- "Writing is the socially acceptable form of schizophrenia."-E. L. Doctorow
Là où on joue ...
La vie n'est pas marrante. C'est les gens qui le sont. Vous vous êtes déjà posé des questions connes ? Non ? Moi toujours. Pourquoi les nuages sont blancs ? Si on avait appelé les roses marguerites, seraient elles blanches et jaunes ? Pourquoi les moutons ne rétrécissent pas quand il pleut ? Pourquoi le mot putain est il grossier alors qu'il est clairement amusant de le prononcer ? Des questions connes. Vous arrive t il de faire des choses connes ? Non ? Moi toujours. Je m'endors et ensuite je ferme les yeux et quand je m'apprête à faire dodo, je me rends compte que la lumière est allumée et alors je me relève pour l'éteindre et là je me rappelle que je suis une sorcière et donc que j'aurai pu le faire avec ma baguette et comme il fait noir forcement je me cogne contre la table de nuit et me réveille le matin avec un bleu. Ouf ! Non je n'ai pas respiré tout au long de la phrase…
Je ne suis pas quelqu'un de triste. Ni même de sévère. Et encore moins de noir. J'aime rire. Je fais rire. Mais j'ai un don pour écrire des drames. Ma vie est un drame. Et ce n'est pas drôle.
Connerie. Ou un autre chapitre…
Deux semaines étaient passées. Et mon poids ne changeait pas. Pourtant je ne mangeais rien ou presque. Mais ça ne changeait rien. J'étais épuisée, des cernes horribles étaient apparues, m'obligeant à me maquiller pour tout cacher. Je ne dormais pas la nuit et somnolais le jour. Je tenais grâce aux potions, vitamines, cafés et thé noir. Bref toutes les conneries consommables qui pouvaient me garder éveillé. Parallèlement, je n'avais jamais autant bossé de ma vie. Que se soit pour mes études ou la danse. Je me donnais à fond. Un ou deux professeurs m'avaient bien demandé si tout allait bien un faux air inquiet peint sur leur visage mais je m'en étais tiré avec le fameux « C'est le stress de la dernière année. »
Je ne perdais pas de poids. Et je devenais folle. Je ne perds pas de poids. Je ne perds pas de poids. Grosse vache. Tout le monde te regarde. Ta graisse sort de partout. Autant de phrases violentes que de pensées sordides. Je sais que beaucoup de personnes ont mis du temps avant de « plonger ». Pas moi. Je ne mangeais pas. Point. Si à l'époque vous m'aviez dit : « comment est ce possible ? » . Je vous aurais répondu, qu'il s'agit d'une question de volonté. Aujourd'hui je sais que c'est juste de la pure folie. Je crois que je n'avais aucune notion de mon corps. Je me voyais grosse, alors que je ne l'étais pas. Je me voyais laide. Je ne m'aimais pas. Tout simplement. On m'a souvent dit:" Mais tu es intelligente, comment est ce que ça a pu t'arriver ?" Question débile. Quand vous avez une angine, et ce que l'on vous dit que la cause est un manque profond d'intelligence ? Lundi/ café, eau, potions pour les vitamines et autres, un pamplemousse. Mardi/ Un quart de pamplemousse. Eau. Café. C'est idiot. C'est dangereux. Mais Ciel qu'est ce que c'était vital. La moindre chose qui entrait dans ma bouche me donnait la nausée. Je n'avais plus gouté à une chose sucrée depuis des semaines, croyant sans doute que cela aller me rendre énorme. J'avais même changé ma marque de dentifrice remplaçant celui au léger gout mentholé et sucré par un au gout « bain de bouche » affreux. Je sais ça parait idiot. Mais croyez-le ou non, à l'époque c'était juste primordial. Je ne m'asseyais plus à table. Voir des gens manger me dégoutait. Voir tant de nourriture me révulsait. M'imaginer manger me soulevait le cœur. Et pire que tout la conviction que tous ces gens puissent me voir manger pour m'engraisser comme un cochon qu'on mène à l'abattoir me terrifiait. Je n'avais pas vraiment d'amis. Alors nul ne souciait de savoir si je mangeais ou pas. Il y avait Juan. Mais il était la cause de ce qui fut à l'époque mon plus grand malheur.
J'étais dans ma chambre. Faisant quelques abdos avec l'espoir fugace que mon ventre se creuse un peu. Je réfléchissais. Tout ce que j'avais avalé aujourd'hui était cette p… de potion multivitaminée. Mon poids était toujours le même. C'est là que j'ai compris. Je me suis levée et j'ai marché jusqu'à ma coiffeuse. Sur le miroir se trouvait la photo d'une patate, et en dessous était écrit : «avant ». J'attendais juste de pouvoir mettre la photo après… Bref j'ai pris les potions et une à une avec une folie folle elles se sont retrouvées écrasées contre le mur, leur couleur violette laissant une trace gluante derrière elle. Je sortis de la pièce. Juan était dans la salle commune. Je me suis pointée devant lui et je me suis mise à lui hurler dessus en français.
-Idiot !!!!!!! Ces potions que tu m'as données : elles gavent !!!
Il soupira et leva les yeux de son livre avec ce qui semblait être la plus grande peine du monde. Il ne chercha même pas à mentir.
-Bin oui.
-Bin oui ? bin oui ? idiot !!! connard !!! salop !! fils de p… !! Je rêve !!
Voilà. J'étais devenue hystérique. Folle alliée. Appelez un médecin. Appelez les pompiers. Appelez mon prof de philo mais par pitié sortez-moi de là ! Des pensées de meurtre avait envahi mon esprit. Et pendant que tout en tournant dans la salle en gesticulant des bras et en lui faisant part de mon riche vocabulaire français, monsieur semblait ni plus ni moins ennuyé. Au bout de quelques minutes il se leva, m'attrapa par les épaules et me tourna vers lui.
-Mione … commença t il.
-Hermione !
- Hermione. Tu peux pas jouer à ça.
-a quoi ?
- tu ne manges pas.
- C'n'est pas vrai.
-si
-non
-si
-non
-si
-non ?
-non.
Je souris. Il soupire. Ma colère était toujours présente. Lui pouvait manger autant qu'il voulait il ne grossissait pas. Moi le moindre verre d'eau et je ressortais avec un ventre digne d'une femme prête à accoucher de jumeaux. Je me dégageais de sa légère emprise et le contournais doucement pour rejoindre la porte. Dans la salle, se trouvait Harry Potter, lisant un livre… mais il ne comprenait pas le français... alors...
J'ai toujours eu le vertige. J'adore être en haut de la tour d'astronomie. C'est idiot non ? C'est la plus haute tour de l'école. Je suis debout sur le muret. La gargouille en face de moi me regarde d'un air ennuyé. Elle aussi ? Décidément… J'avance. Un pas après l'autre. Le muret est assez large pour que je puisse avancer en ligne. Un pas. Un autre. Les mains dans les poches. Aucune grâce. Attitude je men foutiste. Je fixe la gargouille. Chaque pas me rapproche d'elle. Et en bas, à des mètres et des mètres, se trouve le sol. De quoi me fasciner et m'asphyxier. Le moindre faux mouvement et je tombe. Pourtant ça m'amuse. Je joue avec la vie comme je joue en haut de ce mur. Je joue avec mon poids. Je joue avec a la danseuse. Je joue à la vie. Tout n'est qu'un jeu. Il suffit de gagner. C'est tout. Je suis à la moitié du chemin, quand je le sens derrière moi.
Je n'ai même pas besoin de me retourner pour savoir que le survivant est là. Je peux imaginer son air paniqué. Il s'approche de la gargouille en face de moi et entre dans mon champ de vision. Son balais en main, il ressemble à un prince charmant prêt à enfourcher son valeureux destrier pour aller sauver la princesse en détresse. Oui, sauf que je ne suis pas cette princesse. Non, moi je suis la méchante marâtre. Et toc. Approche Potter et je te pétrifie d'un regard…
Il ne semble pas lire dans mes pensées, parce qu'il ose me parler.
-tu fais quoi ?
Bonne question…
-je m'amuse.
Bonne réponse…
Je peux sentir son inquiétude dans sa voix, et l'amusement dans la mienne.
-tu peux t'amuser au sol.
-Ça serait moins marrant.
Je m'approche de lui. Il tend les bras. Comme un papa face aux premiers pas de sa fille. Insensé. Immonde. Débile. Oui je sais, je suis méchante et énervée… et alors ? Je suis l'héroïne de cette histoire, je fais ce que je veux.
Il attend sagement que j'atteigne mon but. En silence. Mais ce n'est pas finit. Ou est l'amusement si je ne tente pas le diable. Une fois c'est de la chance. Deux c'est du génie. Trois c'est du suicide. Tentons la seconde…
