Mémoire d'Elilah

Manga: Tsubasa reservoir Chronicle

Disclamer: En cours d'acquisition, mais comme on est légèrement 34 657 fans à se les arracher, je doute que j'obtienne l'intégralité des droits avant longtemps ! Au moins, je peux leur faire subir ce que je veux tant que je précise qu'ils sont aux Clamp :p

Aussi bien que le nom de la fic me soit venu spontanément, je me demande si je dois mettre un disclamer pour le titre qui me réfère au sublimissime God Child de Kaori Yuki et son organisation pas très catholique Delilah ... mouais mais comme y'a aussi eu une chanson dessus, on va pas chipoter pour un nom, je vais me contenter de faire ce rapprochement :)

Merci aux reviews ca m'a fait super plaisiiiiiir T-T

Eiko: Heureuse de voir qui tu aies eu internet à temps pour ce premier chapitre ! Mais tu vas devoir attendre quelque semaines avant la fin donc retape toi les 5 premiers chapitres hé hé !

Cycy: Allez tous ensemble dans le club des blagues lourdingues :) Et merci pour l'espoir que tu porte en cette fic dès les premières lignes, j'espère que la suite te plaira !

Aelin Ueal: Ces quelques lignes vont-elles te rendre la paroles? O.o

Ayu: Voial Kuro va bien devoir faire face à la réalité des évènements, j'espère que ca sera à peu près comme tu l'imaginais ;)

Irissia 87 : Poé poé coucou ! J'espère que tu auras encore pleiiiiiiiins de choses à dire sur ce chapitre ha ha ha ! Y bonne chance pour les cours !

Sachi-mi-chan: Merci de suivre avec autant d'attention cette nouvelle fic :) Et ouais je ne suis pas une fan absolue des Chti quand même, mais le Nord, qu'est ce que c'est beau !

Voila donc le chapitre 2 commence, il est un peu plus long que les autres, j'ai dû me gourer dans le découpage mais on s'en fout, bonne lecture !

Chapitre 2: Ma chère Prêtresse

Allongé sur mon matelas qui me grattait le dos et démangeait les reins, les yeux rivés sur ce plafond abstrait de toute attraction particulière, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. A le chercher aussi. Oui car j'étais plus occupé à ressasser chaque information et détails de cette soirée incongrue que de songer à m'endormir de nouveau, par crainte de m'assoupir encore des jours durant et de me réveiller dans une galaxie lointaine qui serait, qui sait, envahie par une colonie de Mokona …

Après le départ précipité du gars blond, j'avais demandé aux enfants ce qui leur faisait croire que la plume qu'ils cherchaient était ici. Shaolan s'était alors poliment exprimé pour me raconter l'histoire de ce pays et les résultats des recherches qu'ils avaient commencé depuis 5 jours déjà…

« Cela fait des décennies qu'au Pays d'Elilah se trouve un territoire étrange et terrifiant où nul n'ose plus s'aventurer depuis que les effets qu'ils génèrent sur ceux qui y pénètre se sont répandus. Les habitants l'on baptisé, par opposition aux terres Connues où nous nous trouvons, les Terres Inconnues, en raison du fait que l'on en peut rien savoir sur cet endroit.

C'est comme si ce terrain se protégeait, ou protégeait quelque chose… En tout cas, cela n'a rien d'une force normale, il y a forcément de la magie ou une entité puissante qui alimente cette énergie défenseuse ou protectrice…

- Donc forcément, tout ce qui est magique ou anormal pour la population est lié à la plume ? Avais-je résumé, encore un peu confus.

- Pas nécessairement, il y a certains pays ou la magie est un mode de vie, et utilisé quotidiennement. Bien qu'ici on fasse parfois appel à des mages ou des prêtresses, il y a un autre détail qui nous fait croire que la plume de la Princesse est lié à cet événement.

- Comme on vous l'a précisé, continua la principale concernée, ces plumes contiennent ma mémoire et peuvent aussi entrer en interaction avec celle des gens…

- Comme dans le monde de Rekord, s'exclama Mokona, où le Livre de la Mémoire qui contenait la plume révélait le passé de la dernière personne à l'avoir touché !

- Donc ces Terres Inconnues ont un rapport avec la mémoire, c'est ça ?

- En effet, conclu Shaolan, un grand nombre des personnes qui on pénétré dans ces Terres ne sont jamais revenues, et dans le cas contraire, elles étaient... amnésiques. »

Voilà qui pouvait sûrement expliquer mon état actuel. Shaolan avait précisé par la suite que le second jour, nous nous étions séparé pour chercher des informations auprès des mages ou des habitants sur les gens disparu et sur la Frontière, et c'est justement à la limite de celle ci que, aux bouts de quelques heures, il m'avait retrouvé inconscient et ramené chez eux avec l'aide du blondinet.

Je me refusais à croire que j'avais été stupide au point d'avoir moi-même franchi cette séparation, ou y avoir été forcé. Malgré les explications claires qui m'avaient été données, de nombreuses zones d'ombres subsistaient encore.

Alors que je me concentrais de toutes mes forces sur mes souvenirs disparus afin d'éviter de succomber à l'envie me gratter une énième fois le dos, j'entendis la poignée tourner lentement et porte de la chambre s'ouvrit dans un léger grincement.

Toujours frustré de ne pas sentir mon katana attaché à ma ceinture, je me redressais pour apercevoir la silhouette fantomatique de Fye. C'est vrai que nous partagions la même chambre mais vu son départ précipité je ne m'attendais pas à le voir rentrer avant le petit matin. Je devrais d'ailleurs songer à m'excuser de mon attitude, au cours du diner. C'est vrai ce mec était peut être en plein régime pour sa ligne, ou un ancien anorexique hospitalisé, voire même un boulimique rééduqué, ce qui confirmait sa réaction et cet air qui me sembla plus éreinté...

Alors que je réfléchissais à la meilleure formulation possible qui m'éviterait une nouvelle bourde, le blond s'aperçu de ma présence et me jeta un coup d'œil hautain :

« Ah. Tu ne dors pas. »

Gentil l'accueil, alors que j'allais faire l'effort de me montrer sympathique. C'était bien la première et la dernière fois que je tentais d'être aimable avec lui.

« Non, à ton avis nigaud, je roupille les yeux ouverts. »

Il referma la porte avec moins de réserve et je fus surpris de voir avec quel mépris il me dévisagea, un regard complètement différent de celui du souper, avec autant d'appréhension et de condescendance que si je venais d'une autre dimension (ce qui était le cas en fait …)

« A quoi tu joues « Kurogané » ? »

Ouh là, avec un peu moins de haine dans la voix et j'aurai encore pu faire l'effort de répondre gentiment. Mais j'étais heurté de la façon insolente avec laquelle il insista sur mon nom, comme s'il s'agissait là d'une chose répugnante et contagieuse.

« Je te retourne la question, où tu as échangé tes sourires niais contre cette exécration? C'est ce que j'ai dit à table qui te froisse à ce point ? »

Je doutais bien sûr que mon simple propos à table ait été responsable de sa présente attitude. Il me savait amnésique, donc ignorant de tous les sujets tabous, il n'allait pas me jeter la pierre pour si peu.

Non, j'avais sûrement affaire à un schizophrène, un malade dans le genre. Le contraste avec la personne chaleureuse qu'il avait affiché à table et cet homme froid dans ma chambre était bien trop saisissant pour appartenir à la même personnalité.

« Alors même ça, tu l'as oublié ? Questionna-t-il, visiblement outré, comme s'il parlait à un gosse qui ne veut pas retenir sa leçon.

- Oublié quoi ? Répliquais-je en faisait l'effort de ne pas lui cracher ma colère à la figure.

- Que je te hais. »

Bon bah voilà au moins entre lui et moi, c'était clair. Nous partagions des sentiments manifestement réciproques. Comment avais-je tenu une année entière à ces côtés sans le transformer en carpaccio humain ?

Qui sait, peut être étais-je responsable de sa blessure oculaire, cachée par ce tissu noir qu'il n'enleva même pas pour se glisser sous ses draps. En tout cas, nous n'échangeâmes plus aucuns mots jusqu'à ce que le sommeil triomphe enfin sur mes intenses réflexions…

oOo

TOC TOC TOC

Les petits coups qui se voulaient légers sur la porte résonnèrent comme un gong à mes oreilles. Je soulevais mes paumières lourdes pour voir que la pièce baignait dans une clarté éblouissante et j'en déduis que l'heure était déjà bien avancée… Un bref coup d'œil à la couche à mes côtés me signala que Fye été déjà sorti. Son lit n'était pas fait, et je fus étonné de voir avec quelle précipitation il semblait s'être éclipsé sans me réveiller.

« Oui c'est bon entrez. »

C'était Sakura, un sourire aussi radieux que ce jour ensoleillé qui commençait, tenant entre ses mains un bol de thé fumant dont l'arôme réveilla immédiatement mes papilles.

« Je vous ai réveillé ?

- Non non, c'est bon, mentis-je dans l'intention de ne pas la peiner. C'est pour moi ?

- Oui, comme je sais que vous aimez la menthe, je vous l'ai faite bouillir. C'est un breuvage pour que vous rétablissiez vite.

- Je suis amnésique, pas mourant. »

La jeune fille sourit de plus belle à ma remarque et s'assit à coté de moi, en me tendant mon petit déjeuner.

« Oui, mais comme vous vous donnez toujours l'air d'être résistant, et ne dites jamais quand ça va mal … j'ai pensé qu'après vos émotions d'hier, cela ne serait pas de refus, non? »

Diable, comment cette enfant pouvait me connaître à ce point? L'éventualité d'avoir partagé des mois de ma vie avec ces compagnons se révélait de plus en plus probable, et je commençais enfin à prendre au sérieux cette histoire de perte de mémoire.

« On est à présent deux amnésiques dans le groupe si j'ai bien suivi… »

Elle ne répondit pas à cette phrase que je voulais plutôt relaxante, et je me promis de ne plus tenter de faire de l'humour en sa compagnie.

« Nous avons déjà retrouvé un grand nombre de mes souvenirs, dit-elle enfin, le regard perdu. Tout ça c'est grâce à vous, Fye-san et … Shaolan. »

Elle prononça son nom avec tant de mélancolie que je sus que sa relation avec le jeune homme était on ne peut plus complexe. Quoique moi et le gars blond on pouvait probablement tenir la compétition. Je me risquais donc à entendre ce que je craignais d'entendre :

« Dites-moi Princesse, je peux vous poser une question un peu … directe ?

- Allez y.

- Y'aurai-t-il une raison pour que Fye m'en veuille? »

Elle ne pouvait plus le nier, suite à sa réaction équivoque: elle me regarda les yeux pleins d'angoisse et elle se pinça les lèvres, ne sachant visiblement que répondre.

« Shaolan a dit hier soir qu'il ne m'avait pas tout raconté, à propos de notre voyage. Me décidais-je à dire pour rompre ce silence pesant. Il s'est passé quelque chose à Tokyo, qui expliquerait son comportement? »

Sakura massait nerveusement ses mains et elle lâcha dans un souffle :

« Il s'est passé beaucoup de chose à Tokyo, mais je ne pourrais pas vous dire ce que j'ai vu de mes propres yeux. J'étais … endormie. »

Alors que je songeais bêtement que cette enfant n'avait rien d'autre à faire que la sieste pendant qu'un incident terrible se tramait, elle s'exprima prestement comme si elle voulait en finir rapidement :

« Shaolan que vous avez vu hier n'est avec nous que depuis ce moment là. Nous avons appris que le ''Shaolan'' avec lequel nous voyageons depuis un an n'était qu'un clone contrôlé par Fei Wang Reed. Pourtant, il était si … si gentil, si attentionné, si courageux… Mais le sceau qui protégeait son cœur s'est brisé, révélant sa vraie personnalité : un pion sans sentiments ayant pour seul but de trouver mes plumes en éliminant tout ceux qui se trouveraient sur son chemin. »

A ces mots je compris immédiatement l'ampleur et le drame de la situation: la Princesse était tombée amoureuse de son compagnon, ce Shaolan qu'elle avait vu ensuite se métamorphoser en machine à tuer. D'où la douleur de sa voix en prononçant son nom. Je m'en sentis troublé et affligé, et je passais mon bras autour de ses épaules tremblantes :

« Je suis désolé, Princesse. »

Ses mains tremblèrent et sa voix se perdit dans un hoquet. Je réalisais alors qu'elle était en train de pleurer. Et voilà, j'étais même pas levé depuis 5 minutes que je faisais déjà pleurer une fille... Finalement en un an mon côté brutal et indélicat ne s'était guère estompé.

« Kurogané a fait pleurer Sakura ! Siffla une voix que j'attribuais immédiatement au compte de la peluche fouetteuse de merde.

- Non Mokona, c'est bon. » Le rassura la rouquine avant qu'il ne sonne l'alerte.

Mais contre toute attente, Mokona se tut et vit s'assoir sur le lit entre moi et la Princesse, et surtout, il adopta une mine que je lui qualifiais de... triste. Il posa ses petites pattes sur les genoux de Sakura dans le but de la réconforter, et celle ci, touchée par sa noble intention, lui caressa la tête dans un geste affectif.

« Ca a été très dur pour Sakura... murmura-t-il en se tournant vers moi d'un ton sérieux que je ne lui devinais pas. Tokyo... pour Fye aussi.

- Tu sais ce qu'il s'est passé? » Demandais-je sans espérer de réponse claire.

Qui sait, si Sakura était bien occupée à faire la sieste, rien ne pouvait m'empêcher de l'imaginer affairé à manger des pâtisseries ou courir dans les champs à des kilomètres du drame.

« Mokona était là, dit-il d'une petite voix étouffée, ce qui me fit comprendre que tout ceci était bien sérieux. Mokona était avec Kurogané... Mokona a tout vu... Mokona a vu quand Fye a utilisé ses pouvoirs pour tenter de sauver Shaolan...

- Ses pouvoirs? Fye est magicien?

- Mokona sait que Fye est très puissant, mais Fye a dit à Mokona et aux autres qu'il n'utiliserait jamais sa magie. »

Un magicien qui n'utilisait pas sa magie... Peu à peu, sa véritable identité se révélait clairement à mes yeux. Ce gars était telle une statue de marbre: magnifique, froid... et qui servait à rien.

« Il ne s'en ai servi qu'une fois auparavant... continua Mokona, juste avant... Tokyo... pour nous sauver des lions de la bibliothèque. Toujours pour nous sauver... cette fois encore, il a tenté de sauver Shaolan.

- « Tenté »? Il a échoué?

Ma question semblait idiote, je me doutais bien que si ce Shaolan été encore parmi nous, personne de tirerait ces tronches d'enterrements.

« Shaolan est fort, très fort... même toi tu n'as pu faire le poids contre lui. »

Je frémis en imaginant la personne qu'ils décrivaient tous avec tant d'effroi, et devinant les paroles qui allaient suivre

« Rien ni personne ne le dévira de son but : retrouver les plumes et éliminer quiconque tentera de l'intercepter dans sa mission. Fye n'a pas fait exception. »

C'est bien ce que je pensais, s'exposer en héros face à ce type de danger, ce mec était un vrai suicidaire ma parole! L'incarnation de tout ce que je haïssais chez un homme réuni en un homme que je haïssais, quoi de plus merveilleux! Je devrai remercier ce clone psychopathe quand j'en aurai l'occasion d'avoir tenté de débarrassé le monde de cet imbécile...

« C'est là qu'il a été blessé à l'œil?

- Shaolan le lui a arraché pour voler la moitié de ses pouvoirs.

- Arra... QUOI ? »

Un soupçon de pitié pour le magicien me traversa néanmoins le cœur en imaginant cette scène que visiblement j'avais déjà vécue. J'imaginais mal un homme survivre à une telle blessure, et ne mis pas en doute que ses pouvoirs si puissants étaient liés à sa survie miraculeuse.

« Ce sont ses pouvoirs qui l'on sauvés alors... murmurais-je

- Ce ne sont pas ses pouvoirs qui l'ont sauvés, Kurogané, dit enfin Sakura d'un ton tranchant comme pour mettre définitivement cette affaire au clair. Et bien qu'il voulait se laisser mourir afin d'annuler la puissance acquise du clone de Reed, il était si agonisant qu'il n'aurait rien pu faire pour rester en vie.

- Le Fye que j'ai vu n'est pas un spectre à ce que je sache, il y a bien quelque chose ou quelqu'un qui-

- C'est grâce à vous. Dit Sakura dont les mots se répercutèrent violement contre les parois de ma boîte crânienne. La personne qui l'a sauvé c'est vous. »

oOo

Un vampire...

Cette histoire abracadabrantesque que venait de m'énoncer Mokona et Sakura me paraissait des plus improbable et inimaginable quand je pensais au sentiment amer que déclenchait en moi la simple évocation du nom de Fye.

J'avais du mal en effet à réaliser que pour sauver la vie de ce type, je l'avais transformé en buveur de sang. Et pas n'importe lequel, le mien bordel !

La raison de son air austère et rembrunit me semblait par contre plus claire, ainsi que l'explication de cet air pâle et faiblard, tel un mort vivant, qui s'accentuait au fur et à mesure que je le voyais: cela allait faire 3 jours, depuis mon coma, qu'il ne s'était pas nourri!

N'allez pas croire que si j'errais dans les rues bondées du village éveillé en cette heure avancée, c'était pour le retrouver et l'inviter d'une accolade amicale à boire un verre d'hémoglobine. Non je devais me rendre à l'évidence, j'avais retourné tous les détails de la moindre anecdote dans tous les sens, que si le seul but de ce mec était d'en finir avec la vie, le mien était de l'y replonger de force.

Il est vrai que je ne le connaissais que depuis quelques heures, et que son attitude sévère n'avait déclenchée en moi qu'un égard antipathique sans once de compassion, mais je devrais m'y faire: si par le passé j'avais sauvé la vie de cet homme, c'est qu'il devait compter pour moi.

C'est ainsi que je me découvris un côté maso que je ne me connaissais pas, mais passons l'introspection...

Alors que je regrettais à l'instant de m'être engagé dans une rue commerçante archi bondée, guidé par mes pas et non par mes pensées, au milieu de la foule, une silhouette me fit bondir de surprise... et de soulagement.

Je me précipitais vers le buste qui me tournait à présent le dos, bousculant avec toute la délicatesse qui me définissait bien le petit peuple faisant son marché, puis posait la main sur la fine épaule, obligeant l'individu à faire volte face:

« TOMOYO-HIME! »

Aucun doute possible: ce visage enfantin, ces grands yeux sombres et pétillants de malice, ces cheveux ébène coiffés en chignon au sommet de son crâne dont seules quelques mèches retombaient en cascade sur ses épaules, seul son accoutrement semblable aux villageois pouvait porter à confusion quant à l'identité de la prêtresse de Nihon.

« Kurogané-san! Comment allez-vous? »

''San''? Dans la précipitation je ne fit pas attention au suffixe qu'elle n'avait jamais encore employé suite à mon prénom.

« Je vais plutôt bien sauf que... je me retrouve ici où tout semble tellement différent de chez nous... Expliquez moi ce qu'il se passe depuis hier, et ce que l'on fiche ici !

- Et bien vous visiblement vous errez dans les rues comme un abruti, et moi je fais mon marché ! »

Son marché? Ici? Tomoyo avait-elle procédée à un déménagement interdimentionel pour quelques queues de radis et pâté de grenouille en croûte ? Qu'est-ce que c'était que ce cirque ?!

« Ne restons pas ici plus longtemps, Princesse, marmonnais-je. Achetez vos trucs de magicienne et rentrons immédiatement au Japon!

Je suis ravie de voir que le fait que nous nous revoyons si tôt je provoque une telle excitation en votre humble personne mais, je crains, et vous m'en voyez navrée, que je vais rompre cet éclat de joie en affirmant que je n'ai jamais, dans ces quelques années merveilleuses qu'on été ma vie, entendue parler du Japon... »

Le temps d'analyser la phrase ô combien longue et ornée de périphrases, adverbes et apostrophe inutiles, digne des princesses et autres personnes de grande importance qui pensent que plus il y a de mots, plus la phrase est appropriée à leur rang, je me sentis tomber dans un abîme de solitude et désemparement.

« Mais bon sang, mais Sôma est-elle au courant de votre petit manège ?

- Sôma? Qui est-ce? »

Voilà qui expliquait bien des choses … ou embrouillait aussi.

« Non, ne me dites pas que vous aussi... on vous a eu?

- Comment ça « on m'a eue »?

- Vous avez perdu la mémoire!

- Ma mémoire se porte comme un charme je vous remercie, c'est votre cerveau, Kurogané, qui m'a l'air plutôt atteint... »

Par pur réflexe, je faillit démolir l'étalage à nos côtés, pour évacuer ma colère et montrer à ma Princesse à quel point ma patience avait des limites. Mais je sentis au moment ou mon débordement allait laisser sa trace, la petite main délicate de Tomoyo se poser sur mon bras et elle me dit tendrement.

« Allons parler chez moi, visiblement j'ai des choses à vous expliquer. »

Je la suivis un peu abasourdi tel un petit chien à travers la foule, dans les rues pavées étroites et tortueuses, jusqu'à ce qu'au bout de quelques minutes elle rentre sous un porche dont l'entrée était protégée des regards simplement par un grand rideau pourpre et épais.

Je n'avais même pas repéré le chemin jusqu'à cette antre curieuse. Et encore, curieuse était un euphémisme: des tissus orientaux tapissaient les murs et les flammes des rares bougies plongeaient la pièce dans une ambiance sombre et quasi-mystique. Le parfum d'un encens brulant à proximité de l'entrée parvient à mes narines et je du me retenir d'éternué tant l'odeur était forte. Quant aux objets qui lorsqu'ils ne jonchaient pas sur le sol étaient disposés aléatoirement sur les étagères, je ne saurais identifier un dixième d'entre eux...

« Asseyez vous je vous en prie. »

Alors que je cherchais un espace ou poser mon derrière dans ce que je qualifierais de « Grand Océan de Détritus et Autres Inutilités », Tomoyo ne cessait de jeter des coups d'œil inquiet vers l'entrée et à l'arrière du magasin, tirant les rideaux rendant l'atmosphère encore plus étouffante.

« J'ai vu en rêve ce qui vous été arrivé: vous avez perdu la mémoire, n'est-ce pas? »

Cette sadique s'était bien garder de me signaler qu'elle avait tout de suite deviné l'origine de ma grande confusion au lieu de me faire passer pour un abruti...

« Pourquoi faites-vous comme si nous ne nous connaissions pas?

- Je me prénomme bien Tomoyo, mais je n'ai de rapport avec celle que vous connaissais que l'apparence et une grande partie de mon psychisme.

- Pardon?

-Ce que je veux dire pour être brève, vu que les lecteurs connaissent déjà cette partie de l'histoire et qu'il faut qu'on abrège, c'est que je m'appelle Tomoyo, je ressemble à Tomoyo, je suis une prêtresse qui voit l'avenir en rêve, mais je ne suis PAS votre Tomoyo: je suis née en Elilah et j'y ai toujours vécue. En réalité, j'appartiens à cette dimension.

- Mais vous me connaissez, vous avez prononcé mon nom... vous m'avez vu en rêve c'est ça?

- Non, je vous ai vu en vrai: vous êtes venu dans ma boutique il y a 3 jours. »

Je me levais d'un bond. Mais bien sûr, Shaolan m'avait dit que nous nous étions séparés afin de consulter prêtres et villageois avant que je ne perde connaissance! Ainsi c'était elle la dernière personne à qui j'avais rendu visite... enfin ! J'allais découvrir l'origine des événements m'ayant rendu aussi inculte et ignorant qu'un Mokona ivre.

« Je suis déjà venu? Pour avoir des informations sur la plume? De quoi avons nous parlé? Que m'est-il arrivé ensuite?

- Du calme du calme, soyez plus silencieux je vous prie, déjà que vous ne devriez pas être ici, mais je veux bien vous éclairer un temps soit peu si vous faite preuve de plus de discrétion! »

Je me tus et m'assis en écoutant le récit de la jeune fille.

« Oui vous êtes venu me questionner sur la plume, le Maire n'ayant pu répondre à vos questions. En fait, il se méfie des étrangers et vous a envoyé me voir afin que je vérifie si vos attentions étaient pures.

- L'étaient-elles?

- Bien évidemment.

- Vous m'avez raconté le lien entre les Terres Inconnues et la plume?

- Oui, et je vais vous l'énoncer de nouveau, au risque de perdre de précieuses minutes. Mais vous avez besoin de ces informations, et si vous n'avez pas eu le temps d'en faire part à vos amis il est nécessaire pour moi de vous en reparler:

Cela fait près d'un siècle qu'au cœur du pays d'Elilah est apparue une énergie inconnue de tous les prêtres et magiciens du conté … Le Maire du village le plus proche de cet événement inexpliqué, pris la responsabilité de faire venir une Princesse aux pouvoirs plus larges et ouverts que les vétérans classiques.

- Et c'était vous, j'imagine.

- C'était sans me vanter, bien entendu. J'ai identifié là une force prodigieuse, une source de pouvoir mystérieux et extraordinaire, qui fascinait et à la fois terrifiait les habitants de par son potentiel inconnu… Il s'agissait en réalité d'une Plume de la Mémoire, encore endormie.

Un jour, alors que cette énergie isolée dans la foret n'avait encore fait de tord à quiconque, une compagnie de soldats partie en but de la détruire avant qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains, et ne soit fatale à la paix et à la prospérité qui régnait depuis si longtemps à Elilah.

Mais la plume s'est réveillée, et défendue : elle s'est séparée en deux entités distinctes et complémentaires, qui ont respectivement migré à l'Ouest et à l'Est du Pays.

A l'Est réside la partie sombre, qui se nourrit de la mémoire et des souvenirs de ceux qui l'approche, pour étendre son territoire. C'est ce que l'on a nommé les Terres Inconnues.

A l'Ouest, aux Terres Connues, est conservée la partie blanche. La pureté de cet artéfact qui telle une force contraire et positive repousse la progression et limite l'étendue de l'oubli.

- « Repousse » ? Vous voulez dire que la frontière n'est pas stable ?

- Elle n'est pas non plus matérielle. La barrière de bois dressée résulte de ma capacité à distinguer les variations d'énergies, sinon, aucun moyen de savoir en quel territoire on se trouve. Elle n'est à franchir sous aucun prétexte car en effet, plus de gens s'aventurent en Terres Inconnues, plus la puissance de la plume noire s'étend.

- Cette plume, noire ou blanche je m'en fous, elle appartient à la Princesse Sakura qui m'accompagne, le saviez vous ?

- Je vous ai dit que nous avions déjà eu cette conversation.

- Donc j'ai du vous demander de me révéler l'emplacement de celle ci.

- Oui.

- L'aviez vous fait ?

- Oui.

- Bon alors dites-moi vite où elle est !

- Non.

- Pardon ?!

- J'ai dit non.

- Ca j'avais entendu, je suis p'être amnésique mais pas sourd, mais pourquoi diable refusez vous de m'annoncer ce que vous m'avez déjà révélé ? Votre débit d'informations est-il limité ?

- Les conditions sont différentes.

- Mais pas du tout, je veux toujours cette plume, qui soit dit en passant ne m'intéresse pas du tout personnellement par son pouvoir aussi gargantuesque soit-il !

- Ce ne sont pas vos intentions qui ont changées. La première fois avait été une erreur de ma part. Je vous ai mis vous et vos amis en danger en manquant de vigilance.

- « Manquant de vigilance » ? Vous n'avez pas confiance en moi ?

- Kurogané, je remettrai ma vie entre vos mains quand je vois le sacrifice que vous avez fait il y a trois jours pour préserver le secret de la plume et sauver la vie de cette personne.

- Moi ? « Un sacrifice » ? Quelle « personne » ? Est-ce la Princesse ?

- Ce n'est pas à moi de vous dire ce qu'il s'est passé, cela vous mettrez tous en danger.

- Mais j'ai besoin de cette plume pour sauver la Princesse ! Si vous avez confiance en moi, pourquoi ne pas me dire où elle est ? »

Ce fut le moment que choisi un vieil homme d'un âge bien avancé pour soulever le rideau et faire entrer dans la pièce la clarté du jour ainsi que sa présence malvenue.

« Que puis-je pour vous M. Takicardie? Demanda Tomoyo en se précipitant vers lui comme s'il était l'adonis de cette galaxie. Toujours le même traitement contre vos champignons dans les oreilles? »

En bon vieux jouet délaissé dans un coin de la chambre, je me levais à sa suite en la suivant derrière son comptoir.

« Tomoyo, je -

- Allez-vous en maintenant Kurogané. Et ne trainez pas!

- Mais je n-

- Sortez par derrière c'est plus prudent.

- « Prudent » ?

- Vous permettez? » Demanda-t-elle à son client qui lui répondit par un sourire qui montrait plus de gencive que de dents.

Elle m'attrapa par le bras et me précipita dans l'arrière boutique, dont l'entrée dissimilée derrière un épais rideau cachait une petite salle aux murs de pierres avec un lit et une bassine d'eau. Une porte en bois qu'elle ouvrit sans ménagements donnait sur une ruelle malodorante et sombre. Elle m'y jeta comme un sac à ordure et rentra dans son logis lorsque je la retint par le bras:

« Tomoyo !

- Ne revenez pas me voir Kurogané… »

Et la porte claqua.

oOo

Le ciel s'était assombri et le temps avait à présent un caractère égal à mon humeur.

Je parvins à rentrer avant d'être transformé en éponge par l'averse soudaine, et fut accueilli par Shaolan, qui m'invita à m'assoir et me tendit un linge sec une fois à l'intérieur.

Je dévisageais l'individu avec intérêt: ainsi c'était lui ce tappeur d'incruste responsable malgé lui du réveil et du départ de... l'autre. Je comprenais mieux pourquoi son regard fuyait la Princesse, il devait se sentir coupable. Il m'avait pourtant l'air d'être le plus stable et le moins dérangé de la bande.

Cette sympathie que je ressentais pour lui me laissait croire que nous avions du bien nous entendre au cours de cette année écoulée.

« Sakura n'est pas là? Demandais-je en espérant le faire réagir, pas que sa conversation fasse trembler les murs.

- Elle travaille à l'auberge. Et vous, où étiez vous passé?

- J'ai rencontré quelqu'un... que j'avais visiblement déjà rencontré.

- Qui étais-ce? Le Maire?

- Non, une prêtresse qui ressemblait à s'y méprendre à la Princesse de mon pays.

- Tomoyo?

- Tu la connais? M'étonnais-je

- Non mais... vous en avez déjà parlé, bredouille Shaolan. Cela dit il est vrai que le second jour de notre arrivée ici, vous étiez parti la consulter. C'est sûrement la dernière personne que vous avez vu avant...

- Si vous étiez au courant pourquoi ne pas l'avoir questionnée?

- Mais nous étions incapable de savoir si vous l'aviez vraiment rencontrée avant votre accident et de plus nous l'avons cherché sans résultats dans toute la ville.

- En tout cas, elle m'a révélé beaucoup d'informations utiles sur la plume.

- Il y a donc bien une plume ici! S'écria Shaolan en prenant un air que je qualifierai... d'heureux. (et oui le prémice d'un bonheur à venir dans cette compagnie, incroyable!)

- Oui, et elle m'a dit qu'elle savait où elle était, et qu'elle me l'avait déjà révélé il y a trois jours mais qu'elle se refusait à me re-divulguer cet indice. « Pour ne pas commettre les même erreurs » un truc comme ça. »

Shaolan fit la moue, manifestement frustré de se trouver si proche d'un fragment de l'âme de la Princesse sans pour autant l'atteindre.

« Je pense aussi, dis-je pour justifier l'acte de la prêtresse, que vu ses réactions méfiantes, je devais être suivi.

- Fye-san avait raison, soupira le jeune homme en me fixant de son regard sérieux. Si vous avez perdu la mémoire, c'est bien que vous étiez au courant de quelque chose... et quelqu'un d'autre en veux à cette information!

- Elle m'a aussi parlé d'un « sacrifice » que j'aurai fait, dis-je en réponses aux réminiscences soient disant héroïques que me procurèrent l'évocation du nom du vampire. Il y a trois jours, surement avant que je ne perde la mémoire. C'était pour sauver quelqu'un. A ce propos, tu as aperçu Fye récemment?

- Oui il est rentré il y a une petite heure, il est monté dans votre chambre, il ne sentait pas bien à cause de... euh... Mais pourriez vous me dire ce que vous a dit la prêtresse à propos de la plume s'il vous plait ? »

Le changement de sujet on ne peu plus naturel de Shaolan ne m'empêcha pas de me lever d'un bond de ma chaise et de partir d'un pas lourd vers les escaliers.

« Oui quand tout le monde sera là, je raconterais cette légende à deux sous autant de fois que vous voudrez mais j'ai un truc à régler avec l'autre crétin. »

J'atteignis l'étage et passais en silence devant la porte de notre chambre. Pas un bruit. Un bref passage à la salle de bain préparer le nécessaire, et je revins sur mes pas pour pénétrer dans la pièce.

Fye était bien là, recroquevillé sur son lit tel un fœtus se protégeant du monde extérieur. Il ne s'était visiblement pas aperçu ne mon intrusion car en aucun détail il ne cacha son état d'extrême souffrance. Les draps glissaient et se froissaient sous ses doigts crispés et son corps tremblait au rythme de sa respiration haletante.

Il ressemblait à un accro à la coke en phase terminale du manque. Une vague de panique me submergea en songeant que j'aurai pu arriver trop tard. Je m'approchais sans bruit de son lit et m'accroupi à ses côtés, ne négligeant pas une certaine distance de sécurité nécessaire à ma survie que je sentais incertaine dans ce genre de situation.

« Hé. »

Ce simple murmure pour lui signaler ma présence réussi à faire tourner vers moi son visage enfoui sous ses mèches blondes collées à sa peau. Son teint était d'une pâleur inquiétante, des goutes de sueurs perlaient sur son front et son œil bleu était à présent cerné de rouge.

« Ku..ro...gané »

Il déglutit et ferma les yeux, mais j'eu le temps d'apercevoir, avant qu'il ne le cache sous sa chevelure claire, l'esquisse d'un sourire rassuré.

« Va... t'en... s'il te... plait.

- Oui t'inquiète, ma présence qui t'es si nuisible va partir. »

Il crispa ses mains sur ses draps à s'en faire blanchir les jointures et il enfoui sa tête dans le matelas, comme s'il voulait la faire disparaître à travers la literie.

« Mais d'abord tu bois ça. »

Et je posais sur la table de chevet le grand gobelet en terre où j'avais laissé s'égoutter ma sève écarlate, liqueur âcre et breuvage salvateur.

Tout son corps frémit à cette fragrance qui lui était familière et pourtant perdue depuis si longtemps.

Oui l'idée du gobelet était bien ridicule et reniait toutes les notions de courage inculquées aux ninjas. Mais vu la durée et l'ampleur qu'avait pris sa privation, j'avais bien du mal à admettre l'idée qu'il puisse me mordre sauvagement et se rassasier à son aise... je craignais qu'en buvant des litres de mon sang, dont il avait été longtemps privé, et sans qu'il ne se contienne, il puisse rapidement me transformer en sac de chair à l'épiderme déshydraté voilà pourquoi j'avais pris la précaution de lui servir dans un premier temps une quantité suffisante en temps qu'en-cas.

Vu qu'il ne réagissait toujours pas, je me redressais et décidais de quitter la pièce.

Au premier abord, j'étais convaincu que c'était parce que je trouverai cette scène trop répugnante. Mais au fond de moi j'étais persuadé que ce que je ne voulais pas voir, c'était ce visage pur et angélique revêtir les traits bestiaux d'un monstre...

« Kurogané-san! Où allez vous? »

A peine étais-je descendu que je m'étais rué sans autre forme de procès vers la porte de sortie de la demeure. Shaolan qui attendait mon retour s'était redressé, inquiet d'une telle précipitation, se demandant surement ce qu'il s'était passé à l'étage.

« Voir par moi-même cette Frontière à la con. Et pourquoi pas trouver des explications. »


Voila le chapitre 2, un peu beaucoup d'informations sans qu'il y en ai trop, mais ne vous inquiétez pas si vous suivez pas, tout sera très clair limpide avant la fin :D

A la semaine prochaine !