C'est drôle, parce que j'étais persuadée de ne jamais finir cette histoire. Et par jamais, je voyais un jamais de pour toujours. Pour moi écrire avec le POV d'Harry était juste au dessus de mes forces littéraires. C'est un personnage que j'admire tellement et sur qui pour moi tout a été dit que j'étais plutôt effrayée à l'idée de le trahir. C'est assez étrange le processus d'écriture parfois, n'est-ce pas ? Finalement, on s'est trouvé lui et moi. J'espère en tout cas. Je vous remercie pour votre soutien constant durant cette histoire. Cette histoire c'est un peu vous aussi.

Merci à Lil's C pour son coup de fouet, cette fin c'est aussi à elle qu'on la doit.


Et chaque 23 juin au matin j'ai cette pensée dégueulasse et cynique. Tellement pas moi. Tellement pas sauveur de l'humanité. Et chaque 23 juin au matin je redeviens ce petit adolescent de cinquième année dégueulasse et cynique. Celui qui en voulait à la terre entière de ne pas être préfet, de ne pas être cru, de ne pas être considéré, de ne pas être impliqué, de ne pas être mort alors que Cédric l'était. J'en ai perdu des âmes. Je devrais dire des hommes. Si Fol œil était là, il voudrait que je dise des hommes. Comme à l'armée. Maugrey, mon presque-viel ami, oui toi tu étais un homme, oui, toi tu étais un soldat. Mais Colin ? C'était pas un homme, c'était même pas une âme. On a jamais su ce qu'il en était de Colin. Personne ne l'a vu tomber. Et Fred. Fred, ce n'était pas un homme, c'était un rire.

Aujourd'hui c'est le jour de Cedric. Toujours voulu se faire remarquer celui là. Alors que les autres se sont contentés d'une mort anonyme, dans le tumulte de la bataille de Poudlard, lui il a voulu son jour. Comme si la mort était une couverture qu'il voulait ramener à lui. Il a du avoir tellement froid au moment de mourir qu'il a tout recouvert. La mort de Cedric, pendant un an elle a tout recouvert. C'est drôle parce que je crois que c'est durant ma cinquième année que Malfoy a commencé à m'appeler « Saint Potter », ou alors avant je n'y avais jamais fait attention. Saint Potter. Est-ce que c'est sain, pardon saint, de ma part de voler la copine du garçon mort par ma faute ? Je veux bien que certains passages de la Bible soit tragiques et qu'on puisse renaître de ses péchés, je veux bien. Mais je lui voulais pas du bien à Cédric, moi, tu vois Malfoy. Quoi ? J'ai vingt ans de retard ? Quoi tu n'es plus là à m'insulter ? Maintenant quand on dit Saint Potter on le pense vraiment ? J'aurais jamais cru dire ça, mais j'aimerais bien que tu viennes remettre un peu d'ironie dans ma vie, là, face de rat. Toi, en bon ennemi, tu l'as comprendrais peut être ma phrase dégueulasse et cynique. Oui je reprends les mêmes mots, je ne fais pas de l'art avec le dégoût.

Je déconne, je la vois encore ton ironie. Elle est là devant moi. Toute rouge. Toute rousse. C'était pour le jeux de mot, elle est châtain aux éclats de rousse. Jolie frimousse. Qu'est ce que t'as encore fabriqué Malfoy ?

Tout ça pour que moi je ne puisse pas être dégueulasse et cynique mon 23 juin comme je le voulais. Comme je le fais chaque année. Même Ginny a cessé de vouloir s'en mêler. Et ça, ça tient de l'exploit. Alors dis-moi, qu'est ce que t'as bien pu créer pour me gâcher ma journée du damné ?

« Scorpius.

Évidemment. Elle a laissé tomber le prénom comme ça. Comme une sentence. Elle se mord la lèvre et frotte son pied gauche contre sa cheville droite. On dirait Hermione. L'Hermione d'avant, quand elle ne savait pas, ou plutôt qu'elle savait qu'elle savait mais qu'elle avait oublié. L'Hermione complexe des complexes. Je crois que Hermione aimait beaucoup Cédric. Je me demande ce qu'en aurait pensé Rose.

- Moi, c'est Tonton Harry.

Elle arrête de ronger ses ongles et me regarde par en dessous, elle voit mon sourire et se relâche un peu. Comme si je l'avais apaisé. Quand elle était petite, toute petite, elle venait tout le temps se nicher dans mes bras et elle s'endormait là comme un petit chat. Hermione disait que j'étais comme son papa. Et puis un jour elle a arrêté. C'est drôle en y repensant, je n'ai jamais vraiment été proche de cette enfant là. A part quand elle courrait dans toute la pièce en hurlant « toi, tonton Harry ! ». Moi c'est tonton Harry. Moi c'est Harry Potter, quinze ans le survivant, celui qui a vu Cedric mourir, qu'est ce que tu me veux gamine ? Non, j'ai pas dit ça. Je dirais jamais ça. J'ai juste le droit de le penser. Parce que c'est une gamine. Et qu'on est le 23 juin. J'ai le droit de tout penser le 23 juin. Vous savez bien, cette pensée dégueulasse et cynique. Non vous ne savez pas, je vous l'ai pas dite.

- Je vais me marier avec Scorpius.

- Tu lui as demandé son avis avant ?

- Non. Je vais me marier avec Scorpius.

- Et il le sait ?

- Je crois. S'il ne le sait pas, il est idiot. Qu'est ce que tu veux que je te dise tonton Harry ?

Pourquoi tu me dis ça à moi, peut-être ? Qu'est ce qu'elle ressemble à Hermione Granger, cette petite. Je sais que je l'ai déjà dit. Mais c'est pas grave, se répéter c'est pas interdit. Tant que l'histoire ne se radote pas. Tant qu'on a plus de Cédric. Tant que ce n'est que des mots qu'on répète. Moi, ce sont mes maux que je répète. Je pense comme une gamine éplorée. Je pense comme une Rose. Et qu'est ce qu'elle est venu panser Rose ? Elle me fait penser à Hermione et puis à Ron. C'est logique. J'avais oublié que parfois on pouvait avoir des choses logiques dans la vie. Qu'on pouvait naître, grandir, aimer, vivre. Dans l'ordre qu'on voulait. Qu'on était pas obligé de se faire assassiner à 17 ans parce qu'on a touché un trophée.

La vérité c'est que son « qu'est ce que tu veux que je te dise », me fait penser à moi. C'est drôle de penser à moi. A soi. C'est ce que j'ai envie de leur dire depuis, depuis, depuis toujours : « qu'est ce que tu veux que je te dise ? », qu'est ce que tu veux que je te dise à tes blessés, qu'est ce que tu veux que je te dise à tes familles éplorées, qu'est ce que tu veux que je te dise à tes bals, qu'est ce que tu veux que je te dise à tes commémorations, qu'est ce que tu veux que je te dise de la mort ? Moi qui ai toujours survécu. Qu'est ce que tu veux que je te dise à part que je suis désolé ? Merlin. Je suis tellement, tellement, tellement désolé.

- Pourquoi moi ?

- Parce que je ne savais que toi tu ne dirais rien, que tu ne leur dirais rien. Regarde même à moi, là tu ne dis rien. Tu pourrais me gronder. Faire le choqué. Tiens, même me défenestrer. A ce qu'il parait, les filles comme moi pendant la guerre, on les rasait.

- Quelle guerre ? Il y en a eu tellement.

- C'est toujours la même guerre, tonton Harry. C'est toujours la même guerre. C'est toujours le même sang par terre.

- Qu'est ce que tu en connais de la guerre toi ?

D'où d'un coup, je me demande ce que ça me ferait de détruire son bonheur. De lui dire qu'aujourd'hui elle veut l'épouser Scorpius, mais que demain elle voudra le crucifier. De lui dire qu'elle méprise en temps de paix, mais qu'elle ne connaît rien de l'amour en guerre. De lui dire qu'elle va se salir, qu'elle va se tremper, qu'elle va peut être même le tromper. De lui dire que c'est qu'une gosse qui n'a même pas eu à livrer ses propres batailles. De lui dire qu'elle est même pas foutu de vivre la liberté pour laquelle Cédric est mort si elle se pointe devant lui pour avoir le consentement concernant une foutue mésalliance. Devant moi, pardon.

Je revois les sanglots d'Hermione, sa poitrine qui se levait frénétiquement, ses mains derrières son dos, les larmes qui ne sortaient pas, quand je criais. Je revois la pâleur de Ron, je le revois disparaître, quand je leur disais qu'ils ne comprenaient rien. En cinquième année. Après la mort de Cédric. Alors Rose, toi tu serais plutôt blanche ou tremblante ? Et puis je me souviens que je suis Saint Potter. Et puis je me souviens de la pâleur de Ron. Et puis je me souviens des tremblements d'Hermione. Et de la pâleur de Ron. Malfoy, raclure. Le pire, c'est que ton rejeton, je l'aime. Je l'aime autant que j'aime cette gamine devant moi. Je le connais ton fils, on l'a accepté. Alors pourquoi elle fait sa diva, comme ça ? Pourquoi elle veut que je la rassure ? Pourquoi elle veut qu'on l'aime comme ça ? On dirait moi. On dirait moi avant que cette pensée dégueulasse me hante. Et cynique. J'allais oublier cynique. Sordide.

- C'est quelque chose qu'on a vécu et qu'on garde au fond du ventre. C'est quelque chose qu'on porte le matin avant même sa première couche de mascara. C'est quelque chose qui ne s'inscrit pas dans le temps ou dans la duré mais dans la peau. C'est quelque chose qui fait mal. C'est quelque chose qui fait fuir ou résister. C'est quelque chose comme l'amour ou son contraire. C'est la guerre et je la connais même si je l'ai pas connu. Je la connais parce que je te vois.

- Tu sais, aujourd'hui, c'est le jour du début de ma guerre. On est le 23 juin.

- C'est le jour où Monsieur Diggory est mort ? Le frère du bel Eden ?

Pourquoi monsieur ? C'était un enfant. Il était plus jeune que toi, Rose, tu te rends compte, Rose ? Ne t'en rends jamais compte. Ne te fais jamais à cette idée. Continue de l'appeler monsieur. Rends le lointain. Oublie même que c'est le deuxième soir d'été que la guerre est arrivée.

- Cédric, oui. Mais ça ne fait rien.

Elle me regarde dans les yeux et puis chuchote comme si j'étais idiot :

- Mais si voyons, tonton Harry, ça fait beaucoup une guerre.

- Et un mort ?

- A te voir, un mort ça fait plus.

- J'étais très jeune. Après tu demanderas à ta mère, j'étais très en colère.

- Tu es toujours en colère, tu es juste trop bon pour t'en souvenir. Ou pour t'en soucier.

- Saint Potter.

- Priez pour nous !

- C'est comme ça que m'appelait le père de ton cher et tendre : Saint Potter.

- Tu sais qu'il avait raison sous ses airs de con ? Tu es un martyr.

- Un martyr, c'est beau et blanc, ça se cloue au dessus du lit, je te fais vraiment cette impression ?

- Tu me fais l'impression de quelqu'un qui n'a pas parlé depuis mille ans. Qu'est ce que tu veux me dire ?

- Je ne sais pas.

- Si, tu sais. Tu penses juste que je suis une gamine superficielle que tu as connu enfant et que tu retrouves sans savoir ce qu'il y a de différent. Mais tu sais qui je suis Harry ? Je suis la fille de Ron et Hermione. Imagine. La symbiose. Des deux, il y a moi. Alors je vais m'asseoir là, en tailleur et je vais attendre que tu parles.

- Tu vas entendre que je pars.

- Non. Tu vas me parler. Parce que je suis toute petite et grande et que toi tu es grand et tout petit. On est pareils. Tu as juste sauvé un monde de plus que moi.

- Et si je te choque ?

- Mon nom c'est bientôt Malfoy, j'en ai entendu des histoires et des paroles, tu sais je l'ai déjà vu le démon. J'en suis même tombée amoureuse.

- Je ne vais pas m'asseoir à coté de toi et te parler de lui.

- D'accord.

- Je vais juste te dire une phrase. Une phrase qui me hante depuis plus de vingt ans.

- D'accord.

- Elle est immonde cette phrase.

- Est-ce que si tu me l'as confie, tu en seras guéri ?

- Elle en sera amoindrie, mais tu sais d'un 23 juin, jamais on ne guérit.

- Donne un peu de ton fardeau.

- Je, tu sais, quand ils l'ont enterré, qu'ils pleuraient tous alors que moi mes larmes avaient séché et que j'avais ce monstre au ventre, j'ai pensé, j'ai pensé que tu vois, au fond, le nom de la compétition... C'était le tournoi des trois sorciers. Trois sorciers. Pas des quatre. C'est ça que je pense chaque 23 juin en me réveillant, pas qu'il me manque, on n'était pas ami, pas à la douleur, pas tout de suite, je pense juste qu'après tout c'était le tournoi des trois sorciers. Le tournoi des trois sorciers. Il a perdu. Et après la douleur.

- Et laisse moi deviner tu penses être dégueulasse et cynique pour ça ?

- Ne te moque pas.

- Un mot d'esprit dans ta vie entière Harry Potter et tu te flagelles le restant ? C'est tristement drôle.

- C'est ce qu'Hermione aurait dit.

- Et qu'est ce que papa aurait dit ?

- Qu'il était triste pour Cédric, mais qu'entre ma peau et la sienne, il n'y avait pas à hésiter.

- Même si ça te condamnait à une éternité de 23 juin de misère, il aurait dit ça papa ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis comme son frère.

- Non.

Je lève un sourcil interrogateur.

- Ah bon ?

- Non, tu es son frère. Pas « comme son » et tu sais papa aussi il a son 23 juin qui tombe le 2 août. C'est juste que t'es un original, tonton Harry. C'est toi le héros, alors tu veux jamais rien faire comme les autres.

- Tu sais ta tante Fleur aussi elle a un 23 juin qui tombe le 23 juin et Viktor aussi. Je ne suis pas si marginal.

- Alors pourquoi tu ne vas pas les voir ?

- Parce que si je veux voir le malheur je n'ai qu'à acheter un miroir, ma petite !

- Mais tu souris ! Il a pas la gueule du sourire le malheur !

- Je souris parce que tu es là.

- Eh bien, le problème est réglé. Cédric est parti, tant pis. Moi je viendrais chaque 23 juin.

- Et tu me diras qui tu vas épouser à chaque fois ?

- Non, ça, ça ne marche qu'une fois. Mais je peux te dire qui va épouser qui. Demande moi qui va épouser Albus.

- Qui va épouser mon fils ?

- Adastré. Albus va épouser Adastré. Mais je ne sais pas encore comment Adastré va épouser Albus.

Je ne sais pas pourquoi, mais cette seule pensée me fait exploser de rire. Pauvre Albus. Pauvre Scorpius.

- Impossible.

- Est-ce que tu croyais ce matin que tu pourrais rire un 23 juin ?

- Non.

- Ça te paraissait impossible ?

- Oui.

- Eh bien, c'est ce que je fais, tonton Harry, je rends l'impossible possible. Garde moi près de toi. Et même si tu ne guéris pas tout à fait, avec moi tu auras du bonheur d'à peu près, je te le promets.

- Tu auras d'autres choses à faire dans ta vie le 23 juin.

- Harry, tu ne comprends pas je crois, je suis toi si Cédric n'était pas mort, si Voldemort n'était pas né. Ça se trouve, je ne suis venue au monde que pour ça, pour réparer tes 23 juin.

- Tu es folle. »

Elle rigole, gigote et vient se nicher dans mes bras, comme quand elle était petite. Cette fois elle ne s'endort pas, elle me veille. Je défais ses boucles et elle me parle de Scorpius. De tout ce qu'elle aime. Et puis, je me souviens de Cédric, de tout ce qu'il aimait, de tout ce qu'il défendait, de son corps qu'il voulait que je puisse ramener. Et puis, je me demande si c'est comme ça qu'il voudrait qu'on se rappelle de lui, qu'on le rappelle à nous. Et puis non, il aurait voulu qu'on se souvienne du joueur de Quidditch, du loyal, du beau garçon, de l'ami formidable, de celui qui aurait fait tourner la tête de Rose. Elle, elle voit que je ne l'écoute plus. Alors elle me raconte une histoire. Celle des Champs Élysée, là où les héros de l'ancien temps seuls avaient le droit de se rendre et où ils pouvaient choisir de demeurer le reste de leur éternité ou de se réincarner deux autres fois en essayant d'à chaque fois mourir en héros. Elle me dit que si Cédric trouvait le moyen de mourir encore deux fois en héros alors il aurait le droit à un paradis encore plus beaux, plus inimaginable que les Champs Élysée. Que cette fois, c'est lui qui aura gagné le tournoi des trois mors. Trois morts. Trois sorciers. Tu te sens prêt Cédric ? Pardonne moi sur la ligne d'arrivée.