Chapitre 3
Les semaines qui suivirent furent, comme Bra pouvait s'y attendre, tout à fait apocalyptiques. Les Tabloïds s'acharnèrent particulièrement sur l'incident, avec la vulgarité dont ils étaient coutumiers.
Bulma, qui étaient toujours furieuse, prenait soin, chaque matin, de poser sur la table du petit déjeuner, à la place de sa fille, les journaux du jour et les notes d'honoraires des avocats chargés de les empêcher de paraître ou de les faire condamner.
Bra se fit la réflexion que des années de vie commune avec son père avaient fini par lui inculquer l'art du sadisme.
Chaque journée commençait donc de cette manière dans les premiers temps.
Encore, cela lui paraissait tout à fait supportable à côté du reste.
Fréquenter ses cours était devenu délicat. Pratiquement tous les étudiants connaissaient ses frasques et, bien que peu d'entre eux en fassent grand cas, il y avait toujours des malins pour lancer des réflexions salées, de préférence en public.
Et surtout, une partie des professeurs connaissait Damon, quand ils n'avaient pas carrément été des invités de la fête ratée. Cela mettait la jeune fille constamment mal à l'aise. Elle passait son temps à guetter les gens qu'elle croisait pour éviter, si nécessaire, leurs chemins et leurs regards.
Elle était obligée de choisir les places les moins en vue dans les amphithéâtres et les salles de cours.
Même ses amis aimaient encore la taquiner, sans méchanceté mais avec une insistance gênante, sur son « coup d'éclat ». Sa meilleure amie, Mabel, plaisantait volontiers sur le prix que lui avait coûté sa robe de cérémonie, et relatait scrupuleusement ses efforts quotidiens pour la revendre sans perdre un zéni. Bra avait fini par craquer, et elle avait glissé dans son cahier de cours, un chèque du montant du prix de la robe, dès que Mabel avait eu le dos tourné. Ce fut le dernier jour où elle se présenta aux cours.
Après ça, elle avait jugé qu'il serait préférable de ne plus paraître pendant un temps à l'université, d'autant qu'elle avait appris que Damon était sur le point d'y reprendre ses enseignements, ce qui supposait qu'elle risquait en plus de l'y croiser. Elle se mit d'accord avec un camarade particulièrement sérieux pour récupérer ses notes et décida de ne se déplacer que pour les modules où sa présence était obligatoire.
Au-delà de tous ces désagréments, l'idée qu'elle devait rappeler Damon l'angoissait particulièrement. Malgré la promesse qu'elle s'était faite, elle n'était toujours pas passée à l'action une semaine plus tard.
Lorsqu'elle s'assit à la table du petit-déjeuner le matin-là du sixième jour, elle remarqua que la place de sa mère était déjà vide. Elle écartait juste l'empilement de magazines, qui trônait rituellement à sa place, quand son frère vint s'installer son tour en grognant un bonjour.
- Ca fait au moins trois jours que je n'ai pas vu Papa, soupira Bra à son attention.
Elle se sentait un peu seule depuis que sa mère avait décidé de la punir.
- Pourtant, c'est bien le seul de bonne humeur dans cette maison depuis une semaine, grommela son frère, en parcourant les tabloïds de sa sœur. Mais tu ne devrais pas avoir trop de mal à le trouver, tu sais.
Bra hocha la tête. Elle commençait à avoir besoin de réconfort. Sa vie devenait trop compliquée et, quoiqu'elle s'était juré d'affronter tout ça la tête haute, la tâche s'avérait plus dure qu'elle ne l'avait imaginé.
- Ouaaah… C'est qui cette nana ? s'exclama subitement son frère en pointant une photo du mariage qui figurait dans l'un des magazines.
Bra jeta un œil contraint pour répondre.
- Mais… C'est Pan, voyons ! répliqua t-elle avec un froncement de sourcil.
- T'es con, je te parle pas de Pan, merci. Je te parle de la fille à côté d'elle.
Bra fixa son frère avec un air un peu interloqué. Elle pensa à son amie avec compassion et soupira.
- J'en sais rien…
- Faudra que je demande à Pan, elle doit savoir, enchaîna Trunks, en détaillant la créature sur le papier glacé.
Cette réflexion ramena Bra à la discussion qu'elle avait eue avec Pan, le soir du mariage. Elle savait qu'elle avait des sentiments pour Trunks depuis un petit moment, bien qu'elle ne l'ait jamais reconnu. Au départ, Bra avait pris ça pour un coup de cœur d'adolescente. Son frère faisait cet effet-là. Mais ça durait depuis au moins deux années maintenant et Bra savait qu'il n'en sortirait rien de bon pour Pan.
Trunks était surtout un collectionneur. Il aimait la vie et en profiter. Il ne choisissait jamais les filles avec qui il sortait pour leur potentiel à construire un avenir avec lui.
Surtout, Pan ne réunissait quasiment aucun des critères qui retenait son attention, ce qui était pourtant plutôt un gage de qualité dans l'esprit de Bra.
Elle interrompit sa pensée quand sa mère arriva pour se servir un café.
- Bonjour les enfants, lâcha t-elle
- B'jour M'man, répondirent-ils en chœur.
- Dis moi, Bra, j'ai encore eu les avocats au téléphone, enchaîna Bulma.
A cette annonce, Trunks vida sa tasse et se leva pour fuir la pièce, prenant soin d'emporter le magazine qui avait piqué sa curiosité.
Tandis que Bulma prenait place table, seule avec sa fille, le portable de Bra se mit à vibrer intensément.
Les yeux des deux femmes tombèrent aussitôt sur l'appareil. Un énorme DAM s'affichait sur l'écran extra-large de l'appareil. Bra s'en saisit aussitôt pour le mettre dans sa poche sans décrocher.
- Tu as eu une petite discussion avec lui, Bra ? demanda froidement Bulma.
Sa fille se contenta de secouer la tête négativement.
- Ecoute, je ne vais pas te faire la guerre indéfiniment mais, si tu veux remonter dans mon estime, le moins que tu puisses faire maintenant, c'est d'assumer tes choix, chérie. Tu vas aller le voir et t'expliquer. Je te passe que sa famille envisage sérieusement un procès et réclame, c'est le moins qu'ils puissent faire, la bague de fiançailles de sa grand-mère.
Bra acquiesça.
- Oui, c'est normal. Je vais te la chercher pour que les avocats puissent…
- Non, non. Trop facile, Bra. Tu vas aller lui rendre en personne, puisqu'apparemment, il a très envie de te parler.
La jeune femme s'enfonça dans son siège en se tortillant, regardant sa mère dans les yeux. Bulma lui sourit avec un air que Bra trouva horriblement sadique. Son père n'aurait pas fait mieux.
Cependant, elle devait être honnêtre. Elle savait que, même en faisant tout ce qu'elle faisait, sa mère la protégeait encore. Elle savait que Bulma gérait tout le reste, les invités, la famille, les avocats, les annulations, les journalistes. Bra réalisa que même rapporter la bague à Damon n'était rien comparé à tout ce que Bulma avait dû affronter quand Bra s'était enfuie.
La famille de Damon était très influente et ce n'était pas des gens qui avaient l'habitude de faire dans la réserve. Ils étaient plutôt du genre à rendre coup pour coup. Et Bra, par son attitude, n'avait pas vraiment armé sa mère pour se défendre. Pourtant, elle ne lui avait jamais fait part des détails de la crise qui était intervenue et de tout ce qu'elle avait dû endurer.
Encore une fois, Bra était la mauvaise fille, et ne pouvait rien lui reprocher.
- Je suis désolée Maman, finit-elle par articuler, prenant conscience qu'elle ne lui avait jamais présenté d'excuses.
Bulma prit la main de sa fille et son regard se radoucit.
- Fais-le et passons à autre chose, répondit-elle doucement.
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