Adagio for strings.
Je me rends compte que je n'ai pas précisé que dans le chapitre précédent que 'ténèbres' correspond au temps durant lequel Hermione est évanouie… Sinon voilà la fin, il ne me reste plus qu'un épilogue à poster et tout ceci sera derrière nous… On m'a demandé récemment pourquoi. Pourquoi avoir écrit tout ça ? pourquoi maintenant ? A cela j'ai répondu : « Une chose dont on ne parle pas n'a jamais existé. C'est l'expression seule qui donne la réalité aux choses. » Oscar Wilde.
Adagio for strings pour nos peurs les plus profondes et à la lumière qui les accompagne, parfois trop tard…
N.
J'ai fermé les yeux. Longtemps. Je les ferme encore aujourd'hui. Il m'a fallut écrire tout ça pour les réouvrir. J'étais une gamine plongée dans les ténèbres. La question est qui suis-je aujourd'hui ?
Mon reflet dans la glace était aussi impersonnel que possible. L'image reflétée était celle d'une fille qui se tenait droite. Un tailleur serré l'enveloppait jusqu'au genoux. Une chemise de soie noire disparaissait à l'intérieur du tailleur. Un foulard crème disparaissait à l'intérieur de la chemise. Des collants noirs opaques aboutissaient dans une paire d'escarpins douloureux à hauts talons. La description n'était pas logique mais la cause même de l'apparence de cette fille ne l'était pas alors…
Son chignon haut ne laissait aucun cheveu rebelle s'échapper. Son maquillage discret cachait ses cernes, et ses peurs. Son regard inexpressif lui donnait des airs de poupées de porcelaine fade que l'on place en haut de la bibliothèque de peur qu'elle ne se casse, et qui finit par prendre la poussière dans l'indifférence la plus totale.
Cette fille n'était ni maigre ni grosse. Elle même ne pouvait se définir selon ses stupides codes. Elle avait perdu toute définition de ses termes. Grosse ? Maigre ? Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Elle ne savait pas. Elle était juste un morceau de viande, impropre à la consommation qui dépérissait dans son coin.
Cette fille était étrange. Qui aurait voulu d'elle ? Personne. Et certainement pas vous.
Je fermai les yeux. Encore et toujours. Ma bouche était sèche ou alors pâteuse. Je ne savais plus. Je tremblais. Je n'avais rien mangé depuis un bout de temps, non pas que ça me dérangeait de toute façon. On m'avait donné une potion pour tenir debout. Mon père m'avait forcé a avalé un truc. J'ai vomit. Rien ne voulait passer. Il m'avait menacé d'une sonde de gavage. J'avais tendu le bras. Il disait que j'étais une gamine. Qu'a force de me comporter de la sorte je donnais raison aux autres. J'avais l'envie de lui dire : et alors ? je m'en moque papa. J'ai trop mal pour ça papa. Tu ne le vois pas ? Mais il ne voyait rien, et je ne l'éclairais pas. De toute façon je n'y étais pour rien. Rien ne voulait franchir la barrière de ma bouche. C'était physique. Jz ne pouvais pas. Ce n'était même plus une question de volonté. Je ne pouvais pas…
…
J'étais debout. Ça allait commencé. Je ne voulais même pas nommer cette mascarade. Je préférais oublier. Des gens se presser autour de moi, m'offrant leurs condoléances comme on offre un chocolat infecte dont soit même on ne veut pas juste pour s'en débarrasser. Je hochai la tête. Polie et intouchable. La famille Weasley était présente. Cela faisait un moment qu'on avait pas parlé. Ils me prirent tour à tour dans leurs bras. Les enterrements réunissent les gens. Il avait fallut en arriver là pour retrouver d'anciens amis. Ils me regardaient étrangement. Commentant avec mes parents mon état. Je me bouchai les oreilles. J'étais juste trop fatiguée.
Les notes de musique envahirent le parc. Douloureuses et insupportables. Adagio for strings. Adagio for strings. Adagio for strings. Chaque note me poignardait le cœur. Une envie indescriptible d'hurler m'envahit. La musique fut remplacé par des paroles, des discours d'amis, de parents, tous censés être touchants, tous m' écœurant au plus haut point. Heureusement nul ne me demanda de parler. Je n'aurai pas su. Je ne garde pas grand-chose en mémoire de cet horrible apres midi. Si ce n'est la pluie triste, froide et fade qui nous enveloppa très vite. Les parapluies noires envahissant le ciel accentuant l'atmosphère morbide et les pleurs des gens autour de moi qui ne me touchait même pas. Plus tard je me rendis dans sa chambre, à la surprise de tous. Méthodiquement, sans rien dire ou rien ressentir, je pris mes affaires, certaines des siennes aussi. Ma mère vit mon attitude comme un vol, moi comme un emprunt. Ses parents à lui me dirent de tout prendre. Pour leur part ils ne voulaient rien. Je ne me le fis pas dire deux fois. Je ne saurai vous expliquer ce besoin primitif de m'entourer de ses affaires à lui. Mon père vous dirait que c'est pour ne pas accepter la mort que l'on agit comme je l'ai fait Ma mère vous expliquerait que c'est pour ne pas l'oublier. Moi je ne dis rien, c'est comme ça c'est tout. J'en ressentais le besoin.
Face à mon manque de tristesse, mon père se fâcha. Mais encore une fois il ne comprenait rien. Non papa, je ne veux pas en parler. Oui papa, je ne pleure pas. Oui, je comprends. Non, je ne suis pas insensible, c'est juste que… juste que quoi ? je ne sais pas.
Juan est décédé. Mort. Enterré. Il est parti. Il n'est plus là. C'est la même chose pas vrai ? il n'est plus là. Le reste m'est égal. Il m'a laissé. Il avait promis. Quel était sa dernière phrase déjà ? même ça il ne l'a pas respecté. Les gens mentent papa. Les gens vous blessent. Sans le vouloir. Les gens meurent papa. Et ça fait trop mal. Ça m'arrache le cœur. Alors je vais me l'arracher avant. Avant qu'on me l'arrache, je vais me l'arracher moi-même. Ça fera moins mal. Et c'est en ca que j'étais idiote. Croire que cela ferait moins mal.
Très vite j'ai énormément maigrit. Un peu trop. J'ai une question pour vous brillant lecteur : qu'est ce qui est pire trop peu ou trop tout court ? Je dirai peut être les deux, l'excès a tendance à nous faire chuter. Mes parents ne voulaient rien voir. Ils refusent toujours d'y penser aujourd'hui. Et moi j'étais bien trop fatiguée pour y changer quelque chose de moi-même. Seule le malade ne peut rien faire. On a besoin d'aide. Ce n'est pas être faible que d'appeler le 911. Ce n'est pas être faible que demander à quelqu'un d'appeler à l'aide. Ce n'est pas être faible que d'accepter de l'aide. Mais c'est etre faible de refuser l'aide proposé en se réfugiant dans son orgueil…
Je n'ai pas su me relever seule. J'ai préféré mourir. Doucement. Disparaitre lentement. Un peu comme un sucre englobé par du café noir. Amusante comparaison non ? Le sucre c'est moi, c'est mon antipode tout ce que je ne voulais pas être. Le café c'est mon néant, mon propre monde tout ce que je n'aurai pas du être… Mais on m'a sauvé. C'est ça le truc. On m'a sauvé. Sans que je ne demande rien on m'a tendu la main.
J'étais assise dans le jardin. Il faisait moche. Je n'ai pas d'autres termes adéquat. Juste moche. J'ai entendu des pas. Trois ombres se sont rapprochés. Et mon destin fut scellé. J'avoue ce ne fut pas aussi facile. Moi-même en y repensant je suis un peu confuse. Comment me suis-je laisser convaincre ? pourquoi ? je ne sais trop. Je me souviens les avoir vu débarquer et rester là assise en silence. Je me souviens les avoir écouter parler. Parler de la vie. Parler de la mort. Eux, qui pourtant si jeunes l'avaient côtoyés si souvent, m'en parlaient avec sérieux. Ils disaient que la mort choisie était la plus stupide. Que parce qu'ils avaient dédiés leurs vies à stopper le mal ils ne sauraient me laisser couler. Que parce qu'ils n'éprouvaient à mon égard ni pitié mais que de la compréhension, ils voulaient m'aider. Ils disaient qu'être à serpentards ne les rendaient pas moins humains. Ils disaient que les humains devaient s'entraider. Ils disaient que parce qu'un seul homme était devenu le cauchemar de centaines d'autres vies humaines, je ne devais pas pour autant oublier mon propre démon. Que parce que la magie ne pouvait rien pour moi, cela ne signifiait pas qu'il était trop tard. Ils parlaient trop… on me tendit une cigarette que je refusai. Un verre d'alcool que l'on m'obligea à refuser… Le blond affirma que les anorexiques ne buvait pas. Le brun surenchérit que les ballerines non plus. 'Le sourire énigmatique' que de tout ceci je m'en foutais surement. Je me souviens de ma propre stupeur face à leur habilités à ne pas se cacher derrière des mots. Ils n'en avaient pas peur non plus. Chaque mot, chaque expression sortait sans qu'ils ne la retiennent. Je les enviais, moi pauvre mortel attendant le passeur qui m'emmènerait là ou les morts ont la paix…
J'ai vu ma mère pleurer. Mon père se fâcher. Eux, tenter de me raisonner. Et puis j'ai vu mon reflet dans le miroir une dernière fois. Un reflet qui ne voulait rien dire. J'ai vu des incoonus dans la rue rirent en mangeant une glace. J'ai vu la jalousie me transpercer le cœur. J'ai vu des parents muets de chagrin face au décès de leur fils, impuissants face à moi. J'ai vu des gens m'expliquer quelque chose que je ne comprendrai peut être jamais. J'ai vu une vie défiler devant moi. J' ai cru que je ne pourrais pas la retenir. Et puis j'ai compris que je n'avais même pas tenté. Que je n'avais même pas tendu mon bras. Que je n'avais même pas ouvert ma main. C'est peut être comme ça que j'ai accepté… j'en sais rien… ce que je sais c'est que c'est ce qui ma sauvé la vie…
C'est ainsi que je me suis retrouvé là. Dans ce vieux train, balancée, malade à en mourir mais vivante comme même, du moins aux yeux des autres. Pas d'au revoir émouvants, juste un hochement de tete de la part de mes parents. Deux sacs. Un livre. Une baguette. De la musique. Au bout ce qu'ils nomment un centre. Un endroit ou il semblerait que les gens se reposent et réapprennent à vivre. Un endroit qui coute cher. Un endroit décrit sur le papier comme 'idyllique'. Mon père a signé le chèque. Et moi j'ai juste accepté.
Le plus drôle c'est qu'en tout quatre jours étaient passés. Mais ce n'avait plus d'importance. J'étais déjà morte…
...
« Il est 2h. Du matin ou de l'après midi qu'elle importance?
Le temps s'est arrêté. Les jours me sont comptés.
En 4 jours tout s'est écroulé. Ma vie, la sienne, mes rêves, les siens, mes cauchemars, et juste les miens.
Il ne me reste rien. D'ailleurs il ne reste même pas moi. J'entends du bruit au loin. Un écho. Un son étrange qui résonne. Des sanglots, il me semble. Est ce une voix? Un râle? Ou un hululement? Est ce humain? Je n'en sais rien… Mes facultés de discernements sont à l'état prolifique de non existence.
Ça ne me fait pas vraiment peur. Rien ne m'effraie. Du moins aujourd'hui. Quand le pire est déjà arrivé on ne s'attend plus à ce que le meilleur nous arrive…
J'irai surement en enfer pour ce que j'ai fait. Le paradis va me fermer les portes. Lucifer va m'accueillir un charmant sourire aux lèvres et, une fois à ses pieds, quand il verra à quel point mon âme est torturée, il me dira que je n'ai pas besoin de son royaume pour accroitre ma douleur.
Alors tel un narcisse fané, abandonné et qui dépérit dans son coin, oubliée de tous je resterai seule.
Plongée dans ma peine et dans ma douleur je deviendrai alors aveugle. Le soleil ne me réchauffera plus. Mes larmes ne couleront plus. Mon sang aura séché. Mon âme sera à tout jamais perdue. Seule restera mes pensées. La douleur sera ma dernière maison .
Et puis peut-être, oui juste peut-être un rayon de soleil apparaitra.
Peut-être que je trouverai le courage de me battre. De partir loin d'ici, loin de là bas.
Peut-être que je comprendrai par quel mécanisme on parvient à sourire.
Peut-être que je me rappellerai les chants perses que mon arrière grand-mère me chantait le soir.
Peut-être que parce que justement nul n'est condamné avant d'avoir commis un crime, je trouverai la force de me pardonner.
Mais l'espoir s'il se perd très vite est aussi très dur à récupérer. Comme un ancien amant bafoué il sera dur à reconquérir et mes forces s'amenuisent de secondes en secondes.
Le voile se lève. Blanc ou noir je ne sais plus si sa couleur dépend de moi. Il est pourtant temps de prendre en main son avenir qu'il soit tragique ou comique*.
Mais avant, oui avant, laissez-moi poser les derniers mots de la triste histoire qui m'a conduit là…
* 'Tragedy is when I cut my finger. Comedy is when you fall into an open sewer and die.' Mel Brooks."
La voix est terne. C''est celle d'un vieil homme. Un médecin. Ne me demandez pas en quoi. Je ne vous répondrai pas. Il coupe chaque mot. C'est indécent. Il pèse ses phrases comme si au lieu de simplement les lire il les inventait. Il lève la tête. M'observe. Je lui tourne le dos. Mais je le vois dans la vitre. Il réajuste ses lunettes. Continue. On m'a demandé d'écrire. Et bien voilà j'ai écrit. Cela ne semble pas vraiment être ce qu'il attendait. Peut être s'attendait il à un : Bonjour je me nomme H.G. j'ai … ans. Je pèse 4… Kg. ? J'observe ses traits. Sa voix se fait plus sure, bien que parfois il butte sur certains mots. L'écriture fine et ronde doit le déranger… Il repose la feuille. Et m'observe. Un lent moment. Les questions vont arriver…
- Pourquoi avez-vous l'impression d'etre morte ?
J'hausse les épaules et réponds par une autre question.
- Qu'est ce que la mort ?
Il se tait un moment, puis entre dans une définition semi juridique, semi scientifique. Je l'écoute mais le contredis tout de même lorsqu'il finit.
- Ma mort est différente alors. C'est le moment, ou rien de ce qui existe n'a plus d'importance pour vous. Ou on se laisse totalement aller. Ou plus nul dans ce monde ne compte pour vous. Je ne suis plus dans le cœur de personne. Qui m'aime et qui me regrette ? Qui me cherit et qui me hait ? personne. C'est quand on devient personne que l'on meurt. Alors je suis morte.
L'homme penche la tête sur le coté. Me dit son étonnement. Que je suis sa première patiente a être aussi, aussi... Il ne sait pas. Je lui enlève les mots. Il me dit que mes mots sont poignants, qu'ils décrivent si bien ma souffrance qu'il ne sait plus par quoi commencer. Il parle beaucoup. J'écoute peu. A un moment j'entends le mot espoir. Il affirme que dans ce texte comme dans ma vie, l'espoir ne part jamais. Que c'est ce qui marque mon existence. Que mon prénom même peut être ramener à l'espoir. Je réponds que c'est ironique. Il sourit, affirme que non. Il me demande si je sais la définition de ce mot. Je ne sais quoi dire. Il me tend la main, me demande de m'assoir sur le fauteuil qui lui fait face. Le travail peut commencer d'après lui. J'ai toute une vie à vivre, il fera en sorte que je le fasse. Pour la première fois depuis longtemps j'ai envie de faire confiance à quelqu'un. Je ne sais pas si ça marchera, ni même si j'y arriverai, mais là juste là, moi Hermione Granger morte à 17 ans j'ai envie de vivre…
C'est ainsi, qu'intriguée par l'espoir j'ai tenté de l'approcher pour je l'espère ne plus jamais le quitter une fois que je l'aurai trouvé…
ps: 'Angel?' il me faudrait ton email pr que je puisse te repondre please. :)
