L'inspiration est enfin de retour et ce chapitre à été un régal à écrire !
J'espère qu'il vous plaira tout autant =)
Bonne lecture.
CHAPITRE X
La soirée fut houleuse.
Quand Emma annonça à Jenny qu'il était préférable de rester au manoir pour quelques nuits, l'adolescente avait protestée.
J'étais alors convaincue que la jeune fille était toujours réticente à l'idée d'être cordiale avec moi.
Je fis de mon mieux pour que le diner calme les tensions persistantes, mais Jenny ne cessait d'être suspicieuse, observant chacune de mes expressions, tous mes plats et le plus gênant, tous mes regards lancés en direction d'Emma étaient décryptés.
- Les pommes sont vraiment délicieuses, n'est-ce pas, ma grande ?
J'avais fait de mon mieux pour que Jenny adhère à ma présence, mais elle rechignait toute entente.
- Tu ne veux pas ma part ?
Je fronçais les sourcils en voyant l'adolescente donner son dessert à Emma.
Sachant que Jenny adorait mon fruit fétiche, j'avais fait de mon mieux pour lui faire plaisir, pensant que mon attention serait remarquée.
Ce fut peine ratée.
En retour, j'eus droit à un regard emplit de fureur à me glacer le sang.
- Tu pourrais faire un effort. Regina t'a même ajoutée une boule de glace dessus…susurra Emma.
Je remarquai immédiatement le manque de fermeté du shérif qui laissait trop de libertés à l'adolescente.
Celle-ci en profitait largement pour me provoquer.
- C'est pas faute de lui dire que m'amadouer avec de la nourriture ne marchera pas !
Je tentai de me contenir, mais ma colère pris le pas.
Devant cet air si sournois et colérique, j'eus la soudaine impression de me retrouver face à un miroir, sa haine ressemblant tant à celle qui m'avait guidée à noircir mon âme et à m'enfoncer dans les ténèbres.
Essayait-elle de me m'isoler et de me délaisser dans l'unique but que je me fourvoie et déçoive Emma que je cherchais à conquérir ?
- Mais, qu'est ce qui ne tourne pas rond avec toi ?! Je fais tout pour que tu te sentes bien et tu me rejette ! m'écriais-je, en fronçant les sourcils.
Je m'étais levée, prête à décharger toute ma hargne envers Jenny.
Je conservais mon sang-froid et dissimulait ma nervosité uniquement pour qu'Emma ne me voit pas à nouveau maléfique si je tentais d'agresser l'adolescente.
- Tu n'as peut – être pas l'instinct maternel.
J'eus l'envie de répondre par une phrase toute aussi cinglante, la désignant comme ingrate, mais le silence fut ma seule réponse.
Pour dissiper ma rage, je me réfugiai en cuisine, emportant l'assiette encore fumante pour la jeter avec fureur dans le lavabo.
Ma rancœur envers Jenny se fit plus intense quand je l'entendis rire aux éclats avec la blonde tout en me lançant un sourire machiavélique.
Elle avait seulement gagné l'affection d'Emma.
J'allais faire mieux.
- Emma m'a promis qu'elle m'apporterait un bon foyer et une belle famille.
Cette révélation fut lancée au moment même où le temps du café fut venu.
Je faillis m'étrangler avec avant de me contenir.
Il n'était pas nécessaire de se montrer faible et tremblante.
Faire fuir Emma n'était pas dans mes projets.
- Et je ne suis pas la candidate idéale, je présume ? demandais-je, sur un ton sec.
L'adolescente prenait un malin plaisir à m'exclure de cette complicité qu'elle partageait avec son ainée.
Elle en jouait même pour attiser mon côté démoniaque et prouver à nouveau que j'étais malsaine pour sa mère adoptive en utilisant mes pouvoirs de manière destructive et abusive.
- Il faut un homme pour Emma, n'est-ce-pas ?
J'observai la concernée hésiter sur sa réponse, espérant qu'elle opte en ma faveur.
Le résultat fut tout le contraire et me fit frissonner :
- C'est vrai qu'il lui faut un environnement solide et stable.
J'écarquillai les yeux en signe d'incompréhension.
- Et vous insinuez que je suis fragile ?! m'écriais-je, consternée.
La justification ne vient pas d'Emma, à mon grand regret :
- Emma insinue qu'elle n'est pas attirée par les femmes.
La réplique de Jenny me fit sourire malicieusement.
Je saisis l'opportunité de la battre à son propre jeu :
- On ne conçoit pas forcément une famille avec un homme, c'est avant tout la joie de vivre avec des êtres que l'on aime.
Pour la première fois de la soirée, Jenny fut incapable de rétorquer.
A mon plus grand bonheur.
- Je suis désolée…
J'étais persuadée que les reproches de la mairesse seraient nombreux face à mon manque de dévotion envers elle.
Il était pourtant ardu de prendre position devant les affrontements entre Regina, cet amour naissant entre nos deux âmes, et Jenny pour qui je me devais d'être un modèle et à qui je devais simplifier la vie et le monde adulte, semblant encore trop désordonné et trouble pour elle.
- Désolée pour quoi ? Pour ce repas désastreux ? Ou votre manque d'intervention durant celui-ci ?! s'écria la brune, sur un ton froid.
Je baissai les yeux au sol, honteuse d'apercevoir qu'elle avait raison et qu'il était temps que je consacre autant de temps à l'une qu'à l'autre, qu'il était obligatoire que la jeune fille cesse d'ajouter toute attaque malveillante, injustifiée et blessante. Regina revenait de loin.
J'avais été incapable de la défendre devant Jenny, la douleur à ma cheville me hantant, la peur de devoir choisir entre l'une des deux m'effrayant au plus haut point.
- Je ne veux pas prendre partit.
J'entendis Regina soupirer, peinée d'encaisser cette lourde cohabitation :
- Vous ne la connaissez que depuis quelques jours et elle vous mène par le bout du nez avec vos points communs, cette jeunesse gâchée que vous avez eues toutes deux…
J'inspirai profondément, essayant de résoudre les désaccords et les conflits persistants :
- Il vous faut du temps à toutes les deux pour accepter l'autre.
Regina hurla, haussant le ton suffisamment haut pour me faire sursauter :
- Jenny ne changera jamais d'avis ! Elle semble dégoutée dès qu'on évoque cette attirance que j'ai pour vous !
Je m'avançai vers la brune qui avait enfouis son visage dans ses mains, désemparée.
La voir aussi attristée me minait tant.
- Je ne laisserais personne choisir l'être que j'aime ! murmurais-je, sur un ton franc.
Je me rapprochai, hésitant sur le comportement à adopter.
Une de mes paumes glissa sur son visage pour y effacer les larmes qui perlaient.
Il fallait remédier à la situation.
- Elle me déteste tant…On dirait Snow ! s'exclama Regina en sanglotant.
La mairesse trouva refuge dans mes bras.
Je fus surprise de la voir soudainement aussi entreprenante, mais me délectais du moment.
Il était rare de nous voir aussi proches.
- Elle est juste un brin sauvage, ça s'arrangera avec un peu d'éducation et sa scolarisation.
Il était temps que Jenny se socialise et oublie son passé d'ermite en forêt.
- Vous comptez l'inscrire dans un lycée ? Il est évident qu'elle n'a quasiment aucune base de…
Je secouai la tête, sachant que Jenny réfuterait toute hypothèse d'être confiné dans un établissement.
Il était préférable qu'une personne digne de confiance l'aide à entrer dans le milieu scolaire.
J'avais en tête la candidate idéale.
- Lui enseigner serait plus évident. Mary Margaret aimerait en plus ! dis-je, joyeusement.
J'imaginais déjà les efforts considérables que pouvait effectuer l'adolescente et ses rapports face aux adultes changer considérablement.
- Elle préfèrerait également un gendre ! soupira Regina, dépitée.
Je relevai avec douceur et tendresse le visage caché sous les mains de la brune, plongeant mon regard droit dans le sien, sans sourciller :
- Je ne me forcerais pas à aimer quelqu'un d'autre que vous.
Sous le choc de ma révélation, Regina me fixa, hébétée :
- De…quoi ?
Je n'avais jamais déclaré ouvertement ma récente aversion et affection pour Regina, mais il était temps avant que tout ne m'échappe…
- Il y a quelque chose entre nous et je ne tiens pas à l'enrayer. Je veux juste…prendre mon temps, que chacun trouve et accepte sa place. Je veux m'épargner un esclandre public.
Un sourire prit naissance sur les lèvres de la brune, qui semblait plus enjouée à présent :
- Snow n'a pas retrouvé la mémoire.
Je ne redoutais pas tant que cela la réaction de ma génitrice, il était d'ailleurs encore trop tôt pour l'appeler par son vrai prénom.
- Je parlais de Jenny. Elle ne veut que mon bien après tout, c'est une manière de me protéger. Et de protéger ses intérêts aussi ! expliquais-je, calmement.
Regina entrelaça ses doigts aux miens, tentant à son tour de faire ressurgir ce qu'elle ressentait vraiment :
- C'est peut-être dingue à concevoir, mais je ne suis plus cette femme qui rêve de vengeance et d'éradiquer tous vos descendants. Je recherche juste à être aimer. Et, étrangement, c'est de vous que j'attends cet amour.
Je fus si touchée que mes lèvres se déposèrent sur son front avant que je ne recule.
Je la savais frustrée.
- Il est préférable de vivre ça en secret. Après tout, nous ne sommes sûres de rien, nous sommes justes aimantées vers l'autre…
Je savais Regina nerveuse à l'idée d'être embarquée dans une histoire dissimulée à la vue de tous.
- Tu fais ça pour Jenny, n'est-ce-pas ?
Le passage au tutoiement me prouvait que la brune était réfractaire.
Je savais qu'il serait difficile de contrôler l'afflux de sentiments, mais ce fut la seule décision possible pour ne blesser personne.
- Elle ne m'adresserait même plus la parole si je lui avouais que je te trouve désirable ! déclarais-je, en grimaçant.
Je me sentais honteuse d'obliger Regina à un futur comportement restreint, à une idylle comparable à des adolescents puérils.
- Cela me rappelle mon passé…chuchota-t-elle, lasse.
Je tentai de rassurer la mairesse :
- Ce n'est que provisoire.
Assises à présent sur le divan, Regina s'installa dans mes bras, bien que ce rapprochement se fasse timidement.
Nous n'étions pas habituées à être si intimes.
Les cheveux bruns éparpillés sur mon épaule, le rire de Regina résonnait à mes oreilles comme une douce mélodie.
Jamais je ne m'étais sentie aussi bien.
- Profitons du moment présent.
Un jour ou l'autre, nous serions contraintes d'assumer.
Et j'optais pour retarder l'échéance…
- Mary Margaret ?
Affutée des vêtements d'Emma, un journal en main et un livre, je me sentais honteuse.
Emplie de vengeance, pressée de détruire Regina et son insolence, j'avais fouillé dans les affaires d'Emma et notamment dans son coffre, lieu où j'étais convaincue de trouver des indices contre l'ancienne Reine.
Je me détestais à l'idée de trahir celle qui faisait tout pour s'approprier le titre de mère, de m'improviser détective, mais il était nécessaire d'agir contre la mairesse.
Elle ne méritait que de souffrir.
- Et vous êtes ? demanda la jeune femme, d'une voix douce.
Je fus étonnée de l'imaginer aussi jeune, mais je ne me dégonflai pas pour autant.
Je n'avais pas parcouru tout l'annuaire et la chambre d'Emma pour m'arrêter en si bon chemin.
- Mon prénom importe peu. Nous connaissons toutes deux Emma ! dis-je, calmement.
Je souhaitais conserver mon identité pour éviter les foudres d'Emma si elle venait à découvrir ce que je lui avais dérobé.
Et ce que je voulais dévoiler.
- Tout le monde ici retient le prénom du shérif…murmura la professeur, méfiante.
Avant qu'elle ne ferme la porte d'entrée, je saisis l'occasion pour me présenter, quitte à oublier toute confidentialité :
- Je suis la jeune fille qu'elle a recueillie, ça vous va ?
Le visage de mon interlocutrice sembla s'illuminer.
Emma devait beaucoup compter pour elle.
Je tenais le bon bout.
- Oh ! Emma est de retour alors ? Pourquoi n'est-elle donc pas ici ?
Je répondis en soupirant :
- Elle est actuellement chez Regina.
- Ce n'est pas forcément une mauvaise chose…Elles ont enfin compris que le bien être d'Henry était en jeu et qu'elles devaient améliorer leurs rapports dans son intérêt.
Je levai les yeux au ciel devant la remarque de Mary Margaret.
Il était temps de raviver sa colère à l'égard de son ancienne belle-mère.
- Sauf que Regina est dans ce livre ! m'écriais-je, en ouvrant les pages de celui-ci.
L'institutrice écarquilla les yeux, en reconnaissant l'ouvrage :
- Le livre d'Henry ? Mais, vous l'avez…
- Emprunté.
Je lui montrai du doigt le portrait de « l'Evil Queen », retraçant la silhouette de la mairesse à la perfection.
Aucun doute ne pouvait subsister.
- Vous ne pouvez niez la ressemblance frappante ! insistais-je, sur un ton ferme.
J'aperçue la colocataire d'Emma reculer, soudainement effrayée.
Les souvenirs ne tarderaient pas à envahir son esprit.
- Qu'est-ce qui vous a poussé à venir jusqu'ici ? Comment avez-vous eu mon adresse d'aill…s'indignait –elle, en fronçant les sourcils.
Je m'avançai, résolue à la ramener à la raison :
- La réponse ne nous aiderait en rien. Les personnages décrits dans ce livre sont réels, il y a en a d'ailleurs un juste en face de moi.
Mary Margaret éclata de rire :
- Alors vous aussi vous me prenez pour Blanche ? Ou Snow selon les versions ?
Je serrai les poings devant son ton ironique :
- Il n'y a rien de drôle, c'est la vérité !
La porte s'entrouvrit un peu plus pour laisser un homme passé.
- Mary ? Qui est-ce ?
L'inconnu me paraissait familier.
- Une amie ! dis-je, à la place de Mary Margaret.
Celle-ci semblait désorientée face à la situation.
- Enchanté. Je suis…
Je coupai immédiatement l'inconnu, son nom me revenait en mémoire :
- Je vous connais, vous êtes aussi dans le livre.
L'institutrice soupira bruyamment face à mon obstination et commença à me fermer la porte au nez, comme précédemment :
- Il serait peut-être temps d'arrêter avec ces contes imaginaires ! clama-t-elle, dépassée.
David ouvra alors la porte, en m'intimant d'entrer.
Face à la fureur de l'enseignante, il se justifia :
- On ne peut pas nier qu'il y a des faits étranges tout de même. Il nous faut une explication.
Je souris en voyant Mary Margaret se taire et me demander de prendre place au salon.
Elle semblait se plier facilement aux autres.
Trop facilement.
- Il a raison. En réalité, vous êtes mariés ! dis-je, en les pointant du doigt.
Dans le monde magique, ces deux-là étaient les parents d'Emma et donc un couple.
Il était juste difficile de leur faire entendre la vérité.
- Je ne parlais pas de cette élucubration, je suis déjà marié voyez-vous ! lança David, en me montrant une alliance.
Je souris en imaginant la pure Snow en amante, bien que ça ne serait plus le cas d'ici peu :
- Plus pour longtemps…
- Et ça se prend pour une voyante ! s'écria-t-elle, en fronçant les sourcils.
David intervint enfin :
- Mary ! N'oublie pas cette couverture que tu as retrouvée !
Sa réplique ne passa pas inaperçue.
Tout pouvant nous aider à faire de Regina une ennemie, j'incitai David à continuer de parler :
- Quelle couverture ?
Mary Margaret sembla alors gênée et me donna le dit objet :
- En aidant Emma à préparer ses affaires pour Bar Harbor, j'ai découvert un linge de naissance. En le tenant dans mes bras, j'ai vu un bébé et moi –même, mais différemment…Comme si c'était une vision du passé. Je paraissais plus jeune. Et j'ai revu ce petit être plusieurs fois…
Je souris avec délectation, je me rapprochais de mon but final.
- C'est encore plus étrange quand on sait qu'il appartient à Emma. Même si l'on pourrait envisager qu'on a des gênes en communs, des liens, nous n'avons que peu d'écart d'âge. C'est absurde ! s'exclama David, troublé.
Quelque chose de plus significatif que ce morceau de tissus devait être utilisé à bon escient pour les aider.
C'est ainsi que je leur tendis le journal, un article recensant la découverte d'Emma, n'étant à l'époque qu'un nourrisson, trouvé au bord d'une route, dans un arbre amoché.
- Peut –être que ceci vous aiderait.
L'institutrice comprit rapidement que j'avais fouillé dans les effets personnels de sa colocataire à en juger par sa mine colérique :
- Où avez-vous trouvé ça ?! Fouiller dans la vie des gens va vous attirer certains problèmes…
J'oubliai rapidement le ton sec de Mary Margaret pour captiver leur attention sur le journal :
- Cet article ne vous dit rien ? Il n'évoque aucun souvenir ?
C'est alors que la brune toucha le papier et fut comme transcendé par le contact.
- Mary ?
Je ne pus que sourire malicieusement devant son air effrayé.
Je touchais droit au but ultime.
- Le bébé, il était dans l'armoire…murmura Mary Margaret, à l'encontre de David.
J'intimai l'ordre à celui-ci de se rapprocher de l'article :
- Touchez le papier.
- Quoi ?
Devant son incompréhension, je déposai moi-même sa main sur le vieux journal.
L'effet fut celui escompté.
- Cette armoire contenait notre bébé ! crièrent –ils en chœur.
J'étais persuadée qu'ils avaient retrouvés leurs véritables statuts.
- Où est Emma ?
Je commençai à rire, cruellement, avant de répondre :
- J'ai encore mieux. Je sais où se trouve Regina.
Il en était finit de celle qui courtisait Emma.
TBC
