Mot de l'auteur : Drabble, écrit sur un coup de tête en 2013 / 2012 ...? Transformer et réécrit fin 2020. Il est tiré de l'épisode dix-huit de la saison deux.
« Quelque chose d'amer. »
Il y avait dans tout ça, un arrière-goût de déjà-vu, un déjà-vu lointain. Quelque chose d'amer, qui vous enserre la gorge jusqu'à l'étouffement et qui vous prive de vos sens. Un engourdissement étrange et déplaisant qui fait que vos jambes deviennent moites, qu'on pèse désormais trop lourd pour qu'elles puissent nous supporter. Une sensation de désespoir qui vous envahit, telle une légère goutte d'eau qui descend de manière imprévisible sur votre peau. C'était pire que tout au monde comme sensation.
L'assourdissement de la foule en délire, toujours à fond dans le match ; pour eux aussi l'adrénaline doit redescendre. L'arbitre qui siffle la fin du match, à bout de souffle. Le compteur de point qui se met à clignoter, dans un rythme régulier avec et le panneau qui affiche le vainqueur en grandes lettres.
Le corps tremble, le cerveau est débranché. Le retour de la zone se fait progressivement, tout se doit de se remettre en place. Il est primordial d'attendre que tout s'accorde. Les portes se referment, doucement et calmement tu en sors, comme si tu quittais ta chambre le matin pour te diriger au lycée. La zone te rend cotonneux, et le retour à la normale provoque ton effondrement.
Tes genoux te lâchent pour de bon, et tes paupières se ferment pour se rouvrir au moment où tu comprends que tu risques de t'endormir d'un seul coup. Tes lèvres s'articulent, se mettent en mouvement pour tenter de laisser échapper des mots, mais tout ce qui les traverse sont de sombres murmures, des gémissements de désespoir : ton corps à déjà compris, bien avant ton esprit qui refoule la dure réalité.
Tes oreilles bourdonnent, tu as l'impression que la foule en délire est là, tout près de toi, juste à côté de tes tympans et qu'elle hurle volontairement dedans. Il y a trop d'informations pour une seule personne, trop de choses à accepter pour quelqu'un qui a toujours eu ce qu'il voulait, pour quelqu'un contre qui personne ne s'opposait. Surplus d'informations : il est censé avoir gagné.
Les lèvres s'entrouvrent au ralenti, tu voudrais murmurer, parler, crier, hurler « Pourquoi ? ». Parce que tu comprends bien que ce n'est pas le nom de ton équipe qui est scandée, que ce ne sont pas les noms de tes coéquipiers qui sont acclamés.
« Levez-vous, bande de crétin ! tu hurles, la voix emplis de dénis. Pourquoi vous n'bougez pas ? En attaque. »
Tu refuses de comprendre, tu refuses de voir que c'est terminé, que le temps est écoulé.
« Lève la tête vers le panneau. »
Comme un robot, tu t'exécutes. Si tu n'étais pas déjà à genoux, tu sais bien que tu serais retombé et de bien plus haut que de ta propre taille. Tu tombes de ton trône et toutes tes certitudes sont désormais ébranlées. Ta première vraie défaite, tu ne pensais même pas t'entendre un jour penser ses mots.
Tu souffres, ça tu n'en doutes pas. Tu ressens ce que bien d'autres ont ressenti en t'affrontant. Tu comprends enfin l'humiliation qu'ils ont vécue, que tu leurs as fait vivre tout en les prenant de haut, incapable de te compter de juste ta victoire. L'impression de déchirement à l'intérieur de toi s'empare de tout ton être. La haine à l'égard de l'équipe adverse, celle qui vient de te battre, de te faire plier genoux à terre, ne cesse de croître.
Les larmes de tristesse qui perlent au coin de tes yeux, sans pour autant glisser le long de tes joues, en disent long sur ton état.
« J'ai perdu. J'ai perdu. »
Tu te répètes, la saveur de ce mot est étrange sur ta langue, inconcevable, improbable. Mais, impitoyable.
« Pourquoi fais-tu comme si c'était terminé ? Pourquoi fais-tu cette tête ? Ça ne fait que commencer. Y'en aura d'autres, des matchs et j'te défierais encore. »
Kagami et sa stupide gentillesse. Kagami et sa bête envie de se confronter à toi, alors qu'il vient de clairement te montrer sa supériorité, sa détermination à t'écraser.
« Aomine-kun … »
Kuroko, transpirant. Plus transpirant qu'il ne l'a jamais été. Tu te revois, hargneux, lui dire que son basket ne peut pas gagner. Tu as parlé beaucoup trop vite, pas vrai ? Parce qu'aujourd'hui, la réalité est tout autre : aujourd'hui, son basket t'a terrassé. Tu t'écrases lentement au sol.
« T'as gagné, Tetsu. »
La défaite à un sacré goût amer, comme un déjà-vu. Tu n'arrives pas à t'en souvenir car, tu as toujours été fort et doué. Tu n'as jamais perdu un seul de tes matchs, une seule de tes rencontres. Cette défaite, c'est ta première vraie défaite au basket. Parce que maintenant que tes idées sont claires, sont limpides et ordonnées, tu sais que depuis longtemps tu as perdu contre Kuroko. D'où le goût de déjà-vu.
Un jour, tu l'affronteras de nouveau, et peut-être que tu changeras finalement la donne. Rien n'est impossible, c'est ce que tu comprends maintenant. Tout est à revoir, à reconstruire mais il te faut encaisser. Encaisser pour en ressortir grandi.
Son point est levé vers toi, et ses yeux ne sont pas moqueurs. Une expression étrange s'inscrit sur ton visage. Le temps d'une seconde, une vision se glisse dans ton esprit, passe devant tes yeux … Tu te revois plus jeune partir en courant après avoir gagné en match, sans taper dans son poing, sans taper dans le poing de ton ombre. Quel idiot tu as été, parce que Kuroko a été celui qui t'a permis de t'élever, et tu l'as juste rejeté, rabaisser au même niveau que tous les autres dans le seul but de te sentir supérieur.
« T'as toujours pas tapé dans mon poing. »
Malgré toi, tu souris.
« Quoi ? », tu rigoles et tes yeux n'expriment que de la joie. « Tout le monde s'en fout ! »
Une main devant les yeux, tu tentes stupidement de te défiler, alors que tu meurs d'envie de taper à nouveau son poing contre le tien. Tu meurs d'envie de te rattraper pour cette fois-là, peut-être juste pour lui faire comprendre que tu n'as pas oublié, que tu t'excuses.
« Non ! », rechigne le bleu. « Essaie de te mettre à la place de celui qui prend un vent. »
Ton expression se change et tu te vexes légèrement. Kuroko a raison, entièrement raison. Alors tes lèvres se retroussent en un léger rictus, mais loin d'être rieur.
« Très bien. »
Tu capitules, tu ne peux faire que ça, de toute façon.
« Mais, c'est la dernière fois. »
Vous le savez très bien tous les deux, mais tu te sens quand même obligé de le préciser. Alors, à ton tour, tu approches ton poing du sien. L'espace d'une fraction de seconde, c'est comme si rien n'avait changé entre vous, vous vous retrouvez comme dans le bon vieux temps.
C'était la dernière fois, tu en es certain. Mais au fond de toi, bien loin de la nostalgie et de la tristesse, c'est le soulagement qui t'étreint. Le soulagement de l'avoir enfin fait.
« La prochaine fois, je gagnerai. », tu ne peux t'empêcher de les provoquer.
« D'accord. »
Garde l'esprit ancré sur tes épaules, les choses ne font que véritablement commencer.
