- Outch !
Bilbo ferma les yeux quelques brèves secondes, attendant que le voile de douleur lui rende la vue. Il les rouvrit à temps pour voir le deuxième poing de son assaillant venir sur lui. Il parvint à l'esquiver de justesse et serra les dents en entendant les os se broyer sinistrement sur le mur de granit contre lequel il était plaqué. Le mercenaire hurla de douleur et relâcha le hobbit qui chercha à s'esquiver. Il repoussa fortement le mercenaire blessé, se baissa pour ramasser son épée et jeta un œil du côté de l'infirmière qui tenait bon, ses reflexes incroyables travaillés avec les années de pratique auprès des neveux du roi trouvaient enfin matière à s'exprimer. Bilbo, lui, n'avait pas cet agilité. Certes, son époux lui avait prodigué un certain nombre d'entrainements au vu du jour où il se trouverait dans cette situation, mais que valait la dizaine d'heures de travail acharné, même auprès du meilleur combattant de la mine, contre cette dizaine de nains armées et entrainés depuis la naissance ?
- Hé bien alors ? Il ne sait pas se défendre tout seul le petit époux du roi ?
Le hobbit se contenta de resserrer la poigne sur son épée et de se tenir droit face à ses adversaires. Il n'avait plus que ça pour lui de toute façon : son courage et sa fierté. La conseillère se tenait maintenant à ses côtés, un peu blessée elle aussi. Elle lui montra discrètement du regard un petit passage qui n'était pas gardé par leur ennemi et Bilbo hocha sensiblement la tête. Ils s'élancèrent d'un seul geste, la gargouille en première envoyant bouler le mercenaire le plus proche pour libérer le passage, mais elle ne fit pas dix mètres qu'elle buta contre un corps bien trop puissant pour qu'elle puisse lutter tandis que Bilbo fut arrêter par une main lourde qui lui empoigna les cheveux, lui amenant les larmes aux yeux à cause de la douleur et le faisant glapir de terreur et il rua pour se libérer. L'infirmière chercha courageusement à se défaire du nain qui lui barrait la route mais elle fut balancée sur le côté tandis qu'une voix dangereuse roula dans le couloir :
- Toi, la gargouille, tu vas à l'infirmerie, et que ça saute ! Et toi... Tu vire tes pattes de mon époux. Maintenant.
Il y eut ensuite un éclat de lame eflique, puis le chaos.
Le vacarme dans la salle de réception était épouvantable. Les soldats de Daïn étaient passés à l'attaque et la riposte d'Erebor fut immédiate, plongeant la ville dans un chaos indescriptible. Le combat ne se déroulait pas dans la salle, mais une autre bataille y avait lieu : les nains d'Erebor se dressaient les uns contre les autres. Beaucoup cherchaient à défendre le nom de Thorin et la vie de Kili, que quelques nains, peu nombreux mais déterminés et en colère, souhaitaient lyncher.
- Assassin ! Je vais te tuer !
Gajïn repoussa in extremis la lame qui l'aurait décapité avant de répondre fourbement :
- Très bien Kili, tues-moi devant le peuple de ton oncle et tu me mâcheras la moitié du travail !
Il profita des quelques secondes où Kili fut déstabilisé par ses paroles pour porter un nouveau coup. Mais le jeune nain était bien plus à l'aise avec une arme qu'avec les mots et, d'un revers agile, il désarma le conseiller avant de poser une lame menaçante sur sa gorge.
- Que le combat s'arrête !
Au cri de Kili, les nains encore présents dans la salle, ceux qui n'étaient pas revenus auprès de leur famille pour les protéger de la tourmente dans laquelle se tenait Erebor, cessèrent leur lutte et se tournèrent vers l'estrade sur laquelle se tenaient Kili et le conseiller de Thorin.
- Ce nain cherche à vous monter contre Thorin, mais savez-vous réellement jusqu'où le conseil est capable d'aller pour prendre toujours plus de pouvoir et assurer le déclin de ma famille ?
Gajïn allait répondre mais Kili appuya plus encore sa lame, faisant couler un peu de sang le long de sa gorge et cherchant à le contraindre au silence. Mais le conseiller n'avait pas dit son dernier mot et trouva une issue à la menace :
- Est-ce ainsi que le roi fait entendre sa voix ? En menaçant quiconque s'oppose à lui de lui trancher le cou pour faire taire les voix dérangeantes ?
Kili tressaillit mais ne fit pas mine d'écarter la lame tandis que les pro-Thorin se taisaient, mal à l'aise et que les pro-Gajïn huaient leur mécontentement.
- Vous voulez parler ? Très bien conseiller, nous vous écoutons, dites nous ce que font ici les nains de Daïn et quel est votre rôle dans ce coup d'état !
Ce furent au tour des pro-Thorin de crier leur soutient. Les événements avaient beau s'être déroulés très vite, tout le monde avait compris de quoi il s'agissait et l'absence du grand roi en inquiétait plus d'un, en particulier Kili.
Gajïn sourit alors qu'il réussit, une fois de plus, à se soustraire à la question d'une odieuse culbute :
- Dites moi Kili, comment se porte votre frère ? Vous qui êtes si droit, que diriez vous si le premier héritier de Thorin est celui qui a offert Erebor sur un plateau d'argent au cousin de votre oncle ?
Sous la surprise, Kili resta bouche bée tandis que l'angoisse et la terreur qu'il cherchait à juguler depuis qu'il avait perdu toute nouvelle de Fili prenaient lentement possession de son corps dans une étreinte glacée. Tout d'abord, pour que le premier héritier puisse offrir quoi que ce soit, il fallait qu'il soit roi et donc que Thorin soit évincé de n'importe quelle manière, ensuite, le brun savait que son frère préfèrerait mourir plutôt que de trahir le roi. Gajïn profita de sa panique pour le désarmer lâchement et le jeter à terre sous les cris de la populace qui s'était remise en branle et qui chercha à venir en aide à Kili, mais la hache qui se posa sur la jugulaire du brun instaura un calme tendu dans la salle.
- Voyons Kili, pourquoi te mets-tu dans cet état ? Est-ce la peur de perdre ta place d'héritier qui te trouble ainsi ? Ou bien t'inquiètes-tu pour ton frère ? Ou devrais-je dire plutôt… ton fiancé ?
Gajïn avait dit sa dernière phrase suffisamment forte pour que tout le monde l'entende et un murmure consterné monta parmi les spectateurs. Le conseiller ne retenait plus son sourire victorieux.
- Comment ? Les sujets de ton oncle ne sont pas au courant ? Ils sont pourtant les premiers concernés de ce que font les héritiers de leurs engagements… C'est à se demander si vous deux avez réellement compris ce qu'impliquait être des futurs souverains…
Le nain se dressa face à la foule muette, menaçant toujours le plus jeune qui était à terre et qui ne pouvait plus s'empêcher de trembler.
- Ainsi donc, nains d'Erebor, votre roi s'unit avec un… semi-homme cambrioleur et vos… princes, suivant la même décadence, se jurent mutuellement un amour éternel et inviolable. Et vous continuez de soutenir cette famille qui se joue de vous ? Vous dites que Thorin vous a offert une belle vie dans les Montagnes Bleues ! Vous dites qu'il a reconquis ce royaume et qu'il le gèrent justement ! Mais n'avez vous point oublié ? La cupidité de Thror ? La folie de Thraïn qui chercha, malgré nos conseils et mise en garde, à reprendre le royaume de la Moria, causant un nombre effroyable de morts inutiles ? Et maintenant ?
Kili gémit lorsque, pour appuyer ses dire, Gajïn appuya sur sa gorge, ouvrant une plaie à quelques centimètres de sa jugulaire, faisant couler un sang écarlate en profusion sur le sol.
- Thorin, votre roi, qui monte une expédition pour récupérer ce royaume perdu par son grand père. Certes, Erebor nous appartient désormais, mais ne vous souvenez vous pas ? Si le cambrioleur de Thorin a délogé le dragon, ce n'est pas votre roi qui l'a tué et ce n'est pas son armée qui a défendue la mine à la bataille des cinq armées ! Mais qui se vautre maintenant sur le trône? Et pourquoi a t-il mené cette folie ? Pensez-vous réellement qu'il a fait ça pour son peuple ? Pour vous ? Moi je vous le dis : S'il a fait ça, c'est pour son propre honneur ! C'est pour avoir le plaisir de s'asseoir à la tête du plus puissant royaume de cet âge ! C'est pour ne pas être lésé vis à vis des grands noms de sa lignée ! Et vous ? Qu'avez vous gagné ? Vous êtes dorénavant ses esclaves qui travaillez dans sa mine, exploitant ses galeries et remplissant ses poches ! Qu'avez-vous gagnez, dites le moi !
Les nains qui étaient pour Gajïn hurlèrent leur consentement, beaucoup de civiles incertains se taisaient, ne sachant que penser et quelques pro-Thorin tentèrent de se faire entendre en affirmant que Gajïn ou Daïn ne leur auraient pas offert mieux.
- C'est pour cela que, nains d'Erebor, tout cela va changer aujourd'hui ! Nous, vos conseillers, allons définitivement éradiquer cette famille indigne de vous gouverner et vous offrir une vie de paix, d'abondance et de sérénité !
Kili retint sa respiration sans quitter des yeux la hache qui s'éleva en l'air afin de lui administrer le coup fatal et sentit une larme perler au coin de son œil à l'idée de ne plus jamais avoir son frère à ses côtés.
- Eloigne-toi de lui.
La voix gronda sourdement et le mercenaire eut le reflexe de renforcer sa prise sur le hobbit tout en reculant doucement, pataugeant dans les flaques de sang qui coulait des corps sans vie des conseillers et mercenaires massacrés.
- Laissez-moi la vie sauve !
Thorin vit rouge lorsque la lame mal assurée plaquée sur la gorge du Hobbit dérapa encore un peu, tintant la peau de ce dernier d'un sang carmin tandis que Bilbo cherchait vaillamment à garder un air digne malgré la peur et la douleur.
- Fais lui le moindre mal et je te promets que tu me supplieras de te tuer.
Le mercenaire trembla sous la menace et sentait avec horreur qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir vivant dans la mesure où il avait posé la main sur l'époux du roi, embrasant la colère de celui-ci. Il tenta le tout pour le tout, balança son otage sur cet adversaire qui menaçait sa vie et s'enfuit sans demander son reste. Thorin l'aurait abattu d'un jet de poignard si Bilbo ne s'était pas interposé, lui assurant que beaucoup trop de sang avait déjà coulé. En réponse, le roi prit son époux dans ses bras pour une étreinte sincère, tremblant de la peur qu'il avait eu de perdre l'autre.
Ils se séparèrent ensuite et se rendirent tous deux dans la salle de réception pendant que Thorin expliquait à Bilbo les derniers événements qu'il avait vécu de son côté.
Ils arrivèrent aux portes de la salle au moment où Kili se fit mettre à terre par Gajïn et Thorin assista à l'échange en grinçant des dents, la mâchoire serrée à s'en briser, que ce soit à cause des mots du conseiller, des vérités qu'ils soulevaient ou bien des cris que la foule huait pour les appuyer, sans parler de l'humiliation que le conseiller faisait cruellement vivre à son plus jeune neveux. Et le gémissement de douleur que poussa Bilbo, dont la main tenait toujours celle de Thorin, fut la seule chose qui le contraignit à décrisper ses doigts.
Sentant la catastrophe arriver, il attrapa Dard que le hobbit portait à sa ceinture et lança la petite épée avec précision, tranchant le bras de Gajïn au moment où celui-ci l'abaissait pour assassiner Kili.
Il traversa ensuite la foule muette de stupeur, Bilbo à ses cotés, pour rejoindre son neveu qui tremblait de tous ses membres sur l'estrade et l'aider à se relever tandis que le conseiller, prostré de douleur, lui lançait un regard ahuri.
- Surpris de me voir en vie ?
Thorin dégaina Orcrist et s'avança sur Gajïn, toujours au sol, celui-ci se recroquevilla en sentant le regard meurtrier posé sur lui. Puis, il avisa le sang que portaient les vêtements de Thorin et vit là sa chance de le détruire totalement.
- Où se trouve les membres du conseil ?
La question posa un froid et Thorin jugea mieux de ne pas trucider ce nain devant la foule, au risque de perdre le peu de crédibilité qui lui restait si une nouvelle joute orale prenait place, mais, au moins, les nains en colère ne chercheront pas à venger la mort de leur leader, ce qui aurait sûrement mener à une guerre civile. Il choisit aussi de parler sincèrement, de ne pas cacher la vérité.
- Si tu parles des membres du conseils qui ont cherché à m'assassiner, ils vont bien, du moins, sont toujours en vie et ont signé leur démission il y a moins d'une heure.
- Vous voulez dire que le conseil n'existe plus? Sous quelles menace les avez vous forcé à démissionner ?
Un brouhaha s'éleva. Il y avait d'un côté les nains outrés que le conseil ait cherché à s'en prendre à Thorin, de l'autre, ceux dont les paroles de Gajïn avaient trouvées un échos et qui comprenaient que le roi ne pensait qu'au pouvoir et n'avait pas l'intention de laisser quiconque lui dicter la marche à suivre. Gajïn prit de nouveau la parole d'une voix forte :
- Et puis savoir où est Daïn ?
Thorin jeta un œil discret à Kili, qui se tenait à ses côtés, heureux de ne plus être seul dans cette joute qu'il avait perdu d'avance, dont les tremblements s'étaient un peu calmés, sa belle tunique imbibée de son sang, le regard dur planté sur ce nain qui venait de lui faire passer un sale quart d'heure et qui l'aurait tué si ça n'avait été l'intervention de son oncle. Le roi pinça les lèvres, s'excusant mentalement auprès de Kili pour ce qu'il allait dire ensuite.
- Je l'ai tué.
La foule clama sa surprise. Daïn était le roi des Monts de Fer, celui qui avait mené son armée pour libérer Erebor et le cousin de leur roi. Que celui-ci avoue sans remord l'avoir tué de sang froid glaça d'effroi ses plus fidèles partisans, même Balïn fronça les sourcils tandis que Dori et Nori s'échangèrent des regards interloqués. Et si Thorin était bel et bien devenu, à l'instar de son grand père, rongé par le pouvoir et la richesse ?
Thorin attendit que le brouhaha de la foule se calme avant de reprendre la parole, évitant de regarder du côté du jeune brun.
- Après qu'il eut poignardé Fili, mon neveu, parce que celui-ci avait refusé de lui céder son titre de premier héritier.
Il serra les dents à l'entente du hurlement détruit que poussa Kili, supplantant les exclamations de la foule et attrapa le bras de Bilbo pour empêcher ce dernier de se lancer à la poursuite du brun qui se propulsa hors de la salle. Même s'il était d'accord avec son époux dans l'idée qu'il valait mieux ne pas laisser le second héritier seul, Thorin ne voulait pas que le hobbit s'éloigne de lui au vu du climat qui régnait en ce moment dans le royaume. Le couple royal fut soulager de voir, du coin de l'œil, plusieurs membres de la compagnie suivre les traces du plus jeune tandis que la foule s'agitait de plus en plus, certaines altercations entre nains s'élevèrent dans la pièce et quelques groupes commencèrent à en venir aux mains. Thorin et Gajïn avaient tous les deux perdu le contrôle de la population et ce fut l'arriver de Dwalin et des armées victorieuses d'Erebor entrant dans la salle qui y ramenèrent un semblant d'ordre alors que le conseiller, à bout de force d'avoir perdu autant de sang, s'écroula, laissant Thorin seul face à un peuple qui attendait maintenant des explications.
Beaucoup de nains les huèrent lorsque le hobbit, pensant apporter soutient, prit innocemment la main de Thorin avant de la relâcher précipitamment lorsque qu'ils constatèrent la colère qui gronda face au geste. Ils se regardèrent, se demandant bien comment tout cela allait finir.
- FILI !
Kili pénétra dans l'infirmerie, envoyant bouler l'infirmière à l'autre bout de la pièce sans s'en préoccuper. Il s'écroula au pied du lit, horrifier de voir le visage trop pâle de son frère, de sentir son souffle trop faible et sa main trop froide.
- Messire ! Je ne ferai pas ça si j'étais vous !
Malgré les recommandations de l'infirmière, il souleva la couverture qui recouvrait Fili et hoqueta de terreur lorsqu'il dévoila la blessure infligée par Daïn. Il se releva en tremblant, sans voix et l'esprit vide, au moment où Balïn, Ori et Dori entrèrent dans la pièce, s'immobilisant à la vue d'un Fili gisant presque mort et d'un Kili au visage détruit par la détresse et le désespoir.
L'infirmière mis tout le monde dehors et attrapa Kili par le cou.
- Ecoutez messire, votre frère n'est pas mort et sa blessure n'est pas fatale. Je peux le soigner alors vous allez me faire le plaisir de reprendre vos esprits et de m'assister, à nous deux, nous pouvons lui sauver la vie !
Kili secoua la tête et, lorsqu'il eut les idées claires, il s'exclama :
- Mais qu'est-ce qu'elle me chante la gargouille ? Elle n'a tout de même pas l'intention de poser ses sales pattes sur Fili ?
Et, sur ce, il lui assena une tape sur la tête et pris lui même le matériel pour soigner son frangin.
- Messire ! Laissez moi faire ! Je vous jure que je vais le soigner !
Et Kili, face à la blessure monstrueuse qui barrait le torse de son frère, aspirant sa vie à une vitesse monstre, dû bien admettre que, pour une fois, l'infirmière serait peut-être utile.
