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Note de l'auteur:

J'exagère peut être ... le domaine de la danse n'est pas si noir...les tutus sont souvent roses par exemple...
(je devrais songer à arrêter les sarcasmes...)

Là ou on s'en fou…

Je m'en fou. De tout. De moi. De vous. J'ai coulé. Que font les gens quand ils arrivent au bout du trou ? Il parait qu'ils remontent. Moi je creuse…

J'ai arrêté les potions « gavantes ». Résultat : je tremble. Manque de sucre parait. Le matin je m'obligeais à manger. Du jus d'ananas. Une moitié de pomme. Un verre d'eau glacé. Une biscotte. Tous les jours. La nourriture se ressemblait. Je ne ressentais rien. Du plastique.

Parait qu'il faut trois repas équilibré par jour. J'en avais un, si toutefois on peut appeler ca équilibré ou même repas. Je grignotais aussi par ci par là, histoire de pouvoir tenir sur mes jambes. M'en fou. Parait que l'on doit écrire « Je m'en fous. » Ca ne me fait pas rire. J'écris je m'en fou. C'est plus marrant. Au diable l'orthographe, aux anges ma folie. Je pesais un peu moins de 49 kg. Ma taille ? Je ne vous la dirai pas. Hors de question d'entrainer d'autres personnes dans mon sillon. Parce que c'est mon cauchemar.

J'avais 17 ans. Tout pour plaire, tout pour rire. Mes nuits étaient dédiées à mes larmes. Mes journées aux mensonges. « Tu as mangé ? » la réponse était invariablement oui. Le mensonge vient vite une fois qu'on s'y met. « Tu as faim ? » La réponse était : « non, je viens de manger merci. » Juan posait les mêmes questions et moi inlassablement les mêmes réponses.

Cool, coule, cool. Ou un autre chapitre sans ambition.

Le temps passait. Enfin, il passait à une lenteur folle. Le ballet approchait. Les rôles étaient distribués. Il restait les costumes. Les filles étaient toutes maigres. Une fille sur deux était anorexique, l'autre moitié était boulimique. On n'avait pas le choix je crois. Je soupire. J'entre dans mon corsage. Le manque de nourriture a 'comprimé' ma poitrine. Heureusement. Les filles souriaient. J'ignorai. La compétition était rude. Pas le temps pour l'amitié. L'une d'elle s'approcha. Lavande.

-Tu as maigrit, me complimenta t elle d'une voix amusée.

-Et ?

-Rien. Je remarque c'est tout. On ne te voit plus manger cette année. Elle continua, sans faire attention à l'expression ennuyée de mon visage. Il y a d'autres moyens tu sais ?Il y a des potions. Des sorts. Ou bien tout simplement la solution de secours… Elle s'approcha et me confia dans un murmure : se faire vomir.

Je la regardai un peu choquée. Vomir ? Humm… Non merci. C'est … Beurk. Sentir le liquide remonter. L'œsophage vous bruler. Voir ce truc immonde sortir de sa bouche. L'odeur. Enfoncer ses doigts dans la bouche. Non merci. Je n'étais pas apte à ca. A l'époque je pensais que c'était de la lâcheté. Quand on mange on doit payer non ? Mais je ne l'ai jamais fait. Je me suis astreint une discipline de fer pour ne pas en arriver là. Nombre de calories calculé. Toujours. Du sport. Toujours. Vomir était la phase ultime. En arriver là, signifiait avoir échoué. Avoir craqué. Je préférai ne rien avaler plutôt que de me faire vomir. C'était un choix.

Mes forces s'amenuisaient, et les potions revigorantes que j'avais piquées à l'infirmerie n'y changeait rien. Je n'avais, je crois, plus aucune notion de mon corps, ni de mon poids, ni de ce que tout cela signifiait. C'est là que j'ai coulé. Quand on ne sait pas définir, on ne peut pas agir. J'étais seule et triste. Mon corps dans le miroir ne voulait rien dire. C'était juste immonde. De la graisse. J'aurai voulu mourir de honte et de frayeur à chaque fois que je me regardais. Plus d'une fois j'ai vomit non pas parce que je le voulais, mais parce que cette image m'effrayait tellement que je vomissais ma douleur, sans le faire exprès, dégoutée mais impuissante. J'étais continuellement stressée. J'avais des crampes à l'estomac. Un jour le jet d'eau a gagné une drôle de partie. En me lavant les cheveux, une mèche puis une seconde ont suivit l'eau. C'était effrayant et magnifique à la fois. Je voyais cette partie de moi partir, et bien qu'effrayée je me demandais si ces cheveux partis allaient être comptabilisés sur la balance. Je me voyais partir. Petit morceau après petit morceau. Comme quand je coupais la nourriture de façon méthodique et symétrique. Je me regardais disparaitre avec cette admiration morbide qui vous creuse le ventre, vous glace le sang et réchauffe la tête. C'etait un plaisir morbide que de me voir couler. Je sentais l'eau m'entourer, et j'ouvrais grand la bouche pour la laisser entrer. La vie chantait et rien n'allait. Seule j'étais morte.

Pourtant à l'extérieur, je vivais. Les gens voyaient une fille souriante et coquette. Le mensonge vient plus vite que l'on ne croit et mes talents de comédiennes sont vite apparues au grand jour… Les gens sont idiots. Il suffit de rire, pour croire que tout va bien.

Je me rappelle d'une journée de décembre peu avant la représentation de Noel…

On courait dans les couloirs. A la bourre. Pour changer. Mes ballerines de satin glissant sur le sol fraichement astiqué. Juan chantait une chanson d'amour.

-« I don't want another pretty face
I don't want just anyone to hold
I don't want my love to go to waste
I want you and your beautiful soul"

IL chantait faux. Et ces paroles me faisaient rire. C'était idiot.

-oh pour l'amour de Baudelaire : la ferme !

-pourquoi ? répliqua t il entre deux paroles mielleusement horribles.

-Parce que c'est nul !

-T'es pas romantique ! s'esclaffa t il.

-Pitié. C'est l'histoire d'un mec qui veut coucher avec cette fille, il en a rien a foutre de son Q.I, quoique la première lettre de ce mot ne le laisse pas de marbre, et comme il ne peut pas aller la voir et lui dire « petite lulu, depuis que je t'ai vu toi et ton petit cul je n'ai qu'une envie : te mettre dans mon lit … » il lui chante une chanson débile pour l'appâter. Répliquai je sans ciller.

Bien entendu on est arrivé au cours de Snape, en retard et mort de rire. Mais on s'en moquait bien. Il disait que j'étais sarcastique et je répondais que j'étais juste réaliste. Il disait qu'un jour je le tuerais de rire … il ne m'a pas attendu pour ca.

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Note:

La chanson c'est Beautiful Soul de Jess McCartney, désolée si vous en êtes fan...