Chapitre 8
Goten entra dans le bar et avisa les buveurs déjà attablés. Aucun d'entre eux ne lui était familier. Il était trop tôt. Il se tourna vers le barman.
- Salut Jonah ! s'exclama t-il à son attention.
L'autre lui rendit un vague salut de la main.
- Salut Son, deux jours qu'on t'a pas vu. On a cru que t'étais enfin mort, grogna t-il.
Goten ne se laissa pas abattre par cet accueil. Il prit place à une table après s'être débarrassé de sa veste en soupirant. Il venait encore de se faire virer. Bulma allait être furieuse. Cela le préoccupait un peu mais son esprit oublia vite ce détail en pensant qu'il avait toute la fin d'après-midi pour lui tout seul.
Jonah posa une bouteille devant lui.
- Le patron veut plus de problème, annonça t-il en la retirant sous le nez de Goten qui venait d'essayer de la saisir.
- Y aura pas de problème. Quel problème ?
- Ecoute, tu fais une bonne part de notre chiffre d'affaire. Tu te tiens…disons "correctement" la plupart du temps et tu nous vires les pochtrons et les bagarreurs avec efficacité mais la dernière fois, tu as déconné et il a fallu qu'on appelle les flics. C'est mauvais pour le commerce, ça. Alors plus de problème, c'est entendu ?
Goten leva les mains en signe de paix.
- Plus de problème, Jonah, assura le jeune homme.
Le serveur abandonna la bouteille et posa un verre à côté. Goten se souvenait vaguement avoir abusé et peut être avoir commencé une bagarre. Mais il n'avait eu le temps que de casser quelques chaises avant de tomber raide. Heureusement, il était un bon client ici et il n'y avait pas eu de plainte.
Après ça, il s'était réveillé en salle de dégrisement et les filles étaient venues le chercher. Ca le contrariait un peu que Pan ait ramené Bra. En même temps, ça la guérirait définitivement de ses idées fixes, il était temps que la Princesse rencontre le monde réel et comprenne ce qu'on lui expliquait.
L'essentiel était là, devant lui. Il allait se verser un verre ou deux et très vite, il penserait à autre chose.
Il en était là de ses pensées quand Bra s'assit en face de lui.
- Bonjour Goten Son, t'as failli me prendre de vitesse, aujourd'hui, lança t-elle joyeusement.
Il haussa un sourcil.
- Qu'est-ce tu fais là ? demanda t-il, interloqué.
Bra ne répondit pas. Elle se tourna vers Jonah. « La même chose ! Merci ! »
- Eh, bien, je t'accompagne. Pas d'objection ? annonça t-elle.
Il haussa les épaules et remplit son verre. Jonah arriva avec un verre du même alcool que Goten.
- Ah, non, Monsieur. Je veux comme lui : la bouteille, s'il vous plaît, protesta Bra.
Le serveur hésita. Goten suspendit son geste en lui lançant un œil incrédule.
- Ca, c'est fort, Mam'zelle, vous êtes sûre ?
- Moi aussi, je suis forte. La bouteille, je vous dis.
Jonah leva les yeux au ciel et retourna chercher une bouteille.
- C'est quoi l'idée ? demanda Goten.
- Et toi ? C'est quoi l'idée ?
- Bra, t'es venue me faire chier ? Dans deux verres, j'appelle ton frère et il te ramène sur un brancard.
Le serveur posa la bouteille entre eux et repartit. Bra se servit un verre et sourit à Goten en le levant à sa santé.
- Chiche ?
Elle voulut boire cul-sec mais y renonça dès la première gorgée. Elle se retint tout juste de recracher le tout mais devint instantanément toute rouge.
- Chiche, répliqua Goten en souriant. Alors ? C'est comment ?
- Dégueulasse, articula t-elle avec difficulté.
Goten partit dans un éclat de rire.
- Allez, rentre chez toi, princesse. Trunks sera pas content.
Bra fronça les sourcils. Elle attendit qu'il eût fini de rire.
- Je t'accompagne, je te dis, grinça t-elle.
Et elle se força à finir le verre d'une traite sous l'œil contrarié de Goten. Elle eut l'impression qu'elle allait tout revomir dans la seconde mais elle respira lentement et son estomac se calma petit à petit.
- Alors, c'est comment de voir quelqu'un se forcer à foncer dans le mur ? finit-elle par lâcher.
- Oh ! C'est ça l'idée ? demanda Goten en se resservant un verre.
- C'est l'idée, dit Bra en l'imitant. Il paraît que tu t'arrêtes quand tu veux, Goten. C'est ma mère qui a dit ça.
- Ta mère est une grande savante.
Il but et elle le suivit. Toujours aussi immonde.
- Ecoute Bra, je sais que tu as l'habitude de toujours avoir ce que tu veux. Avec moi, c'est différent. Tu te fais des fausses idées, même si je reconnais volontiers que c'est un peu de ma faute à la base. Je ne serai pas ton prince charmant.
Bra ne put répondre tout de suite. Son corps s'accommodait assez mal du deuxième verre. Elle respirait avec un peu de peine. Il l'observa avec amusement. Elle gardait cependant son air déterminé qui lui était si caractéristique.
- On en reparle quand t'auras arrêté de boire, souffla t-elle péniblement.
Il haussa les épaules avec un sourire et lui servit un troisième verre, faisant de même pour lui.
- A la tienne, princesse.
Je vais mourir pensa Bra en ingurgitant à nouveau la mixture ignoble que Goten semblait absorber comme de l'eau un jour de canicule.
Mais finalement, contre toute attente, son corps tint bon. La tête lui tournait horriblement, elle commençait à avoir du mal à comprendre ce qui se disait autour d'elle et à se concentrer pour choisir et mettre en ordre les mots qu'elle voulait dire. Mais elle avait encore l'impression de maîtriser à peu près la situation.
Des hommes qui semblaient connaître Goten les rejoignirent à un moment donné. Elle fut incapable de retenir leurs noms ou de suivre leur conversation avec Goten. Elle s'efforçait surtout de se resservir à peu près aussi souvent qu'il le faisait lui-même. C'était le principe qu'elle avait décidé de suivre mais elle sauta un verre ou deux. Ou trois.
De toute façon, il finit sa bouteille avant elle. Et de toute façon, elle ne le vit pas faire parce qu'elle était déjà à genou devant la cuvette des WC, en train de prier Dieu de bien vouloir la rappeler à lui dans l'instant.
Quand son corps cessa à peu près de se révolter, elle se mit à pleurer sans trop savoir pourquoi, toujours agenouillée.
La porte des toilettes s'ouvrit. Goten était adossé dans l'encadrement.
- Alors, Princesse ? Il était pas mieux ton Palais avec le Prince Damon ?
Elle se tourna vers lui en reniflant et en essuyant ses yeux avec son bras.
- Comment tu peux dire ça ? T'es devenu à ce point un monstre ? bégaya t-elle.
Ses sanglots redoublèrent. L'expression de Goten se radoucit et il se pencha pour la relever doucement.
- Bra, je veux simplement que tu comprennes, soupira t-il. Tu ne peux rien faire pour moi et je ne peux rien faire pour toi.
- C'est faux ! protesta t-elle vivement.
Elle releva la tête d'un coup et le regarda.
- Tu crois que Valese serait heureuse de te voir comme ça ? Tu crois que ça la ramènera de faire tout ça ? cria t-elle.
- Ne parle pas de Valese, coupa Goten avec froideur. Surtout, toi qui ne veux qu'une chose, prendre sa place.
- Sa place ? Mais sa place, c'est au cimetière ! Elle est morte, Goten ! Elle est morte dans ce stupide accident d'avion et …
Bra n'eut pas le temps de comprendre il y eut juste une immense douleur et des étoiles devant ses yeux, puis le mur et elle eut tout juste le réflexe de mettre ses bras sur sa tête pour se protéger avant de rebondir contre la paroi de briques et de s'effondrer au sol avec un cri qu'elle n'eut même pas conscience de lâcher.
Elle mit un temps avant de reprendre ses esprits. Goten était à genou devant elle.
- Bra ! Bra, je suis désolé ! Ca va ? Regarde-moi ! Oh ! Mon Dieu, Bra, dis-moi que ça va !
Elle porta sa main à sa pommette endolorie et constata qu'elle saignait elle leva les yeux vers lui.
- Tu m'as FRAPPEE ? s'écria t-elle avec incrédulité.
- Bra, je suis si désolé, c'est… parti tout seul. Je ne voulais pas.
Il la prit dans ses bras et la serra en embrassant sa tête, comme une chose précieuse. Elle le repoussa fermement tandis qu'il se confondait en excuses, en pleurnichant quasiment.
- Personne ne m'a jamais frappée ! rugit-elle. Goten, tu m'as FRAPPEE !
Elle répétait la phrase comme pour se convaincre qu'elle ne rêvait pas. Elle se releva en se dégageant brusquement de ses bras insistants. Elle commença à marcher de long en large en s'arrêtant de temps en temps devant le miroir.
Goten était assis sur le sol dans un coin des sanitaires avec un air abattu.
- Bra, pourquoi t'es venue ici ? Tu vois bien que tout ça ne sert à rien…
Immobile devant le miroir, elle soupira avec exaspération. Elle fit subitement volte face.
- Je t'aime Son Goten. Et je reviendrai demain, si tu es là. Et encore après-demain. Et le jour d'après. Et même dans un autre bar, je te trouverai. Et tu seras obligé de parler de Valèse.
Elle s'accroupit devant lui et le força à la regarder.
- Tu sais pourquoi on m'appelle Princesse, hein ? Parce que quand je veux un truc, je fais chier tout le monde. Comme mon père. Et je vais te faire chier. Et quand tu seras guéri, tu pourras me dire que tu ne veux pas de moi. Et je te laisserai tranquille.
Son discours et sa détermination le laissèrent sans voix. Elle sortit des toilettes en ajustant sa queue de cheval et disparut.
