Chapitre 4

C'est ainsi que Bra se retrouva le lendemain soir devant un restaurant huppé de la ville. Fallait-il vraiment que ça dure tout un repas ? Et le soir en plus ? Elle n'avait pas été en mesure de poser ses conditions. Ca avait été très bref. Damon avait décroché et elle avait juste dit « C'est moi » et il avait juste répondu « Il faut qu'on parle. Demain soir 20 heures au Winston » et il avait raccroché avant qu'elle puisse ouvrir la bouche.

Elle vérifia sa tenue. Elle avait choisi les vêtements les plus communs qu'elle avait trouvés dans son armoire, et ça n'avait pas été chose facile. Elle jeta la cigarette qu'elle s'était pris le luxe d'allumer, avant d'entrer dans ce qui lui semblait être la fosse aux lions. En plus, il déteste l'odeur de la cigarette. Très bien.

Elle prit une inspiration et traversa la rue pour entrer dans l'établissement.

On était vendredi et une foule élégante se pressait à l'accueil du restaurant. Bra eut la satisfaction de constater que ses habits la dépareillait totalement de la plupart des femmes présentes. C'était ce qu'elle voulait. De toutes les clientes du restaurant, elle apparaissait nettement comme la moins intéressante, pour les yeux d'un homme.

Elle se mit dans la queue qui s'allongeait devant la réception, après avoir vérifié que Damon ne s'y trouvait pas déjà.

- Bra ? l'interpella quand même une voix derrière elle.

Elle se raidit et son cœur s'emballa quand elle se retourna. Elle se trouva face à Goten. Elle aurait voulu hurler.

- Goten ? Que fais-tu là ? demanda t-elle, mal à l'aise,

Il paraissait seul. Il lui sourit.

- Je vais manger avec ton frère et tu sais « deux créatures hors du commun » que je dois, selon lui, absolument rencontrer.

Elle lui rendit son sourire nerveusement, sans répondre. Son frère…

- Et toi ? Comment tu vas ? Un peu difficile en ce moment, hein ? reprit-il.

- Ca va, souffla t-elle.

Elle ne pouvait le quitter du regard mais n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait lui raconter d'intelligent. La dernière chose dont elle avait envie de lui parler était l'abominable soirée qu'elle s'apprêtait à passer.

Il la regardait avec bienveillance et elle se dit que ça faisait un bon moment qu'il n'avait pas été aussi amical avec elle. Ce qui s'était passé avant les avait poussés à prendre des distances et elle réalisa combien il lui avait manqué.

De son côté, il semblait avoir oublié tout ça et se tenait là, tout à fait décontracté. Elle baissa les yeux avec gêne et dépit. Pourtant, elle souhaitait que cet instant se prolonge. Un bras passa sur ses épaules, accompagné d'une vague odeur d'alcool.

- Salut, princesse, grogna une voix rauque à son oreille.

Elle releva la tête subitement. Damon était arrivé et se tenait à côté d'elle.

- Goten, salua t-il d'un hochement de tête.

Goten lui rendit son salut. Bra se sentit rougir. Elle essaya faiblement de se dégager de l'emprise de son ex-fiancé mais il la tenait fermement. Pas le moment de faire un scandale.

- Je te l'emprunte pour ce soir mais tu as du savoir qu'elle est à vendre maintenant, enchaîna Damon à l'attention de Goten.

- Ca, c'est vraiment grossier, siffla Bra.

Damon se mit à rire.

- Grossier ? reprit-il, je vais t'expliquer ce qui est grossier tout à l'heure, chérie.

Bra serra les dents. Ne m'appelle pas comme ça, surtout là tout de suite, pensa Bra. Mais elle ne dit rien, au comble du malaise.

- Reste cool, répliqua Goten à la place, sur un ton calme.

- Rester cool, hein ? En ce moment, j'ai un peu de mal, mon pote. Surtout quand la princesse est dans les parages, maugréa Damon.

Sans attendre de réponse, il tourna le dos à Goten et voulut entraîner Bra vers l'intérieur du restaurant. Goten retint son amie par le bras.

- Ca va aller, Bra ? demanda t-il à mi-voix.

Elle hocha la tête, volontaire de faire cesser cette situation insupportable.

- La touche pas, grogna Damon d'une voix éraillée, ce soir, elle est pour moi.

Capitulant sous le regard implorant de Bra, Goten la lâcha et les laissa s'éloigner sans dire un mot.

Bra et Damon furent installés dans un coin de la terrasse. La nuit était tombée et une multitude de lampadaires design et de photophores créaient un éclairage tamisé. Damon commanda tout de suite de quoi boire. Bra nota mentalement qu'il commandait beaucoup, pour seulement deux personnes, sans compter qu'il a pris de l'avance. On leur apporta du champagne pour commencer.

Il ne lui avait pas dit un mot depuis leurs échanges avec Goten. Il but un premier verre et se resservit. Elle n'osait rompre le silence. Il la regarda en calant son menton dans sa main.

- Alors ? Tu as quelque chose à me dire ? finit-il par lui demander.

- Je suis désolée, lâcha t-elle entre ses dents.

- Quoi ? Tu es quoi ? J'entends pas bien ? demanda t-il un peu trop fort.

Les clients des tables voisines leur lancèrent un œil discret mais n'interrompirent pas leurs conversations.

- Je suis désolée, articula t-elle plus haut.

- Oooohh ! Désolée ? Mais de quoi, ma petite princesse ?

Bra fronça les sourcils. Elle détestait quand il commençait à la prendre comme ça.

- Ecoute, je sais que j'aurai du réfléchir avant, ma mère me l'a assez répété, mais c'était trop… Le mariage, tout ça, j'ai eu peur.

- Ta mère, hein ? Et ton père ?... Lui, il a jamais pu me sentir. Et je parle même pas de ton play-boy de frère…

- Laisse ma famille, c'est entre nous, non ? coupa Bra.

Il hocha la tête et se servit une troisième coupe avant de remplir à nouveau le verre de Bra.

- Ecoute, si c'est le mariage, tant pis. Est-ce que ça doit mettre un point final à tout ? reprit Damon sur un ton radouci.

Bra se raidit. Elle n'avait pas pensé que la discussion viendrait à ce point-là. Elle avait pensé qu'il serait en colère, triste certainement, mais pas qu'il évoquerait l'idée de continuer leur relation. Elle but tout son verre pour se donner le temps de réfléchir à ce qu'elle devait répondre à ça.

- J'ai besoin de temps, lâcha t-elle.

Ca, c'est la phrase la plus nulle que tu aurais pu prononcer. Damon était intelligent et si elle l'avait giflé à cet instant, ça ne lui aurait pas fait plus d'effet.

Il eut un mouvement de recul.

- Arrête de te foutre de moi, Bra. Il y a quelqu'un d'autre ?

- Non ! protesta t-elle avec empressement.

Le regard du jeune homme s'assombrit. Il la dévisagea avec contrariété.

- Il y a quelqu'un d'autre, conclut-il froidement.

- Je te dis que non. C'est juste, j'ai vingt ans et je pense que tout est allé trop vite.

- Je te demandais pas de faire quatre mômes dans les deux ans qui suivent, Princesse. Je te demandais juste de me jurer fidélité. Vraisemblablement, c'était déjà trop tard…

Bra s'agaça franchement de la tournure de la conversation. Elle farfouilla dans son sac et sortit la bague qu'elle posa sur la table.

- Je te rends ça. Je ne sais pas quoi te dire. Je ne suis pas prête et pour l'instant, je ne veux plus de relation suivie. Je n'ai rien à te reprocher, tu as été parfait sur tout.

Il lui saisit le poignet.

- Tu t'es envoyée en l'air avec un autre pendant qu'on était ensemble ? J'ai besoin de savoir.

- NON !

Bra avait presque crié et cette fois-ci les voisins de table se tournèrent franchement vers eux. Damon n'y prêta pas attention, tandis que Bra essayait de leur sourire piteusement. Elle s'alarma subitement à l'idée qu'il y aurait peut-être des journalistes rapidement dans la foule.

Elle savait comment ça fonctionnait, et comment certains serveurs, dans ce genre d'endroits, arrondissaient copieusement leurs fins de mois en passant des coups de fils, dès que des clients en vue s'installaient à leurs tables. Elle tenta discrètement mais vainement de faire lâcher Damon qui la tenait toujours.

- Qui? insista t-il

- Personne… siffla t-elle à mi-voix, cette fois-ci. Tu me fais mal maintenant.

Elle s'était levée pour essayer de quitter la table.

- Ecoute Princesse, ce soir, c'est ma soirée. Tu restes à table tant qu'on en a pas fini. Je ne veux plus de dérobades.

Elle tira d'un coup sec et dégagea son bras subitement, ce qui la déséquilibra. Elle faillit tomber en arrière et renversa un pot de fleur.

- Bra ! Tu vas te faire mal à force de ne pas m'écouter, ricana t-il.

Il reprit une mine dure et sérieuse tout d'un coup, tandis qu'elle se remettait en tentant de redresser la plante.

- Maintenant tu t'assois et tu restes, ordonna t-il froidement.

Ce ton alluma une étincelle dans l'esprit de la jeune femme. Jusqu'ici, elle avait adopté le mode de la contrition, elle acceptait son rôle de fautive venue faire pénitence et implorer le pardon mais les ordres… Elle détestait qu'on lui donne des ordres et peu de personnes pouvaient lui imposer d'obéir. Lui, n'en faisait pas partie.

- C'est terminé, Damon. On peut bien en discuter toute la nuit, ça ne change rien. J'ai mal agi et je m'en excuse mais je ne peux rien faire de plus pour toi.

Elle saisit son sac et entreprit de se diriger vers la sortie. Il se leva à son tour.

- RAMENE TON CUL ICI ET POSE LE SUR CETTE CHAISE, BRIEFS ! hurla t-il en pointant sa place vide.

Elle sursauta. Dans son état normal, il n'aurait jamais osé faire ce genre de chose. Elle repensa furtivement à la possibilité des journalistes. Il était ivre et la situation était des plus croustillantes pour ces fouille-merde. Raison de plus pour en finir au plus vite. Elle accéléra le pas. En une minute il fut derrière elle et attrapa à nouveau son bras.

- T'AS ENTENDU ?

Il voulut la traîner vers la table.

- Laisse-moi ! T'as trop bu ! protesta t-elle en résistant à son mouvement.

Un serveur s'approcha d'eux.

- Monsieur, s'il vous plaît, calmez-vous maintenant. Mademoiselle Brief souhaite partir. Je vais être obligé…

- Ta gueule, le clown, interrompit Damon.

Il fouilla un instant dans sa poche et sortit une liasse de billets qu'il lui jeta au visage.

Bra en profita pour se dégager et poursuivre son chemin. Alors, sans qu'elle s'y attende, il se jeta sur elle et la ceintura comme un rugbyman. Elle s'écroula au sol avec un cri.

« Laisse-moi, maintenant. T'es con, c'est ridicule ! » criait-elle en se débattant, consciente que tous les mangeurs les contemplaient, certains s'allongeant même le cou pour ne pas perdre une miette du spectacle. Mais il était sur elle et pesait de tout son poids, l'empêchant à moitié de respirer.

- Tu peux pas, au moins m'accorder un repas en entier ? Tu me dois pas au moins ça ? marmonnait-il à son oreille.

Finalement, au bout d'un temps qui parut infini à Bra, quelqu'un se décida à le prendre au col et à le relever.

- Laisse là, c'est bon ! ordonna une voix qu'elle identifia comme celle de son frère.

Elle avait complètement oublié qu'il dînait également quelque part dans le restaurant.

- Ta sœur est une pute ! protesta Damon en se tournant vers Trunks. Mesdames et Messieurs, c'est officiel, Bra BriefS est une pute ! cria t-il à l'attention des spectateurs.

Bra déglutit. Cette phrase lui fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Elle était encore assise par terre en train de reprendre son souffle et elle eut soudain l'impression que tout le monde la regardait et s'apprêtait à reprendre l'élégant slogan en chœur.

- Je t'interdis de dire ça ! Hey, y a quelqu'un pour virer cette viande soule d'ici? Ou je le fais moi-même ? s'insurgea Trunks

Pendant que la sécurité évacuait Damon, qui continuait à balancer des horreurs sur son compte, quelqu'un aida Bra à se relever. Elle se retrouva à nouveau face à Goten et sa confusion en fut amplifiée. Elle put tout juste lui souffler un merci. Elle le dévisagea en pensant qu'elle avait envie de se blottir dans ses bras.

Sa pensée fut interrompue par un majordome.

- Mademoiselle Brief, j'ai réuni les affaires de Monsieur Stunt, il y avait ça sur la table, c'est à lui ou à vous ?

Bra et Goten baissèrent les yeux sur l'objet. Il s'agissait de l'écrin ouvert sur la bague.

- C'est à lui, répondit Bra d'une voix blanche.

Sans qu'elle sut pourquoi, sa voix vacillait un peu et elle eut à cet instant précis très envie de pleurer, ce qui ne lui était pas arrivé de la semaine. Goten le sentit posa une main sur son épaule en guise de soutien. De manière tout à fait inattendu, ce simple geste rompit les barrières et l'eau dévala ses joues subitement. Elle enfouit sa tête dans ses mains pour se dissimuler à l'assemblée, qui observait encore la scène. Goten passa son bras sur son épaule et la pressa contre lui pour la consoler.

- Il faut que je sorte d'ici, murmura Bra.

- C'est parti, répondit-il en la guidant vers la sortie.

Dans l'entrée, ils croisèrent Trunks, qui avait tenu à prêter main forte à la sécurité pour raccompagner son ex-futur beau-frère.

- Non, mais quel connard! J'ai jamais vu ça ! râlait-il à l'attention de son ami et de sa sœur.

Il se radoucit quand il vit Bra qui pleurait dans les bras de Goten.

- Il est parti, Bra… Enfin… On essaye de lui trouver un chauffeur pour le ramener, précisa t-il, ne te mets pas dans des états pareils.

Cependant, maintenant qu'elles avaient trouvé le chemin, les larmes ne voulaient plus cesser. Goten et Trunks se regardaient, indécis sur la marche à suivre.

Une jeune femme apparut alors.

- Trunks ? Ca va ?

Elle regarda Bra en train de sangloter, le nez dans le pull de Goten.

- Ouais, on arrive, on arrive… C'est ma sœur… répondit Trunks.

Elle eut un demi-sourire.

- J'avais cru comprendre, son copain a assez beuglé dans le restaurant.

Les trois convives contemplèrent un instant Bra, effondrée, qui ne parvenait plus à sortir un mot. La jeune femme soupira.

- Bon, je vous laisse gérer mais on vous attend à table, tardez pas trop.

Elle disparut et Trunks commença à s'agiter.

- Goten, il faut qu'on y retourne, là.

- On peut pas trop la laisser, qu'est-ce que tu proposes ? répondit son ami.

Trunks se gratta la tête.

- Bra ? Bra ? On va t'appeler un taxi, tu veux ? Tu veux que j'appelle une copine, ou maman ?

A cet instant, le majordome se présenta à nouveau à eux.

- Monsieur Briefs, je pense que ça vous intéressera de savoir que des paparazzi ont été repérés devant l'entrée. Nous avons dû faire passer Monsieur Stunt par les cuisines.

Bra se redressa enfin et essuya ses larmes en reniflant. Elle regarda son frère. Ils échangèrent silencieusement, habitués à ce genre de situation.

Il leva la tête vers Goten.

- Tu veux pas la raccompagner ? Tu nous rejoins après ? On va surement en boite, je te mets un texto, OK ?

Bra retint son souffle en attendant la réponse de Goten. En temps normal, elle aurait décliné toute proposition d'aide ne venant pas directement de son frère. En la circonstance, elle se contenta de se taire.

- Pas de problème pour moi, répondit son ami.

Tandis que Bra enfilait sa veste, Trunks se pencha vers son ami.

- Pas de blague, tu nous rejoins, hein ? C'est chaud là !

Bra capta ses paroles. Son frère était un grand amateur de femmes mais surtout, il s'évertuait vainement à caser son copain. Il y mettait beaucoup d'ardeur, avec l'aide de Chichi, car tout le monde s'inquiétait pour Goten. Pour l'instant, à la connaissance de Bra, tous ces efforts avaient été peu fructueux. Elle savait que Goten se prêtait avec bonne volonté à l'exercice, mais c'était surtout pour faire plaisir à son entourage, il n'y avait jamais de réelles intentions, ni de vraies suites et Trunks revenait souvent vaincu. Elle était bien placée pour savoir qu'il était loin du but.

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