Wouhou ! Et voilà le chapitre 3, de la part de Yumi ! Un grand merci à tous nous reviewers, j'espère que la suite vous plaira autant que le début !

Bonne lectuuuuure !! :D

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Chapitre 3

Délégués opposés

-- POV Edward –

J'ignorai quelque peu comment il fallait que je procède. A vrai dire, comme tout ce qui se passait ici, cela relevait de la "première fois" ; première fois que j'entrais dans une école aussi gigantesque, première fois qu'un directeur était aussi effrayant, première fois que nous n'étions que quatre à enseigner, première fois que j'enseignais et, bien sur, première fois que je me retrouvais face à deux élèves ne pouvant pas se voir en peinture venant d'être élus délégués dans mon cours.

Rose avait blêmit, ses cheveux bruns aux mèches roses semblant luire face à son teint maladif, tandis qu'elle évitait soigneusement le regard de son homologue masculin. Ledit homologue, quant à lui, avait la mine rosit par une rage certaine, et j'avais la sensation qu'il pouvait exploser de fureur à tout moment, telle une bombe incontrôlable (de toute manière Ery était incontrôlable). Mal à l'aise, je leur fis face en silence, ne sachant absolument pas quoi faire, jusqu'à ce que Gabriel ne vole une fois de plus à mon secours :

- Il faut qu'ils faces un discours.

Rose ne cilla pas alors qu'Ery déviait son regard vers son ami railleur, vraisemblablement à deux doigts de lui refaire le portrait. Peu adepte des bagarres Eryennes (mon thorax s'en souvenant encore) je lançai d'une voix puissante et sans appel :

- Ouais, merci Gabriel. Euh... Rose, vas-y !

La jeune fille m'implora un instant du regard (arrachant un sifflement méprisant de la part du nouveau délégué masculin) et se tourna vers la classe en balbutiant timidement :

- Euh... déjà... merci de m'avoir élu... je... euh... je ferais mon possible pour que tout se passe bien dans cette classe pendant ces trois mois... et j'espère que vous ne regretterez pas votre choix.

- Trois mois ? m'enquis-je soudainement, alors que les autres applaudissaient sans grand enthousiasme.

- Ouais, on change de délégué à chaque fois qu'on change de prof principal, me répondit sournoisement la tronche de palmier, semblant se dandiner sur place pour tenter de se contrôler.

- Ah, d'accord. Bon, ben Ery, c'est à toi.

Son regard suffisant glissa jusqu'à l'agacement certain, tandis que je me délectai de sa "gêne", lui qui n'avait de cesse de me foutre la honte à chaque fois que l'on se croisait – pour une raison inconnue, soit dit en passant. Il se tourna à son tour vers la classe et grommela, mauvais comme un pou :

- Idem que l'autre cruche. Rien à ajouter.

- Tu pourrais faire un effort, Erynounet, taquina Gabriel, hilare.

Le brun commença à s'élancer vers l'autre, le point en avant, qu'en quelque seconde j'avais réduit ses efforts à néant, transmutant le sol en un imposant mur de bêton lui faisant barrière (je préférais dix fois plus utiliser l'alchimie face à lui plutôt que de tenter de l'arrêter à mains nues). Il glissa son regard haineux jusqu'à moi, et ordonna :

- Laisses-moi passer, minus !

J'étouffai un flot d'injures en sifflant d'un ton réfrigérant :

- Non. C'est pas le moment de vous battre.

Son sourire arrogant refit surface, et il glissa jusqu'à moi en ricanant sournoisement :

- Mais c'est que le petit nabot cherche à se la jouer grand professeur autoritaire, on dirait ! Pardon de te décevoir, mais t'es loin d'être crédible !

- "Nabot, nabot", tu t'es regardé avec ta coiffure débile ?! m'emportai-je en commençant d'ores et déjà à me ruer sur lui (ras-le-bol de ses provocation sur ma taille ! Merde, je n'étais pas PETIT !!).

Il accueillit mon élan de violence avec un sourire franc et ô combien agaçant, paré à riposter, que nous fûmes tous deux expulsés en arrière par un violent coup dans le ventre. Me cognant la tête contre le bord de l'estrade, je vis quelques étoiles danser devant mes yeux un moment, jusqu'à ce qu'une voix suraigüe me parvienne et que le visage de Rose n'apparaisse dans mon champ de vision, l'air inquiet et désolé.

- Pardon, pardon, Edward, mais il fallait que je vous arrête !

- C'est... c'est toi qui as fait ça...?

- Euh... Oui, excuse moi, je ne...

- C'EST TOI QUI AS FAIT ÇA ??!! rugit alors une voix furieuse à quelques mètres de là.

Je me relevai avec rapidité et Rose se crispa en trouvant Ery face à nous, visiblement hors de lui. Sautant sur l'occasion d'en rajouter une couche (ça va, on a tous le droit d'être mesquin !) je ricanai en reprenant peu à peu mon souffle :

- Ça t'étonnes, Ery ? Pas drôle, hein, de se faire stopper par l'alchimie de Rose !

Si Lux, Gabriel et Sofia ne s'étaient pas levé, alertes, Ery aurait sans doute tenté de me casser la gueule. Cependant, comme un bon toutou docile et obéissant, il se calma lorsque la brune voluptueuse posa une main apaisante sur son épaule, le brun me dévisageant tout de même dans un mélange de haine et de méprit innommable. Je jubilais (bien fait !).

Le cours – désormais bruyant et inattentif – reprit peu à peu son calme habituel, tandis que les deux délégués s'étaient rassis à leur table respectives. Alors que j'avais entrepris de leur expliquer l'étape supérieure du cercle de transmutation, Lux se leva avec grâce et me coupa brusquement pour demander d'un ton éternellement limpide comme la glace :

- Dîtes, pourquoi est-ce qu'on vous appelle le "Fullmetal Alchemist" ?

Je sursautai intérieurement, paniqué. C'est vrai, ils ignoraient, eux aussi, pour mes membres bioniques... (excepté Ery, qui lui m'avait vu transmuter mon bras en lame, l'autre jour). Constatant les murmures curieux des autres élèves, je balbutiai piteusement :

- Euh... C'est une longue histoire...

- Et pourquoi votre frère est dans une armure ? lança une autre voix, à l'autre bout de la pièce.

Je me raidis cette fois : non, ils ne devaient pas savoir pour Al, c'était trop dangereux. Ils ne devaient pas apprendre pour ma tentative de transmutation humaine, si cela s'ébruitait, je risquai de perdre mon poste (après tout, rares étaient ceux au sein de l'armée qui connaissaient réellement l'histoire des frères Elric).

- Euh... La mode, j'imagine, lançais-je pitoyablement – première excuse qui me vint à l'esprit.

Tous semblèrent dubitatifs, et Lux insista :

- Cela n'explique pas votre "nom de code". Tout le monde pourrait croire que c'est votre frère, le Fullmetal Alchemist, puisque c'est lui qui...

- Bah nan, c'est moi ! coupai-je, exaspéré.

Oh, ça va deux minutes, l'Alchimiste d'Etat C'EST PAS MON FRÈRE ! La preuve : c'est bien moi qui suis obliger de me taper la classe des grands cons, tandis que lui a la super gentille petite classe toute mignooooone ! Reprenant un peu de contenance alors que Lux se rasseyait, je soupirai en déboutonnant ma veste, bouton par bouton, évitant soigneusement de regarder tous les yeux rivés sur moi, de peur de m'empourprer.

- Wouhou ! siffla la voix moqueuse d'Ery, m'arrachant un grognement mauvais, alors que je faisais glisser ma veste le long de mes bras.

Il y eu comme une onde de choc déversée sur l'assemblée, alors que je me retrouvais en simple t-shirt noir, révélant à leurs yeux ébaubis mon bras bionique de métal. Certain semblaient dégoûtés, d'autre impressionnés, et d'autres complètement à l'Ouest. Je jetai un coup d'œil à l'expression d'Ery : il souriait, cet abruti. Agacé, j'expliquai avec calme :

- C'est... un auto-mail. On me l'a posé lorsque j'ai perdu mes membres.

- Vous… tu… tu en as plusieurs ? s'enquit Rose, la mine figée dans l'étonnement.

J'ignorai les plaintes d'Ery qui râlait « elle peut pas se la fermer deux minutes, l'autre bouffonne ?! » et répondis doucement :

- Oui, un autre à la jambe gauche.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?! s'étouffa la fille rousse à sa droite (dont le nom m'échappait toujours).

Je serrai les dents : une excuse, une excuse, vite !!!

- Sans doute a-t-il essayé de grandir en se faisant écarteler, lança alors une voix railleuse et trainante, reconnaissable entre mille.

Gabriel et Garfiel éclatèrent d'un rire franc tandis que Lux et Sofia ricanaient (à l'instar de quelques autres dans la classe), et je posai les yeux sur Ery, l'auteur de cette provocation, qui souriait malicieusement. Pris d'une nouvelle bouffée de rage, je me raidis de moi-même pour éviter de lui replacer le nez entre les deux yeux, et mon regard peu amène se perdit un instant sur son visage parfait. Il glissa le long de ses pommettes, de ces joues, de ce nez, puis atterrit jusqu'à ses lèvres, étirées en un sourire railleur et provoquant… Ces lèvres d'une douceur incroyables, qui m'avaient arraché un baiser ; ces lèvres que j'avais mordu avec puissance pour m'en éloigner, ces lèvres qui, inconsciemment, me déroutaient de leur beauté exceptionnelle et enivrante…

- Ed, ça va ?

Je vis les lèvres se mouvoir dans une grimace exaspérée suite à ces paroles, et cela me ramena sur terre aussi brusquement que si l'on m'avait aplatit une enclume sur le crâne. Mon moment d'égarement n'avait pas duré longtemps, certes, mais avait suffit à m'émouvoir assez pour que je perde totalement le fil de mes pensées et que Rose (qui d'autre ?^^) s'en inquiète. Je déviai le regard vers elle, évitant celui d'améthyste qui avait visiblement l'air de revenir sur terre à mon instar, et rajoutai nerveusement :

- C'est une longue histoire, que je ne suis malheureusement pas sensé raconter ici. Hmm… Écoutez, j'ai trois mois à passer avec vous dans le but de vous apprendre ce que je sais sur l'art de l'alchimie, nous n'avons donc ni le temps ni le droit de nous égarer à papoter sur ma vie privée, d'accord ? Alors, maintenant (je renfilai ma veste d'un geste sec) reprenons le cours, si vous voulez bien.

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Tous partaient, désormais, tandis que je rangeais soigneusement mes affaires dans ma serviette de cuir, fraîchement offerte par le directeur, qui avait vraisemblablement remarqué mon manque évident de matériel lors de notre première rencontre. Comme pratiquement à chaque fin de cours, l'adorable Rose m'attendit près de la porte (ignorant royalement les insultes d'Ery qui semblait plus qu'agacé lorsqu'il la trouvait ainsi – même si, de toute manière, il était toujours énervé quand elle ou moi étions dans le coin), et je la rejoignis en souriant gentiment.

- Je voulais te dire de ne pas oublier la réunion des déléguées, tout à l'heure, m'informa-t-elle, alors que nous sortions de la salle d'un pas tranquille.

- Comment ça ?

- Eh bien, à chaque élection, les deux délégués doivent se retrouver avec le professeur principal pour mettre au point des idées, des suggestions, ou bien tout simplement parler de la classe et des cours en général.

- Euh… c'est obligatoire ? m'enquis-je, déjà angoissé à l'idée de me retrouvé pratiquement seul face à Ery.

- Malheureusement… oui, grimaça-t-elle, visiblement aussi peu enjouée que moi.

Nous sortîmes enfin de l'interminable couloir, et machinalement nous arrêtâmes aux pieds des marches menant aux dortoirs.

- Dis, comment ça se fait qu'Ery aie été élu ? Je n'ai pas l'impression qu'il soit beaucoup apprécié au sein de la classe – si on excepte sa petite bande.

- Ben, à vrai dire, Lola m'a dit que Gabriel a demandé à Garfiel de l'aider à menacer les gens pour qu'ils votent pour Ery et moi. Ça explique pourquoi il y a eu si peu de voix pour les autres.

- Aaaah…, opinai-je en hochant la tête, préoccupé.

Pourquoi Gabriel avait-il fait ça ? Certes, je commençai à comprendre son caractère moqueur et toujours avide de nouvelles blagues, mais je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à se mettre Ery sur le dos. Bah, après tout, ce n'était pas mon problème ; si la rage et les pensées d'Ery étaient dirigées vers lui, je n'allais pas m'en plaindre !

Après quelques mots échangés, je décidai de monter dans ma chambre, lui signalant que la « réunion » se déroulerait dans mon bureau après manger. Parcourant les couloirs bruyants des élèves se préparant à se rendre en cours de combat (ce qui me fit penser que le dénommé Lin était toujours aux abonnés absents), je montai l'ultime étage qui menait aux « appartements » des professeurs, et poussai la porte 302, qui délimitait l'entrée de ma chambre personnelle. Quoi que, cela ressemblait plus à un petit appart' qu'à une simple chambre. La première pièce donnait sur mon bureau : luxueux, plutôt imposant, bibliothèques et fauteuils à profusion. C'était calme et reposant, et tant que des microbes curieux ou des vieux croutons de trente balais ne venaient pas me demander des cours particulier, je m'y plaisais bien. Annexe, il y avait bien sûr ma chambre, délimitée d'une porte d'ébène que je prenais soin de fermer à clé chaque jour. Elle était également imposante et agréablement belle, un lit double et moelleux siégeant en son centre, les tons bleutés des murs semblant envelopper la pièce d'une sérénité apaisante. J'allais m'affaler avec fainéantise sur le lit que l'on frappa à ma porte, sitôt suivit de la voix aiguë de mon frangin :

- Ed ? T'es là ?

- Ouais, Al, entre.

La porte pivota sur ses gonds et un instant plus tard l'armure dans laquelle l'âme de mon petit frère était prisonnier apparu. Ne pouvant rien lire sur ses traits d'acier, je m'enquis en soupirant :

- Que se passe-t-il ?

- Je… je voulais te parler de quelque chose.

Il s'avança vers moi et s'assit sur le lit, me faisant quelque peu glisser de côté de par son poids.

- Il y a un problème ?

- Peut-être.

- Expliques.

- Eh bien…, commença-t-il, cherchant toujours ses mots. Tu sais, Willy, le petit frère d'Ery, qui est dans ta classe…

- Ouais, m'empressai-je de répondre, m'empourprant rien qu'à l'évocation de cet être agaçant.

- Eh bien, il est plutôt doué, en alchimie…

- C'est pas de famille, alors, parce que son frère est…

- Je sais, me coupa-t-il, visiblement peu enclin à m'entendre – à nouveau – débiter un flot d'injures à l'adresse d'Ery. Mais lui, c'est un des meilleurs de la classe, il comprend tout et s'en sort très bien.

- Alors où est le problème ? questionnai-je, ne le suivant pas.

- Eh bien, jusque là, je ne l'avais pas remarqué, ou bien il faisait attention à bien le cacher, mais aujourd'hui… j'ai constaté qu'il utilisait l'alchimie sans cercle de transmutation.

Le choc fut plutôt lent à percuter mon cerveau. J'avoue que je ne m'y étais pas attendu, vraiment pas. J'avais conscience que cette bande de six cadavres ambulant était bizarre ; leur façon de déambuler, de nous regarder, d'agir, de constamment s'appeler « Sloth, Greed, Lust, Envy… », se prenant pour l'incarnation des pêchés capitaux. Étranges. J'avais prit ça pour un délire de jeunesse, une habitude, mais maintenant que ce Willy semblait utiliser l'alchimie sans cercle de transmutation, alors que ses copains étaient déplorablement démunis de toutes facultés d'alchimiste, les questions, probabilités et angoisses fusaient dans ma tête à la manière d'un feu d'artifices.

Sitôt après, je songeai à l'étrange tatouage sur la cuisse d'Ery, qui me disait vaguement quelque chose – autant dire que si je l'avais un jour lu dans un bouquin d'alchimie, cet être me semblait encore moins normal (si le terme de la « normalité » pouvait lui être approprié). Me promettant de vérifier ça plus tard, la conversation avec Al s'étendit sur plusieurs possibilités : aurait-il tenté de transmuter un humain ? – Impossible. Est-ce que Alphonse aurait mal vu ? – Faut pas non plus le prendre pour un crétin. Est-il… vraiment humain ? – Cette question, quant à elle, restait sans réponse. Puis l'heure du dîner sonna, et ce ne fut que l'intervention de mon frère qui me permis de m'en rendre compte :

- Tu devrais aller manger.

Suivant ses conseils, je me redressai prestement, et constatant qu'il ne me suivait pas, m'enquis :

- Tu ne viens pas ?

- Tu n'as qu'à dire que je n'ai pas très faim, je préfère rester ici et voir si je trouve quelque chose qui pourrait expliquer le… phénomène de Willy. Ça m'intrigue.

J'haussai les épaules, mon ventre grondant furieusement.

- Comme tu veux. J'ai une réunion avec… mes délégués (je tressaillis), après manger, je te rejoindrais plus tard.

Il acquiesça d'un signe de tête distrait, toujours dans la Lune, et je me dépêchai de sortir, guidé par ma faim lancinante. Dans les escaliers, je perçu des voix visiblement en conflit, dont une, trainante, cassée, et – ça me faisait mal de l'admettre – incroyablement sexy, que j'aurais reconnu entre mille. Curieux, je descendis silencieusement quelques marches supplémentaires, et un coup d'œil me permit de constater qu'Ery avait coincé Willy contre un mur, lui encerclant le col d'une main, l'autre taquinant visiblement une certaine envie de lui taper dessus.

- …t'es vraiment trop con, Wrath ! Comment t'as pu oublier ça ?!

- J'ai… j'ai pas fait exprès…, gémis Willy, larmoyant.

- Putain, mais t'as quoi dans le crâne, bordel ?! Genre il est trop con pour s'en rendre compte, qu'est-ce que tu crois, à l'heure qu'il est le nain de jardin est déjà au courant ! On est quoi s'ils apprennent la vérité ?!

Me contrôlant à l'évocation de mon surnom péjoratif, j'intensifiai mon écoute, ma curiosité accroissant de seconde en seconde, ma perplexité avec elle. Qu'entendait-il par « la vérité » ?

- Je… je veux mamaaan…

Alors que j'écoutais le petit Willy pleurnicher, un étrange glissement d'air attira mon attention dans mon dos, et je m'étonnais du fait que quelques parois du mur furent soudainement mouillées.

- Arrêtes de pleurer, pauv' tache ! Tu mérites que j'te frappe, t'es vraiment qu'un gros crétin ! T'es le seul à pouvoir faire de l'alchimie, et faut que t'oublie sauver les apparences, 'tain, t'es vraiment…

- Envy ! coupa une voix sèche et autoritaire, elle aussi horriblement familière – la voix de ma mère.

Les insultes d'Ery se stoppèrent net, et sitôt après un mouvement brusque se fit entendre alors que Willy se dégageait de la poigne de son agresseur, pour vraisemblablement se jeter dans les bras de Sofia, qui, elle, était encore masquée par le mur devant moi.

- Maman ! gémit-il, d'une voix étouffée par une masse de vêtement.

« Maman » ??!! Ils…ils étaient de la même famille ?!

- Cesses de m'appeler ainsi, Wrath, ordonna Sofia.

Me déboitant un peu plus la nuque, je vis que la jeune femme s'était penchée vers Ery pour lui souffler quelque chose à l'oreille, et que ce dernier, affichant tout d'abord une mine insondable, écarquilla ensuite de grands yeux ronds, visiblement paniqué. Sofia le jaugea sévèrement, puis, sans un mot de plus, entraîna Willy dans le couloir sombre, laissant le jeune homme debout devant les battants des portes. Ma première motivation fut de fuir, et je lui obéis bien docilement, prévoyant déjà de trouver un autre moyen pour descendre à la cantine ; mais malheureusement, à peine avait fait volte-face qu'une main puissante m'avait agrippée l'épaule et plaquée au mur avec violence.

- C'est pas très sympa d'écouter les conversations d'autrui, lâcha Ery, incroyablement menaçant.

Il devait avoir fait une boulette, et n'aimait sans doute pas trop culpabiliser. Je ne répondis pas, la boule d'angoisse dans ma gorge m'en empêchant. Il reprit :

- Qu'est-ce que tu as entendu ?

Je toussotai pour faire passer mon malaise, et fini enfin par lâcher, d'un ton frôlant l'insolence :

- Je ne t'ai pas autorisé à me tutoyer, Ery…

- Je suis dix mille fois plus vieux que toi, j'ai le droit de te…

Il se stoppa : nouvelle boulette.

- Dix mille fois, vraiment ? m'enquis-je, railleur.

Toutes ces informations étaient floues, et pourtant ressemblaient à quelque chose, dans mon esprit. Une chose incertaine, que je connaissais légèrement, et qui, je le savais, était incroyablement terrifiante.

Il ferma un instant les paupières pour se maitriser, puis fini par ordonner :

- Oublies... Oubliez ce que vous venez de voir.

- Je crains de ne pas être encore atteint de l'Alzheimer, désolé de te décevoir.

Il serra la mâchoire, et je plongeai un instant mon regard dans le sien. Il avait des yeux incroyables, quand on y regardait de plus près. D'un violacé nuancé, ses iris semblaient étoilées par des teintes plus foncées, superbes. Sa pupille semblait rétrécie sur elle-même, à la manière des serpents ou des chats… Des yeux humains ? J'en doutais. J'avais bien compris, depuis toutes ces années passées à la recherche de la Pierre Philosophale, que « l'impossible » n'existait pas en ce monde, et que les « non-humains » étaient plus nombreux que l'on n'osait le croire. Qui était-il ? Pourquoi ces surnoms étranges ? Pourquoi cette attitude ? Pourquoi ces secrets ? Je nageai dans le désarroi qu'il en rajouta une couche en penchant son visage vers le miens, m'inondant de son haleine glacée, me faisant perdre le fil de mes pensées un instant. Qu… qu'est-ce qu'il foutait ?! Il n'allait pas recommencer ?! Pas ENCORE ??!!

Alors qu'il avait délibérément décidé d'immobiliser mes bras dans le but d'éviter que j'utilise l'alchimie, il effleurait d'ores et déjà mes lèvres que je relevai le genou vers son entrejambe avec puissance, le faisant hoqueter de douleur. Il se cambra, et j'en rajoutai une couche en lui enfonçant mon poing dans l'abdomen, le projetant contre le mur opposé. Il semblait sonné, et je décidai vivement de ne pas m'attarder ici, plus inquiet du fait qu'il tente à nouveau de m'embrasser que du fait qu'il cherche à me rendre la pareille en matière de coups.

- Re… reviens là, ordure ! siffla-t-il, visiblement furieux mais pas encore apte à se relever.

Je ne répondis pas et fonçai à la vitesse de la lumière aux étages inférieurs, le trouble me faisant vaciller. Qu'est-ce qui lui prenait, bordel ?! C'était quoi ces pulsions à la con ?! Pourquoi un coup il me frappait et la seconde suivante il essayait de m'embrasser ?! Tain, pis c'était un mec, quoi ! Quelle horreur ! Ce type était vraiment pas net !

Furax, je ne contrôlai pas ma force en pénétrant dans l'enceinte la cantine, faisant dévier quelques regards surpris vers moi. Passant devant les élèves sans plus de cérémonie, je m'emparai d'un plateau avec brutalité, pris quelques aliments en surnombre (j'avais TRÈS faim) et me dirigeai d'un pas lourd vers la table des professeurs. En chemin, je croisais le regard de Sofia et Lux, indéchiffrables, calmes, angoissants. Nan, ils n'étaient pas normaux, c'était certain.

- Ed ? Ça ne va pas ?

Je sursautai et tournai la tête vers Ranfan, qui venait de me tirer de mes songeries, la mine anxieuse, alors que je venais de m'assoir face à elle. Je lui souris (sourire qui devais sans doute plus ressembler à une grimace tendue) et répondis :

- Si, très bien, pourquoi ?

- Tu sembles… énervé.

Trouvant la première excuse qui me venait, et qui n'était pas totalement mensongère, j'expliquai :

- C'est parce que cette enflure d'Ery a été élu délégué.

Ranfan, la vieille femme de ménage et même le directeur manquèrent de s'étouffer. Ce dernier lança, de son habituelle voix tonitruante et bourrue :

- Ery ? Ery Bell ?!

- Ouaip.

- Le frère de Willy ?! Dans la bande le Lux, Gabriel et…

- Ouais ! m'impatientai-je. C'est lui le nouveau délégué, avec Rose.

- Impossible…, souffla la vieille.

- Pas si impossible que ça, apparemment, sifflai-je, acide. Gabriel et Garfiel aurait menacé les élèves s'ils ne votaient pas pour eux deux.

Ranfan poussa un long soupire et lâcha, excédée :

- C'est encore une blague de Gabriel. Ery et Rose ne peuvent pas se voir en peinture, il a sans doute voulu se marrer.

- A mes dépends ! m'exclamai-je. Je n'ai aucune envie d'être au centre de leurs conneries !

- Tu n'as pas le choix, tu es leur prof principal, riposta Harold.

- Sans blague !

Avalant rageusement mon steak, je sursautai à nouveau lorsqu'une main douce me tapota l'épaule.

- Euh… Edward ?

Ne prenant pas la peine de déglutir, je lançai agacé, la bouche pleine :

- Quouah ?!

Manquant de m'étouffer de honte, je constatai Rose, debout à côté de moi, la mine légèrement dégoûté devant mon attitude pas très glamour. Les trois adultes à côté de moi étouffèrent des éclats de rire, tandis que je virais au cramoisie. Après avoir avalé difficilement, fais passé tout ça avec un verre d'eau, je fis mine de me porter comme un charme et m'enquis, laissant presque une note charmeuse à mon ton faussement assuré :

- Rose ! Que se passe-t-il ?

- Je… je voulais seulement savoir si je dois amener quelque chose de particulier pour la réunion de tout à l'heure.

Je mis un instant à comprendre ce qu'elle me disait, un petit peu trop obnubilé par les adorables grains de beauté qui ornaient ses joues halées. Une fois que l'information eut atteint mon cerveau (donc environs dix bonnes secondes plus tard) je répondis prestement :

- Euh, rien de particulier, mais prends ce que tu veux si tu penses que c'est utile !

Elle sembla réfléchir un instant, puis opina en souriant de toutes ses dents. M'empourprant aussitôt, je détournai les yeux et elle me salua joyeusement avant de s'éloigner rejoindre sa table. Alors que je louchai sur mon assiette, embarrassé, Ranfan taquina en lançant d'un ton mimant la désinvolture :

- Elle est mignonne, cette petite. Hein, Ed ?

Je grognai, elle prit ça pour un oui.

- Bah, après tout, vous avez pratiquement le même âge, reprit-elle en ricanant. Et elle semble beaucoup t'apprécier.

- Sans doute.

- Et toi, tu l'apprécies ?

- Bien sur.

- Ce ne serait pas ton élève préféré, par hasard ?

Je relevai brusquement les yeux vers elle ; tain, mais qu'est-ce que c'est pénible une fille !! Tandis que je bouillonnais, elle et la vieille ricanaient malicieusement. A ma grande surprise – alors que je m'étais mit en tête de sortir de table – ce fut Harold qui vola à mon secours :

- Et Lin, il revient quand ?

Ce fut à Ranfan de rougir (elle rougissait toujours lorsqu'on parlait de son homologue) et à moi de me foutre d'elle.

- Euh… bientôt, je pense, il m'a appelé hier.

- Où était-il ? s'enquit le directeur de son habituelle voix bourrue – si bourrue, d'ailleurs, que j'avais l'étrange sensation que le dénommé Lin risquait de s'en prendre plein la gueule en rentrant.

- A Xing, pour des affaires familiales.

Il opina, et la conversation dévia sur des sujets divers et variés, qui me firent oublier ma mauvaise humeur avec brio. D'ailleurs, ce fut seulement lorsque vint l'heure de retourner à mes appartements que je me souvins que j'allais devoir me retrouver en face d'Ery, et que cet agacement refit surface aussi violemment qu'une gifle.

Je fus le premier à mon bureau, ce qui me permit d'un peu l'arranger, de fermer toutes les portes à double tour (surtout celle de ma chambre – allez savoir pourquoi) et de réorganiser un peu tous mes papiers éparpillés en vrac. A vrai dire, même si cela me gonflait atrocement de me voir forcé de rester ici trois mois durant, mes horaires n'étaient pas franchement ce qu'il y avait de plus chargé (seulement un double cours de quatorze à seize heures tous les jours), ce qui me permettait grandement de continuer mes recherches, mais à distance.

Soudain, quelques éclats de voix me parvinrent de l'autre côté de la porte, et je devinais sans mal que Rose et Ery étaient arrivés au même moment. Ne tenant pas franchement à ce que l'autre débile se mette à frapper Rose (il était bien capable de le faire, rien que parce que je l'avais humilié dans les escaliers – ou parce qu'elle l'énervait, tout simplement), je me ruai sur la porte que j'ouvris en grand fracas. Ô bonheur, j'arrivai en effet juste à temps, puisque Rose avait déjà commencé à tracer un cercle de transmutation sur le mur, et Ery l'avait empoigné par le col, poing brandit vers le ciel. J'arrêtai son bras avec puissance, au moment où Rose posait la main sur le cercle ; résultat, je me pris un morceau de béton dans le dos, ce qui me projeta sur Ery, ce qui nous projeta en arrière. Glissant sur le sol, lui sur le dos, moi sur lui, nous mîmes tous deux un moment à capter ce qui nous arrivait, et ce ne fut que le cri strident et paniqué de Rose qui nous ramena à la réalité. Bondissant sur le côté au moment où lui-même tentait de m'éloigner grâce aux poings, je ne prêtai presque pas attention à mon élève gémissant des excuses tant cet évènement m'avait surpris et troublé, et tant la douleur lancinante dans mon dos était importante.

Une fois que j'eus réussis à les faire taire tous les deux (elle, pleurnichant presque de désolation ; lui, braillant des insultes à son adresse), nous entrâmes dans la pièce, nous installant derrière le bureau en silence. Ery, qui ne cessait de balayer la pièce du regard, commenta :

- Eh ben, on va pas dire que les profs sont malheureux, ici.

- Retires tes pieds ! ordonna Rose, alors que le jeune homme avait entreprit de poser ces grosses godasses sur le meuble.

Il râla quelques jurons tandis qu'elle s'empourprait d'agacement, et je pus enfin poser la question fatidique, qui allait engendrer des discutions matures et calmes – je l'espérais.

- Très bien. Alors, en tant que délégués, que proposez-vous ?

Rose allait prendre la parole qu'Ery la devança :

- Mettre de l'alcool à disposition des élèves ; c'est-à-dire, dans leur chambre.

Espoirs réduit à néant : round 1.

- Non mais ça va pas ?! s'étrangla la jeune femme, alors que je soupirai de désolation.

- Ben quoi ? Arrêtes de critiquer, j'suis sur que tu serais plus agréable avec deux litres d'alcool dans le sang.

- Personne ne peut survivre à deux litres d'alcool, pauvre crétin ! siffla la brune.

Ery allait riposter qu'il se stoppa net, laissant ses deux interlocuteurs – donc, moi y comprit – un peu perplexes. Se renfonçant dans sa chaise comme quelqu'un qui n'a plus d'argument (ce dont je doutais venant de sa part), il soupira en levant les yeux au ciel :

- C'était une façon de parler, débile.

Choqué de son silence, nous ne répondîmes rien immédiatement. Constatant que, de toute évidence, il ne cherchait pas à nous sortir de notre torpeur étonnée, Rose prit l'initiative d'enchaîner.

Très vite, elle s'emporta à trouver idée sur idée, et je n'eus presque plus le temps de prendre des notes. Ery, lui, restait toujours silencieux, observant tantôt la jeune fille surexcitée, tantôt moi, jeune alchimiste dépassé. Alors qu'elle s'embarquait dans un nouveau projet, Ery soupira, assez fortement cependant pour couvrir sa voix :

- Et si tu la fermais ?

Rose se stoppa brusquement et dévia vers lui, à la fois indignée et surprise qu'il aie enfin prit la parole :

- Je te demande pardon ?

- Tu nous saoules avec toutes tes idées débiles, et tu ne te rends même pas compte que la crevette n'a même plus le temps d'écrire tellement tu t'emportes.

Rose tourna légèrement la tête vers moi, en appel à l'aide, mais j'étais un peu trop focalisé sur le terme « crevette » pour lui prêter attention.

- Si tu te rendais un tant soit peu utile, une vraie discussion pourrait s'enclencher et il aurait le temps de respirer ! répliqua-t-elle ensuite.

- Tu veux que je propose un truc ? OK, j'ai une idée.

Il se redressa, posa ses coudes sur le bureau et se pencha légèrement vers moi, l'air le plus sérieux du monde :

- Et si on faisait une nouvelle règle interdisant les crétines au QI de bulot pas foutues de se rendre compte qu'elles font chier leur monde ?

Il avait sortit cela d'une traite, et, bien malgré moi, je ne pus retenir un ricanement, ce qui provoqua deux réactions simultanées chez mes élèves : un immense sourire se dessina sur le visage d'Ery, et Rose hoqueta d'une indignation furieuse. Elle se leva, faisant grincer la chaise sur le parquet ciré, ramassa ses papiers à la vas-vite et s'élança vers la porte, les larmes aux yeux. Je réagis au quart de tour et me levai moi aussi :

- Rose, attends ! Ce… désolé ! Attends, Ro…

Ce fut le claquement violent de la porte qui me coupa dans mon élan, aussi bien dans les paroles que dans les gestes. De ce fait, je me retrouvai désormais au beau milieu de la pièce, l'air épuisé et désespéré, seul en compagnie de l'indomptable et effrayant Ery Bell.

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Tadam ! Merci de m'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !

A la prochaine ;)

By Yumi.