Ténèbres.
Ce chapitre n'est rien. Je n'arrive ni à m'exprimer ni à y faire passer un sentiment. Pourtant plus par ce qu'il sous entend que ce qu'il est vraiment il est l'ultime chapitre…
Je pleure. Café. Je ris. Framboise. Je crie. Caramel. Je soupire. Popcorn…
On faisait souvent ça. Lui et moi. Un mot. Un autre. Toujours un lien. Pas forcement visible. Mais toujours un lien…
J'ai toujours été habitué à sa logique. Pas d'acte sans cause. Pas d'acte sans conséquence. Pourtant la logique de ce dernier acte, j'ai mis du temps pour la comprendre, si toutefois j'y suis vraiment arrivée…
Une odeur acre. Une odeur de fer rouillé. Salée. Lourde. Étouffante. On a l'impression qu'elle entre en vous, qu'elle vous absorbe. On a du mal à respirer. C'est infect. On peut définir son gout rien qu'à son parfum. C'est métallique. Ça n'a rien de rassurant. Ça étouffe. C'est l'odeur qui restera à jamais imprégnée dans cette chambre…L'odeur du s...
Une odeur fade mais insupportable. Voilà ce que je me suis dit quand je me suis réveillée. Je n'ai pas plus réfléchit. L'air était lourd. Je me suis trainée jusqu'à ma fenêtre pour l'ouvrir. Aérer. Ce n'était pas assez. Ou était Juan ? Il avait du rentrer dans sa chambre. Il préférait son lit XXL au mien minuscule. Surement. Je soupirai. J'ouvris la porte. Il était tôt. Alors qu'importe que je sois en boxer et long T-shirt ? Je me suis trainée jusqu'à sa chambre. J'ai murmuré son mot de passe : 'Célébration haletante du repos.' L'automne de Vivaldi. Vu à l'envers.
Il n'y avait personne. J'ai longé les murs jusqu'à sa salle de bain. Personne. Il avait du sortir. Dormir avec A ou Z. S'exercer. Que sais je ?
Il n'y avait aucune raison de paniquer. J'ai refermé la porte de sa chambre. Potter, Malefoy et Zabini se tenaient à l'entrée de ma chambre. Silencieux. Étrangement inquiets. Inquiets? pourquoi ? l'odeur était elle si forte ? Grotesque. Il fallait peut être que je passe un test quelconque pour voir s'il n'y avait pas de substances illicites dans mon sang. Ou alors peut être un fuite provenant des salles de potions s'était elle propagée. Je marchai vers eux. Les yeux à moitié ouverts. Peu m'importait ma tenue, ou mon allure chaotique. Je réfléchissais. Logique. Causes. Actes. Conséquences.
Je m'approchai. Potter m'observait. Il s'approcha. Me prit dans ses bras. J'essayai de lever mon visage vers lui, mais j'étais coincée. Il me demanda tout doucement s'ils pouvaient entrer dans ma chambre. Je hochai la tête. Il faisait noir. Je ne voyais rien. Je me laissai aller contre lui. Ma tête faisait mal. Au bout d'une minute j'entendis la démarche vive de Zabini. Il sortait de la pièce pour s'enfoncer dans le couloir. Le bruit de ses pas s'estompa. Nul ne parlait. C'était encore plus pesant que l'odeur. Je me mordis la joue intérieur. Du sang coula. C'était un gout désagréable… un peu comme… Je fermai les yeux plus fort. Je perçu Potter me serrer contre lui. Une main se posa sur mon épaule. C'était Malefoy. Il murmura :
-Je suis désolé.
Désolé pourquoi ? désolé pour qui ? j'aurai aimé lui poser la question. Aucun son ne sortit de ma bouche. Mon corps tremblait. Potter passa ses bras sous mes jambes et alla s'assoir sur un des fauteuils. Je me calai contre lui. Toujours en silence, j'enfouis mon visage dans son cou. Il resserra son étreinte. Je jetai un coup d'œil à Malefoy. Je n'arrivai pas à définir l'expression de son visage. Tristesse ? Confusion ? Incompréhension ? Agacement ? Je refermai les yeux. Malefoy disparut dans ma chambre. Quelques minutes plus tard apparurent des gens. Des personnes connus, aux visages familiers. Professeurs, directeur, aurors… Mais dont j'avais étrangement oublié les noms. Tout semblait flou. Des femmes avaient portées leurs mains à leur bouche. Des hommes se regardèrent avec consternation. J'entendais des murmures. Des mots revenaient. 'si triste'. 'Gaspillage'. 'Pourquoi'.
Un vieil homme s'abaissa à mon niveau. Me pris les mains. J'ouvris les yeux. Son regard plein de compassion m'agaça. Une envie violente de le frapper me pris. Il s'excusa. Serra mes mains. Je baissai la tête. Il pris mon menton et m'obligea doucement mais fermement à le regarder.
- Je suis désolé. Désolé.
Ténèbres.
Il y a des moments ou il ne vaudrait mieux pas ouvrir les yeux, de peur de sombrer dans un autre cauchemar encore plus affreux, parce que justement réel. J'ai tout doucement ouvert les miens. A moitié. Comme une première tentative. Histoire de voir, si Lucifer ne m'attendait pas…
J'étais allongée sur un lit dure. L'infirmerie. J'ouvris un peu plus les yeux. Ma mère se tenait à ma gauche. Impeccable comme toujours. Ce n'était donc définitivement pas l'enfer. Son tailleur noir ne contenait aucun plis. Elle avait ramené les mains sur ses genoux, comme pour prier. Sur la table de chevet prêt d'elle se trouvait 'Love Story'. Mon exemplaire à en juger par son état . Ses yeux étaient grands ouverts, mais elle ne me voyait pas. Elle était loin de moi. Perdue. Au-delà des montagnes et du lac que laissaient entrapercevoir les fins rideaux crèmes. Je regardai autour de moi. Toutes mes affaires étaient là. Méthodiquement rangés dans des boites, valises ou cartons. Un élan de panique me submergea en pensant que quelqu'un avait vu toutes les horreurs que je cachaient dans ma chambre. Mais je me rassurai vite en me disant que c'était surement Mama qui était à l'origine de tout ceci. Et les mères gardent les secrets de leurs filles…
Je tentai de bouger un peu. Mais j'avais mal. Un peu comme si on m'avait rouée de coups. Elle se leva. Dignement. Toujours aussi jolie. Son chignon parfait. Son sourire rassurant. Ses yeux aimants. Elle s'approcha. Posa un baiser sur mon front. Me caressa les cheveux sans jamais me quitter des yeux. Le tout en silence. Je ne me souviens plus combien de temps elle resta là. Elle est le soutien infaillible, le pilier qui construit pas à pas ma vie. Je ne crois pas le lui avoir dit. Mais elle était là. Elle était là.
Mon père entra. Il semblait énervé. Ou plutôt agacé. Mais son visage se radoucit aussitôt qu'il me vit. Il éclata de rire. Un rire forcé. Mais cela nous fit à tous un grand bien. Des gens riaient… apparemment c'étaient encore possible de rire…
- Tu t'es réveillée pumpkin ? C'est très bien mon ange ! On va bientôt pouvoir partir. Rentrer à la maison… s'exclama t il en me serrant très fort contre lui.
J'eus l'étrange impression qu'il me broyait les os mais je ne dis rien. Au bout d'un moment il me lâcha. Son regard était redevenu sérieux. Il semblait vouloir me dire quelque chose, sans pouvoir le faire. Je secouai légèrement la tête. Demander si je pouvais prendre une douche. Ma mère acquiesça d'un faible mouvement. Papa me sourit :' bien sur cricket !'
Je m'enfermai dans la salle de bain. Ma mère avait rassemblé mon nécessaire à toilette dans un petit vanity. Je m'en emparait. Il n'y avait aucun trace de produit à la coco… Juan avait du tout finir… A la place il y avait les produits de ma mère, au parfum de marque légèrement épicé. Je m'en emparais. Je me déshabillai lentement, sans empressement, en observant mon propre corps dans la glace. Faible. Voilà ce que ce corps était. Il était faible. Je ne pourrai vous dire s'il était gros ou maigre. Laid ou magnifique. D'une part parce qu'en cet instant ça m'était égal, et d'autre part parce que ces mots ne voulait rien dire. Qu'est ce qu'un être maigre ? qu'est ce qu'un être gros ? Mon image dans la glace me semblait déformé. Sans adjectif correspondant. J'entrai dans le bain rempli à raz bord pour y disparaitre. Je fermai les yeux et laissai lentement glisser ma tête dans l'eau, en retenant ma respiration.
Combien de secondes y étais je restée ? Je ne sais plus. A un moment donné l'eau m'envahit. Je remontai lentement à la surface. Je toussai, une sensation de brulure au niveau du nez. C'était idiot. Mais j'eus envie de recommencer. Voir combien de temps je résisterai, pour prouver à cette fichue salle de bain, à son hideux miroir et à son indomptable baignoire que j'étais la plus forte.
On toqua à la porte. J'entendis des cris. J'étais encore sous l'eau. Quelqu'un défonça la porte. Une voix annonça qu'elle allait écarter les rideaux. Je n'avais pas envie de remonter. Même pas 10 secondes s'étaient écoulées… il était trop tôt. Néanmoins avant même que je ne comprenne, quelqu'un arracha le rideau de douche, fit sortir ma tete de l'eau, m'y enveloppa et me souleva.
Mes yeux me brulaient. Je distinguai vaguement mon père s'emporter contre Zabini et Malefoy. Ma mère semblait terrifiée. Potter me déposa sur le lit et me força à le regarder. Il posa sa baguette sur ma joue et murmura quelque chose. Une vague de chaleur me submergea.
Ténèbres.
J'ouvris les yeux. Une odeur de musc s'élevait dans les airs. C'était moins infâme que l'odeur de ce matin mais tout aussi dérangeant. J'avais l'impression de vivre une journée sans fin. Mon père et ma mère se disputaient en chuchotant. J'essayai de ne pas les écouter, mais cela n'aboutit à rien.
« Non mais regarde là ! » « Ca m'est égale … c'est mon bébé.. de quel droit entrent ils dans nos vies. »
Je décidai de leur faire remarquer ma présence en bougeant un peu. Ils se retournèrent surpris et se turet un moment. C'est à ce moment que je me suis rendue compte du gouffre qui nous séparait. Le silence était la seule chose que l'on pouvait encore partager sans crainte. Ils ne pouvaient rien pour moi. Ca aussi je l'ai compris à ce moment. Ils ne pouvaient rien pour moi. Peu importait leur amour,leur confiance, leur bonne volonté ou le fait qu'ils soient la raison de ma venue au monde. Ils ne pouvaient rien pour moi…
On était dans le bureau du directeur. Des dizaines de professeurs étaient présents, l'ai agar. Les trois serpentards étaient aussi là. Leurs regards braqués sur moi, toujours en silence. Puis un flot de paroles sortit de la bouche du vieil homme. Des paroles sages, choisies avec soin. Il parlait de moi. Je n'écoutai pas. Je savais déjà ce qu'il allait dire avant même d'arriver là. Mon mal de tête me poussa à m'enfoncer dans la chaise, calant ma nuque contre le dossier. L'air était lourd, orageux. Ma mère était muette. Mon père était énervé. Il parlait. Répondait à chaque argument du vieil homme. J'étais trop maigre ? allons donc ! toutes les danseuses sont maigres ! Anorexique ? Quel vilain mot ! J'étais bien trop intelligente pour etre anorexique ! Danger ? Alors pourquoi personne n'a réagit avant ? s'il y avait un danger quelqu'un parmi toutes ses personnes serait intervenu avant non ? Déprimée ? non, désolé, mais nous n'avons pas de dépressif dans la famille que des gens forts. Et puis ce n'était pas le moment pour ça.
Le directeur leva ses yeux bleus vers moi pour me demander mon avis. Je ne répondis pas. Il soupira :
-Je suis désolé. Je sais avec le décès de votre ami…
Je n'entendis pas le reste. Décès ? Quelqu'un était mort ? On sursauta autour de moi, et je fis de même en me rendant compte que j'avais parlé à voix haute.
- Mais voyons mademoiselle. Vous… Votre…Mr. X. Juan… Il est décédé.
Décédé. Décédé. Décédé. Juan est décédé.
Ténèbres.
Mama, j'ai fait un drôle de rêve. On m'a dit Juan était décédé. C'est idiot pas vrai ?
Prochain chapitre : Adagio for Strings.
