-
Note de l'auteur:
"Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerreet la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils."
Les Fleurs du Mal. Baudelaire.
Là ou mes larmes rigolent…
Des phrases qui ne veulent rien dire ? J'en sors des douzaines par jour. Elles sont inutiles et ironiques. C'est ma marque de fabrique… Habituez-vous !
J'étais aussi mince (ou maigre ?) qu'un bambou. J'étais aussi perdu qu'un GPS détraqué. J'étais aussi vivante qu'un fantôme. J'étais "rien". C'est pour ca que je ne comprends toujours pas ce que certaines personnes ont bien pu trouver en moi de si intéressant…
Faith. Ou un autre chapitre.
Mon poids ne concernait que moi. C'était ce que je me disais. Mais j'avais de plus en plus de mal à voir Juan souffrir par ma faute. Je ne me souviens pas qu'il m'ait crié dessus, ni même qu'il ne m'ait fait aucune remarque. Il me demandait juste si j'avais mangé et je répondais inlassablement que oui. Oh ! Bien sûr il était au courant de mon état, je n'ai jamais pu lui cacher grand-chose. Je suppose qu'il devinait les choses me concernant avant même que moi-même je ne les remarque. Le mensonge était de plus en plus difficile. Ce n'était pas le fait de tromper en soit qui me gênais, c'était plus la personne à qui je mentais qui me touchait. Les mensonges passaient et se ressemblaient, de plus en plus nombreux, de plus en plus faciles. Une pesée avant un cours ? Aisée. Je ne devais pas avoir un poids trop faible, aussi j'avais mes techniques pour contrecarrer la balance. Des techniques moldus qui s'apprennent avec la 'pratique' je dirai. Mais je ne peux vous dire lesquels, au cas où celles-ci tomberaient dans les pensées d'une copie de mon ancien moi…
Ce qui me tuait c'était le regard de Juan. Doux et presque compréhensif. Confiant. Il avait confiance en moi. Il devait se dire que je viendrais à lui quand je serais prête. Il devait se dire que je lui faisais assez confiance pour lui parler de tout et surtout de moi. Sa confiance m'étouffait. Parce que je n'en n'étais pas digne… Son silence après chaque mensonge était une chance de se rattraper de lui dire la vérité : « non je ne mange pas », « oui j'ai perdu du poids. Encore », « oui je l'avoue je me suis évanouie. » « Non tu ne peux rien faire pour moi. » Mais les mots ne sortaient pas. Qu'aurait il pu faire de toute façon ? Tout je crois. Mais ca n'a plus d'importance, parce que c'est déjà trop tard…
Il souriait souvent à mes conneries comme à mes caprices, et moi pour continuer à le faire sourire je cachais mes larmes. Je cachais aussi mon corps sous des habits amples, juste pour lui faire croire que je ne maigrissais pas. Durant un moment j'avais même essayé un sort d'illusion mais mes forces ne me permirent pas de le garder plus de 5 minutes.
Il était là pour moi. Ces gestes, ces paroles douces et tolérantes le prouvaient. Je n'étais pas seule. Du moins pas en sa présence. Jamais. Il me rassurait. Me raccrocher à la vie. Et moi en échange je lui offrais une vision fausse. Ca me tuait de faire ca, pas sur le coup, juste quand j'y repensais. Seule dans ma chambre, j'avais la nausée rien qu'en pensant à mon comportement. Alors je déprimais. Mais je n'avais plus vraiment de larmes. J'étais juste desséchée. Une vraie loque. Pathétique. Seule et triste.
Le contraste qui apparaissait au moment où je franchissais la porte de ma chambre était des plus stupéfiants. Le masque que je portais, était infaillible. De l'acier recouvrant des larmes c'était ce que je devenais une fois dehors. Seule, « en sécurité » dans ma chambre mes démons revenaient… alors j'essayais d'être toujours occupée. Quitter la bibliothèque à sa fermeture. Quitter la salle de danse quand les bougies avaient fondues. Quitter la fin.
On était au mois de décembre. Deux jours avant le jour J. La danse occupait nos esprits, et même Juan avait arrêté de manger en vue d'être « parfait » le jour du spectacle. J'étais sous "..." Comme tous les danseurs. Pour pallier la douleur de mes pieds. Du moins essayer… Mon corps était parfait quand je dansais. Une fois l'effort accompli, j'étais un tas d'os et de muscles abimés, ou plutôt selon ma vision de l'époque de la graisse difforme et encombrante. Je sortais e chez Mme. Irma, elle m'avait fait ma 3 eme paire de pointe du mois. J'étais en retard, pour le prochain cours. Comme à mon habitude. Juan m'accompagnait, mais je ne l'écoutais pas. Mes migraines me faisaient souffrir le martyr. C'est là que je me suis évanouie. Je crois. Je ne m'en rappelle plus très bien. Face à moi du noir. En moi du gris. Autour du blanc. Je n'ai rien vu, rien senti, et je me suis dit bien plus tard que si la mort devait ressemblait à ca, ca n'était pas si terrible…
