Chapitre 10
La lune était presque pleine ce soir-là. Goten était installé sur son porche et l'observait depuis un moment. Devant lui, dans l'allée, il avait aligné un nombre impressionnant de bouteilles intactes qu'il venait d'acheter. Il avait vidé son compte pour le mois. Ses yeux se posèrent sur sa fortune entière réunie face à lui. Il n'arrivait pas à les compter dans la pénombre.
Il fait nuit je n'ai pas commencé. Vingt, Trente ? Aucune idée. Un jour, une semaine ? Ca va dépendre. Pour l'instant, j'ai plus de raison de me lever…
Il tapotait le plancher du perron de ses doigts sans se décider. Il repensa aux paroles de Trunks. « T'étais bourré ? » Ouais… J'étais bourré, mon pote. J'étais bourré et je l'ai frappée. Et sa petite tête de Princesse est allée s'éclater dans le carrelage des chiottes. Ca a fait* ploc* et elle s'est écroulée sur le sol en criant. Et maintenant son magnifique petit visage de porcelaine est tout fissuré... Ce soir, elle est pas là, je peux y aller tranquille. Qu'est-ce que je peux faire d'autre ?
- T'as pas commencé sans moi ? demanda une voix qui l'extirpa de ses pensées.
Il leva les yeux. Bra était à l'entrée de sa cour avec un sac en papier craft qui semblait relativement lourd. Elle restait un peu hésitante devant la chaîne de bouteilles alignées dans le chemin poussiéreux de la maison. Elle finit par les enjamber prudemment pour s'approcher de lui.
- J'avais ramené des provisions mais ce ne sera peut-être pas utile, annonça t-elle sur un ton dégagé.
Elle finit par s'assoir à côté de lui et posa le sac. Il la dévisagea sans rien dire. La lumière de la lanterne extérieure tombait à pic sur son visage et coulait impitoyablement sur sa pommette blessée.
Il caressa précautionneusement sa joue pour mieux cerner l'entaille. Elle frémit et ferma les yeux à la douceur de son contact.
- Princesse, murmura t-il, je suis si désolé.
Elle saisit sa main et la repoussa, avant de rouvrir les yeux.
- Si tu veux te faire pardonner, raconte-moi Valèse, répliqua t-elle.
Il soupira et détourna son regard d'elle. Il saisit une bouteille et l'ouvrit.
-Il n'y a rien à raconter, tu l'as dit toi-même, Valèse est morte dans ce stupide accident d'avion. Qu'est-ce que tu veux d'autre ?
Fidèle à son principe, elle décapsula une bouteille à son tour.
- Goten, ça fait cinq putain d'années qu'elle est morte. Et tu t'interdis de vivre. Tu as le droit d'être triste parce que tu es en deuil mais tu fais plus que ça… tu te punis. Dis-moi de quoi tu te punis ?
- A quoi ça t'avance de remuer tout ça, Dr Freud ? Qu'est-ce que ça change ? Pourquoi t'as pas juste épousé ce super-type qui était tout ce qu'il te fallait ?
Bra laissa un instant son estomac faire connaissance avec le breuvage qu'elle venait d'avaler tout rond.
- Je te l'ai dit pourquoi. La réponse n'a pas l'air de te convenir mais ça ne change rien, finit-elle par répondre.
Il termina sa bouteille d'une traite et elle le suivit. Il eut pitié d'elle en voyant sa tête et décida discrètement de faire une pause. Cette fille est folle.
- Et, toi, pourquoi tu m'as sauté dessus dans le grenier ? Une inspiration subite ? demanda t-elle soudainement.
Il sourit.
- J'ai eu envie d'un instant de bonheur, tu vois, je ne suis pas toujours triste. Tu regrettes ?
- Je regrette juste le timing. Et toi ? Tu n'as pas culpabilisé ce jour-là d'avoir trahi le souvenir de Valèse ? T'es allé te bourrer la gueule après ça ?
Le sourire de Goten s'assombrit devant cette nouvelle attaque.
- Bra, arrête.
- Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Tu devais prendre l'avion avec elle, n'est-ce pas ? On m'a tenue bien à l'abri de tout ça, comme d'habitude, mais ça, je l'ai enregistré.
- Arrête.
- Pourquoi t'étais pas dans l'avion Goten ? Tu l'aurais sauvée sans effort.
- Arrête !
- Ou quoi ? Tu vas me frapper ? Encore ?
Il se jeta sur elle et l'embrassa pour la faire taire. Elle faillit tomber à la renverse mais il la maintint in extremis. Elle lui rendit son baiser avidement et passa progressivement sur genoux où elle se retrouva assise à califourchon face à lui. Aucun des deux ne faiblissait à étreindre l'autre, et rapidement, elle sentit son désir au travers de son pantalon.
Elle passa les mains sous son pull pour sentir la chaleur de sa peau et la saillie de ses muscles. Il la bascula subitement et la plaqua au sol sur le dos en détachant ses lèvres de siennes.
Un instant, elle crut qu'il allait se relever et s'éloigner mais il la regardait avec des yeux luisants. Sans la quitter des yeux, il ramena brusquement ses fesses tout au bord des marches et déboutonna son jean. Il passa lentement sa main dedans, puis dans sa culotte. Elle déglutit et se cambra un peu tandis qu'il jouait de ses doigts. Elle gémit sourdement. Après un moment, il retira sa main et fit remonter ses doigts jusqu'à son nombril laissant un sillon humide sur son ventre.
Alors il l'empoigna par la taille et utilisa sa main libre pour retirer son jean et sa culotte qu'il balança plus loin sur le porche. Il s'agenouilla sur la dernière marche du porche. Bra se redressa, se trouva face à lui et l'embrassa à nouveau, passant sa langue sur ses lèvres. Elle entreprit d'ouvrir son pantalon. Elle le baissa suffisamment pour en extraire son sexe.
Elle posa les yeux dessus, incertaine. La première fois, elle n'en avait pas vu grand-chose. Tandis qu'il retirait son pull, elle se baissa et enfourna son pénis doucement dans sa bouche. Il sursauta imperceptiblement. Pendant qu'elle s'appliquait avec douceur il posa sa main avec hésitation sur ses cheveux et lui caressa la tête. Il la laissa faire un moment, guidant ses mouvements de sa main.
Finalement, il s'éloigna d'elle et, la saisissant par la nuque, la plaqua à nouveau sur le sol, cette fois-ci face contre terre. Elle suivit son mouvement sans broncher et il se pencha sur son dos avec un grognement rauque. Il passa sa langue entre ses omoplates et l'instant d'après, la pénétrait d'un coup de reins. Elle eut un hoquet et saisit ses doigts qui enserraient toujours l'arrière de son cou.
La main libre de Goten maintenait sa taille. Il commença son va-et-vient et elle gémit à nouveau, avec l'impression qu'elle ne trouverait jamais assez d'air pour alimenter ses poumons. Il l'accompagnait de sa respiration bruyante. L'orgasme ne fut pas long à venir. D'abord Bra lâcha un cri qui la prit elle-même au dépourvu. Son plaisir déclencha presqu'aussitôt la jouissance de Goten.
Il ne se retira pas tout de suite et posa sa tête sur le dos de Bra un moment avant de la libérer.
Il s'allongea d'un coup sur le dos sur le plancher du perron et elle vint se blottir contre lui. Elle restait collée à lui comme pour s'imprégner de son essence, sans rien dire. Elle craignait de rompre le silence. Pour dire quoi ? Qu'elle l'aimait et s'entendre répondre qu'il n'était pas et ne serait jamais son Prince Charmant ? Elle avait encore l'avantage sur Valese d'être vivante, elle. Autant profiter de l'instant.
Il restait là, les mains derrière la tête, contemplant la lune à nouveau, sans un mot. Ils laissaient leurs cœurs reprendre une cadence plus normale. Cela dura.
- Ce jour-là, je n'ai pas pris l'avion avec Valèse car je venais de la quitter, dit-il soudainement.
Bra tressaillit en entendant ses paroles. Elle ne bougea pas, ne répondit pas. Elle retenait son souffle.
- J'ai été très lâche. Le pire lâche. Mon père n'aurait pas été fier de moi. Ca faisait des mois que je voulais la quitter... Comme elle était triste et qu'elle avait fini par soupçonner que je ne l'aimais plus, je l'avais demandé en mariage. C'est pas lâche, ça ?
Bra resserra son étreinte en ressentant la colère et la tristesse de Goten. Il soupira, fixant toujours la lune.
- Finalement, ce jour-là, on devait aller voir ses parents et toute sa famille. Je ne sais pas pourquoi ça m'a fait prendre conscience des conséquences de ma lâcheté. Et j'ai trouvé le courage de tout lui déballer. Ca macérait depuis tellement longtemps, c'est sorti avec méchanceté, à l'occasion d'une dispute banale.
- Mais tu lui as dit, que pouvais-tu faire d'autre ? murmura Bra.
Il baissa finalement les yeux sur elle et se releva en l'écartant doucement. Elle céda à son mouvement et se détacha de lui à contre-coeur. Il entreprit de se rhabiller, à nouveau mutique.
Elle le regarda faire sans bouger, déchirée de le voir s'éloigner d'elle à nouveau. Il se rassit sur le perron et reprit une bouteille. Il but une gorgée et se tourna vers elle.
- Ce que je lui ai dit ce jour-là, Princesse, c'était vraiment pas classe. Et on était fiancé. Mais je ne l'aimais plus et je n'arrivais pas à lui dire autrement, reprit-il.
Bra se rhabilla à son tour, et, renonçant à son petit jeu de le suivre dans sa consommation, elle s'alluma une cigarette qu'elle fuma adossée au mur. Elle commençait à douter de sa capacité à le guérir de son mal-être.
- J'ai planté Damon avec peu de classe, moi aussi. Il n'avait pas mérité ça non plus. Si il meurt demain, je ne m'en voudrais pas toute ma vie, comme tu le fais, releva t-elle amèrement.
Il s'immobilisa. Il posa sa bouteille et la saisit par la cheville pour la traîner jusqu'à lui. Il se pencha sur son visage et planta ses yeux dans les siens.
- Bra. C'est Valèse qui pilotait l'avion. Valèse pilotait cet avion, tu le savais ?
Elle tressaillit. Il s'approcha au point que leurs peaux se touchaient presque et, plaçant sa bouche près de son oreille, il chuchota.
- On n'a jamais compris pourquoi l'appareil s'était crashé. Tu as un avis sur la question ?
Bra se raidit. Il contempla son expression horrifiée.
- Tu voulais savoir ? Tu voulais qu'on partage ? Personne ne sait ce qui s'est passé entre Valèse et moi juste avant qu'elle prenne cet avion. Jusqu'à aujourd'hui, je suis encore trop lâche pour expliquer ça aux autres. Tout le monde croit que je pleure la femme de ma vie.
Bra restait immobile son cerveau enregistrait les révélations de Goten tandis que son cœur battait à toute allure, mordu d'effroi.
Il se redressa et reprit sa bouteille. Derrière lui, Bra ne trouvait plus les mots.
Il continua à boire toute la soirée sans qu'elle se décide à bouger. Très égoïstement, la première chose qu'elle retint était qu'il avait cessé d'aimer Valese bien avant qu'elle ne meure. La seconde chose qui s'imposa à elle fut la souffrance qu'il endurait depuis cinq ans, seul avec son secret et sa culpabilité.
Elle ne voulait plus boire et ne trouvait plus la force de le bousculer comme elle l'avait fait ces derniers jours. Elle ne voulait pas le quitter non plus.
Elle finit par s'endormir sur son perron, enveloppée dans une couverture poisseuse qu'elle avait ramenée du salon.
Le lever du soleil la réveilla. Sa première impression fut la douleur lancinante des courbatures que lui avait laissées le sol dur du perron. Elle avait froid.
En se redressant, elle avisa Goten qui dormait un peu plus loin à même le sol. Un nombre impressionnant de cadavre de bouteilles encombraient les marches du porche.
Elle le couvrit avec précaution et contempla le spectacle étrange qui s'offrait à elle. Bien sûr, il n'avait pas tout bu et il restait un grand nombre de bouteilles et canettes inentamées qui faisaient la ronde dans le jardin.
En essayant de compter mentalement celles qui étaient vides au bas des marches, elle repensa à tout ce qu'il lui avait avoué. Une froide détermination la prit subitement. Elle sauta par-dessus les marches et shoota magistralement une première bouteille. Elle explosa et le liquide puant gicla sur son jean. Elle n'y prêta pas attention et mit un second coup de pied qui éjecta d'un coup quatre de ses voisines.
Repérant un vieux manche en bois contre la clôture, elle s'en saisit vivement et commença à faucher tout ce qui se trouvait sur son passage. Des éclats de verre sautèrent et égratignèrent ses avant-bras. Une frénésie s'empara d'elle. Elle accéléra ses mouvements, y mettant plus de force à chaque fois avec une rage croissante. Elle n'entendait même pas Goten qui l'appelait.
Elle ne sentait ni les larmes qui coulaient sur ses joues, ni l'humidité nauséabonde qui imprégnait ses vêtements à chaque éclaboussure, ni les particules de verre qui blessaient ses mains et jusqu'à son visage.
Finalement, il saisit le manche et la força à cesser. Elle s'immobilisa et le regarda.
- Princesse, qu'est-ce que tu fais ? demanda t-il d'une voix rauque.
- T'es même pas sûr que c'était pas un accident ! hurla t-elle
Un hoquet la coupa elle s'aperçut alors seulement qu'elle pleurait. Il ne dit rien et lui retira le bâton des mains.
- Si ça se trouve c'était un accident ! Et pis, si c'en était pas un…, reprit-elle
Il leva les yeux vers elle, attendant la suite.
- Si c'en était pas un, c'était le choix de Valese. A force de voir ton père sauver l'humanité, tu te crois obligé d'être responsable de tout ce qui arrive, c'est ça ?
Il balança le manche en bois et lui tourna le dos pour se diriger vers la maison. Cette réaction la mit un peu plus en colère si c'était possible.
- Tu détruis tout le monde Goten ! Pas que toi !
- Je t'ai prévenue, lâcha t-il sans même se retourner.
Il entra dans la maison et ferma la porte. Bra resta seule au milieu des débris de verre partagée entre la rage et la douleur. Ses sanglots avaient redoublé.
- Je t'aime ! Tu m'entends, connard ! Je t'aime ! cria t-elle en dernier recours à la porte fermée.
Devant l'inertie qui faisait écho au sacrifice de sa fierté, elle s'empara d'une bouteille et la balança avec force contre le mur de la maison. Elle éclata dans une pluie de débris contre la façade. Elle en lança une ou deux autres, sans vraiment pouvoir viser au travers de ses larmes, avant de tomber à genoux sur le sol, sans prendre garde à l'alcool et au verre pilé. Elle resta là un certain temps avant que son frère n'arrive.
- On rentre, Princesse, lui dit-il doucement en la relevant.
Il l'installa dans la voiture et retourna chez Goten. Elle resta seule un moment sans vraiment prendre conscience du temps qui s'écoulait. Quand Trunks revint, il la toisa, retira distraitement quelques éclats de verre restés plantés dans son visage et dans ses bras.
- Reste loin de Goten, Bra.
