qui régnait dans la vie de Lula.

Plus elle regardait Isaac, plus elle avait envie de lui sauter au cou et d'enfouir sa tête dans ses cheveux bouclés. Malheureusement, c'était comme si un fil imaginaire l'empêchait de faire le moindre pas. Elle resta immobile, silencieuse, impassible.

- « J'ai compris. » finit par dire le lycanthrope d'une voix aussi glaciale que déçue.

Il attrapa ses vêtements encore trempés, et ouvrit la porte de l'appartement bien décidé à sortir au plus vite. Qu'est-ce qu'il avait cru ? Comment avait-il pu imaginer qu'une telle femme s'intéresserait à lui ? Après tout, son père lui avait toujours répété qu'il n'était qu'un idiot. Encore une fois, la preuve était devant ses yeux. Il venait de se ridiculiser, de se perdre dans les méandres de la bêtise. Bon dieu, Isaac, si les souvenirs de ton père te battant n'étaient pas trop cuisants, tu te serais presque frappé toi-même.

- « Isaac. » murmura la jeune enseignante tout en le suivant jusqu'à la porte. « Tu vas dire que mon excuse est digne d'une mauvaise série B mais... Ça n'a rien à voir avec toi. L'unique problème ici, c'est moi. »

Et la main de Lula s'était posé sur la joue du grand Lahey. Il avait baissé les yeux vers elle et avait pu lire sur son visage toute l'émotion qu'elle ressentait. C'était comme si le regard de l'enseignante criait qu'elle était désolée. Et elle l'était. Elle aurait voulu être capable de dire à son tour qu'Isaac la troublait plus qu'elle ne l'avait jamais été. Sa main glissa naturellement dans les cheveux bouclés de l'adolescent et elle soupira d'aise en souriant. Ce contact était à la fois électrique et rassurant. Isaac ferma les yeux quelques secondes et profita de l'instant comme s'il savait déjà qu'il n'y en aurait peut-être pas d'autres.

Lula fit quelques pas en arrière, ouvrit la porte et l'encouragea d'un signe de main à rentrer chez lui. Ils restèrent un moment silencieux, à se regarder. Finalement, Isaac suivit les désirs de Lula et sortit de l'appartement, le cœur lourd.

- FLASHBACK -

Lorsque sa fille ré-ouvrit les yeux, le coach Finstock fondit en larmes. Une semaine avait passé et il s'était senti mourir un peu plus chaque jour. Lorsqu'il la vit reprendre conscience, il ouvrit la porte en hurlant à qui voulait l'entendre que sa fille venait de se réveiller. Les mains tremblantes, il s'était ensuite dirigé vers le lit et avait attrapé les mains de Lula. La jeune fille, encore incapable de parler, s'était mise à pleurer à chaudes larmes, comprenant qu'elle avait échappé de peu à l'autre monde. Jamais elle n'aurait cru revoir les yeux rieurs de son père. Jamais elle n'aurait cru que cette vision lui ferait autant plaisir. Puis tout lui revint à l'esprit. Clyde. Sa colère. La chute dans l'escalier. Lui penché sur son corps. Derek lui tenant la main à l'hôpital.

Elle se mit alors à se débattre dans son lit et manqua d'arracher les nombreux fils encore attachés à son corps. La douleur dans son crâne se faisait lancinante et Lula ne savait pas si c'était le souffrance morale ou physique qui parlait. Une infirmière arriva enfin, la calma et le Coach Finstock resta en retrait quelques instants, sous le choc de voir sa fille dans un tel état.

- « Où... est... Clyde ? » réussit à dire la jeune femme, en déglutissant difficilement tandis que l'infirmière la regardait férocement pour l'inciter à se taire.

Bobby sentit les larmes remonter dans ses yeux lorsqu'elle posa cette question. Comment annoncer à sa fille que son petit ami avait disparu sans laisser de traces depuis plusieurs jours ?

- FIN DU FLASHBACK -

- « Bonsoir. Vous auriez deux chambres individuelles de libre pour cette nuit ? » annonça Derek d'une voix aimable.

L'hôtesse, une magnifique blonde d'une trentaine d'années, adressa son plus charmant sourire au lycanthrope, qui s'empressa de faire de même. En retrait, Stiles roula des yeux et grimaça légèrement. Derek charmait tout ce qui bougeait, sans même le vouloir. Traîner avec lui, c'était le ticket pour des années de complexes. Parce que personne ne faisait de sourire aussi enjôleur à Stiles.

- « Je suis désolée, Monsieur, nous n'avons plus qu'une chambre de libre. Et c'est une chambre double. »

- « Lits séparés ? » s'empressa de demander le loup-garou.

- « Lit commun. » annonça l'hôtesse, un air désolé sur le visage.

Stiles restait bien trop silencieux au goût de Derek qui se retourna alors vers lui comme pour lui demander ce qu'il en pensait. Dormir dans le même lit que Derek ? L'idée était plaisante mais terriblement angoissante. Ne voulant pas être responsable de la décision, Stiles ignora avec brio le regard du lycanthrope et fit semblant de bâiller.

- « Ok, on va la prendre. »

Honnêtement, Stiles manqua de se bloquer la mâchoire quand il entendit les paroles de son aîné. Son cœur loupa d'ailleurs un battement et il se maudit intérieurement en espérant que Derek ne le remarquerait pas. Le loup-garou paya la caution et attrapa la clé que lui tendait la demoiselle.

- « C'est au deuxième étage, à gauche. »

Derek hocha la tête puis Stiles se posta au comptoir et demanda assez sèchement à la blonde :

- « Il y a un sèche-cheveux au moins, dans la chambre ? »

Elle approuva et Stiles rattrapa bien vite Derek qui était déjà au milieu de l'escalier.

- « On aurait pu prendre l'ascenseur. » pesta l'adolescent.

- « Je ne te savais pas aussi coquet. » se moqua Derek tout en ignorant les plaintes de Stiles.

- « Oh, si tu parles du sèche-cheveux, ce n'est pas pour ma belle tignasse. Ni pour la tienne. (…) C'est parce que mon caleçon est toujours trempé depuis notre bain nocturne à la plage. Et que je ne vais certainement pas dormir les fesses à l'air à tes côtés, Hale. »

Derek haussa les épaules, mi-amusé, mi-agacé par les discours à rallonges du jeune humain. Et comme si ça ne suffisait pas, Stiles trouva bon d'attraper les clés de la chambre et d'ajouter malicieusement :

- Ça te ferait trop plaisir que je dorme cul nu à côté de toi. Je sais à quel point tu trouves que j'ai un joli popotin. »

Derek soupira fortement et laissa l'adolescent ouvrir la porte de la chambre pas franchement luxueuse. Cela ressemblait plus à un hôtel bas de gamme qu'à un hôtel digne de Newport Beach.

- « J'espère que quand ce sera notre lune de miel, tu m'inviteras dans un plus bel endroit. » taquina Stiles un fin sourire malicieux sur les lèvres.

La tape qu'il se reçut sur le haut du crâne lui fit si mal qu'il comprit qu'il avait fini d'embêter Derek Hale pour ce soir. Quoi que... On connaît tous Stiles. Et Derek savait bien que cette simple gifle sur la tête ne le calmerait pas.


Alors, qu'en avez-vous pensé ? J'imagine que les scènes Sterek vous on fait sourire, du moins je l'espère ! Alors, pensez-vous que les couples Isaac/Lula et Derek/Stiles ont de l'avenir dans cette fanfiction ? Que pensez-vous de cette évolution ? Ah, et le coup monté de Kate, ça vous a plu ? :P

Bref, je veux vos réactions ! Anciens lecteurs, nouveaux lecteurs, vous êtes les bienvenues, vous savez comme vos reviews me font un plaisir fou.

Looooove.