J'entre dans son salon de thé. Il y a du monde, bien plus que je ne pensais et c'est étrangement calme malgré tout. Elle est là derrière son comptoir. Je m'avançais jusqu'à elle, le sourire aux lèvres malgré moi. Elle est surprise de me voir.
" Je vous l'avais dit que je vous étonnerai "
" Je ne vois toujours pas le billet vert "
" J'ai dû faire la manche "
On se sourit. Je sors mon portefeuille.
" J'en prendrais bien une autre, la machine a été rangée mais personnellement, j'ai préféré le goût de vos lèvres "
Elle rougit. Je suis nul en technique de drague et quand je suis intéressé par une femme qui ne connaît rien de moi, je sors des conneries pour faire mon intéressant, mais je me trouve minable bien que je n'arrive pas à m'arrêter dans mes conneries.
" Quel thé me conseillerez-vous pour un buveur de café et un amateur de glace ? "
" Je pourrais vous donner le thé le plus dégueulasse en vous faisant croire que c'est le meilleur au monde en vous faisant le prix le plus fort "
Je lui souriais. Elle a dû répondant, je la pensais plus timide.
" Et pour les pâtisseries ? "
" Vous aimez toutes les pâtisseries ? "
" Je n'ai pas goûté à tout "
" Quelque chose vous tente ? J'ai également des sandwiches "
A part toi, tout. J'aurai pu tout manger. Plus il y a de choix, plus le choix est difficile.
" Les cupcakes. Je vous laisse le choix du goût et le tout pour deux personnes "
Elle perdait son sourire et préparait ma commande qu'elle posait sur un plateau qu'elle poussa vers moi.
" Je vous attends sur la dernière table de libre là-bas "
Son visage s'illuminait.
" Je ne peux pas, je travaille ", me dit-elle, gênée
" J'attendrai le temps qu'il faudra "
Je posais un billet de vingt dollars et le billet d'un dollar.
" Gardez la monnaie "
" J'aimerai mais il en manque "
Ma respiration est coupée. J'ai honte. Ca ne m'était encore jamais arrivé.
" Je plaisante "
Je poussais un rire de soulagement. J'avais envie de l'embrasser là, maintenant mais je devais au moins la respecter. J'ai pu le faire plus tôt, nous étions dehors mais elle perdrait toute crédibilité auprès de sa clientèle ici. Je passais juste ma main sur la sienne en prenant mon plateau. Je m'asseyais à cette table. Je suis venu dix minutes avant la fermeture. La tentation était grande de manger ce cupcake rose. Je la regardais travailler, à enlever ses produits du comptoir. Elle faisait des allers-retours entre la boutique et l'arrière-boutique. Elle me jetait des coups d'oeil timides, je ne pouvais que lui sourire. Elle n'avait physiquement rien d'extraordinaire mais je ne sais pas, c'est bizarre, elle m'intéresse. Cette machine à glace italienne n'était pas là par hasard. J'ai été surpris de voir que les clients respectaient l'horaire de fermeture sans qu'on leur demande de partir. Quand tout le monde est parti, je l'aidais à débarrasser.
" Ne faites pas ça "
" Laissez-moi vous aider, c'est la première fois que je culpabilise à l'idée de regarder quelqu'un travailler "
" Merci "
" Je vous en prie "
Nous mettions silencieusement les plateaux sales pas très sales sur un chariot. Je tirais sa chaise pour qu'elle s'installe à notre table. Je m'installais devant elle.
" Je vais réchauffer le thé "
" Non "
On se regardait, notre tasse de thé et notre cupcake rose en face de nous.
" Cupcake à la framboise ? "
" Et au citron. Si vous n'aimez pas, on pourra goûter tous les autres "
Nous prenions notre tasse de thé et portons un toast.
" A la nôtre Mademoiselle Ice Cream "
" A la nôtre Monsieur French Kiss "
" Will "
" A la nôtre Will "
Elle allait boire sa tasse, je l'empêche en lui prenant la main. Si je t'ai donné mon prénom, c'est parce que je veux le tien ma chère.
" Ton prénom ? "
Elle haussait les épaules.
" Je ne sais plus comment je m'appelle "
" Et depuis quand ? "
" Je ne sais plus. Quand un homme d'affaires en costume et cravate et serviette en main se prénommant Will a fait un caprice pour une glace et qu'il s'est prostitué pour l'avoir "
Je riais. Elle le disait d'une façon si déconcertante. J'enlevais ma veste, ma cravate, déboutonnait ma chemise et l'enlevait. Je me retrouve avec mon t-shirt blanc.
" Derrière l'homme d'affaires en costume et cravate se trouve un homme tout court avec un coeur qui bat "
" Et le pantalon "
C'était le risque encouru.
" Non "
Je me levais de la chaise, m'approchais de son visage et entrais en contact de ses lèvres. Toujours ce goût sucré.
" Votre prénom vous ai revenu ? "
" A moitié "
Je l'embrassais à nouveau.
" Et là ? "
" Je ne suis pas sûre que ce soit le bon. Il me faut un choc plus important. Le pantalon par exemple "
Je me rasseyais. A l'aide de mes pieds, j'avance sa chaise jusqu'à ce que cette femme sans prénom soit collée à la table. Les tables sont grandes. Je suis obligé de m'appuyer sur mes coudes. Je collais son visage au sien et l'embrassait de la façon la plus romantique et la plus douce qu'il soit. Elle répondait à mon baiser. Nos langues étaient maintenant liées et dansaient. Pourquoi diable cette table est-elle entre nous ? Je voulais la serrer, la sentir au plus près de moi, la coller et l'enfermer dans mes bras. Elle sourit, je mords ses lèvres et me sépare d'elle. Elle tire sur mes bras, je me retrouve la tête sur la table.
" Marta "
Marta. Elle me le chuchote dans le creux de l'oreille. Elle pose sa tête à côté de la mienne. Sa lèvre touche la mienne, nos nez effleurent nos mentons.
" J'ai toujours rêvé de faire ça. Comme dans mon film préféré My Blueberry Night "
" Je me souviens que c'était plus romantique et moins violent "
" Des pulsions réfrénées "
Je l'embrasse, comme dans son film préféré. Le temps venait de s'arrêter.
" Des ombres et des mystères qui tournent autour de toi. En dedans la lumière, te souviens-tu de moi ? On était volatile, je ne savais pas. Le couteau dans la chair, toi tu combats. Dis pourquoi, Marta ? Des cendres et des poussières qui traînent autour de toi. Du sang dans les rivières, te souviens-tu de moi ? Tu me laisses inutile, à courir après quoi ? Des bouteilles à la mer, un effluve de toi. Dis pourquoi, Marta ? "
Je souriais.
" Saez "
Je suis étonné. Je l'embrasse pour confirmer.
" Comment tu sais ? "
" Qui n'a jamais cherché une chanson à son prénom ? "
" Moi. Il n'y a pas beaucoup de femmes qui écrivent sur des hommes "
" La douleur qu'ils provoquent est si forte que les femmes ne peuvent rien écrire sur eux et si elles écrivaient, plus personne ne pourrait les aimer. Et il semblerait que cette chanson parle de rupture "
" Non. Je ne l'interpréterais pas comme ça. Pas dans notre cas "
" Dans notre cas ? "
Elle posait sa main sur mon visage.
" Oui, dans notre cas. Je parlerai d'absence. Tu en as oublié ton prénom "
" Il m'est revenu "
" Parce que je suis là "
Je ne pouvais m'empêcher de lui sourire. Elle était plus que charmante Marta. Même sous cet angle. Elle était d'un naturel timide mais elle faisait des efforts pour ne pas sembler l'être et je crois qu'elle est comme moi : sous le charme d'une personne inconnue, nous avons un comportement qui ne nous ressemble pas. Je me redresse. Elle aussi. Je plante mes yeux dans les siens, des yeux noisettes que je mangerais bien.
" Ravi de te rencontrer Marta "
" Ravie de te rencontrer Will "
On se sourit. On boit notre thé froid.
" Il n'est pas dégueulasse "
" Ce n'est pas le plus cher car tu ne peux pas juger la qualité d'un thé si tu n'y connais rien. C'est comme le vin, le café ou le whisky "
Je prenais ma cuiller et mangeais un bout de cupcake en la regardant. Je suis surpris, un coulis de framboise inonde ma bouche. Je ferme les yeux.
" Tu fermes les yeux à chaque fois que tu apprécies quelque chose ? "
J'ouvre les yeux et elle me regarde, enfin me contemple rêveuse avec ses mains posées contre son menton. Je l'embrasse, partageant ce coulis avec elle.
" Tu les fais toi-même ? "
" Oui "
" Je ferme les yeux pour chaque chose que j'apprécie "
" Tu ne m'apprécies donc pas "
" Je n'ai pas besoin de les fermer. L'amour rend aveugle "
Nous nous regardons. Elle s'attendait sans doute que je dise que son charme est juste à couper le souffle, mais pas la vue. Je vais trop vite. Je continuais à manger mon cupcake. Je constate qu'elle ne m'a pas embrassé une fois. Je crois que je l'effraie, je suis encore mal parti dans une relation.
" Et le mariage est là pour rendre la vue "
Je ris. Je ne connaissais pas cette suite.
" Faisons-nous la promesse de ne jamais nous marier alors ", lui dis-je
Elle m'embrasse. Enfin. D'elle-même. Elle mange son cupcake, le coupe délicatement avec sa cueiller. Je la regarde. Sérieusement. Longuement. Qu'y avait-il derrière nos paroles ? Un avenir possible ? J'ai besoin de savoir.
" Je veux ce que je ne connais pas ", lui dis-je
Elle me dévisageait. Je me sentais vide face à ce constat.
" Je veux connaître l'amour, réciproque, marcher main dans la main dans la rue, être blotti contre un corps sur le canapé le dimanche après-midi, faire une promenade chaque soir, me lever et me coucher à côté de ce même corps, partager le même appartement, préparer le petit déjeuner, voir des spectacles, s'inquiéter, faire l'amour, avoir l'impression de mourir à chaque absence, voyager même en restant immobile, avoir des projets communs. Je veux vivre "
Merde, j'en pleure. Marta se charge d'effacer ces larmes qui n'ont jamais coulé pour cette raison. C'est de ça dont je veux. D'une femme qui me voit à nu sans que je me déshabille, d'une femme qui attend que je sois humain, d'une femme qui m'aime pour ce que je suis, pas pour ce que je représente. Elle se lève en laissant ses mains sur mon visage et se positionne en face de moi. Je l'enlace. J'ai ma tête posée contre sa poitrine, j'entends son coeur battre et j'apprécie ses bras autour de mon cou et sa tête sur la mienne. C'est franchement bizarre et bizarrement appréciable. On ne se connaît qu'à peine et elle me console déjà. J'aurai pu glisser mes mains sous sa chemise, découvrir sa peau sous mes doigts mais non, je n'avais pas besoin de ça, pas maintenant. Je veux juste que le temps s'arrête, rien qu'un instant pour repartir de plus belle.
" Peut-on rester comme ça toute la nuit Marta ? "
" On le peut faire, mais à l'horizontale sur un lit "
" Avec tes doigts qui caresseraient mes cheveux jusqu'à ce que tu t'endormes ? "
" Oui "
" Mon appartement ou le tien ? "
" J'habite juste au-dessus "
" C'est pratique ça, surtout le matin "
Nous cessions de nous enlacer, enfin elle cessait de m'enlacer.
" Suis-moi "
Elle prenait son chariot et le poussait jusqu'à l'arrière-boutique pendant que je prenais mes vêtements. J'ai dû la sortir de ses habitudes, je pense qu'elle aurait dû tout ranger pour que tout soit prêt pour le lendemain. Nous sortions main dans la main par une porte qui menait dans une cour intérieure pour en prendre une autre. Nous montions les escaliers jusqu'au premier étage et elle ouvrait la porte de son chez elle. Elle ne s'attardait pas et nous nous couchions sur son lit. Enlacés. A se caresser. A s'embrasser. Peau nue contre peau nue. Un boxer noir pour moi, un boxer blanc pour elle. Je ne voulais rien d'autre que ses caresses. Etre blotti contre elle. Etre câliné par elle. Nous nous endormions, son visage contre le mien, sa main sur mes cheveux, nos jambes enlacées, nos coeurs à l'unisson.
Le cerveau d'Alicia étant débranché de son travail et de ses enfants. Ses pensées allaient une fois de plus vers Will. Elle ne savait vraiment pas ce qu'il ressentait, s'il était en colère ou s'il jouait la carte de l'indifférence. Il devait bien penser quelque chose, il devait bien ressentir quelque chose, pensait-elle. Elle s'attendait au jour où il craquerait, où le vase débordé provoque un tsunuami, un raz-de-marée qui emportait tout sur son passage et ce dont elle avait peur, c'est qu'elle ne savait pas ce que 'tout' pouvait représenter. Il n'avait pratiquement rien dit dans son cabinet, juste de la banalité d'échanges entre confrères. Et puis dehors, alors qu'elle s'apprêtait à déjeuner, elle l'avait vu. L'air lointain, les yeux fermés à manger sa glace, lui l'avocat en costume cravate qui mange une glace sur un trottoir sa serviette à la main. Elle avait été attendri. Il restait un grand enfant. Elle se souvenait de ce sexe à la chantilly, de ce corps qu'elle avait aimé consommer. Elle aurait bien voulu avoir Peter pour assouvir son désir mais il était à Springfield. Elle pensait à chaque fois à Will, même lorsqu'elle faisait l'amour avec Peter. Elle faisait tout pour ne pas essayer de penser à lui mais il revenait toujours la hanter.
Marta me réveillait malgré elle en voulant se lever, j'ai senti le contact de son corps au mien se rompre.
" Marta ? "
" Je vais travailler "
Elle chuchotait.
" Il est quelle heure ? "
Je chuchotais. La peur de me réveiller sans doute.
" Deux heures "
" Tu n'ouvres qu'à sept heures "
" Je dois aller au marché chercher des fruits et ensuite, je fais mes pâtisseries. Tu veux que je te réveille à quelle heure ? "
" Mon portable me réveillera "
" Et s'il ne te réveille pas ? "
" Je passe pour un fainéant "
" Il en faut "
" Six heures "
Elle se lève en prenant le soin de remettre la couette sur moi pour contenir la chaleur.
" Attends "
Je m'agenouille sur le lit, l'embrasse d'un baiser sur la bouche et me recouche.
" Ta journée sera meilleure "
Elle me sourit. Elle est belle quand elle me sourit Marta, même avec cette tête matinale où ses cheveux sont en pétard. Elle se penche vers moi et m'embrasse.
" Bonne nuit French Kiss "
" Bonne journée Ice Cream "
Elle partait et je me rendormais, dans ses draps imprimés de nos odeurs. Elle me manque déjà Marta.
Mon téléphone sonnait. Le réveil. Méchant, ai-je envie de dire. Je coupe la sonnerie et me rendors presque aussitôt.
" Will ", attendais-je dans un chuchotement
Je sursaute. Depuis combien de temps je dors ? La peur de ne pas m'être réveillé et d'être en retard. Marta est assise sur le lit et me regarde avec le sourire. Elle passe sa main dans mes cheveux. Dieu que c'est agréable.
" Qu'est-ce que tu prends au petit déjeuner ? "
" Un café et un rail de coke "
Elle rit. Elle passe son doigt sur mon sourcil pour le glisser jusqu'à mon menton. Que cette femme est agréable. On ne se connaît toujours pas plus depuis la veille mais je me sens à ma place, désiré dans le sens où je ne gêne pas.
" Tu manges un bol de café avec un bol d'oxygène "
Je ne suis vraiment pas imprévisible. Je la regarde avec le sourire. Je sais qu'elle m'a préparé quelque chose.
" Ne crois pas que je t'ai préparé quelque chose "
Je cesse de sourire et fais la moue. Je sais qu'elle ment.
" Fronce davantage les sourcils "
Je souris. Elle m'embrasse et enlève la couette.
" Allez debout. Va te réveiller en prenant ta douche "
Elle m'accroche et me tire sur le lit, me rapprochant de son bord.
" Fais-moi tomber "
" Tu n'es pas un homme qu'on laisse tomber "
Je l'embrasse. Elle se lève et me tend sa main. Main qui m'incite à me lever et que je prends volontiers. L'appartement a beaucoup d'objets antiques, sans doute provenant tout droit de brocante et de voyages, des objets un peu plus rock, des objets qui n'ont rien à faire là. J'aime. Ca fait un peu bordélique mais j'adore. Marta a plusieurs personnalités je pense. Elle fait rebelle et rêveuse, doux contraste pour une femme compréhensive qui console un homme qui pleure le jour de leur rencontre. Elle m'emmène dans la salle de bains. Cette baignoire. J'aimerai m'y plonger. Je n'ai qu'une douche chez moi. Dommage que je travaille.
" Je t'ai préparé ton paquetage : serviette, gant de toilette, rasoir, mousse à raser, boxer et brosse à dents "
Le boxer était orange. Orange fluo je dirais. Je suis sûr qu'on peut le voir derrière le plus épais des jeans.
" Tu vis avec un quelqu'un ? "
" Non "
" Tu as un amoureux ? "
Elle ne disait rien. Comment me considérait-elle ? Comme un client ayant besoin de réconfort ? Comme un possible amoureux ? Comme un homme qu'elle ne reverra jamais ?
" Hormis moi ", rajoutais-je
" Non "
" Tu as un rasoir pour homme, de la mousse à raser et un boxer "
" Serait-ce de la jalousie ? "
" Non "
" Je les ai achetés ce matin pour toi. La couleur du boxer laisse à désirer mais c'était le dernier "
" Fallait pas prendre tout ça. Je ne me serais pas rasé et j'aurai porté le même boxer si tu n'avais tout ça ou je t'aurais piqué une culotte et emprunté ton rasoir "
Elle souriait.
" J'espère qu'ils te serviront à l'avenir "
On se regarde. Bien sûr que j'aimerai.
" Et ta baignoire aussi, je pourrais quand j'aurais davantage de temps ? "
" Si c'est un prétexte pour venir "
" Tu es le seul prétexte pour revenir "
Je l'embrasse.
" Je t'attends dans la cuisine "
Elle partait. Elle aurait pu rester si elle le voulait.
Je la rejoignais en boxer orange dans la cuisine. Mon nouveau boxer m'allait bien et ça changeait de mon traditionnel noir que j'achetais toujours par lot. Elle m'a préparé des pancakes. Ca fait des années que je n'en ai pas mangé. J'en mange, ils sont succulents. Elle en mange avec moi, ce qui rend mon petit déjeuner extraordinaire. Nous ne disons rien, nous apprécions l'instant.
" Tu n'as pas acheté de café non plus rien que pour moi ? "
" Je ne fais pas que du thé. Je fais également du café, du chocolat, de la limonade, de la bière et du vin "
" Je n'ai pas vu tout ça "
" Je conserve à température ambiante les alcools "
" Tu l'as fait toi-même ta limonade ? "
Elle hoche la tête.
" J'avais dit que je voulais préparer le petit déjeuner "
" Tu aurais mis le bazar dans ma cuisine "
" Mais c'est déjà le bazar dans ta cuisine "
" Mais c'est mon bazar, celui dans lequel je me retrouve "
" Je n'aurais pas le droit de toucher à ta cuisine et à son bazar "
" Tu auras une période d'immersion et d'adaptation "
Je souris. Je suis accepté, désiré, pas refoulé à la porte.
Nous nous lavions les dents ensemble. Elle me raccompagne en passant par sa boutique d'où s'échappent des odeurs à donner faim malgré le ventre plein, sa main dans la mienne. Elle me fait visiter son laboratoire après que je lui ai demandé.
" Tu veux de l'aide ? ", lui demandais-je
" Non, merci. Tout est près, je n'ai qu'à ouvrir la boutique désormais "
C'était l'heure de partir mais je ne voulais pas partir. Elle ouvre sa porte de boutique. Etrange sensation. Mélange de tristesse, de peur, de retenue. Comme si le fait de franchir cette porte allait tout effacer, comme si ce salon de thé allait disparaître dès que cette porte se refermera derrière moi, comme si Marta n'existerait plus, comme si Marta ne serait qu'un souvenir. Je ne veux pas de ça, de cette peur de ne pas savoir. Je l'embrasse.
" A tout à l'heure Marta "
Elle sourit, un sourire de soulagement.
" A tout à l'heure Will "
Elle m'embrasse.
" Je penserai à toi à chaque fois que j'irai aux toilettes avec mon boxer "
Elle rit. J'aime son rire et il est facile de la faire rire Marta. On s'enlace, je lui dépose un baiser dans le cou. Elle ne porte pas de parfum et j'apprécie. Juste l'odeur de son corps.
" Bonne journée French Kiss "
" A toi aussi Ice Cream "
On s'embrasse. Je la quitte à mon grand regret.
