Auteur : Drusilla
Paring : HG/SS quelle question !
Rating : R
Disclaimer : Je crains ne devoir me contente d'emprunter Severus et Hermione. J'endommage un peu Hermione mais je suis prête à payer la caution.
Résumé : A quoi ça sert d'être une sorcière si c'est pour mourir comme un moldue ? Les sorciers ne prennent pas le métro Hermione. Juillet 2005. Une bombe explose à la station de King Cross, laissant Hermione définitivement aveugle. Comment continuer ses études à Poudlard ? Mais avec l'aide de Severus bien sûr !
Chapitre 7 : Ce monde à part
Deux mois s'étaient écoulés. Hermione ne s'en était même pas rendu compte et pourtant ils étaient dimanche soir, la veille d'Halloween. Prise entre son travail et ses sorties avec Severus elle n'avait pas trop le temps de penser à autre chose qu'à avancer. Depuis deux semaines elle voyait un psycomage de Pré-au-Lard qui l'avait bien aidé.
Cependant il y avait une chose dont elle n'osait parler à personne. Ni Cyrielle ni son psy ne pourraient comprendre. Au-delà encore de sa manie de vouloir percer le noir si effrayant il y avait la solitude. Son esprit jours après jours devenait un peu plus renfermé. Elle n'avait plus vraiment de contact avec l'extérieur, plus de gazette des sorciers, plus de lectures passionnées. Même ce qu'elle voyait au quotidien lui manquait.
Cette solitude la rongeait mais impossible de décrire à qui que ce soit ce manque cruel qui se faisait ressentir. Ce besoin presque vital de lire quelque chose, de s'échapper de son esprit. Si de manière générale elle commençait à accepter son état, lire était la seule chose qui lui faisait chaque soir penser à tout abandonner. A quoi bon une vie enfermée. Elle qui avait toujours été libre à sa manière ! Ce n'était pas imaginable.
Elle aimait pourtant de plus en plus sa nouvelle vie. Severus apprenait à servir à quelque chose à nouveau et, elle le voyait dans l'intimité de leurs appartements, il était heureux. Leur cohabitation était facile, elle ne prenait pas trop de place et il était très patient. Chaque problème était discuté et résolu ce qui leur permettait une bonne entente. En dehors des cachots il redevenait ce bâtard graisseux mais ça la faisait rire à présent. Elle avait l'impression de tenir un grand secret. Elle, elle savait qui était le vrai Severus Rogue.
Si seulement l'ennui n'était pas aussi présent. Elle donnerait tout pour avoir de nouvelles informations à analyser. Quelque chose à donner en pâture à son cerveau pour l'occuper. Souvent le soir après ses devoirs elle discutait avec Severus mais ce n'était pas suffisant. De plus en plus en elle revenait cette douleur qui lui enserrait le cœur à la pensée de tous ces livres qu'elle ne lirait plus jamais.
Parfois quand Severus n'était pas là, comme ce soir, elle glissait ses mains le long de la bibliothèque. Chaque côte de chaque étagère était passée en revue. Elle avait besoin de sentir les livres, pourtant elle savait qu'elle se faisait du mal. Elle aurait du chasser cette envie de sa tête. Plus jamais elle ne pourrait les lire. A quoi bon.
Mais ce soir, c'était trop. Elle n'en pouvait simplement plus. Une vie sans livre, aussi belle qu'elle soit n'était pas envisageable. Elle se laissa doucement glisser à terre, les genoux repliés contre sa poitrine et fondit en larme. C'était la seule fonction que ces yeux pouvaient encore effectuer. Pleurer. Sortir toute cette souffrance en elle, ce manque qui faisait trembler chaque parcelle de son corps.
Elle aurait voulu fermer les yeux très forts et se dire que quand elle les rouvrirait il ferait jour à nouveau. Comme avant. Mais l'injustice serait toujours là. Elle ne verrait pas. Ce n'était pas possible. Qu'allait-elle faire ? Passer sa vie entière à essayer de percer le noir, à prier et gémir ? A souffrir de son isolement ? Aurait-elle vraiment la force de tenir le coup ? Elle n'en était pas certaine.
Severus était épuisé. Cette réunion des professeurs avait été très dure. Ils avaient un problème avec les troisièmes années Gryffondors et Serpentards. La relève Potter/Malefoy était regrettablement assurée. En rentrant il ne rêvait que d'une chose c'était un bon bain. Mais il eut la désagréable surprise de trouver Hermione en larme.
Il resta un instant figé devant ce spectacle incongru. Jamais, jamais il n'avais assisté à une telle crise de larme. Parfois oui, elle laissait son chagrin sortir hors d'elle mais c'était sous forme de larmes silencieuses, roulant sur ses joues discrètement. Là ça ressemblait plus à la souffrance de toute une vie qu'on expulse d'un coup, quand les nerfs lâchent.
Bien, s'il y avait une chose dont il était sur, c'est qu'elle n'était pas dans cet état pour s'être cassé un ongle. Il n'aurait jamais du la laisser seule aussi longtemps, même avec ces galions si pratiques qui l'auraient prévenu en cas de problème. Une pièce chauffante fabriquée par la jeune fille elle-même ne pouvait avertir quand ce n'était pas le corps qui cédait.
Il prit soin de s'annoncer comme toujours avant de la toucher. Ses deux mains l'enserrèrent puissamment. Elle se laissa aller contre son torse, acceptant cette présence qu'elle aurait il y a quelque mois refusée. Aujourd'hui elle se sentait soulagée qu'il soit là, même s'il devait la prendre pour une vraie cruche. Elle ne pouvait pas se contrôler, elle ne le voulait pas. Elle ne voulait plus rien maintenant. Juste arrêter cette mascarade, ce semblant de vie.
Il ne bougea pas. Bien sûr le fauteuil aurait été plus confortable mais il ne pouvait pas se résoudre à remuer. Elle s'était calée contre lui. Depuis combien de temps ne s'était-il pas permis de tenir une femme ainsi ? Trop d'années où la honte l'éloignait de toute chaleur humaine. Aujourd'hui il ne pouvait pas avoir honte. Elle était son salut. De quel droit pouvait-il la laisser souffrir ?
Les larmes ne semblaient pas vouloir se tarirent. Il se mit donc à lui parler doucement, à lui chuchoter des mots réconfortants. Pas de banalités, il ne se le permettrait pas. Encore moins des mensonges. Non, de l'espoir, quelques mots qui pourraient lui faire retrouver le contrôle de ses nerfs. Des mots pour la revoir s'illuminer de ce doux sourire qui ne la quittait que rarement.
Elle l'écoutait, elle se calmait, bercée par cette voix profonde. Doucement son chagrin se changeait en désespoir. Elle ne pleurait plus, parce que les larmes étaient vaines. Sa douleur était la même. Rien n'avait changé, les pleurs ne l'avaient pas calmée. Elle ne savait pas comment s'en sortir, si bien que quand il lui demanda ce qui n'allait pas, elle fit une chose impensable pour elle. Elle lui avoua. Tout.
Si quelqu'un pouvait comprendre, c'était bien lui, elle en était sûre. Personne d'autre que lui. Mais il ne dit rien. Quand elle eut fini de tout raconter, il ne parla pas. Doucement il la releva. Elle grogna un peu, la fatigue gagnant son corps. Elle reconnu le tissu du canapé et se laissa aller. Quand les bras forts qui l'entouraient disparurent, elle gémit.
Pendant un instant, elle l'entendit farfouiller, et enfin sa voix retentit. Pas pour lui dire qu'elle était une idiote non, mais des phrases sans sens. Il fallut à Hermione plusieurs minutes pour réaliser qu'il lisait. Il lui lisait un livre à haute voix ! Elle reconnu l'Anthologie des Sorts et Enchantements du XVIIème siècle.
Severus lut sans relâche, jusqu'à ce que sa gorge lui fasse mal. Il voyait le visage d'Hermione resplendir, et rien que pour ça, il aurait continué toute la nuit. Mais il constata au bout d'un moment qu'elle s'était profondément endormie. Son sourire en disait long sur ses rêves.
La réveiller lui semblait impossible. Il se résolut donc à la porter jusque dans sa chambre. Sa crise de larmes avait du véritablement l'épuiser pour qu'elle ne remue même pas. Il ne se permit pas de la déshabiller et la glissa directement dans les draps qu'il rabattit soigneusement sur la jeune fille.
Puis il resta immobile à la regarder dormir. Elle était magnifique. Si différente de la gamine broussailleuse qu'il avait vu franchir les portes de la grande salle il y a sept ans. C'était maintenant une femme. Une femme aveugle. Si seulement il avait su… Il avait été si odieux. De quel droit aujourd'hui était-il celui qui marchait à ses côtés ?
Et s'il n'y arrivait pas ? Elle ne pourrait jamais retrouver une vie normale. Allait-il rester prêt d'elle jusqu'à la fin de ses jours pour lui lire des livres ? Lui ça ne le gênait pas, elle était devenue sa raison de se lever le matin, mais elle, elle voudrait tôt ou tard prendre son envol, rencontrer quelqu'un et vivre.
Il n'était pas sûr d'être le bon. Les doutes, même s'il ne lui montrait pas, étaient très forts. Elle aurait mérité bien mieux que lui. Ses cachots n'étaient pas un lieu pour une jeune femme. Elle méritait mieux oui. Pourtant jamais il n'aurait pu songer à la laisser.
