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Thème : Morsure -

Elle Souriait Encore

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C'était un peu comme deux grandes mâchoires d'acier s'entrechoquant pour lui briser le crâne ; ou alors un douloureux regret, de ceux qu'il avait vécu autrefois, quand les cheveux d'or de Mavis caressaient encore son épaule nue. Ca faisait mal, et ça brûlait le cœur, comme un sceau de malheur qu'on y aurait apposé pour s'assurer que plus jamais il ne sentirait ce puissant élan de puissance, quand elle posait son visage sur ses genoux et qu'elle souriait, de son sourire d'ange effrayant, qui lui donnait l'impression de pouvoir mourir seulement pour le voir une fois de plus.

On aurait dit un minuscule insecte qui lui arrachait la peau pour se faufiler jusqu'à son corps et le mordre ; et qui s'acharnait sur son âme jusqu'à ce qu'elle pique et que son unique souhait fut d'en arracher l'essence pour la tordre en morceaux et la voir s'étioler dans l'air. Il avait mal – mal à s'en détruire le cœur.

[Comment appelait-on ça, déjà ?]

Zeref s'appuya contre un arbre et se laissa glisser à terre.

Elle, elle était là, juste devant lui, sur la branche la plus haute, à se balancer comme elle se balançait déjà un siècle auparavant, ses petites jambes battant l'air comme deux tiges de fleur fragiles. Elle était toujours aussi belle, toujours aussi blonde, toujours aussi idéalistement joyeuse et toujours aussi idiote, à raconter ses mensonges d'enfant au vent et aux animaux, alors que ses yeux criaient à la souffrance.


« Je crois en l'amour, Zeref ; je crois en l'amour et en la vie, en les couleurs et en tout ce qui est beau sur cette terre. Tu devrais y croire aussi, rien que pour sourire de temps en temps. L'amour, c'est la plus belle des choses que tu ne verras jamais, avec les levers de soleil sur la mer bleue, le matin, juste après t'être levé. L'amour, c'est comme un diamant brillant dont toi seul possède l'exclusivité, et que tu peux polir jour après jour pour en faire la plus belle des œuvres d'art. Tu sais, je n'ai jamais vu plus somptueux que le sourire et les yeux d'une fille amoureuse. Ils pétillent et brillent, et en même temps, il y a un tout petit rien de tristesse dedans, parce que l'amour, c'est un condensé de toutes les émotions et qu'un jour, quand tu seras amoureux, tu ne verras plus que par ça.

Tu devrais croire en l'amour, Zeref. Ca serait un peu de couleurs pour ton monde. »


Et maintenant qu'elle était morte ? Est-ce qu'elle y croyait, encore et toujours, contre tout et contre lui ? Ou est-ce que déjà tout l'espoir avait été emporté par le vent de l'île et que son cœur était un peu moins blanc qu'avant et s'était noirci à son contact ?

Elle avait l'air terriblement joyeuse - elle avait les yeux qu'elle avait toujours eu en le regardant, sauf que cette fois, elle regardait la mer.

Il avait presque envie de monter jusqu'à elle, pour arracher de ses lèvres ce beau et gracieux sourire – parce qu'elle n'avait pas le droit de sourire en face de lui, même en feignant ne pas le voir, qu'elle n'avait pas le droit de sourire aussi fort et d'imiter la joie, et surtout qu'elle n'avait pas le droit de sourire du même éclat dans la mort que dans la vie. Elle n'avait pas le droit de sourire de son sourire de fille amoureuse.

Est-ce qu'elle croyait encore à l'amour, sa fée détruite, en sachant que celui qu'elle aimait l'avait tuée ?

Ca lui piquait ce dur cœur, tout fait d'acier et de brouillard, à Zeref, et ça faisait atrocement mal et ça le brûlait comme un tison apposé sur son âme.

[Comment appelait-on ça, déjà ?]

Il y avait toujours eu tout plein de petites fêlures qui parcouraient son âme, et quand on appuyait un peu trop fort sur l'une d'elle, elle s'éclatait et faisait exploser le tout. Chaque fois que la culpabilité posait sur son cœur dur ses deux petites mâchoires d'acier et lui serrait l'esprit à l'en briser, il la revoyait poser ses boucles sur son épaules, et lâcher son dernier souffler en le regardant, comme s'il n'avait pas été son assassin mais celui qu'elle avait tant cherché à trouvé.

Dieu qu'il était beau, son sourire, quand elle s'était éteinte ; Dieu que ses yeux semblaient tristes, quand son dernier souffle s'était échappé de sa gorge, et qu'elle avait sourit encore plus fort une dernière fois – comme pour le rassurer et lui dire que ce n'était pas de sa faute.

[Je n'ai jamais vu plus somptueux que le sourire et les yeux d'une fille amoureuse]

Son âme était constellée de morsures douloureuses qui passaient leur temps à nervurer un peu plus son cœur en miette, et chaque fois qu'une nouvelle d'entre elle apparaissait, Zeref se sentait mourir un peu plus.


Elle regardait le ciel, comme si elle n'avait jamais vu rien de plus beau, à se balancer sur son éternelle branche, son sourire de marbre au coin des lèvres. Lui, en bas de son arbre, la regardait toujours, perdu dans la contemplation de ses cheveux d'or s'éclipsant dans l'azur du ciel, alors que le regard de Mavis se perdait au lointain.

Et il brûlait, et il gelait, et il se consumait de malheur et de tristesse.

Plein de petites morsures dorées sur son cœur noir.

[Comment appelait-on ça, déjà ?]

Il ne lui avait plus jamais parlé, depuis que ses yeux couleur d'horizon s'étaient refermés sur le monde dont l'homme qu'elle aimait l'avait privé. Chaque jour, sur leur terrible île de solitude, il venait s'assoir au pied de son arbre, comme un éternel gardien de ses pensées oubliées, et la regardait tout le jour, dansante sur sa branche, avec son terrible sourire qui lui semblait perpétuellement teinté d'une amertume qu'il n'avait jamais vu chez elle.

Elle était belle, Mavis, à regarder se coucher le jour, soir après soir, en l'ignorant consciencieusement, parce qu'elle savait que quelque part, quelqu'un avait changé le fil de leur destin pour défigurer une relation qui les avait tous les deux illuminés. Elle était belle et triste, avec son sourire et ses yeux de fille amoureuse que Zeref aurait aimé détruire pour qu'elle ne se fasse pas de mal.

Elle souriait ; il attendait ; et le temps s'égrenait lentement.

Jusqu'à ce qu'enfin vienne la nuit, et que chacun d'eux retrouvent leur terrible solitude, pendant laquelle ils brûleraient de l'absence de l'autre, en attendant un lendemain qui les détruirait un peu plus.

Toutes ces petites morsures n'étaient que des petits riens qui flottaient comme des ombres passées. Quand s'allumait la lumière, ils fuyaient comme des insectes se cacher dans le noir. Et lui, Zeref, se levait enfin de sous cet arbre où s'affrontaient deux morts, et repartait affronter ses ténèbres dans les bois, en la laissant sur sa branche observer la nuit.


Ca faisait mal, ça brûlait, ça lui gelait le cœur et lui pétrifiait l'âme dans un carcan de glace et de brouillard. C'était comme des milliers de morsures qui s'imprimaient en lettre de sang sur ses yeux, quand il la regardait, elle et son sourire odieux, qui lui défiguraient le visage d'un éclair de joie auquel il ne croyait plus.

Dieu que c'était douloureux.

[Comment appelait-on ça, déjà ?]

Elle lui en avait parlé, une fois.

Le brûlant, calcinant et si douloureux amour qu'elle trouvait si beau, et pour lequel elle était morte, et agiterait les jambes sur son arbre, les yeux rivés vers l'horizon, jusqu'à ce que le monde explose. L'amour terrible et destructeur au nom duquel, jour après jour, il laisserait les insectes de la souffrance lui ravager le cœur de leurs morsures indélébile, en la regardant et ne la voyant jamais se retourner vers lui.

Jamais plus il n'aurait le droit à un de ses sourires triste ou à une belle parole, et ça le brûlait tout entier, ce seigneur de pacotille.