- Là ou tout s'arrête, ou la cuisson d'une patate.

Je suis restée bouche bée. Moi une patate ? Je ne voulais pas être une patate ! Encore une frite longue fine et jolie ok. Mais une patate ? C'est moche ! C'est gros ! C'est moi ! Voilà j'étais une patate, même pas une pomme de terre. Non une patate. J'étais grosse. Deux mois d'effort, de régime, de sport, de sacrifices et j'étais une patate. Jamais je ne me suis sentie aussi désemparée. J'avais échoué. Pour la toute première fois de ma vie, je me sentais terrifiée, nullissime et perdue. J'étais une vrai loser. A quoi ca sert de faire attention à mon poids toute la journée, si au final ca ne set à rien ? Ce garçon ne me connaissait meme pas et je l'avais à peine touché qu' il avait tout de suite vu que j'étais un monstre. Un gros truc lourd et hideux.
Il n'y a rien à dire. Aujourd'hui en écrivant ceci je sais à quel point c'est idiot, mais ca ne l'était pas à l'époque. Au diable Malefoy et ce qu'il pensait, ce n'était pas ce qui m'avait blessée, c'était bien pire : il m'avait révélée à moi-même. Il avait raison j'étais cette patate ! Que faire ? que fait-on quand on se rend compte que l'on est tout sauf ce que l'on veut être ? On change radicalement pour atteindre l'idéal. Et c'est comme ca que j'ai fais le choix le plus idiot de ma vie.

Perfection. Ici se situe mon troisième chapitre.

Aujourd'hui je n'en veux à personne, ni à Malefoy ni à Laetitia. Je sais que ce n'est pas de leur faute. C'est ma faute. J'ai fais un choix. Certains diront que je n'étais pas consciente. Je les en remercie mais ne me cherchez pas d'excuses, je vaux mieux que ca.

La perfection. Mot étrange. A plusieurs sens. Tous personnels. La perfection m'a toujours fascinée. J'aime rejouer et rejouer la même partition durant des heures au piano pour que se soit léger. Aérien. Doux. Parfait. J'aime relire et relire les mêmes livres jusqu'à ce que je connaisse le sujet jusqu'au bout de la baguette. Je suis une perfectionniste. Et je le suis pour tout. Pour mon poids aussi. Il fallait que je sois parfaite. Ni trop grosse. Ni trop maigre. Non je ne voulais pas avoir la peau sur les os, je trouvais ca moche, mais je ne voulais pas non plus être grassouillette. Je voulais être parfaite. Alors au diable la raison, au diable la logique, au diable ma santé s'il le fallait. J'allais TOUT faire pour atteindre la perfection.

Le problème c'est que ma vision de la perfection était imparfaite…

Malefoy était parti. Et bizarrement je ne le haïssais pas. Non, j'étais à deux doigts de le remercier pour m'avoir montré la vérité. Je me suis juste replier sur la banquette, la tête enfouie dans mes genoux, réfléchissant. Avec un peu de chance le train allait repartir et on allait m'oublier. Je resterai seule à voyager partout dans le monde, personne ne me verrait et Hermione la patate allait disparaitre. Seulement ca ne s'est pas passé comme ca. Au bout d'une demi-heure Hagrid m'a trouvée. (Je me suis d'ailleurs toujours demandé comment un tel géant avait pu monter dans le train…) J'étais silencieuse, perdue dans mes pensées. Il m'a gentiment sermonnée et je suis partie avec lui et les tous petits petits premières années. (Chaque année ils semblent plus petits…) Voilà moi qui voulais qu'on m'oublie, j'allais faire mon entrée avec les tous petits.

Grande porte. Entrée. Moi. Les gens assis. Sourires. Murmures. Une seule pensée : ils ont compris que j'étais une patate. Les 40 secondes pour arriver à ma place durèrent une heure. J'aurai voulu courir, je marchais doucement. J'aurai voulu fermer les yeux. Je regardais bien droit devant moi. J'aurai voulu m'affaisser. Je marcher la tête haute, digne et noble comme si j'étais la reine des pommes de terre. J'aurai voulu pleurer. Aucune larme ne coula.

Je m'assis en silence. Je ne touchais pas à mon assiette. Je bus un peu d'eau. Quelques gorgées, car ma gorge était sèche. Je n'écoutais pas le discours de Dumbledore, je ne fis attention à rien. Quand tous les élèves se levèrent, je fis de même, et rejoignis en silence mon dortoir. Les préfets ont un dortoir commun. Avec un salon commun et une grande salle de bain commune. Ensuite chacun a sa chambre, et chacun a sa propre salle de bain. Une fois dans la mienne, mes larmes coulèrent sans crier garde. Mon nez me piquait. Mes yeux me brulaient. Mon cœur s'asséchait. Et j'étais seule.

J'étais dans mon bain. Recroquevillée sur moi-même. Je regardais mon poignet et fronçais les sourcils. Il était bien trop large. Je fis le tour de celui à l'aide mon pouce et de mon petit doigt réunis. Le vide entre la peau et les doigts ne me parut pas suffisant. J'avais une envie soudaine de râper ma peau. De ne laisser que les os. J'étais en proie à une violence telle que je n'avais jamais connue. Je serrais les poings et mes ongles s'enfoncèrent dans ma peau. De fines gouttes de sang se propagèrent dans la mousse. Cela m'effraya. Je ne voulais pas me faire du mal. Je ne supportais pas la vue du sang. Et l'idée que je puisse faire couler plus de sang me terrorisa. Je sortis dans mon bain. Ce qui fut une mauvaise idée. Car en face de moi se trouvait un miroir. Ma propre image me faisait peur, me dégoutait, me tourmentait. Je me mis à hurler. Hurler et hurler encore à en perdre la voix. Hurler à en déchirer la nuit. Hurler de peur. Hurler de douleur. Hurler de mort. Au bout de quelques secondes je n'avais plus de voix. Je tremblais. Mes jambes ne me supportaient plus. Je tombais, secouée de spasmes violents. Sur le coup je me suis dit : tu vas mourir. Ici toute seule, dans ta salle de bain. Bravo Hermione. Et David Bowie chantait rock'n roll suicide derrière…