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Thème : Citation -
L'Absolue
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« Quel est donc le pouvoir des noms ? Comment expliquer qu'en entendant sans cesse un nom dans sa tête, on ait presque l'impression de serrer la personne dans ses bras ? »
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C'était comme si elle était là, chaque fois, avec ses yeux d'absolu qui transperçaient sa peau quand elle le regardait trop longtemps, ou ses sourires ensoleillés qui suffisaient à changer l'orage en averse douce d'été. Il suffisait d'un mot pour l'invoquer, jour après jour, dans les longs silences dans lesquels son âme se brisait un peu plus, perdue dans une immensité plane de solitude et d'aridité.
Dès qu'il souffrait un peu, Natsu l'appelait.
Et puis, elle arrivait.
C'était un grand et beau fantôme, dans son transparent voile d'éternité, à le regarder en silence alors qu'il pansait doucement les plaies que laissait sa place vide, une par une, au baume de sa présence ; elle souriait, quelques fois, et le reste du temps, s'asseyait doucement à son côté et le regardait faire. Elle avait toujours été comme ça, Lisanna, à l'observer tranquillement, et sans jamais faire un geste, auréolée d'une douceur tranquille, à s'éloigner de lui dès qu'elle voyait qu'il allait mieux, pour ne pas trop dépenser le pouvoir de guérison qu'elle avait sur lui et ne jamais le laisser souffrir.
Quand Natsu lui avait demandé pourquoi elle ne bougeait jamais, quand elle restait à ses côtés, longtemps auparavant, elle lui avait offert un regard tel que n'en avait encore jamais vu le garçon – un de ces regards sages et graves que seule une petite fille pouvait donner, une de ces douceurs argentés qui brillaient un instant au firmament avant de s'éteindre brusquement à l'horizon, sans que rien n'ai pu le laisser prévoir auparavant. Elle avait juste souri un peu, ensuite, et n'avait rien répondu.
Lisanna était silence et brouillard, et on ne savait jamais vraiment ce qu'elle pensait. C'était Lisanna la brise, Lisanna le vent, Lisanna cachée derrière les lilas de l'entrée de la Guilde, à regarder son Natsu réparer sa voiture, jour après jour, sans se lasser de sa contemplation silencieuse, un sourire calme au coin des lèvres.
Natsu ne lui avait plus jamais posé la question.
Et il l'avait maintes fois regretté, dans l'écume du temps qui passait, tout embourbé dans l'espoir d'une de ses visites, alors qu'il prononcerait son nom. Parce que Lisanna, la brise silencieuse, s'était envolée d'un coup, avec tous ses secrets, protégés au creux de son âme.
Alors il se contentait de prononcer son nom, roulant le long de sa langue comme un bonbon perdu, et de voir arriver son fantôme gris, toujours aussi silencieux et auréolé de mystère, tandis que Lisanna apparaissait dans un flot de vent pour le regarder jusqu'à ce qu'elle disparaisse une nouvelle fois.
« Natsu ?
- Oui, Lisanna ?
- Tu me fais une promesse ?
- Si tu veux. »
[Tout ce que tu voudras, Lisanna, si ton sourire m'illumine encore.]
« Si… Si je disparais. Tu viendras me chercher, hein ? »
Elle avait l'air toute petite et triste, la petite Lisanna, malgré son sourire aux allures de soleil brisé, allongée dans l'herbe. Les fleurs jaunes lui faisaient une couronne de princesse, et, dans les lueurs apaisantes de l'aube, le bord de ses yeux brillait de poussière d'étoile.
C'était comme si on l'avait plongée dans un torrent d'acide qui lui aurait raclé la peau du cœur.
« Bien sûr, Lisanna, que je viendrai te chercher.
- Tu le jure ? Vraiment ?
- Toujours. Jusqu'à la fin. Je viendrai te chercher. »
Et puis, un vrai sourire doux comme un nuage. Elle avait l'air toute heureuse, et lui se tortillait d'embarras devant l'intensité dévastatrice du soleil né sur ses lèvres, qui illuminait son monde.
Les sourires de Lisanna, c'était le soleil. Pas le soleil couchant ; pas le soleil levant aux couleurs pâles et faiblardes, qui peinent à se lever sur le monde encore endormi. Le soleil du midi, à son zénith, qui inondait de lumière et de joie le cœur le plus aride. Le soleil du midi, qui, chaque jour différemment de la veille, parvenait à insuffler à l'âme de chacun un peu d'espoir et de bonheur – à peine perceptible, comme si ce soleil cachait le bien impalpable qu'il procurait aux chanceux qui avaient la chance de l'apercevoir.
Lisanna était le soleil, et personne ne l'avait jamais remarqué, sinon lui.
[Jusqu'à la fin. Je viendrai te chercher.]
« Merci, Natsu. »
Il avait promis.
[Jusqu'à la fin. Je viendrai te chercher.]
Il avait promis d'être là, jusqu'à la fin, à garder précieusement ses sourires de soleil et le mystère pénétrant dont elle s'entourait toujours sans le vouloir, avec ses yeux rieurs et son visage blanc de poupée, qui s'illuminait de l'intérieur quand elle voyait s'ouvrir les fleurs devant elle.
Il avait promis.
Natsu avait le cœur en miettes.
Et elle était partie.
« Lisanna ? »
Ce n'était qu'un chuchotis.
Un appel, un espoir, une supplication.
« Lisanna ? Est-ce que tu es là ? »
Il y eu une bourrasque brusque de vent, et ce fut comme si, derrière les lilas ornant les portes de la Guilde, le doux visage de la jeune fille était apparu, à moitié dissimulé par une des fleurs violettes. Un visage doux de poupée en cire, qui paraissait sourire, tout blanc de mort et d'éternité.
Elle ne souriait pas. Elle se contenta de le suivre du regard, l'air un peu triste, silencieusement, avec au fond des yeux une étincelle éteinte et explosée en éclats d'étoile. Elle était Lisanna, et Lisanna, depuis le début, paraissait destinée à se briser, avec ses sourires trop purs pour le monde dans lequel elle vivait.
Alors, Natsu l'appelait souvent, pour pouvoir une dernière fois contempler son sourire un peu triste qui lançait désormais, à la place de ses rayons de soleil glorieux, des regards gris aux couleurs de la mort et des souvenirs.
