Chapitre 6

La seule personne fiable qui restait dans l'univers de Bra était Pan. Elle ne s'était pas suffisamment liée avec ses camarades de fac pour en faire des confidentes, d'autant qu'elle avait développé une paranoïa à l'idée que l'une d'entre elle puisse, un jour, vendre son intimité au plus offrant des tabloïds.

Pan venait volontiers la voir et Bra l'invitait beaucoup ces derniers temps. Elle savait aussi que Pan avait d'autres raisons de venir à la Capsule.

Quelques jours après sa mémorable soirée, Bra avait donc décidé de sortir avec Pan pour se détendre.

Elle ne cessait de repenser à sa discussion avec Goten et ses paroles, si dures soient-elles, ne parvenaient pas à la convaincre vraiment. Etait-il vraiment perdu ? Bra devait admettre que c'était la deuxième fois qu'il la repoussait. La première fois…la première fois pourtant, c'est lui qui lui avait quasiment sauté dessus.

A ce sujet, elle n'avait pas vraiment dit la vérité à Damon. Elle l'avait trompé avec Goten. Elle n'avait jamais vraiment analysé la situation comme ça mais elle devait à Damon d'appeler les choses par leur nom. En définitive, c'est avec lui qu'elle avait promis de se marier.

Trois semaines avant le mariage. Et Goten était sobre.

Bulma lui avait demandé d'aider Bra qui devait déménager un certain nombre de chose stockées dans le grenier en prévision du mariage. Et au milieu de la manœuvre, elle l'avait trouvé là, assis par terre, sur le sol poussiéreux, en train de pleurer.

Qu'avait-il découvert, qui avait fait remonter toute sa peine à la surface ? Bra n'avait jamais cherché à le savoir. Elle s'était juste agenouillée pour le serrer contre elle et le consoler.

Bien sûr, elle l'avait déjà vu pleurer, à l'enterrement et même après, de temps en temps. Mais ce jour-là, les genoux ramenés contre la poitrine, ses mains tenant sa tête, secoué de sanglots étouffés et incontrôlables, elle l'avait vu si vulnérable, si malheureux. Son cœur s'était littéralement déchiré de le trouver ainsi.

Elle l'avait serré de toutes ses forces, comme si ça avait pu suffire à arrêter son supplice. Progressivement, il l'avait enlacée avec plus d'insistance, puis l'avait doucement étendue sur le sol et, finalement quasiment allongé sur elle, il l'avait embrassé langoureusement.

Elle n'avait pas résisté, elle avait presque trouvé ça logique, rassurant. Leurs yeux avaient échangé dans un langage qui échappait totalement à son cerveau et il l'avait embrassé. Et elle lui avait rendu son baiser, goûtant la chaleur de sa bouche, la douceur de sa langue.

Quand ses mains avaient commencé à parcourir sa peau, le corps de Bra avait instantanément répondu, sans lui demander son avis. Il avait relevé sa robe légère, ses lèvres étaient descendu jusqu'à son nombril et elle s'était cambré pour suivre le mouvement, parcouru d'un frisson. Et même quand il avait commencé à descendre sa culotte et à la lui enlever très lentement, aucun réflexe de rébellion ne s'était manifesté. Juste une envie que rien ne vienne l'interrompre.

Sa respiration s'était faite plus rauque et elle s'était redressée pour l'embrasser à nouveau. Ses mains avaient fébrilement cherché le contact de sa peau sous son T-shirt et il l'avait retiré d'un seul geste, l'autorisant à parcourir sa poitrine de ses lèvres tandis qu'elle déboutonnait avec agacement sa robe dont elle se débarrassa d'un coup sec.

Elle se retrouva nue et il la serra brusquement pour la contraindre à s'allonger à nouveau. Elle le laissa faire, goutant l'air frais sur son corps qui ajoutait à son émotion. Il l'embrassa encore tendrement, son torse nu plaqué sur elle. Elle sentit son érection au travers de ses vêtements et ses sens se troublèrent encore un peu plus.

Il défit sa ceinture tandis qu'elle enroulait mollement ses jambes autour de sa taille pour lui faire comprendre son impatience.

L'attente lui parut interminable jusqu'à ce qu'il règle la question de son pantalon et quand il revint sur elle, cette fois entièrement nu, cela lui fit l'effet d'une décharge électrique qui la traverserait du bout des orteils jusqu'au sommet de son crâne. Elle ferma les yeux. Il la souleva un peu et la pénétra enfin. Une onde de chaleur surréaliste irradia dans tout son ventre et remonta le long de son échine. Elle laissa échapper un grognement et son bassin se positionna instinctivement pour lui permettre plus de profondeur dans son mouvement.

Il bougea doucement, prenant son temps, comme pour profiter du moment. Elle écoutait sa respiration bruyante qui encourageait son plaisir. Elle se laissa glisser dans la transe progressivement. Un orgasme la saisit sans même qu'elle s'y attende et lui coupa le souffle. Il plaqua une main sur sa bouche pour étouffer son cri mais ne cessa pas ses va-et–vient.

Quand son cœur se calma, elle rouvrit les yeux et croisa les siens qui la scrutaient, son visage toujours au-dessus du sien. Il haletait un peu mais semblait maîtriser la situation. Elle leva sa main pour écarter la sienne de sa bouche et reprendre un peu d'air. Il saisit ses doigts et plaqua sa main sur le sol à côté de sa tête.

Il approcha ses lèvres et elle tendit instinctivement le cou pour les attraper avec les siennes. Il se recula un peu et se mit hors de portée, l'empêchant par le poids de son corps de se soulever suffisamment. Elle eut un hoquet de désappointement.

Il la regarda avec une sorte d'émerveillement et lécha doucement sa joue, puis, resserrant son emprise en passant un bras sous son dos et son autre main derrière sa nuque, il accéléra le mouvement, lui arrachant un gémissement contenu. Il râla un peu en passant son nez dans ses cheveux. Elle accompagnait le rythme de son bassin avec avidité.

Il la serrait trop fort à présent, mais elle n'y prêtait pas attention, focalisée sur leur plaisir croissant. Elle jouit quelques instants avant lui, serrant les dents pour maîtriser son envie de hurler, les ongles plantés dans sa peau. Elle le sentit se libérer en elle avec un flash.

Elle reprit son souffle et tout son corps se détendit tandis qu'elle se laissait retomber sur le sol.

Ils restèrent enlacés sans échanger un mot, craignant que le charme ne soit rompu.

Tout le temps que ça avait duré, elle n'avait pas pensé une seconde, ni à Damon, ni au mariage, ni aux démons de Goten. Elle était encore stupéfaite d'avoir trouvé en lui une telle tendresse, une telle douceur presque religieuse, d'avoir pris tant de plaisir si naturellement. Comme si elle avait attendu cette étreinte depuis une éternité alors que l'idée ne lui aurait pas effleuré l'esprit deux heures plus tôt. Elle devait bien admettre que son corps avait été immédiatement en demande de ses caresses.

Même les appels insistants de sa mère depuis l'étage du dessous n'avaient pas réussi à les séparer tout de suite. Ses pas dans l'escalier avaient fini par remettre Bra debout en un instant. Elle avait enfilé sa robe en une minute et crié « Pas par ici Maman ! C'est dégoûtant ! Et pleins d'ARAIGNEES ! J'arrive ! ». Et elle avait dû quitter Goten sans même un regard en arrière pour éviter la catastrophe que Bulma ne les surprenne.

Et c'était tout.

Elle n'avait plus vraiment eu l'occasion de lui parler en tête à tête. Elle aurait pu l'appeler mais il ne répondait jamais sur son portable et elle refusait de parler de ça à une machine.

C'est lui qui était venu la voir quelques jours plus tard. Elle était déjà moins enjouée dans ses préparatifs de mariage et se débattait encore avec le trouble qu'il avait jeté dans son esprit.

- Je te souhaite beaucoup de bonheur avec lui, lui avait-il dit.

- C'est vraiment ce que tu souhaites ? avait-elle demandé, avec indécision.

Elle s'était approché de lui mais il s'était reculé et avait déposé un baiser fraternel sur son front.

-C'est ce que je te souhaite, Bra. Ce que j'ai fait l'autre jour était une erreur et je te demande de m'excuser pour ça. Oublions tout.

- Goten…

Il avait posé ses doigts sur sa bouche pour la couper.

- Sois heureuse Bra.

Ces mots lui avaient tordu l'estomac mais Bra était fière et elle n'osa pas contester. Elle n'osa pas lui dire qu'elle n'avait pas ressenti leur étreinte comme une erreur. Finalement, cela n'avait peut-être été pour lui qu'une envie subite, une nostalgie qui lui rappelait quelqu'un d'autre.

Et elle avait été lâche. La facilité c'était de faire ce qu'il avait proposé, d'oublier tout ça et de se tourner vers l'avenir radieux qui se profilait avec Damon. Après tout, la moitié des filles de la ville se serait damnée pour être à sa place.

Mais le souvenir de ce moment avec lui, sa présence fréquente à la Capsule ces derniers temps, obsédaient ses pensées. Elle ne pouvait plus le regarder comme avant et ne pouvait se résigner à ce qu'il lui avait dit. Même le contact de Damon lui inspirait une vague répulsion qu'elle avait du mal à la nuit précédant le mariage, elle avait pleinement mesuré que ce jour fatidique fermerait définitivement toute possibilité de revivre ce qu'elle avait vécu dans le grenier, seule au monde avec lui. Toute possibilité de pouvoir à nouveau le serrer dans ses bras, de le soutenir, de le voir se redresser, de le voir sourire, enfin apaisé. Elle réalisa qu'elle ne pourrait guérir de lui en jouant le mensonge dans les bras d'un autre.

Et elle s'était enfuie. Personne n'avait prévu sa réaction. Tout le monde avait été surpris.

Le seul qui avait deviné qu'elle ferait ça était son père. Son père était un bon confident parce que la plupart du temps, il ne parlait pas et même, il n'avait pas l'air d'écouter. Mais il comprenait tout. Et il tombait systématiquement d'accord avec sa fille peut être aussi parce que ses problèmes lui paraissaient tellement insignifiants.

Elle ne lui avait rien dit pour Goten, bien sûr, mais elle s'était ouverte à lui de son manque d'entrain, de sa fatigue de tout ce cérémonial des préparatifs, et même de sa lassitude vis-à-vis de Damon. Et, comme il la connaissait, il avait su avant elle qu'elle ne se marierait pas. Peut-être même avait-il compris qu'elle en aimait un autre.

Il n'avait rien dit à ce sujet mais son père n'était pas un grand bavard.

Et Goten ne voulait pas de Bra. Quand elle se remémorait leur étreinte, elle peinait à y croire mais les paroles étaient claires « Bra…Je ne veux pas de toi. ». La seule chose dont elle était sûre était que tout ça lui déchirait les tripes.

Alors, ce soir, elle avait décidé de sortir avec Pan. Elle avait besoin d'air.

Pan avait la main cette fois-ci, c'est elle qui choisissait l'endroit. Et les filles atterrirent dans un bar aux allures de saloon où on jouait du rock un peu passé de mode.

La musique n'était pas tout à fait au goût de Bra, mais elle s'y habitua car la bière était par ailleurs excellente.

Evidemment, très rapidement, deux play-boys aux allures de musiciens back-stage ne tardèrent pas à se proposer pour les accompagner. L'un d'eux connaissait Pan et engagea la conversation. Cependant, après quelques minutes, elle ne tarda pas à leur faire comprendre un peu rudement qu'il s'agissait d'une soirée entre filles. Ils quittèrent la table, avant même d'avoir pu s'y assoir, mais ne s'éloignèrent pas trop et Bra nota immédiatement qu'ils guettaient dans leur direction.

- Pourquoi, tu les as virés, Pan ? demanda Bra, qui n'avait pourtant pas protesté pour qu'ils restent.

- Parce que je les connais, Bra. Et je sais ce qu'ils veulent. Mais si tu veux, je les fais revenir, je te préviens, ça change de Damon.

Bra gloussa, amusée par la mise en garde.

- Non, mais je ne dis pas ça pour moi. Moi, je vais me calmer un temps. Je pensais à toi, Pan, reprit-elle.

Pan grimaça.

- Si c'est ça, pas besoin, lâcha t-elle laconiquement.

Bra fixa son amie dans les yeux et s'approcha de son visage, comme si elle y cherchait un message caché.

- Qu'est-ce tu veux ? marmonna Pan avec méfiance.

- Comment ça « pas besoin » ? Je peux dire qu'il y en a au moins un sur les deux qui ferait parfaitement l'affaire, alors, c'est quoi « pas besoin » ? Ou plutôt c'est qui ?

Bra posait une question dont elle connaissait la réponse mais elle voulait pousser son amie à le lui dire elle-même, à reconnaître ce qu'elle n'avait jamais voulu admettre. Pan fronça les sourcils.

- Tu fumes, ma chérie, tu crois toujours que je suis après Trunks ? grommela t-elle.

- Pan, je serais ravie de t'avoir pour belle-sœur, répondit Bra en passant sa main sur son épaule, mais il faut que tu réalises que mon frère a à peu près quinze ans d'âge mental en matière de femmes. Et ce jeune homme au bar me paraît quand même plus intéressant.

Pan se débarrassa de l'emprise de son amie et la repoussa avec contrariété.

- Lâche-moi, Bra, grogna t-elle.

- Hey, tu veux que je te fasse la liste des nanas qu'il s'est envoyée et que tu connais ? proposa Bra qui pensait que Pan avait vraiment besoin d'un électrochoc sur le sujet.

- Ouaah, non merci ! Ca ne m'intéresse pas !

- Attends, attends, j'en compte au moins…

- Mais tais-toi ! Ton frère m'intéresse pas et ses histoires de cul non plus !

Le portable de Pan les interrompit.

Un numéro inconnu s'affichait, il était tard. Les filles fixèrent l'appareil un instant. Pan l'empoigna d'un geste déterminé et décrocha, ce qui était un bon moyen de mettre fin à la conversation.

Bra se détourna pour héler la serveuse pendant que son amie parlait au téléphone en se bouchant une oreille à cause de la musique.

Finalement, Pan raccrocha l'air soucieuse. Elle leva les yeux vers Bra.

- C'est mon oncle, siffla t-elle en saisissant son sac, encore au Poste. Et cette fois-ci il a donné mon numéro pour éviter d'appeler ENCORE mon père. Trunks a pas du décrocher.

Pan enfourna ses affaires en soupirant rageusement.

- C'est plié pour la soirée tranquille. A moins qu'on le ramène vite fait chez lui et qu'on reparte... Ca dépend combien de temps ça prendra chez les flics et l'état dans lequel il est. Tu viens ou pas ? Ta voiture serait utile en plus, demanda Pan en calculant tous les détails à voix haute.

Bra hocha pensivement la tête en enfilant sa veste. Elle n'était pas sûre d'avoir envie de revoir Goten dans l'immédiat mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui.