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Thème : Nuances -

Menteur

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« Hey, Démone ? Qu'est-ce qui différencie l'amour de la haine ? »

Son sourire la dérangeait un peu. C'était narquois, glissant et un peu douloureux à voir, aussi, comme s'il se forçait et que ses yeux lui faisaient la grimace.

« Je ne connais pas l'amour. Et de toute façon, l'amour et la haine, c'est peut être la même chose, au fond. »


Il était là, juste à côté d'elle, à fixer le vide. Il buvait un peu parfois, fermait les yeux quand on ne le regardait pas, et s'éteignait dès que tous l'avaient oublié ; il ne bougeait pas, et personne ne le voyait parce qu'il ne voulait pas être vu.

Il se fondait doucement dans le décor, à observer, un air moqueur au fond des yeux, s'éclater et se briser tout ce qu'il ne pouvait pas saisir – tous ces sentiments heureux qui se télescopaient un peu trop vite et explosaient en vol. Il s'abritait derrière sa muraille d'impassibilité, et parfois, elle le voyait tressauter, comme si quelque chose de trop beau était passé près de lui et que cet élan de bonté lui avait terni le cœur.

Mais il ne la regardait pas, et ça la brûlait.

[Elle le détestait]


Elle n'avait pas de réponse à sa question.

L'amour, elle ne le connaissait pas. Ça n'était qu'une vague notion d'affection plus importante que celle qu'elle portait à son frère et sa sœur, mais infiniment moins puissante que la hargne qui régissait son cœur et animait ses mouvements. L'amour, elle n'en voulait pas ; c'était trop faible et trop douloureux pour elle.

Il n'y avait que la haine, dans son monde, à jeter ses couleurs sourdes de cauchemar sur ses yeux pour lui assombrir les paupières et lui cacher les rêves, comme une tâche de peinture noire qu'elle aurait pris soin de repasser jour après jour. Parce que la haine lui donnait le pouvoir, l'invulnérabilité et la force ; parce que la haine était tout ce qu'elle désirait et la seule émotion dont elle eut besoin. Elle était Mirajane le Démon ; Mirajane la fille de Satant.

Les Démons ne se dissimulaient pas sous les parures dorées et tissées de mensonges.

L'amour, ce petit papillon luisant de tendresse et d'amertume dissimulée sous les plis de ses ailes mordorées qui crachaient leurs mensonges, la répugnait. Parce que l'amour, c'était loin et beau, mais elle n'y touchait pas, parce que c'était trop dangereux et que ça brûlait l'âme.


« Les ténèbres brûlent et se consument, et on pourrait presque croire, ce matin, que quelque chose est en train de mourir... »


La deuxième fois qu'il lui avait demandé, avec son sourire doucereux et sa voix dure de prince guerrier, elle avait répondu qu'elle ne savait pas.

Et elle avait menti.

Elle avait menti parce qu'elle commençait à savoir et à brûler, d'un coup, et que ça lui faisait terriblement peur de se mettre à brûler pour quelqu'un comme lui. Ça faisait peur, et ça faisait mal, aussi, parce qu'elle en venait à détester sa sœur quand Laxus lui posait la main sur les cheveux et lui dispensait un de ses rares sourires.

Et elle était effrayée, de se voir partir doucement en cendre sous ses sourires moqueurs, pour quelqu'un qui se moquait d'elle et l'ignorait. Elle détestait se voir se consumer doucement, quand personne ne pouvait plus l'observer, et de devoir brûler et s'évanouir en poussière, comme une vulgaire autre fille.

Mais elle ne le montrait pas, parce qu'elle était Mirajane la démone et que son monde était fait de haine et pas d'amour. Les regrets, elle, elle les déchirait et les implantait dans le coeur des autres pour les voir se tordre de douleur.


« Hey, Mira ? Qu'est-ce qui différencie l'amour de la haine ?

- Je ne sais pas, Lisanna. Juste un peu de souffrance, peut être. Juste un peu de noir, de blanc et de gris qu'on étale sur une toile de peintre pour en changer la lumière. Peut être rien. Juste de la jalousie et de l'espoir, et peut être simplement un mensonge qu'on se répète le soir pour se rassurer. Peut être que c'est vraiment la même chose et que je ne me trompe pas.

- Mira ? C'est quoi, la différence, entre l'amour et la haine ?

- …

- Mira ?

- Tais-toi. Tais-toi juste et dors un peu. Je te répondrai demain. »


Et elle, assise sur son tabouret, devant les clartés iridescentes de quelque chose qu'elle ne connaissait pas, elle attendait en brûlant qu'il tourne les yeux vers elle et lui repose sa question.

Il n'y répondrait qu'à la toute fin, Laxus, à cette maudite question qui la tourmentait, quand il la verrait se couper en mille morceaux et se détacher de son âme pour tourbilloner autour de lui. Il n'y répondrait qu'à la fin ; lui briserait le coeur, et lui arracherait les poumons, pour qu'elle ne puisse respirer que par lui.


Il voulait la briser.

Elle l'avait comprit à ses sourires durs et ses regards sans émotions, quand il frolait son corps malingre ou qu'il posait ses grosses mains brûtes sur sa taille, pour l'écarter de son chemin, toujours avec cet air mauvais qui ne parvenait jamais à s'effacer entièrement.

Lui, il ne brûlait pas et ne brûlerait jamais. Il embrasait seulement les âmes et les observait se battre et s'écailler pour lui, avant de rire doucement et de s'éloigner en allumer une autre. Il voulait la briser et ramasser ses morceaux, les jeter en l'air et les piétiner encore un peu pour bien montrer qu'elle avait perdu.

Laxus voulait la transformer en figurine de verre et lui arracher les os. Elle avait juré ne jamais le laisser faire.


Mirajane était pouvoir et destruction ; haine et noirceur.

Elle n'était pas de celles rêvant tendre des ponts dans le ciel pour y accrocher ses rêves et les contempler tout le jour. Les ponts, elle les détruisait – elle ne savait que détruire ; les rêves, elle s'en moquait et les jetait au feu de sa passion, en les regardant brûler comme elle même brûlait, avec un sourire triste et deux grandes ailes de démon dans le dos.

Elle avait les pieds sur terre et la tête pleine de mensonges ; et sous ses deux grands yeux d'aveugle, trop bleus et trop blancs, ses lèvres d'insultes comprimées attendaient le temps de crier leur haine et leur souffrance au monde entier, et de déchirer tout ce qu'elle voulait voir déchiré.


Elle continuait à jouer la fière, jour après jour, et à le fixer quand ses ombres l'absorbaient, sous les lumières tamisées passant par les vitraux lustrés, et qui lui lançaient sur le visage leurs couleurs d'enfant.

Elle le voyait se défendre et se battre contre des démons dont il ne connaissait rien, le visage impassible et dur, et elle espérait de toute son âme le voir s'effondrer, et se déchirer sur le sol pour se vider de sa vie et de ses orgueils écœurants. Cela ferait une jolie tache brune et noire sur le sol, sur laquelle glisseraient tous ces brasiers qui la consumaient, et elle, elle les regarderait en riant, du haut de sa jolie tour de mensonges.

Et puis, attablée à son comptoir, le fixant toujours, elle riait un peu, de son rire faible et mauvais, alors qu'une autre étincelle s'éteignait dans son cœur.

Peut être que lui mort, elle brûlerait un peu moins.

[Elle le détestait, Dieu qu'elle le détestait...]


« Hey, Démone ? Qu'est-ce qui différencie l'amour de la haine ?

- Je l'ai, ta réponse. »

Et il riait. Il riait, et elle aurait tout fait pour pouvoir saisir une paire de ciseaux et lui enfoncer dans la chair, juste pour figer sur son visage tordu une expression effrayée qu'elle aurait aimé briser et enfermer dans le cristal pour pouvoir la contempler chaque jour.

« Et alors ? Qu'est-ce qui différencie l'amour de la haine ?

- Un tout petit rien. Juste quelques petites nuances qu'on ne remarque jamais vraiment

- Comme quoi ?

- Comme un sourire au lieu d'une insulte ; comme un peu de blanc au lieu d'un peu de noir ; comme un simple petit bonjour au lieu d'un regard de haine.

- Je vois. Et nous, on se déteste, pas vrai ? »

Il avait un petit sourire narquois. Elle imprima le même sur sa figure, et se tourna vers lui. Dans la lumière des étoiles, piquetées dans le ciel comme autant de douloureuses mouchetures dorées leur arrachant les yeux, elle avait l'air d'un ange au cruel sourire sanglant et hypocrite, étendant ses ailes d'argent aux bordures de mensonges pour cacher la lumière.

« Je ne sais pas. Je n'ai jamais été très subtile pour définir les nuances. Tu es mieux placé que n'importe qui pour le savoir, Laxus. »

Et elle se leva, et s'éloigna un peu plus loin de ce brasier, son cœur en miette rafistolé rapidement par ses petites mains tremblantes. Mirajane avait mal ; parce que l'amour avait posé ses viles ailes de papillons sur son coeur et avait serré jusqu'à la consumer de l'intérieur, avec ses promesse en toc et ses fils de bronze reliant son âme aux yeux de jade de celui qui l'avait attaché.

Elle était la fille qui n'avait jamais voulu brûler et de laquelle l'indifférence avait réduit en cendre le cœur.


« Les ténèbres brûlent et se consument, les cendres s'envolent dans le vent, et cette nuit, quelque chose est mort… »