Nous avons décidé de partir. Tous ensemble. Mais toutes les deux. Comme toujours.
Nous avons toujours été ensemble, quand nous avons vécu, quand nous somme mortes, quand nous sommes arrivées dans ce monde étrange.
Voila. C'est fini maintenant. Nous allons disparaître. Tu me tends la main, tes yeux azur me fixent, se remplissent de larmes. Ne pleure pas... je suis là, avec toi, comme toujours. Ne pleure pas. Pas maintenant.
Je retiens mes larmes, tandis que tu me serres la main. Je ne pleurerai pas. Pas après tout ça. Je n'ai pas pleuré quand nous vivions cette vie misérables, parce que nous étions ensemble. Et là, tu es avec moi. Alors je ne verserai pas une larme.
Tu respire un grand coup, et tes yeux se vident de cette eau au goût salé. Comme avant. Tu es forte, tu sais... J'ai repensé au passé, quand il fallait prendre cette décision de rester ou non. Ce passé que nous avons vécu ensemble. Y penses-tu ?
Un voile s'est posé sur tes grands yeux gris. Tu penses à avant hein ? Je m'en souviens, de cette enfance... Nous étions deux enfants introverties, nous jouions de la musique ensemble. Nous étions toujours ensemble...
On se débrouillait pas mal, toutes les deux. La musique était notre monde, notre échappatoire. Nous étions orphelines, et dans cette « maison », nous étions les plus chétives, timides. Te rappelles-tu de ce gamin ? Celui qui nous persécutait ? Oui, évidemment...comment l'oublier ?
Nous allons partir, et je me remet à penser à notre mort... nous nous étions enfuies de l'orphelinat. Nous avions seize ans. Cela fait maintenant quelques années que nous ne grandissons plus. Ce garçon... il nous menait la vie dure. Il avait fini par retourner tous les enfants contre nous. Alors dès que nous avons eu l'âge de travailler, nous avons décidé de partir. Tu te souviens ? C'était le jour de ton anniversaire, quand nous avons quitté cet endroit...
Nous nous étions enfuies, main dans la main. L'orphelinat était en haut d'une falaise. Nous connaissions le chemin par cœur, alors nous nous sommes sauvées la nuit. Nous n'avons presque rien pris, justes quelques sous que nous économisions, une paire de vêtements propres, mon médiator préféré, et tes baguettes fétiches. Nous sommes parties, nos légers sacs sur le dos, dans la nuit d'encre. Main dans la main.
Je revois encore cette nuit. Nous avions le cœur rempli d'espoir. Nous chuchotions de plans d'avenir. Tu parlais de travailler, pour pouvoir entrer dans un conservatoire, et faire ce qu'on avait toujours fait, toujours voulu faire : jouer de la musique, encore et encore, ensemble. Tu marchais devant, enserrant ma main comme pour me donner du courage. Puis c'est arrivé.
Chienne de vie. Juste au moment où on commençait à apercevoir un avenir, à rêver, à espérer, à goûter à notre liberté, nous qui vivions au jour le jour, cette vie, celle pour laquelle on s'était battue, nous a été retirée. Je le vois encore, ce chemin s'effondrant sous mon pied. Je le vois encore, ce vide immense dans lequel nous sommes tombées. Et je vois encore cette main dans la mienne, jusqu'à la toute fin.
Nous sommes mortes. Et nous nous sommes réveillées dans cet étrange endroit. Main dans la main. Cet endroit où nous avons continué notre lutte pour la vie. Où nous avons rencontré notre leader, celle qui était partie en chantant le plus bel hymne à sa vie cruelle il y avait aussi cette mystérieuse Hisako, qui nous galvanisait par son énergie puis il y avait cette petite furie aux cheveux roses et puis la chef du SSS, la plus vaillante combattante. Aujourd'hui finissait sa lutte. Accepterait-elle ce passage ? Nous devons aussi remercier Otonashi.
Sans Otonashi, peut-être serions-nous toujours en train de nous battre contre ce Dieu, qui n'était en vrai que le symbole de notre rancune, de notre colère. Merci beaucoup, à toi. Maintenant, nous allons partir.
Ensembles, main dans la main, comme toujours.
