Que j'aime ce chapitre, un de ceux que j'ai le mieux réussis je pense :)

Bonne lecture.


CHAPITRE VII

Après avoir scruté les visages de tous les patients présents, observé ma montre une dizaine de fois, je faisais les cents pas, essayant de ne pas me ronger les ongles, malgré mon anxiété.

Je ne pouvais décemment plus attendre devant la chambre d'Emma.

Pourtant, je m'étais résolue à ne pas l'accompagner, Jenny étant la seule apte.

Elle était sa fille à présent.

Et moi ? Je n'étais rien si ce n'était une connaissance…

Je me sentais pourtant attristée devant ce statut.

Il n'était plus question de jalousie, mais surtout d'une insupportable solitude.

Que faire pour que tous oublient mon passé ?


Vient le temps où j'entrais dans la chambre proposée à Emma, chancelante, l'estomac noué à l'idée qu'elle me désigne coupable de sa blessure et ne désire plus m'offrir de soutiens, plus un brin d'humanité.

Emma était allongée sur un lit, l'adolescente parfaitement encrée dans ses bras, repliée sur le côté gauche du shérif.

- Désolée de déranger…murmurais-je, étrangement bouleversée par la vue qu'on m'offrait.

J'allais refermer la porte quand la voix d'Emma se fit entendre, me clamant de rester.

Je fis quelques pas près du lit, hésitante.

Je n'avais pas peur de la proximité…juste d'être rejetée, comme à l'accoutumée.

- Ça va ? demandais-je, en posant mon regard sur la cheville enveloppée de tissus.

Je posai une main sur l'attelle, peinée devant ce que j'avais engendré.

- Vous avez fait le bon diagnostic. Vous êtes aussi douée en tant que maire que médecin ! déclara la blonde, en me souriant.

- Ah quoi bon si ça vous cause du…

Emma me coupa en posant son index sur mes lèvres.

Le soudain contact me fit rougir et détourner le regard.

- C'est pour votre bien que vous n'avez pas utilisé vos pouvoirs sur moi. Je vous en suis reconnaissante car vous savez aussi bien que moi que ce n'est pas que dans votre intérêt que d'oublier votre côté sombre, mais aussi dans celui de toute la ville.

Je baissai les yeux au sol, résignée :

- J'aurais pu vous évitez tout ça…

Les doigts du shérif vinrent alors se nicher avec difficulté sur mes cheveux dans l'espoir de m'apaiser.

Malheureusement, ce mouvement fut celui de trop.

Nous reculâmes toutes les deux devant autant de rapprochement.

- J'aimerais réparer mon erreur.

Emma secoua la tête, me clamant que ce que je considérais comme faute grave venait de Jenny et de son insolence.

- Ne soyez pas trop gentille avec elle ! murmura-t-elle, en mentionnant implicitement l'adolescente.

Je compris alors qu'Emma n'acceptait point cette attirance fusionnelle que celle qui fut l'inconnue éprouvait pour elle.

Sans compter que cette admiration poussait Jenny à employer toute sorte de violence envers moi.

Et je me laissais faire pour être accepter par Emma…

- Je suis celle qui a voulu l'abandonner sur la route, j'ai le mauvais rôle.

Emma corrigea alors ma phrase, tout en posant sa main sur ma paume, la chaleur qui se diffusant me réconforta énormément.

Il semblait que le temps avait amélioré nos anciennes divergences…

- Vous êtes celle qui lui a proposée de cueillir des pommes dans son jardin. Ce n'est pas à négliger.

J'écarquillai les yeux, ébahie qu'elle ait pu assister à la conversation que j'avais eu avec Jenny pendant le retour :

- Vous ne dormiez pas ?!

- Pour que je loupe cet instant-là ? Oh non ! répondit Emma, en éclatant de rire.

Le shérif semblait fière de moi, de mes progrès face au caractère complexe de l'adolescente, acharnée à vouloir me détester.

- J'essaye vraiment de m'adapter à sa présence ! dis-je, pour justifier mon récent doux comportement envers Jenny.

- Elle finira par faire de même. Ce n'est qu'une adolescente en mal d'avenir, emplie de doutes.

Ma paume commença à trembler tout comme mes pupilles semblaient embrumées, mon être tout entier étant à nouveau chagriné.

- J'ai peur qu'elle me rejette pour de bon à chaque pas que je ferais vers elle, à l'avenir ! lançais-je, en abaissant la tête.

Emma agrippa plus fermement ma main, déclarant d'une voix douce :

- Vous avez fait le premier, c'est le plus dur.

Voyant que je ne répondais toujours pas, la blonde décida d'insister :

- Il faut qu'elle s'adapte à Storybrooke, à tout ce nouvel environnement. Elle va rechercher des alliés.

Ma tête se releva alors brusquement, révélant un regard plus marqué et foncé, la haine m'envahissant :

- Qui me dit que ce ne sera pas en vos parents ?

J'eus peur l'espace d'un instant qu'elle ne s'éloigne de moi face à cette rage qui réapparaissait soudainement.

A ma plus grande surprise, Emma ne fut aucunement effrayée et préféra me taquiner :

- Tant que ce n'est pas en Archie !

Devant mon mutisme, Emma finit par poser son autre main sur mon épaule, me secouant pour que je réagisse :

- Hé ! Je plaisantais, madame…

Sans repousser les doigts envahisseurs, je finis par parler, pensant m'être assez questionné sur cette bipolarité dont j'étais victime :

- Je réfléchissais, désolé.

- Aurais-je l'honneur de savoir à quoi ?

Face à l'air soudain malicieux d'Emma, j'eus des difficultés à avaler ma salive.

- Peut-être que je…Non, c'est trop présomptueux…commençais-je, en bredouillant.

- Dites toujours.

Mon idée était complétement stupide.

Emma n'accepterait jamais.

- Peut-être que je pourrais m'occuper de vous ! avouais-je, finalement.

Au moins, j'aurais l'espoir de me sentir utile et de me faire pardonner d'une Emma vouée aux béquilles pendant un bon moment.

De prouver à tous que j'étais capable de m'investir dans le bien.

- C'est vraiment gentil, mais j'ai mes amis, enfin parents…J'ai besoin d'eux comme repères maintenant.

J'essayai d'insister, pensant qu'elle refusait à cause de nos querelles passées et de nos caractères différents :

- Henry serait content que vous veniez. Et le manoir serait plus grand que…

La blonde me coupa soudainement, répondant sur un ton ferme :

- J'ai peut-être envie de mieux connaitre mes parents, non ?

J'acquiesçai, blessée, étonnée de la dureté du ton.

Emma se mordit les lèvres face à ma mine déçue, avant de se rattraper :

- Je vais y réfléchir, mais je ne vous promets rien.

Cette simple réponse réussit à me redonner un peu d'espoir.

- Venez ! déclara alors vivement Emma, en tapotant la place de libre, à sa droite.

Je fus soudainement embarrassée à l'idée d'être collée contre la blonde, ne sachant comment m'empêcher de faire le moindre geste pour la brusquer, sachant aussi que cela nous relierait encore plus l'une à l'autre.

Et cette pensée m'intriguait autant qu'elle me charmait.

- Quoi ? Mais…dis-je, alors que les doigts du shérif entrelacèrent mes doigts, pour me pousser à l'encontre du lit.

- Venez, je ne vais pas vous manger ! continua Emma, en me poussant encore plus.

Les doigts enlacés, je finis par m'allonger au bout du lit, n'osant trop m'approcher.

Quelque chose me retenait.

- Merci. D'être là.

- C'est la moindre des choses.

- Amies ?

La simple question me fit sourire pour la première fois depuis mon arrivée dans la chambre.

- Je crois bien que oui ! répondis-je, avec enthousiasme.

- Et ça commence avec un « Emma » ! répondit mon interlocutrice, sur un ton faussement sérieux.

Je répondis, en éclatant de rire :

- Si vous utilisez « Regina ».

Un long moment de silence prit place dans la pièce.

Avec le sommeil accumulé à force de conduire, j'eus du mal à ne pas laisser ma tête reposer sur l'épaule d'Emma.

C'était peut-être une question de respect.

Peut-être de timidité.

Mais, surtout une peur incroyable de l'inconnu si je m'engageais à être trop entreprenante avec Emma Swan.

- Ça me plait ! lança alors Emma, contre toute attente.

- De quoi ? demandais-je, cherchant la raison de cette prise de parole.

Emma éloigna une mèche de cheveux qui pendait devant mes yeux pour plonger son regard dans le mien.

- Ça me plait cette nouvelle approche que j'ai de vous.

Je fus un instant surprise par tant de sincérité avant de répondre :

- Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je l'entends.

Emma hocha la tête avant de continuer :

- Mais j'aime m'entendre le dire.

- Et j'aime l'entendre venant de vous.

Je finis alors par fermer les yeux, ne pensant qu'à profiter de ce moment paisible, sans me poser de questions.

Ma tête finit d'ailleurs par se poser sur l'épaule du shérif.

Emma n'y émis aucune objection.


Je fus réveillée par le bruit de mon téléphone portable vibrant sur la table basse fournie par l'hôpital.

En l'agrippant, j'observai un instant l'air pur et angélique de la brune dont la chevelure était enfouie contre mon épaule, un de ses bras solidement coincé contre ma taille.

Alors que Jenny semblait profondément endormie, délaissant la prise qu'elle avait auparavant sur moi, Regina s'agitait légèrement, son buste envahissait alors mon ventre, provoquant une sensation de bien-être dans mon corps que je ne comprenais même pas, tant elle semblait nouvelle, mais apaisante.

- Emma Swan ? dis-je, répondant à l'appel sans trop hausser la voix.

- La jeune fille que tu as recueillie…Elle est demandée.

Je reconnu la voix de Graham, à l'autre bout du fil.

- Comment ça ?! Comment une chose pareille est possible ? dis-je, en fronçant les sourcils.

La mairesse ne me paraissait plus la même…

- C'est très simple. Une femme la demande. J'ai vérifié le nom de celle-ci, c'est la mère d'une famille d'accueil dont la gamine fait partie.

Je fus bouche bée, révoltée parce que j'écoutais :

- Comment es-tu au courant pour Jenny, d'abord ?!

- La n'est pas la question. Tu dois ramener la jeune fille à sa mère.

Je m'écriai alors, complétement anéantie par sa demande :

- Hors de question ! C'est moi sa mère, maintenant !

- Viens au commissariat avec elle, tu comprendras mieux la situation.

Moi qui pensais pouvoir adopter facilement la jeune fille, voici qu'un énorme obstacle me barrait cette possibilité.

Si seulement tout était plus facile…

- Avant toute chose, je veux savoir comment cette femme peut prétendre reconnaître Jenny ! Nous n'avons diffusé aucun avis de recherche.

Graham soupira avant de répondre :

- Regina m'a envoyé une photo de cette Jenny et m'a demandé de trouver des informations sur son compte.

Je raccrochai immédiatement, observant le maire, férocement, avidement, rageusement.

Elle venait de tout gâcher…

TBC