.Vous avez déjà pensé a la mort vous ? Jamais ? Moi non plus… enfin presque. Le presque de jamais c'est quoi ? Envoyez-moi un mot si vous savez…

Je suis morte. Depuis longtemps déjà. C'est pas très grave. D'ailleurs c'est pas l'histoire de ma mort. Juste celle de ma vie. Certains pensent que la mort n'est que l'épilogue d'une vie. Je ne le crois pas. Je pense plutôt que c'est une sorte de prologue, histoire de mieux commencer par la fin pour mieux comprendre le début…

Là ou je meurs… enfin presque.

J'étais bien. Du silence. Du noir. C'est tout. Enfin je crois. Je ne suis plus trop sure de rien. Et puis au bout d'un moment, un bourdonnement. Quelqu'un qui criait sur moi, l'air énervé. Ca y est j'avais échoué en enfer. Cool. Même Dieu ne voulait pas de moi. Ou alors peut être que les portes du Paradis sont tellement filiformes que je n'ai pas pu y entrer, et donc ils m'ont envoyé voir l'autre en rouge. Cool. Au moins la chaleur me fera perdre du poids. La voix s'intensifie. C'est drôle j'ignorais que les diables parlaient d'une voix douce énervée. C'est marrant. Mais merde je suis morte, donc je peux plus rire.

- Mione bouge ton petit cul et ouvres tes yeux.

La voix je la connais et ce n'est pas celle de l'homme à corne, mais celle de mon meilleur ami. Soupir.

- Mmmmh ?!

C'était le seul son qui sortit de ma bouche mais ce fut apparemment suffisant pour faire taire Juan qui se jeta littéralement sur moi m'étouffant à moitié.

No Name. Chapitre 0. (Enfin presque…)

Je regardai ses mains blanches qui s'agrippaient à moi, un peu durement mais avec toute la tendresse dont il était capable. Des mains fines et pales à l'image de son corps. Elles me rappelaient la mort, mort qui ne m'était pas destiné ce jour là. Je m'étais juste évanouie. Et bien que se soit terrible à dire je crois que j'ai regretté de ne pas m'être endormie à jamais. Après tout, les morts ne soucient pas de leurs corps n'est ce pas ? Parfois la mort semble être le dernier recours... Et puis là dans ses bras, je ne me suis jamais sentie aussi seule de ma vie. Seule et déprimée. Inquiète de l'avenir. Ma vie allait reprendre. La danse. La faim choisie. La maigreur qui creusait mes joues. LA danse. Les études. L'exercice. Le reste. Le néant. Et face à tout ceci j'étais seule. Certes, j'avais choisi cette solitude mais cela ne l'empêchait pas de peser sur moi m'écrasant aussi aisément qu'un éléphant comprime une souris. Sans la voir. Sans le vouloir.

Je suis restée un long moment dans ses bras, sentant ses larmes chaudes sur ma joue droite. Ses doigts jouant gentiment dans mes cheveux. La peur se dégageant de lui m'était insoutenable. Je crois que ce qui fait le plus de mal dans cette maladie, ce n'est ni la douleur, ni la faiblesse de votre corps, ni encore même le jeun prolongé mais la détresse qui se dégage de vos proches, leur incompréhension, leur impuissance, et leur douleur. Et face à cela et bien moi petite fille droguée à la faim futile était désarmée. Que pouvais-je faire d'autre à part continuer de mentir ? Rien.

A la fin l'infirmière est arrivée, avec son doux visage conciliant. Elle m'a gentiment expliqué que j'étais en sous poids et que ceci n'était que la sonnette d'alerte que mon corps avait tiré pour m'éveiller. De quoi ? Avais-je demandée. Elle ne me répondit pas son sourire toujours scotché au visage. Face à tant de douceur, ma réaction fut violente. J'avais envie de la frapper. Qui était-elle pour se montrer aussi compatissante face à quelque chose qu'elle ne voulait pas nommer mais qu'elle, croyait elle, connaissait mieux que moi ?

J'ai donc mangé. Un peu. Une compote. Du moins une cuillere. Du thé vert. Un peu de purée. Du poisson. J'ai finit mon plateau. Crevant à chaque bouchée. Me maudissant à chaque cuillère. Mais peu importait. Parce que face à l'ultime punition la nourriture ne comptait plus. On m'avait menacé d'enlever mon rôle. L'école avait une réputation à tenir. Il était hors de question de parler d'anorexie, même si tous les danseurs étaient aussi maigres qu'un clou. Soyez maigres, mais ne soyez pas anorexiques. Débrouillez vous. La menace était double, si vous n'êtes pas assez maigres, pas de danse. Si vous êtes trop maigres : pas de danse. Pourtant, j'avoue que même durant ma période d'anorexie je mangeais. Mais je ne mangeais pas beaucoup. Juste ce qu'il fallait pour tenir sur mes jambes, pour ne pas perdre trop de muscles. Je compensais par le sport quand d'autres compensaient par le fait de se faire vomir.

Plus tard, j'ai appris que c'était Potter qui m'avait soulevé et amené jusqu'à l'infirmerie. Ma haine pour lui avait augmenté. Le rôle de la princesse en détresse convenait au ballet pas a la vie réelle. Qui était-il pour me sauver ? S'attendait-il à un merci ? Il n'en reçut jamais. Ni pour cette fois ni pour les autres qui suivirent. Je ne lui ai jamais demandé de me sauver de quoi que se soit. Son complexe de héros il pouvait se le mettre … cette violence ne ressortait qu'avec Brian, lorsque le nom maudit de Potter entrait dans la discussion. Face au survivant j'étais muette et indifférente comme je l'avais toujours été, quand lui ne me quittait pas des yeux…

J'ai finalement dansé. Aucune menace et aucune perte de poids ne pouvaient faire concurrence au fait que j'étais leur meilleure ballerine. Le sourire scotché au visage, la douceur des mouvements, la grâce et la délicatesse donnaient le change au spectateur. Qui aurait pu croire, que cette fille qui s'apprêtait à s'envoler au-delà des notes de musiques était si mal en point ? Personne.