- Nous ne sommes pas obligés d'avoir une union officielle, je pourrai rester ici, dans l'ombre, à tes côtés, ils finiront bien par m'accepter.
- Tu ne mérites pas ça Bilbo, tu n'es pas heureux ici, je le sais. Si tu n'es pas encore rentré chez toi, c'est seulement pour rester avec moi.
- Tu ne peux pas me demander de m'en aller Thorin ! C'est un choix qui m'appartient.
Le nain soupira et regarda le soleil se coucher.
Ce calme le surprenait, il avait cru que jamais il n'y goûterait de nouveau, que jamais ce cauchemar aura une fin. Il sentit une petite pression sur ses doigts et tourna son regard vers son ex époux qui était assis à ses côtés, ses grands pieds poilus se balançant dans le vide et sa petite frimousse qui le regardait intensément, attendant une réaction.
- Et si j'émets le souhait de t'accompagner ? De partir avec toi ?
- Erebor a plus que jamais besoin de toi.
- Erebor vient pourtant de faire son choix.
- C'est donnant-donnant et tu le sais, le peuple n'appartient pas à celui qui le dirige, c'est le dirigeant qui appartient à son peuple.
- Chose que j'ai malheureusement oublié. Et cela m'a couté bien trop cher pour que je veuille rester ici.
Bilbo fronça les sourcils mais ne dit rien. Il était conscient que beaucoup de choses avaient changé dernièrement et que le grand nain n'arrivait pas encore à réaliser à quel point tout sera différent maintenant.
- Tu n'as rien perdu Thorin, tu en ressors grandit. Tu es aujourd'hui le roi le plus noble qui m'a été donné d'entendre parler.
- Je ne suis plus un roi…
- Tu es pourtant bien plus grand que ton père et ton grand père réunis, bien plus sage que Thranduil et bien plus humble que Bard, parce que tu as fait la meilleure chose qui était en ton pouvoir pour ton peuple : tu lui as donné ta couronne et ton trône et lui, en échange, t'a rendu ce qui ne t'a jamais appartenu mais que tu as toujours mérité.
- Je ne vois pas de quoi tu parles..
- Ta liberté Thorin. Tu es libre maintenant. Tu n'es plus enchaîné par tes responsabilités. Les choix que tu prendras dorénavant ne concerneront que toi et ne seront plus alourdis par la destinée de tout un peuple. Tu avais dit que tu rendrais sa splendeur à Erebor et c'est ce que tu as fait. Maintenant, tu as le droit de vivre ta vie.
Thorin ne répondit pas et continua de regarder le paysage, tenant la main de Bilbo, assis tous les deux au sommet de la Montagne Solitaire. Il ne voulait pas le dire, mais il avait peur. Il était né et avait été façonné pour gouverner et porter un royaume. Se retrouver ainsi nu, ainsi dépossédé, lui donnait une impression extrêmement bizarre. Et surtout, il ne regrettait pas. Lui qui avait pensé que les remords et la déception l'auraient enseveli, il n'en était rien finalement. Il se sentait flotté tellement il était léger. Et la main de Bilbo dans la sienne, loin de le rattacher à la réalité, le confortait plus encore dans cette sensation de liberté.
- Tu m'apprendras ?
- Que la vie n'est pas plus belle vue d'un trône ?
- Qu'il existe d'autres formes de satisfaction que celles qui consiste à compter son or…
- Ou bien recevoir les vivats de la foule…
- Se retrouver noyé sous les fleurs…
- Mettre son ennemi à terre…
- Sont-ce là véritablement des sources de satisfactions ? Je me le demande…
- En quelque sorte.
- Tu en connais d'autre ?
- Réussir son dîner.
- Je n'ai jamais cuisiné.
- Je t'apprendrai.
- Quoi encore ?
- Travailler notre terre de manière à ce qu'elle sache nous nourrir.
- Conneries de hobbit…
- Faire rire les gens qui nous entourent, faire sourire ceux que l'on aime, faire tarir les larmes de ceux qui nous sont chers…
- Je ne crois pas être capable de ça.
- Nous verrons bien, moi j'ai confiance en toi.
Ils se turent quelques instants, les yeux dans le vide qui s'étendait à leurs pieds.
- Et que voudras tu faire en premier ?
- Comment ça ?
- Si je pars d'Erebor et que tu viens avec moi ? Voudras-tu aller vivre paisiblement dans la Comté ou bien préfèreras-tu voyager ? Y a t-il un lieu où tu aimerais vivre ?
Thorin resta sans voix, préférant ne pas répondre. Il n'avait pas encore réfléchi de ce qu'il allait faire de cette soudaine liberté. Jusqu'à maintenant, il avait toujours pris ses décisions en fonction de son peuple. Mais maintenant, il pouvait faire les choses pour lui et c'était nouveau et totalement inattendu.
En réfléchissant, il passa distraitement un doigt délicat sur la balafre nette qui courait le long de la gorge du hobbit, très près, trop près de la jugulaire. Thorin avait manqué de devenir veuf le jour de son mariage et la veille de son divorce. Et ce moment terrible où ses yeux étaient tombés sur Bilbo et la gargouille qui se battaient pour leur vie continuerait sans doute à hanter ses nuits pour un bon moment.
- Je ne vous dérange pas ?
Le grand nain et le hobbit se tournèrent et virent Fili, sa pipe à la main, le teint pâle et l'allure raide qui venait d'arriver sur le sommet de la montagne et qui les regardait avec un air surpris.
- Non non, vient t'asseoir, tu n'es pas arrivé trop tôt.
Bilbo et Thorin se tassèrent pour lui laisser une place et il s'assit en allumant sa pipe nonchalamment.
- Kili t'a laissé sortir ?
- Je me suis enfui de l'infirmerie, j'avais besoin de prendre l'air.
- Il doit être en train de retourner Erebor pour te retrouver…
Fili ricana un peu de la blague qu'il faisait à son frère trop inquiété pour son propre bien et qui était surement en train de s'arracher les cheveux en courant partout au milieu de la population en liesse pour lui remettre la main dessus.
- Ce n'est pas faux, c'est pourquoi je suis venu ici. Mais je ne pensais pas vous y trouver tous les deux.
Il tira une nouvelle bouffée de tabac. Thorin n'avait encore rien dit et regardait intensément son visage livide d'un air absent.
- Tu aurais pu signer ces papiers et gagner la grâce de Daïn.
- Et ainsi donner raison à tous ceux qui me considèrent indigne d'être votre héritier.
- Vous prendre comme héritiers est un choix que je vous ai fait subir. Tu n'avais pas à l'assumer de cette manière. Tu n'avais rien à prouver Fili.
- Si mon geste vous a surpris, c'est que, au contraire, vous n'aviez pas idée de la loyauté que Kili et moi nous vous vouons. Il est temps que vous nous voyez autrement que comme deux gamins qui vous pourrissent la vie.
- Pourtant, tu n'imagines pas les malheurs que me font endurer les deux sales gamins que vous êtes…
Fili ricana un peu et regarda Thorin.
- C'est pour être sûr que vous n'oubliez pas que, avant d'être notre roi et notre mentor, vous êtes surtout notre oncle.
- Je ne savais pas qu'il était coutume d'infliger autant de tourments à son oncle, j'aurai plutôt pensé qu'il faille le couvrir de présents et de tendresse.
- Ha, mais c'est parce que vous valez mieux que ça vous.
Thorin sourit à son tour et passa un bras léger autour des épaules de son neveu. Celui-ci n'avait pas tord : jamais Thorin n'aurait imaginé qu'un seul de ces deux là puisse préférer mourir plutôt que trahir leur roi, chose qui était bien différente que de protéger leur oncle de leur corps. Et les deux jeunes nains avaient prouvé la chose, chacun à leur manière. Kili en se dressant face au peuple en colère et Fili en refusant de changer d'allégeance malgré sa vie qui était en jeu.
La relation entre l'oncle et les neveux avait donc été chamboulée, s'était fortifiée considérablement. Kili et Fili avaient toujours voué une gratitude immense mais cachée envers Thorin qui leur retournait une affection exaspérée et, aujourd'hui, cette gratitude était partagée et non voilée.
- Et vous mon oncle ? Comment allez-vous ?
Bilbo leva les yeux vers son ancien époux, en attente d'une réponse que Thorin préféra élucider.
- Je pourrais te retourner la question.
- Ce n'est pas moi qui aie perdu mon trône, ma couronne et mon royaume.
- Je n'ai pas été transpercé par une épée moi.
- FILI !
Kili arriva juste avant que le blond ne puisse répondre à Thorin et vint se placer à ses côtés, transpirant, haletant et tremblant. Il se laissa choir contre son frère qui dû se serrer contre leur oncle pour lui faire de la place et le brun s'allongea en arrière, tentant de reprendre son souffle.
- Je viens de parcourir… tout Erebor… pour te retrouver… Crétin.
Fili rigola et posa une main taquine sur sa cuisse tandis que Thorin demanda :
- Et alors ? Comment se porte le peuple ? Tu as pu sentir un peu l'humeur des nains ?
- En joie, sauf certains qui murmurent que, même si vous n'êtes plus roi, vous n'avez pas le droit de quitter la vie politique du royaume. Mais ils vont bientôt tirer des feux d'artifices pour célébrer le changement de régime. Thranduil et Bard viennent d'arriver pour rendre hommage au nouveau chef d'état.
Bilbo prit doucement la main de Thorin dans la sienne.
- Il est encore temps Thorin, l'investiture ne se fait que demain, la place n'est pas encore prise.
- J'ai fait mon choix Bilbo et le peuple d'Erebor a fait le sien.
- Tu es sûr que ce système marchera ? Jamais aucun royaume n'a fonctionné ainsi de mémoire d'elfe.
- Je veux prendre le risque. De toute manière, avec ce qu'il s'est passé aujourd'hui et hier, j'ai pris conscience de beaucoup de chose et pas seulement vis à vis du trône.
Thorin regarda intensément Bilbo dans les yeux et ce dernier lui offrit un sourire désolé en retour. Le hobbit était, au fond, plutôt ravi de la tournure des évènements. Il était le mieux placé pour savoir à quel point la gestion du royaume avait pesé sur l'ancien monarque. Thorin n'avait encore jamais vécu pour lui et il était temps qu'il prenne des vacances. Le nain aurait sans doute besoin de temps pour l'admettre, il aurait sans doute besoin de temps pour oublier le rôle qui l'avait façonné et devenir qui il était réellement sous la carapace du roi, mais le hobbit ne doutait pas qu'un jour son compagnon pourrait goûter au véritable bonheur de jouir des choses simples. Le changement était déjà en marche. Depuis ce moment symbolique où Thorin avait déposé la couronne, sa respiration, son regard et sa démarche s'étaient allégés, de même que les plis soucieux qui barraient son visage s'estompaient à vue d'œil. Thorin avait pensé qu'Erebor serait son salut, elle avait été sa perte. Durant la quête qu'il avait mené pour libérer ce royaume, il n'avait rien fait d'autre que de forger les chaines qui l'aliéneraient, sans qu'il ne cherche à s'en défaire, au trône d'Erebor, l'asservissant à son peuple. Mais Thorin ayant toujours vécu ainsi, il ne pouvait concevoir que sa vie puisse ne pas être consacrée au développement de la renommée de sa race, il ne pensait pas que son existence puisse avoir une autre utilité. Il ne comprenait pas que, embellir la vie de ceux que l'on aimait était aussi noble, peut-être même plus, que d'enrichir celle de ceux qui nous suivaient.
Mais Bilbo avait bien l'intention d'utiliser le temps nécessaire pour le lui apprendre.
Puis, ce fut au tour de Fili de prendre gentiment la main de l'ancien monarque.
- Vous avez fait les bons choix Thorin. Sur toute la ligne, que ce soit la manière dont vous avez traité les conseillers, l'exécution de Daïn ou bien tout ce que vous avez dit à Gajïn, face au peuple d'Erebor. Vos choix étaient les bons. Vous aviez déjà perdu le trône de toute manière, les conseillers avaient tous préparé sans que l'on voie la chose venir, le roi était condamné à la minute ou Gajïn est monté sur l'estrade, peut-être même avant. Et si ça n'avait été l'intervention de Kili, de Dwalïn ou même la votre, ce royaume serait tombé sous le joug d'une véritable tyrannie et nous serions mort, tous les quatre, assassinés ou bien exécutés.
- Ne l'était-il pas déjà ? Sous une tyrannie ?
- Vous étiez un roi juste.
- Cela m'autorise t-il à faire ce qu'il me plait ?
- Dans la mesure ou vous n'agissez pas pour vous mais pour le bien de votre peuple, vous n'avez rien à vous reprocher.
- J'ai pourtant manqué de discernement. Et en tant que monarque suprême, je n'avais pas le droit à l'erreur. Je ne pense pas qu'être juste me donne le droit de gouverner tout un peuple sans prendre en compte l'avis de personne. Ces vies ne m'appartenaient pas et je n'en étais pas encore conscient jusqu'à ce que l'on me le rappelle. Une personne ne peut pas gérer seule autant d'existences, j'était tellement obnubilé par les conseillés, par Bilbo ou bien par le trône (et par vos bêtises aussi) que j'en ai oublié ma fonction première.
Fili pressa doucement la main de son oncle et se laissa tomber en arrière, le corps de Kili réceptionna sa chute, récoltant un souffle douloureux de ce dernier.
Le blond avait manqué les événements principaux qui ont arrachés Thorin de son trône et qui l'ont forcé au divorce. D'après ce qu'on lui avait raconté, il avait compris que la catastrophe n'avait été évitée que de justesse. Par là, il entendait que tous les quatre (ou bien tous les cinq si l'on considérait que la gargouille faisait partie du groupe), avaient failli y laisser la vie. Fili se rendait compte que la perte du trône, sans vraiment le ravir, ne le désolait pas non plus. Son avenir brisé à la mort de ses parent s'était vu tout tracé lorsque Thorin les avait récupérés et nommés comme héritiers. A partir de ce moment, il n'avait jamais vraiment osé regarder devant lui, face à son destin. Non pas qu'il ne lui plaisait pas, seulement qu'il se savait, à l'instar de Thorin, enchaîné au trône de ce royaume et qu'il n'avait jamais eu le loisir du choix lui non plus.
- On est libres Fili…
Le blond sourit au chuchotement religieux qu'avait lâché Kili et lui prit la main en souriant.
- J'avais pensé que nous l'étions déjà… Mais en fait, les gens libres ne sont pas ceux qui ne comptent sur personne, ce sont ceux sur qui personne ne compte….
- Moi je compte sur toi…
- Alors je suis enchaîné à toi…
- De toute façon, Ce n'est pas tellement de liberté que l'on a besoin, mais de n'être enchaîné que par ce que l'on aime.
Ils entendirent Bilbo glousser tendrement en entendant les deux abominables neveux du roi débattre aussi philosophiquement. Eux qui, quelques jours plus tôt, avaient mis au point une catapulte pour lancer des petits pois dans le corset d'une princesse, semblaient avoir beaucoup appris ces derniers jours. Il posa la joue sur l'épaule de Thorin et ne put s'empêcher de sortir un vieil adage de la Comté pour clore la discussion qui ne lui appartenait pas vraiment.
- « Qui aime la liberté aime autrui. Qui aime le pouvoir n'aime que lui-même. »
En réponse, le grand nain vint lui déposer un baiser sur le front et passa un bras autour de ses épaules pour le serrer plus encore contre lui, se disant que, finalement, peut-être que ce dénouement était le meilleur qui soit, peut-être que, s'il serait resté à la tête du royaume, son avenir n'aurait pas eu cette jolie couleur qui s'affirmait de plus en plus.
Un peu plus tôt, le peuple avait été déboussolé et l'autorité de Thorin et de la famille royale avait été ébranlée, que ce soit vis à vis du mariage inter-race de leur monarque, de la liaison révélée de leurs princes héritiers et de la non négligeable prise de pouvoir par Thorin, qui avait évincé par la force la moitié de ses conseillés et tué la deuxième, sans oublié la tentative de coup d'état par Daïn…
Le peuple avait eu peur que l'on se joue de lui, que les grandes instances qui se battaient pour eux, que ce soient Thorin, Daïn ou le conseil, n'aient totalement oublié de quoi ce royaume était fait : de nains, de naines et d'enfants.
Sous la pression de la foule, le roi avait proposé ce que nul monarque suprême n'avait encore jamais fait : un vote. Ou plutôt, plusieurs votes.
Le premier serait pour savoir sous quel régime les nains d'Erebor voulaient vivre. S'ils voulaient toujours d'une famille royale à leur tête et donc, d'un pouvoir qui se transmettrait de génération en génération sans demander l'avis de personne, ou bien s'il préféraient quelque chose de plus parlementaire avec un conseil plus nombreux et moins conservateur, dont les membres tourneraient.
Les nains se rappelaient de la cupidité de Thror, de la folie de Thraïn qui les avait emmener se battre dans la Moria et des caprices de Thorin. La différence de voix ne fut pas énorme, mais beaucoup réfutèrent l'idée d'avoir de nouveau une famille royale à leur tête et fut proposée l'idée d'un parlement dont les membres seraient élus par le peuple ou bien leur représentant. Naturellement, Thorin fut le premier pressenti pour le poste de leader, ou bien chef d'état, le terme n'était pas encore défini. Les nains ne concevaient pas pouvoir avoir quelqu'un d'autre à leur tête. L'ancien roi accepta l'idée mais le divorce lui fut demandé. Ce fut Bilbo qui le força et qui signa les papiers en premier. Thorin commença ensuite à élaborer un nouveau gouvernement, mais, malheureusement, le calme tendu qui avait pris place suite à la chute de Gajïn explosa encore une fois : Trop de nains avaient écouté et cru le conseiller et en voulaient à Thorin pour les griefs qui avaient été soulevés lors de la confrontation entre Gajïn et Kili.
L'ancien roi écouta les plaintes et mis en exécution ce qui lui était demandé : un nouveau vote. Les nains réclamaient le droit de dire si, oui ou non, ils voulaient de Thorin à leur tête.
Le scrutin fut ouvert à tous et à toutes qui se sentaient impliqués dans la vie du royaume qui n'en était plus un. Beaucoup de nains votèrent pour Thorin, presque tous, sauf quelques uns parmi les jeunes qui préférèrent voter pour Kili, qui en avait impressionné et ému plus d'un lorsqu'il s'était dressé sur l'estrade. Gajïn, qui avait signé sa démission et qui se remettait de sa blessure eut sa part de voix, mais il se trouvait que les contestataires étaient très peu nombreux en fait, ils faisaient seulement beaucoup de bruit.
En ce qui concernait les mineurs, les guerriers, les artisans ou les commerçant… tous aimaient Thorin et, s'ils lui reprochaient la manière dont il avait évincé son conseil, ils n'avaient rien à lui redire et voyaient en lui la figure de sécurité qui saura affronter les prochains changements dans la vie politique de la montagne. Après tout, il était celui qui n'avait jamais abandonné, qui avait trainé leur destin sur ses épaules et qui s'était battu pour récupérer cette ville.
Mais Thorin avait eu moins de la moitié des voix. Il avait été évincé sans même qu'il n'y eut besoin d'un second tour.
Parce que si tous les nains votèrent pour Thorin, toutes les naines votèrent pour la gargouille. Sans exception. Certaines trouvèrent même des astuces pour voter plusieurs fois en donnant une voix aux enfants qu'elles portaient dans le ventre (qu'elles affirmaient être des jumeux ou bien des triplés), à leur chat ou alors à leur grand mère décédée et beaucoup votèrent deux fois, faisant les yeux doux aux teneurs d'urnes. Ce fut donc la conseillère de la santé qui rafla un peu plus de la moitié des voix et qui se retrouva de manière totalement inattendue sur le trône avec une couronne de laurier sur la tête à appeler « Messire au secoure » sans savoir quoi dire d'autre.
Mais le messire en question, troublé de se faire évincé ainsi et surtout, aussi soudainement, sans aucun signe avant coureur, remettait ses pensées au clair au sommet de la Montagne où il avait trainé le hobbit avec lui.
Et là, avec comme seul témoin le paysage qui s'étendait à perdre de vue, accrochés sur un lieu entre le ciel et la terre, tutoyant les nuages qui se teintaient de vermeille, Thorin avait pris les mains de Bilbo dans les siennes et avait posé un genoux à terre, lui glissant un anneau rutilant à l'annuaire gauche. Le hobbit lui était ensuite tombé dans les bras pour une étreinte silencieuse qui dura un long moment, avant que le cambrioleur ne remarque l'air grave de l'ancien monarque, blessé dans son orgueil et sa fierté et qui semblait ne pas savoir où il en était et ce qu'il allait faire dorénavant, après avoir perdu une deuxième fois ce royaume qu'il aimait tant.
Et maintenant, la nuit était tombée et les trois nains et le hobbit regardaient les feux d'artifices donnés en l'honneur de la gargouille en se demandant ce qu'Erebor allait maintenant devenir.
Un corbeau fatigué vint à Bilbo et remit une missive dans les mains du hobbit surpris. Il ouvrit la lettre sous les regards curieux des trois nains et laissa échapper un rire en lisant.
- Qu'est-ce ?
- C'est la réponse de Gandalf à notre invitation de mariage.
- Que dit-il ? Pourquoi ne nous a t-il pas fait l'honneur de sa présence ? Il savait ce qui allait se passer ?
- Non,., il dit qu'il ne peut pas venir à notre mariage parce qu'il a une affaire urgente à accomplir à Fondcombe.
- Urgente ? Qu'y a t-il d'urgent à faire dans ce trou ?
- Je n'en sais rien, il a toujours eu des missions mystérieuses et surement périlleuses sur lesquelles il ne voulait jamais s'étendre.
- Heu… Dites… ?
- Oui Fili ?
- Je me demandais juste… Thorin, as-tu l'intention de rester ici ? Je veux dire, pour assister la gargouille ?
- J'y ai pensé… Mais finalement, je crois qu'il me reste beaucoup à apprendre.
- Comment ça ? Tu sais déjà tout !
- Tu te trompes Kili, je n'ai jamais su rempoter des tomates, je pense qu'il est temps que je m'y mette.
- Ho ! Tu vas vivre dans la Comté ?
Bilbo planta immédiatement la tête dans l'épaule de l'ancien roi pour que personne ne constate l'immense sourire qui barra son visage à ce moment. Thorin venait implicitement de faire comprendre qu'il se laisserait tenter par une vie à Cul de Sac, c'était bien trop beau pour être vrai. Lui était un hobbit et possédait donc un caractère voué à une vie simple et pourtant, pour rester avec Thorin, il était prêt à tout : à voyager, à rester à Erebor malgré le fait qu'il n'y soit pas le bienvenu ou bien à partir avec les sujets les plus loyaux de Thorin derrière celui-ci pour créer une nouvelle mine qui rivalisera un jour avec Erebor. Mais, au fond de lui, la Comté lui manquait et il rêvait de faire découvrir à son ex époux et nouveau fiancé ce qu'était le bonheur de se prélasser devant un second petit déjeuner après une grasse matinée qui leur aurait fait manquer le lever du soleil, mais, ce ne sera pas grave parce qu'ils le regarderaient se coucher après une journée certes paisible, mais bien remplie, en fumant et en discutant de tout, ne se souciant de rien.
- Ma foi… Pourquoi pas ?
- Mais… Et nous ?
- Débrouillez vous ! Il n'y a pas assez de place à Cul-de-Sac pour vous accueillir !
- Bien sûr que si ! Vous ne vous rappelez pas Thorin ? Il y avait suffisamment de chambres d'ami pour loger toute la compagnie !
- Il s'agit du Smial de Bilbo ! Vous ne pouvez pas vous inviter ainsi !
- Mais Bilbo il est d'accord !
- Heu… Je n'ai jamais dis une chose pareille !
- Vous n'allez tout de même pas nous abandonner ici ?
- Vous pouvez aussi aller vous faire pendre à Goblinville ça vous ira très bien !
- Mais nous sommes vos neveux, à tous les deux !
- A soixante-dix ans passés vous avez l'âge de vous installer en autonomie, trouvez vous un village assez solide pour vous accueillir et aller y vivre votre vie sans embêter la notre !
- Mais Thorin, comment veux-tu que nous vivions en autonomie ?
- On ne sait même pas laver notre linge nous même…
- Faire la cuisine…
- Mettre l'eau dans le bain…
- Faire chauffer l'eau du bain…
- Sans oublier la gestion de nos économies !
- Ca veut dire que l'on va devoir trouver un métier ?
- Et travailler ?
- Comment va t-on manger ?
Thorin regarda Bilbo qui haussa les épaules d'un air indifférent face à la crise de panique des deux plus jeunes.
- Si on les accueille avec nous, tu n'auras pas la vie paisible dont tu rêves.
- Ils ne resteront sûrement pas toute leur vie... Nous pouvons leur réapprendre les bases puis les lâcher dans la nature…
- Comme le font les parents avec leur enfants..
- Avec un retard de soixante dix ans, c'est raisonnable.
Thorin sourit et posa un instant ses lèvres sur le hobbit, avant de se tourner vers ses neveux qui continuaient de se lamenter :
- Soit, nous allons vous faire une place dans le Smial, mais au moindre faux pas vous pouvez êtr…
- Chouette ! On ne vous décevra pas, vous pouvez en être certain !
- On part quand ?
L'ancien roi ferma les yeux, maudissant sa trop grande bienveillance en allant planter son visage dans le cou de son hobbit, cachant son exaspération dans les bouclettes, se remémorant dans un mantra incessant ce qu'il avait promis à sa sœur. La cohabitation à Cul-de-Sac avec ses deux-là allait se montrer quelque peu… Explosive et Thorin se demanda même s'il n'allait pas proposer à la gargouille de venir s'installer du côté de Hobbitebourg lorsqu'elle aura fait son temps ici, afin de s'occuper de la santé fragile de ses deux neveux. Après tout, ils n'avaient pas encore passé une seule journée à Erebor sans que l'un des deux ne frôle la mort alors que ce royaume était censé être l'un des lieux les plus sûr de la terre du milieu. Qu'allait t-il se passer dans la Comté ? Avec tout le matériel de jardinage du hobbit, les arbres qui poussaient partout, les racines qui sortaient du sol et tous ces dangers qui grouillaient en ces terres ?
- Alors Gandalf mon ami ?
- Voyez vous même : « Bilbo et Thorin vous invite à leur mariage blablabla se tiendra à Erebor blablabla »
- Wow ! Impressionnant ! En combien de temps ?
- Deux ans.
- Bravo ! C'est un recors pour une union inter-race et inter-rang, je dirai même que ça relève du coup de génie si ce n'est pas du coup de maître ! Comment avez vous fait aussi vite ?
- Simple : d'abord, on les force tous les deux à participer à la même aventure dans laquelle ils découvrent chacun la valeur de l'autre, ensuite, on fait en sorte de les lier ensemble pour le meilleur et pour le pire, on laisse décanter : et voilà !
- Vous voulez dire que la quête du dragon, c'était uniquement pour ça ? Pour gagner ce pari ?
Gandalf se rassit dans son siège en jouant avec la bourse emplit d'or et de pierre précieuse en ricanant. Pourquoi d'autre aurait-il lancé cette aventure insensée ?
- Vous êtes vraiment vicieux... Vous imaginez s'il y avait eu des morts ? Thorin n'y est pas passé loin il me semble lors de la dernière bataille.
- C'était un risque à prendre…
- Je ne pensais vraiment pas que vous réussiriez ce défi-là un jour, un roi nain et un hobbit de la Comté, je ne connaissait pas plus difficile... Et qu'en est-il du dernier que je vous ai lancé ? Réussir à caser un haut elfe et un misérable humain sans racine ?
- J'ai trouvé l'Eldar, descendante des hauts elfes et je pense avoir trouver le vagabond.
- De qui s'agit t-il ? Du moins, pour l'immortelle, parce que je doute connaître le nom de tous les humains qui errent sur ces terres.
- Il s'agit de la fille du seigneur Elrond pour l'elfe. Ensuite, l'humain que j'ai déniché est un descendant des Dunedains, un rodeur du Nord. Je l'ai fait venir à Fondcombe usant comme prétexte sa parenté avec Isildur. Il est déjà sous le charme de la belle, je vais bientôt y retourner pour voir comment ça évolue.
- Soit, j'ai bien peur qu'aucun des couples que vous cherchez à mettre ensemble ne vous résiste de toute façon.
Fin
Tada! J'espère que ceux qui sont arrivés jusqu'à là ont apprécié l'histoire.
Je me disais, de manière parfaitement fortuite, que je pourrai peut-être ajouter un bonus à cette histoire, un machin qui ressemblera à "Que se serait-il passé si c'était Kili qui avait bu l'aphrodisiaque plutôt que Fili?" (chapitre classé M, personne n'en doutera). Bon, après, c'est juste une idée que j'ai eu alors je ne sais pas si ça se concrétisera un jour.
