Chapitre 7
Les filles se présentèrent au poste de police une demi-heure plus tard.
- Je viens pour mon oncle, Goten Son, marmonna Pan avec mauvaise humeur, au policier de l'accueil.
Il lui fit signe d'attendre. Il fouilla dans ses papiers et plaqua un magazine people sur le comptoir.
- C'est vous ? demanda t-il en se tournant vers Bra, un peu stupéfaite.
Elle baissa les yeux sur la couverture. C'était une des photos d'elle et de Goten prise à la sortie du restaurant. Pan détailla l'image en écarquillant les yeux.
- Non, répondit Bra fermement.
Le policier la dévisagea et hocha la tête.
- C'est vous, affirma t-il sur le même ton.
Il reprit le journal et disparut dans le local derrière lui en criant, « Hey les gars ! » à des collègues invisibles depuis l'accueil.
- C'était quoi, ça ? demanda Pan à Bra.
- La même merde que d'habitude. Maintenant, ils vont nous ramener Goten, on va pas stationner ici, grogna t-elle entre ses dents
En disant cela, Bra se dirigea vers la sonnette d'appel de l'accueil et l'enfonça en veillant à maintenir son doigt bien appuyé dessus.
Un policier arriva en râlant au bout d'une minute.
- Lâchez cette sonnette ! On vous le ramène votre Prince Charmant ! Je vous préviens, il est beaucoup moins frais que sur les photos !
Effectivement, un agent ramenait Goten qui vacillait un peu, le regard trouble.
- Qui est de la famille, ici ? demanda celui qui avait pris place derrière le comptoir et préparait déjà les papiers de sortie et les affaires de Goten.
- C'est moi, soupira Pan
- Un jour, on vous le rendra pas, Mademoiselle, vous irez le chercher à la morgue ou en prison.
- C'est bon, je sais, grommela la jeune fille en remplissant consciencieusement les formulaires qu'il lui tendait.
Bra soutenait Goten qu'elle regardait avec compassion.
- Qu'est-ce tu fais là, Princesse ? bafouilla t-il.
- J'étais avec Pan quand ils ont appelé. Mon frère n'a pas répondu apparemment. Mon Dieu, Goten…
Ils sortirent pour rejoindre la voiture tandis que Pan finissait l'inventaire des effets de son oncle et enregistrait les explications des policiers.
Bra savait que Goten pouvait boire à l'excès, ce n'était un mystère pour personne depuis la mort de Valese. C'était même un problème pour tout le monde. Bulma et Videl se préoccupaient constamment de lui procurer des emplois les moins exigeants possibles. Trunks le surveillait de près pour le pousser à sortir de chez lui. Gohan s'efforçait de cacher l'ampleur des dégâts à sa mère qui n'était pas totalement dupe.
Tout le monde s'était uni pour qu'il ne devienne pas tout à fait marginal. Cela l'avait sauvé toutes ces années. Bra s'aperçut ce soir-là que même Pan était mise à contribution; elle avait bien compris que ce n'était pas la première fois qu'elle venait le récupérer dans ce genre d'endroit.
Bra, quant à elle, avait, comme toujours, été épargnée de cette réalité. Elle avait pu le trouver endormi tout habillé sur le canapé de la Capsule, ou le voir ivre dans des fêtes, au milieu d'autres gens souls, elle avait entendu son frère et sa mère parler de lui avec souci. Mais elle n'avait jamais vraiment affronté directement le problème.
Toucher cette déchéance du doigt était pénible pour elle, sans qu'elle sache dire ce qui était le plus difficile à vivre pour elle, de la compassion qu'il lui inspirait, ou de la jalousie qu'elle ressentait à l'idée que son amour pour une autre était à l'origine de tout ça.
Pendant qu'elle l'installait avec difficulté dans la voiture et qu'il lui parlait de choses incohérentes qu'elle ne prenait plus la peine d'écouter, elle fut subitement convaincue qu'il ne l'aimerait jamais. En tout cas pas comme il avait aimé Valese. Il avait été franc avec elle et bizarrement, elle se prit à l'en aimer plus.
- Laisse-moi conduire pour le ramener! lança Pan derrière elle.
Bra était pliée en deux et tentait désespérément d'attacher la ceinture de Goten à l'arrière de la voiturer. Elle attrapa ses clés et les balança à son amie.
Puis elle s'assit à côté de Goten, pour veiller à ce que le voyage se passe sans encombre.
- J'en ai marre, râla Pan en quittant le parking du Poste. Putain, il faut qu'il se fasse soigner.
- Il a déjà essayé, non ?
- Il a essayé, mon cul ! C'est un docteur de la tête qu'il lui faut. Ca fait cinq ans qu'elle est morte ! C'est quoi, l'idée ? Mes parents vont pas tarder à péter un plomb ! Tu sais ce que dit ta mère ?
Bra sursauta à l'évocation de sa mère.
- Ma mère ?
- Oui, ta mère. Ta mère dit que l'addiction chez les Saïyens n'est pas prégnante comme chez les hommes. En clair, elle dit qu'il suffit qu'il veuille arrêter pour arrêter !
Bra resta stupéfaite, réfléchissant à ce que Pan venait d'expliquer. Son amie se retourna un instant pour la regarder.
- Tu comprends ce que je veux dire ? Il nous fait JUSTE chier, là ! Il a décidé d'être triste jusqu'à la fin de sa vie, et il nous emmerde !
Pan était réellement en colère. Elle roulait les dents serrées. Bra regardait Goten qui dormait maintenant sa tête appuyée sur une main calée contre la vitre. Elle saisit doucement sa main libre dans la sienne.
- Je ne savais pas tout ça, murmura Bra.
- T'as jamais eu de raison de le savoir, Princesse, reprit Pan sur un ton plus calme. De toute façon, c'est pas un cadeau, je te jure.
Pan se gara devant la petite maison que Goten habitait à la sortie de la ville. Le voisinage était peu accueillant, pour l'essentiel des terrains vagues occupés ça et là de caravanes ou d'autres petites maisons aussi laides que la sienne.
- C'est là qu'il vit ? s'écria Bra avec incrédulité.
- Ha ! Ca aussi, t'avais jamais vu ? En appartement, c'est pas possible, il casse tout. Ici, c'est bien, pas de voisins ou presque, et pour ce qu'i casser…
Pan fouilla le carton que les policiers lui avaient remis avec les affaires de son oncle et y piocha un trousseau de clés.
- Génial ! Ce soir, il a pas perdu ses clés, remarqua t-elle à haute voix.
Elle ouvrit la porte d'entrée. Bra et elle le portèrent jusqu'à l'intérieur. Comme Bra s'y était attendue, l'air était irrespirable.
- Bordel ! jura Pan en piétinant des objets non identifiés sur le sol.
Elle voulut actionner l'interrupteur mais l'ampoule principale était claquée et elles durent se contenter d'illuminer la cuisine voisine pour se frayer un chemin jusqu'au lit qui occupait l'essentiel de la pièce à vivre.
Dès que Goten fut allongé sur son matelas, Pan se jeta sur les fenêtres dont elle ouvrit les volets en grand. Bra contemplait avec affliction l'état de la maison. Elle n'était pas tout à fait aussi horrible qu'on aurait pu le redouter mais manquait manifestement des gestes élémentaires.
Elle regarda Goten, indifférentes aux jurons de son amie qui faisait le tour de la maison pour aérer. Elle ne put s'empêcher de passer sa main dans les cheveux du dormeur avec tristesse et repensa à ce que Pan avait dit. Il suffirait qu'il veuille arrêter. L'addiction n'est pas prégnante chez les Saïyens.
Elle le déchaussa et le repositionna dans le lit, sans même qu'il ouvre un œil. Elle ramassa la couette qui avait été rejetée au pied du lit et l'en recouvrit précautionneusement.
Pan reparut et commença à ramasser hâtivement quelques cadavres de bouteilles qui jonchaient le sol. Elle ne râlait plus maintenant. Bra entreprit de l'aider et elles sortirent l'intégralité des poubelles et bouteilles vides qui n'avaient pas été débarrassées depuis un moment.
Elles refermèrent les fenêtres avant de repartir sans échanger un mot. Pan proposa de finir dans un club mais Bra n'avait plus vraiment le cœur à s'amuser.
