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J'ai peur Maman. Du temps qui passe. Des kilos que je prends. Des kilos que je perds. Du noir qui cache mes monstres. De la lumière qui m'aveugle. De ma vie qui dérape. De mes cheveux qui tombent. J'ai vraiment peur Maman. De ne plus être là demain. De ne plus pouvoir danser. De mon reflet hideux dans la glace. De tous mes mensonges. De toute ma vérité.
Est-ce si grave maman d'avoir peur ? En ai-je seulement le droit ? Et que ferais tu si je t'avouais toute cette peur qui me ronge ?
Moi non plus Maman… Je ne sais pas…
Derniers jours…
Il faisait très beau ce jour là. Trop beau même pour un 1er Avril. Le soleil nous caressait la peau. Le vent inexistant ne nous manquait pas. La vie pour Juan et moi avait repris. Oh ! Bien sûr nous étions lui comme moi toujours aussi profondément ancrés à nos soucis, mais comme disait Juan 'Même les escargots avancent !' Nous étions juste deux loques nous dandinant comme des limaces avec la conviction d'une vie : Un jour on y arriverait, d'ici là on s' essayait timidement au bonheur.
On était bien confortablement installés dans les fauteuils aux couleurs chaudes de notre salle commune. Il me racontait des bêtises comme d'habitude.
- En fait, quand on y pense la chanson 'Une souris verte' c'est une chanson coquine. Marmonna t il entre deux chamallows.
- N'importe quoi !
- Si. Ecoute : 'Je l'attrape par la queue, je la montre à ces messieurs…'
Je secouai la tête choquée. Mais il m'amusait, lui le grand dévergondé, moi la prude. Nous formions un joli duo. Il me proposa un bonbon je refusai d'un signe de la tête. Il soupira.
- C'est tes préférés.
- C'était. C'était mes préférés. Réctifiai-je en souriant…
Il passa l'après midi à me citer mes plats préférés. Mon refus l'amusait. Sa persistance, m'agaçait. ..
Il devait être 17h quand tout bascula. Ou peut être 18h. C'est amusant de constater que je suis incapable de donner les heures des événements déclencheurs de ma vie. Il faudrait un peu comme dans URGENCES avoir constamment une horloge au dessus de soi, pour annoncer l'heure de sa mort…
Malefoy. On l'avait un peu oublié celui là, la guerre et les autres futilités du monde le rendait un peu moins visible et surtout moins acharné à se rappeler de la condition crasseuse de mon sang. Il entra en criant suivit de ses deux acolytes. Juan et moi ne nous retournâmes même pas, bien trop habitués à ses sautes d'humeur… J'entendis Juan murmurer 'C'est les hormones.' Et nous nous mîmes à pouffer de rire comme des adolescentes de douze ans matant leur prof de gym… pourtant malgré le fait qu'il était vraiment énervé nous ne nous levâmes pas quand il se mit à lancer des sorts par ci et par là dans la salle. Jusqu'à ce qu'un des sorts viennent briser le fauteuil sur lequel j'étais tranquillement assise…
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Le noir qui m'entourait me rassurait. On avait tiré les rideaux, et la lumière qui tentait de s'infiltrer dans la pièce était nuancée du rouge pesant des rideaux de velours. C'était bien. Presque reposant. Et j'étais presque sereine. Je me relevai lentement, la tête lourde et douloureuse serrée dans un turban de pansements. Je m'attendais à voir Juan près de moi, fidèle à son poste. Mais il n'y était pas. A sa place se trouvait… Malefoy.
Ses yeux étaient durs. Il réfléchissait. Et je ne semblais même pas exister, puisqu'il ne bougea pas d'un millimètre quand il se rendit compte que je m'étais réveillée. Je ne me demandai même pas pourquoi il était là. Ça m'était égal. La seule chose qui importait c'était ce sentiment obscur et malsain de non existence…
Lorsqu'il parla, sa voix trainante sonna comme ennuyée à mes oreilles… peut être l'avait on obligé à me tenir compagnie ?
- Ravi de voir que tu vas bien.
J'haussai les épaules, ce gars avait l'air de tout sauf être 'ravi' de mon réveil. Je ne demandai pas ce qu'il s'était passé, pas plus que je ne lui demandai les raisons de sa colère.
- Tu ne demandes même pas ce que tu as ?
Je me rallongeai. Fermant les yeux. Essayant de l'oublier. Ce garçon me mettait mal à l'aise. Il me fixait toujours, et j'aurai aimé lui dire de regarder ailleurs mais j'avais juste la flemme de le faire. A quoi bon ? M'aurait il seulement écouté ? Je perdais déjà suffisamment de temps avec ma propre vie sans me permettre de raconter des futilités…
- J'ai du me faire mal à la tête. Et alors ? J'imagine, que si je suis dans ma chambre et pas à l'infirmerie ce n'est pas si grave.
Il ferma les yeux un instant, cherchant sans doute les mots adéquats.
- Ta tête n'a pas grand-chose. Mais certains de tes os sont cassés. Broyés serait peut être le terme le plus adéquat et il semblerait que ta chute n'est rien avoir avec tout cela.
J'ouvris les yeux.
- Que veux-tu ? Si tu es là pour présenter tes excuses fais-le. Sinon la porte se trouve derrière toi.
Il m'agaçait. Vraiment. Je crois qu'au moment même où je l'ai vu auprès de moi j'ai compris de quoi il était venu me parler. Le mot revenait… encore et toujours. Et ca m'agaçait. Je ne voulais pas en parler. Ni avec lui ni avec un autre… Mes os étaient cassés ? Et alors. Les potions magiques étaient faites pour ça non ? Je serrai les dents. J'étais à peu prés sure de ne pas avoir accusé le coup. Ma voix était restée neutre. Mon visage impassible et mes yeux fermés.
Il revint néanmoins vite à la charge…
- Tu es très maigre…
Voilà. On y était. Je m'enfonçai un peu plus dans mon lit. Vérifiant bien que toutes mes couvertures épaisses me cachaient.
- Trop maigre…
Je serrai les dents.
- Un peu comme ces gens malades…
Je serrai mes poings…
- Que l'on voit dans des reportages…
Je serrai plus fort les yeux…
- Et dont on dit qu'elles sont ano- ré- xi-que.
Je me couvris la tête avec mes couvertures. La technique de l'autruche. Fuir alors qu'on est toujours là. C'était la première fois que le mot damné sortait de la bouche de quelqu'un en ma présence. Pire. C'était la première fois que le mot m'était directement adressé. Il me semblait qu'il avait insisté sur le mot. Le découpant. L'émiettant. Prenant plaisir à le prononcer. Faisant durer son gout, sa saveur. Voulant me faire du mal en profondeur. Venir et revenir sur la blessure. Je tremblai. Un mot est parfois insuffisant pour exprimer ce que l'on ressent, mais parfois un seul mot déclenche en nous une terreur indescriptible. Jusque là j'avais évité ce mot pour ne pas être submergée par les conséquences et sensations qui en résultaient… et voilà qu'un inconnu me le balançait à la figure.
J'aurai aimé qu'il se taise. Je crois que sur le coup, j'aurai pu le tuer. J'y ait sans doute pensé. Mais ma force physique m'avait quittée, et ma force mentale ne semblait ne jamais avoir existé. Jamais de toute ma vie je n'ai hait quelqu'un aussi fort que je haïs Draco Malefoy ce jour là… Et ce sentiment chaotique ne fit qu'augmenter lorsqu'il reprit la parole.
- Les infirmières disent que tu es en sous poids. Je les aie entendues parler. Elles ont convoqués tes professeurs. Le directeur aussi il me semble…
Je retenais mon souffle. Tais-toi. Tais-toi. Tais-toi. Priai-je en silence. Mais il ne m'entendait pas. Il continuait enfonçant à chaque mot le couteau plus profondément.
- … Ton corps est très faible. Elles sont choquées de voir que tout le monde ait raté ça… Il parait que tu n'es pas assez maigre pour ressembler à un cadavre mais assez pour être en dessous du poids requis pour ta taille…
Tais-toi. Tais-toi. Tais-toi. Tais-toi. Tais-toi. Mais il continuait. Infatigable.
- … J'imagine que tu dois être déçue de savoir que tu n'es pas assez maigre pour que tes os apparaissent…
Mes larmes coulaient. J'étais impuissante. Alors je fis la seule chose à faire... je me mis en boule prête à recevoir les 'coups' et à les accepter sans broncher… Attendant que ça passe. Espérant que le coup suivant serait moins douloureux que le précédent… et serrant les dents malgré tout.
- Tu devrais peut être aller en Afrique avec tous ces pauvres enfants qui n'ont rien demandés, victimes de la famine…
Ses paroles étaient ridicules et semblaient guidées par une colère dont je ne comprenais pas le sens, mais qui me faisait mal tout de même. Encore et encore. Par la suite, je savais que j'entendrai ce même discours de soit disant amis, de personnes inconnues mais qui pensent qu'elles ont le droit de donner un avis sur une maladie qu'elles ne comprennent pas…
- Peut être que tu te crois plus belle comme ça ? Ou mieux peut être as-tu l'impression d'améliorer tes performances en étant plus fine ? Ou devrais-je dire plus morte ?
Mes larmes coulaient. Oui, c'est ça morte. Si ça voulait dire de ne plus t'entendre alors oui morte…
Puis ce fut le silence. Une porte qui claque. Et encore le silence… Sauf que cette fois çi le silence était si pesant qu'il me faisait presque aussi mal que ses foutus paroles... parce que 'il me laissait seuls avec mes propres démons, face à un mot travesti par l'image qu'en avait Malefoy, et travesti par la façon dont je vivais cette maladie…
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Note:
Hello. Voilà pour la suite ^^ Merci à chris87 pour sa relecture et son mot super joli : « Nous y voila, le cap est franchit et tu plonges en plein dedans ! Tu le décris avec émotions au travers de toutes les larmes qui coulent et transparaissent ! La dure réalité d'un mot, son sens dur a supporter, cette peur qu'il invoque dur a gérer ! Et tu mets en plus celui que l'on n'aurait jamais imaginé pour le lui faire subir ! Celui rempli de sarcasme, de colère,… dont les mots frappent sur ce corps frêle et sans défense… »
