Merci pour mes deux reviews du chapitre précédent !

Je reviens donc, comme convenu avec un 23 juin de Krum. Je pense que celui de Harry tardera un peu à venir, étant donné que je ne veux rien publier avant d'avoir terminé le prochain chapitre d'Ecchymoses. Chapitre dont je n'ai pas encore pu écrire un mot.

En attendant, j'espère que ce chapitre vous plaira.

A tantôt !


« Tu sais, il était plutôt bon en Quidditch. »

Non, je ne savais pas. C'était la seule chose que Harry avait su me dire, quelques années plus tard, on étaient au bar, c'était la seule chose que Harry avait su dire. C'est la seule chose que les gens ne sont jamais foutu de me dire, le Quidditch. Je se rappelle qu'une fois, elle m'avait susurré qu'il valait mieux ça, que si j'avais été gynécologue, ça aurait été bien plus complexe à gérer en soirée. Et gérer en soirée, c'est un art du mesuré. Comme le Quidditch. Voyez comme tout me ramène à ce foutu sport d'obsédés.

Ne vous fiez pas à ma mauvaise humeur, mon métier c'est le bonheur, pour les Faucons de Falmouth aiguilleur, ma compagne vous direz que je suis surtout bailleur ou fossoyeur, mais c'est qu'elle a le cœur chamailleur. Enfin, moi, Viktor Krum, mon métier je l'aime. J'ai aimé être le plus grand attrapeur de tout les temps. J'ai aimé me sentir grand. J'ai aimé savoir voler comme seuls le font encore les enfants. Et puis, il y a un an, Odin et Merlin seuls savent pourquoi, j'ai tout lâché. Le balai est retombé à terre. Maintenant, je sais qu'il y a quelque chose d'encore plus géant. Quelque chose que je n'aurais jamais soupçonné, offrir cette opportunité de voler à d'autres. Je préfère le titre d'aiguilleur à celui de recruteur. J'aiguille dans la nuit. Lavande dirait que je suis surtout un tuteur. Ces gosses que je fais signer pour les Faucons, se sont les miens, me les accapare, les prépare, les met à part. Mais aujourd'hui, c'est différent, le nom qui danse sur le papier devant moi est taché de sang.

Diggory. Eden Diggory.

Dix-sept ans.

Attrapeur, évidement.

Diplômé de Poudlard, récemment.

Attrapeur, évidement.

On se croirait dans une tragédie romaine, à la simple lecture de ce nom d'enfant maudit, je sens la fin d'une âme humaine. Je classe le dossier, mais ne peut s'empêcher de le regarder. T'es là pour les faire rêver ? Ou t'es là pour les enterrer ? Qu'est ce qu'il t'a fait ce gamin à part porter le nom d'un autre que tu aurais rêvé ne pas enterrer ? Hein, qu'est ce qu'il t'a fait à part exister ? Je sais que je pourrais pas l'éviter. Alors, en lisant le rapport sur cet Eden, égoïstement, je prie pour qu'il soit nul, qu'il n'est rien à voir avec l'autre Diggory, qu'il soit si prometteur que mon boss veuille s'en occuper, qu'il existe d'accord, mais que je n'ai jamais à voir son corps.


« Tu sais, il était plutôt bon en Quidditch. »

Sans blague? J'aurais bien deux trois mots à dire à Potter la prochaine fois qu'il croisera ma route. Plutôt bon ? Si Cédric n'avait que le quart du talent d'Eden, c'était tout simplement une légende du Quidditch. Mais on ne devient une bonne légende, qu'en mourant.

A cette pensée, je ne peux réprimer un frisson. A la manière d'un archéologue, j'ai cherché, guetté la moindre ressemblance, exagéré la plus petite dissemblance, exacerbé mon statut d'étranger, mais je ne peux le nier, ce garçon partage plus qu'un simple nom de famille avec feu le champion de Poudlard. Il n'y a qu'à le regarder pour le revoir dans son entier. Avec son sourire sans nonchalance rejetant toute malveillance qui respire l'innocence sans surveillance, et tout de suite ses yeux qui s'en vont vous contredisant, plein d'une assurance dénouée d'insouciance, à ne voir que ses dents on le croirait plein d'inexpérience sans échéance, on se laisserait tromper par la jouvence quand ce qui chez lui domine est l'existence. Il est bien là, Krum, il est. Il existe, il est sur de lui, aussi sur d'exister que tu as vu son frère crever. Il est exactement comme lui, tu le sais, tu le sens, tu l'as vu, il a les mêmes airs d'enfant et a déjà ses ombres de grand, le dos bien droit, les cheveux bruns et le regard gris à l'appel. Bien sur, la beauté est invité dans la soirée morbide que Cédric t'a organisée. Mais tu t'en balances, qu'il soit beau, qu'il soit laid, il est Diggory et c'est déjà assez grave comme cela.

Et pourtant, quand Eden a démarré, quand il s'est lancé, quand il a décollé, j'ai tout oublié. Ce gosse est un génie. Je voulais le voir jouer de nuit. Voir s'il pouvait trouver le vif même dans les ténèbres, c'était un piège, Viktor ? Eh bien, maintenant qui va t'aider à t'en sortir? Il a trouvé l'or en à peine cinq minutes. Cinq minutes de pure virtuosité, de vol au millimètre calibré. La fraîcheur du jeune loup et la technique du chef de tribu. Eden Diggory est le messie du Quidditch et tu n'as qu'à l'embaucher. Tu sais combien d'argent on se fait avec la religion, de nos jours ? De quoi tu te plains.

Il me rejoint dans les gradins, mal assuré, son balai à la main. Il n'a rien pigé ce gamin. Si tu veux devenir un vrai joueur, il faut d'abord à prendre à être un flambeur. Voyons, si tu peux te pavaner un peu :

« Mr Krum ?

- Contre toute attende, la voix elle est assurée, rassurante. Elle ne sonne pas du tout comme celle d'un mort tué.

- C'est mon nom.

- Je sais, je voulais juste vous demander, ce que vous avez pensé de mon essai.

- Et ?

- Je ne connais pas trop la procédure, je me demandais, est-ce que vous allez m'envoyer une lettre, un avis, ou est-ce que vous voulez le faire de vive voix ?

Eh bah, c'est pas gagné. On dirait un enfant qui n'est jamais sorti des jupes de sa mère, et encore, il paraît y être tellement engoncé que c'est à se demander s'il a jamais franchi sa paroi utérine.

- Ne te demande pas. Un joueurrrr de quidditch prrrofessionnel, ça ne se demande pas. Ça exige le meilleurrr de soi, mais ça ne se demande pas. Ça rrrréagit à l'instinct. Tu veux me demander quelque chose, demande-le moi. Réfléchirrr quand on est sur un terrrrain, c'est perrrdrrre du temps. Quel qu'il soit.

- Est-ce que je suis pris ?

- Bien surrr que oui. Tu commences lundi.

- D'accord.

- Ah, Eden, dans ton dossier, il manquait ta pièce d'identité ainsi que ton livrrrret de famille. C'est un simple oubli, évidement ?

- Heu oui, je vous apporte tout ça lundi ?

- Mon petit, je t'ai bien vu arrivé en Magicobus ?

- Oui.

- Écoute, deux chemins de pensée s'offrent à moi. Tu vois, quand j'avais ton age et que j'ai enfin eu le droit de trrransplaner, je le faisais sans arrêt. C'est pas que j'étais un m'as tu vu, je n'avais pas besoin de ce genrrre de choses, entrrre nous, mais c'est une une rrréaction logique à dix sept ans. A forrrtiorrri, encore plus quand on se pique assez pour vouloir prrrétendrrre à un poste de joueurrr prrrofessionnel. Mais toi tu me sembles êtrrre quelqu'un de trrrès humble, alors, j'ai le choix, ou je parrrie tout surrr ton humilité que je t'ai déjà rrreprrroché, ou j'arrrrête de jouer et je sors ma tête d'hypocrrriffe du sable et je comprends que tu n'as pas dix sept ans. Je t'en prie Diggorrry, dis-moi que tu es juste une chiffe molle.

- J'ai seize ans.

- Bien. Bien. Je crrrois que ce n'est pas un souci. Aprrrrès tout, tu es diplômé de Poudlarrrd ?

- Oui, je n'ai pas menti !

- Surrr ça, oui. C'est déjà ça. On a rrrien contre le fait de fairrre jouer des mineurrrs, tant qu'ils sont diplômés, comme ça, en parrrallèle on peut les former à l'aprrrès-quidditch. Tout ce qu'il me faut, c'est un mot de tes parrrents, comme tu es mineurrr. Et le sorrrt est joué !

- Mes parents ne veulent pas que je fasse du quidditch. »

Je le sentais, je le sentais, je vous l'avais bien dit une tragédie. Pas de corps, pas de sang, cette fois. Juste la mort d'un grand talent, c'est le genre de crime qui vous détruit une cité ça, m'sieur les romains.


Je voulais pas m'en mêler moi de cette affaire. J'ai regardé le petit faire son essai, je l'ai validé. C'est là que mon rôle était sensé s'arrêter. Je peux même pas demander conseille à ma moitié puisque cette abrutie de pleine lune s'est pointée. Elle était désolée, Lavande, pas la pleine lune. Elle sait que c'est la seule soirée dans l'année où je ne peux vraiment, vraiment, vraiment pas me passer d'elle à mes cotés. Je devrais m'en foutre, ça fait déjà un peu plus d'une dizaine d'année. Quinze ans très précisément. J'aime mieux faire comme si je me rappelais pas des détails. Quinze ans, c'est une vie d'homme. Il avait quel âge le petit Eden à cette époque, deux ans ? C'est triste à penser que j'ai mieux connu son propre frère qu'il ne le fera jamais. J'aimerais bien lui demander ce dont il se souvient, l'aider, lui en parler. Mais je ne peux, pas, ça fait tellement longtemps que dans ce silence je me suis muré.

Pourtant, oui, après tout ce temps, je m'en souviens vraiment. A Poudlard, on était excentrés, on faisait pleurer ou rêver. Il n'y avait que les fanatiques pour venir me parler. De moi. Des forces noires. Comme si ça avait quelque chose à voir. Et puis, il y avait Cédric, le troisième champion. Le héros de la forteresse. Potter ne pouvait pas vraiment prétendre à égaler cette prouesse. Pourtant, c'est Diggory le premier qui était venu me parler, sans ambiguïté. Le quidditch ? Jamais il ne l'avait mentionné. C'est pour ça que ça m'a tant choqué quand Harry m'a dit qu'il y trouvait un quelconque intérêt. Je le jurerais, y a des étudiants à Poudlard qu'avait jamais vu un balai qui sont venu me demander un autographe. Mais Cédric, il m'a demandé comment j'allais, comment je vivais le stress avant l'épreuve, si j'avais pas trop de pression, comment je trouvais les filles. Sans être amis, on avait des rapports amicaux. De champion ex-aequo. C'était un gars bien. Et c'est ce passé qui ne cesse de me ronger chaque 23 juin. On est le 23 juin. On naît le 23 juin, on meurt le 23 juin.

Chaque année, je pose cette journée, sa journée. Mon boss le sait. Ce qu'il sait ou ne sait pas, je m'en balance, mais il sait que c'est ma journée posée pour l'éternité. Avant, j'allais voir Fleur dans la matinée, mais je sais que ce jour n'en finit pas de la tuer, alors je la laisse à son mari et ses mots avisés. En général, je dîne avec elle et Harry le lendemain, pour m'assurer qu'ils sont bien là. Encore là. Eux. Mais aujourd'hui, il veut que j'y aille, que je retourne voir Amos. La dernière fois que j'ai vu Mr Diggory, c'était au dessus de la dépouille de son fils. On s'était pas dit rendez-vous, même jour, même heure en dessous de celle de son autre mioche. Je peux pas regarder cet homme dans les yeux, je peux pas le regarder et lui dire que je vais lui prendre un autre de ses petits garçons, son dernier. Il m'a écrit une lettre magnifique, elle ne m'était pas adressée. Elle était pour l'homme qui veut envoyer son petit Eden faire des pirouettes à des milliers de kilomètres au dessus d'un public parcouru d'un ouragan de liesse, alors que les restes de Cédric se retourneront dans un vent d'indignation six pieds sous terre. Il ne sait pas qui essaye de lui voler, pardon, faire voler son cadet. Mais il explique calmement, pourquoi, non, il ne veut pas, il ne peut pas. Eden travaillera au ministère, comme son père.

J'ai passé du temps avec Eden, ces vingt-deux derniers jours, à essayer de mettre au point un plan, une esquisse de raisonnement qui nous permettrait de conserver son talent. J'ai retrouvé en lui ce qu'au fond je n'avais fait que chercher, la délicatesse et la gentillesse de son frère, mais il y a quelque chose d'autre, qui n'existait pas ou que je ne connaissais pas chez Cédric. Un humour, tout d'abord. Un humour et une dérision à tout épreuve. Et puis ce coté charmeur, il joue de sa beauté, totalement décomplexé, ça l'amuse de faire rougir les filles et rosir les femmes. Lavande en est folle. Comme d'un petit frère. Il est attachant Eden, comme le petit frère que je n'ai jamais eu. Dont je n'ai jamais voulu. Et qui n'aura jamais de grand frère. A part moi. C'est ça que mon patron veut que j'aille dire à son papa, que je surveillerais ses pas. Eden sera un joueur hors-pairs, comme son pseudo-frère.

C'est déjà ce que j'ai dit à Cédric avant de rentrer dans le labyrinthe « Diggorrry, si t'as peurrr, appelle-moi, je t'aiderrrrais à te débarrasser des grrrros chats, tu verrras, je surveillerais tes pas, on va le gagner ce tourrrrnoi ! ». Je voulais être auror, je n'ai même pas réussi à protéger un gamin, je suis devenu joueur, ce n'est pas vraiment une horreur. Mais je n'irais pas promettre de protéger la vie d'un autre. Jamais. A cause de ça, j'ai déjà eu du mal à promettre de partager la vie d'une autre.


J'ai laissé un mot à Lavande et je suis parti au rendez-vous comme convenu. Ça ne servirait à rien de vous raconter l'échange entre Amos et moi. Cet homme a souffert qu'on viole son intimité que trop de fois. Il est fatigué par la vie, fatigué de vivre. Il a oublié, tout oublié. Il ne souvient que de Cédric, Cédric et sa fin. C'est fou comme Eden paraissait grand à coté de lui, tout l'amour qu'il mettait à s'occuper de cet homme rongé. Je lui ai demandé de voler. De voler, devant son père. Il ne l'avait jamais fait. Je ne vous dirais pas si Amos a pleuré. Mais il l'a laissé, il va rejoindre l'équipe. Il ne m'a pas demandé de m'en occuper. Il m'a dit qu'il savait voler, alors ça irait. Je crois que je n'avais jamais vu quelqu'un autant aimer son fils, ses fils. Les aimer à se laisser crever.

Tout ça parce qu'ils étaient plutôt bon au quidditch, vous savez.

Pour la première fois, cette nuit là, je n'ai pas compté les secondes qui courraient, qui marquaient la fin du maudit 23 juin. A ce moment, je dormais. Comme un bébé. J'avais rendu la main qu'il m'avait tendu à Cédric. Nous pouvons désormais reposer dans un peu plus de paix.