Yop ! Merci pour vos review !! Je n'ai que ça à dire, alors je le proclame en premier. D'ailleurs, je me dis que ça doit être un peu lourd de toujours lire "merci pour vos review" avant chaque chapitre, si ce sont des nouveaux qui s'enffilent tous les chapitres d'un coup. Mais enfin, ce petit rituel est impératif, parce que c'est vrai que vous êtes vraiment géniaux de nous soutenir comme ça. Alors tout de même (encore) un très grand merci à nos lecteurs, c'est... motivant :)
Allez, maintenant que j'ai fini mon petit discours profondément inutile, je vous laisse lire, en espérant que ça vous plaise ! :)
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Chapitre 11
Une simple comédie
--POV Edward --
J'échangeai un coup d'œil éloquent avec Envy, alors qu'Harold me détaillait subtilement du regard, à la recherche d'une faille dans mon professionnalisme de professeur d'alchimie. Il y en avait, bien évidement (du genre, je couche avec l'un de mes élèves) mais je prenais soin de bien les dissimuler derrière un sourire forcé purement commercial.
- Euh, et bien, d'accord… mais c'est à quelle occasion ? m'enquis-je innocemment.
- Noël, bien sûr. Tu n'as pas oublié Noël, tout de même ?
- Euh, non, non, bien sûr que non ! Noël, c'est évident !
Faux. J'avais complètement, totalement, irrémédiablement oublié cette foutue tradition à la mord-moi le nœud. Du coin de l'œil, je vis Envy rouler des yeux – chose que j'aurais fais si mon patron ne s'étais pas tenu devant moi. Curieux tout de même, je demandai :
- Et, sur quoi cette… pièce, est-elle sensée porter ?
- Ce que vous voulez, tant qu'elle est de vous, répondit le géant dans un tonnerre de grognement (oui, je trouve que lorsqu'il parle, on dirait qu'il grogne).
J'acquiesçai docilement, alors que tout s'effondrait à l'intérieur de moi. Soudainement, Harold commença à se mouvoir pour s'avancer vers la porte, clamant ses dernières instructions :
- Tu as deux jours entiers pour trouver l'intrigue et me la noter sur papier, je te dirais si ça me plait. Si dans deux jours je ne l'ai pas…
Il laissa sa phrase en suspend, ce qui la rendait bien plus menaçante que si elle avait été achevée en parole. Il claqua la porte dans son dos (aucun signe d'énervement, c'était juste qu'Harold Bersark claquait toujours les portes qu'il ouvrait) et je me retrouvai à nouveau seul en compagnie d'Envy, qui m'observait avec amusement. Je braquai mon regard sur son visage admirable, et fini par soupirer :
- Si tu as une idée d'intrigue, fais-moi signe.
Il haussa les épaules, bien loin de vouloir se triturer l'esprit pour moi, et lança :
- Pardon mais… je n'ai pas tellement l'esprit littéraire.
- Et tu crois que je l'ai, moi ? chouinai-je, songeant que NON, l'écriture d'une pièce n'était pas franchement mon fort.
Envy ricana et se leva pour lentement s'avancer vers moi, alors que je m'affalais contre le mur, accablé par le désespoir – cette Académie allait me rendre dingue. Il s'accroupit à son tour et son visage se rapprocha du mien, ses perles d'améthyste laissant refléter leur habituel éclat sournois.
- Je pense que reprendre nos activités précédentes pourrait t'aider à développer ton imagination.
Sa main glissait d'ores et déjà le long de mon buste, mes cheveux encore trempés l'éclaboussant au passage. Je poussai un long soupir en rejetant ma tête en arrière :
- Plus motivé…
Il ricana et se pencha plus encore, son visage plongeant dans ma nuque, embrassant et mordant par endroit, m'arrachant des torrents de frissons que je tentai de ne pas écouter. J'allais, en avançant mon unique main, le pousser à m'embrasser, que des martellements métalliques nous parvinrent, sitôt suivit d'une voix aigue et familière :
- Ni-san, t'es là ?
La porte commençait déjà à s'ouvrir avant même que je n'eu pu répondre, et j'entendis Envy souffler un « je vais tous les tuer… » avant qu'il ne bondisse en arrière, atterrissant sur le bureau, comme si de rien était. Je rivai mon regard sur mon frangin, sa tête métallique passant d'Envy à moi sans arrêt. Ne supportant plus ce silence soupçonneux, je demandai :
- Al ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Euh… rien de spécial… pourquoi êtes-vous mouillés, tous les deux ?
Envy allait ressortir une excuse bidon que je m'empressai d'en inventer une autre, fin connaisseur de ce que mon petit frère était apte à croire ou non :
- C'est l'heure de son cours particulier, et il a fait exploser quelque chose qui nous a recouvert de copeaux de bois, alors on a du passer à la douche… l'un après l'autre.
J'avais irrémédiablement ressentit le besoin de rajouter cette dernière particule de phrase, ce qui, je le sentis, fit sourire Envy. Alphonse marqua un temps d'arrêt – ce qui m'inquiéta un peu – et se tourna vers Envy, qui sembla surprit qu'on s'adresse à lui :
- Tu as réussi à utiliser l'alchimie, Ery ?
L'expression de son visage se fit en trois phases, qui étaient amusante à observer, lorsque – comme moi – on était au courant du contexte. Tout d'abord, il blêmit quelque peu en fronçant les sourcils, blessé dans son amour propre que ma « boite de conserve » de frangin lui rappelle si aisément ses difficultés en alchimie ; puis haussa un sourcil de compréhension, saisissant enfin qu'il devait jouer le jeu ; et enfin, il arbora cette éternelle moue dédaigneuse, méprisante et sûr de lui qu'il affichait lorsqu'il se savait qu'il avait toutes les cartes en main.
- Bien sûr. Les cours d'Edo me sont utiles, faut croire. Mais ça fait déjà deux fois qu'on est interrompu, aujourd'hui, et ça commence un peu à m'agacer. Alors si tu ne veux pas que je teste mes nouveaux progrès d'alchimie plutôt… explosifs, sur toi, le tas de ferraille, je te conseil de t'en aller.
J'aurais pu être amusé si ces propos n'avaient pas été lancés à l'adresse de mon petit frère. Je me ridai d'agacement et me relevai brusquement, dévisageant Envy, un tantinet colérique. Il fut surpris de ma réaction et son regard passa successivement d'Alphonse resté silencieux à moi, jusqu'à ce que je grince avec froideur :
- Env… Ery, Alphonse est, tout comme moi, un professeur dans cette Académie. Tu lui dois le respect, et je t'interdis de le menacer ainsi.
Il écarquilla les yeux, incrédule.
- Mais, je…
- Excuse-toi.
- P-pardon ?! s'étrangla-t-il.
- Excuse-toi, Ery !
Je continuai de le dévisager sévèrement, alors qu'il tentait vainement de trouver une forme de mensonge dans mon regard. Finalement, sa mâchoire se contracta douloureusement, et il braqua son regard sur l'armure de métal :
- Désolé.
Cela semblait avoir relevé du défi de prononcer ce simple mot, mais je me fichais bien de ce qu'il en avait coûté à sa fierté. Il aurait dû savoir qu'Alphonse était plus qu'un simple frère, pour moi. Il était ma seule famille, le seul qui me restait. Jamais il n'aurait du se risquer à le menacer.
Mon petit frère toussota, ayant sentit l'atmosphère lourde s'étant soudainement abattue dans la pièce, et balbutia :
- Euh… bon, ben je vais y aller, alors. On se revoit demain, Ed.
Je détachais mon regard de la mine frustré de mon amant, et lançai d'un ton faussement joyeux :
- Ouais, bonne nuit, Al !
Il hésita encore un instant, comme s'il craignait pour ma vie de rester seul en compagnie d'Envy, puis se décida à sortir, claquant doucement la porte derrière lui. Respirant profondément, je me tournai vers l'homonculus, et sursautai presque lorsque je constatai son immense sourire.
- En fait, t'es plutôt bon acteur ! Mais me faire m'excuser c'était pas très sympa...
D'accord. Il était carrément à côté de la plaque, en faite.
- Ce n'était pas de la comédie, Envy. Je pensais ce que j'ai dit : je t'interdis de menacer Al.
Son visage jovial se figea, puis il prit cette teinte si habituelle – le rouge-furieux – à mesure qu'il interprétait mes paroles. J'attendis qu'il explose, comme d'habitude, le regard balayant évasivement la pièce, mais je fus surpris de constater que cela ne vint pas. Tolérant, je patientais plus longtemps encore, encore, et encore, intrigué tout de même par ce silence presque oppressant. Mais, au bout de plusieurs minutes, n'y tenant plus, je finis par céder, et me tournai à nouveau vers lui. Interloqué, je le trouvai debout, devant la fenêtre, observant un point inexistant parmi le paysage enneigé qui entourait la bâtisse. J'haussai les sourcils, surpris de ne l'avoir pas même entendu bouger, et demandai – toute rancœur envers lui s'étant soudainement évaporée :
- Envy ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Il ne répondit pas immédiatement, ses yeux en amande se plissant sous la réflexion, toute trace du rouge-fureur que j'avais précédemment constaté ayant quitté ses traits parfaits. Le soleil se reflétant sur sa peau de marbre, ses sourcils, en partie masqués par ses longues mèches noires, étaient tordus en une moue songeuse que je trouvai plutôt adorable. Enfin, sans que je ne m'y attende vraiment, il souffla :
- Je me demandais… quelque chose.
- Quoi ?
A nouveau, il hésita, et ses prunelles violetées se posèrent sur moi, aussi insondables que la première fois que je l'avais rencontré. Me laissant languir dans la confusion la plus totale, il ne répondit pas pendant un long moment, ses yeux éteints par ce voile protecteur qui le rendait incompréhensible.
- Je me demandais qui tu choisirais… entre lui… et moi.
Cette fois c'est mon visage qui changea d'expression. Mon cœur eut un raté pour finalement partir dans un rythme endiablé, et mes joues se teintèrent de rose dû à la gêne. Mais… qu'est-ce qu'il racontait ?! C'était quoi cette question ?! Et pourquoi me troublait-elle autant ?! Il patienta jusqu'à ce que je me sorte de ma torpeur bouleversée, et enfin je balbutiai :
- Je… je ne… enfin… je ne peux pas…
- Je ne te demande qu'une réponse honnête, Ed. Rien de plus. Et n'ais pas peur de me blesser.
Sa voix était douce, prudente, éteinte. C'était sans doute la première fois que je le voyais se soucier de mon bien-être psychologique. Du moins, seulement par la douceur se sa voix, et non pas par le sens de ses mots. En effet,Je ne savais absolument pas comment réagir. Désemparé, je mis un moment avant de faire fonctionner mon cerveau pour tenter de lui apporter une réponse plus ou moins évasive, n'ayant nullement l'intention de lui dire la vérité. Et puis, d'ailleurs, c'était quoi « la vérité » ? C'est là que sa question m'intrigua. Moi-même, j'étais curieux d'en connaître la réponse. Je sentis mon visage se plisser sous la réflexion, mon regard se voiler pensivement, et plusieurs images vinrent soudainement défiler dans mon esprit. Tout d'abord, le départ d'Envy, son abandon, à jamais, son sourire railleur et sournois me quittant, s'éloignant pas à pas de mon corps qui appelait à l'aide. Je le voyais, dans mon esprit, son visage faussement angélique m'accorder un dernier regard, un dernier sourire narquois dont il avait le secret, pour finalement s'évaporer dans une volute de fumée noire, ses mèches d'ébène dansant au rythme du vent. Ce n'était que fiction, des images que je venais d'imaginer, mais elles me fendirent le cœur avec autant de puissance que s'il s'agissait d'un souvenir. Comme un imbécile trop sensible, je serais les lèvres et préférai m'éloigner de cette souffrance, pour me concentrer sur le cas de mon petit frère. Là, j'affrontai la seconde bourrasque d'images, de véritables souvenir cette fois, qu'Envy me demandais de comparer. Alphonse. Mon Alphonse. Emporté par l'alchimie, criant mon nom, disparaissant sous mes yeux, ne me laissant pour simple famille qu'un tas d'os répugnants sur le sol, résultat repoussant de notre tentative de transmutation humaine. Je ne mis pas longtemps à m'effondrer. Cela faisait longtemps que je n'y avais pas pensé. Trop longtemps, sans doute. La douleur qui me submergea fut alors si violente qu'elle me plia en deux, tandis que je me souvenais de cet instant, de cette solitude, de cette perte si abominable. L'absence d'Alphonse était inconcevable.
Mes genoux percutèrent le parquet tandis que je couvrais mes mains de mon visage baigné de larmes involontaires.
- Par… pardon… Envy… pardon…
Le choix avait été fait rapidement, soudainement, et bien malgré moi. L'absence de l'homonculus m'était insupportable, mais celle de mon frère l'était plus encore. Sans lui, je n'étais rien. Sans Alphonse, je n'étais qu'un pauvre Alchimiste d'Etat bon à rien. C'était pour lui que j'avançais, que je vivais. Pardon, Envy, pardon. Mais tu n'aurais pas été celui que j'aurais choisis.
Alors que je désespérais, pitoyable, au milieu de la pièce, je sentis deux bras glacés venir encercler mes épaules, et deux lèvres tièdes embrasser le haut de ma tête. J'hoquetai, la surprise et la peine m'empêchant d'émettre le moindre son, et Envy chuchota soudainement, au creux de mon oreille, plus tendre qu'il ne l'avait jamais été juste là :
- Ça va aller, Ed. Tu vois, tout est clair, maintenant. Je n'ai plus qu'à me tenir à carreaux.
Je relevai le visage vers lui, inspectant ses traits empli d'une douceur inédite qui me grisait de surprise. Il était beau. Incroyablement beau. Si l'on m'avait dit, un jour, que mon cœur battrait si rapidement à la vue d'un homme – qui n'était même pas humain, de surcroit – j'aurais ri à pleins poumons. Pourquoi ressentir tout ça ? Pourquoi ainsi m'émouvoir pour un homonculus, un être créé artificiellement et auteur d'innombrables assassinats ? J'étais stupide.
Toujours muet, nous restâmes un bon moment sans rien dire, à nous observer mutuellement, jusqu'à ce qu'il prenne une brève inspiration et affiche un petit sourire triste :
- Vous êtes un peu trop surmené, monsieur Elric. Permettez-moi de vous border.
Il m'ébouriffa les cheveux et attrapa mon bras en se relevant, pour me trainer avec facilité jusqu'à ma chambre. Il m'assit sur le lit et retira d'un geste vif mes vêtements inconfortables, épongea un peu mes cheveux encore trempés et finalement m'obligea à m'allonger, relevant la couette délavée jusqu'à mon menton. Je me laissais faire, pantin obéissant aux ordres de son créateur. Respirant profondément, mes larmes ayant cessées mais le trouble gagnant encore chaque particules de mon être, je l'observai s'activer inutilement autour de moi, jusqu'à ce qu'il s'immobilise, et s'asseye sur le bord du lit, à ma gauche. Là, il hésita un instant puis se pencha et déposa doucement ses lèvres sur les miennes, aussi tendre et doux que possible. Mon cœur battant la chamade, je ne pus que lui répondre mécaniquement, imitant sa tendresse, m'excusant de mes paroles dernières par un pieux baiser. Il s'éloigna un peu de moi, mais avant qu'il ne se relève complètement, ses lèvres effleurèrent doucement les contours de mon visage, son souffle tiède glissant sur mes joues, semblant savourer la chaleur qui émanait de ma peau. Sa main caressant tendrement quelques mèches de mes cheveux humides, il fini par lentement arriver jusqu'à mon oreille, et souffla :
- Edward, je… je…
Il s'arrêta finalement, laissant sa phrase en suspend, me crispant de perplexité. Il resta un instant sans rien rajouter, souffle coupé, puis poussa un bref soupir et se releva un peu plus rapidement, le regard un peu hagard et ses joues s'empourprant légèrement. Je bâtis des paupières, et il décida de se relever, en lançant doucement :
- Bon, bonne nuit, Fullmetal à Deux Bales. On se voit demain !
Avant que j'eu le temps de retrouver l'usage de la parole, il avait disparu, ses cheveux de jais dansant derrière lui, leurs reflets émeraude brillant comme des pierres précieuses.
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Le lendemain, je me sentais comme un pauvre alcoolique se réveillant avec la gueule de bois. Non seulement, j'avais dormis jusqu'à treize heures (soit, une heure avant que mon cours commence) mais étais également victime d'une migraine épouvantable, à vouloir m'en taper la tête contre les murs. Mauvais comme un pou, ma douche glacée (plus d'eau chaude) n'arrangea pas les choses, et ce fut Winry qui subit en premier les conséquences de mon humeur « matinal » lorsqu'elle m'accosta dans le couloir, alors que je me rendais en classe :
- Eh, Ed !
Je me retournai après un grognement mauvais, et elle se plaça devant moi, tout sourire, pauvre inconsciente de ce qu'elle risquait de se prendre dans la figure.
- Quoi ?
Elle haussa les sourcils en constatant mon ton pas franchement amical, et décida sans doute d'en venir aux faits :
- J'aurais besoin de la mesure de tes doigts…
- Tu ne les as pas déjà pris, ça ? grinçai-je, désagréable malgré moi.
A nouveau, elle chancela de surprise, et balbutia craintivement :
- Euh, eh bien, c'est une vérification, parce que…
Brutalement, j'avançai ma main de chaire devant son nez pour faire taire ses explications agaçantes, et c'est presque tremblante qu'elle entoura mes doigts de quelques instruments incompréhensibles. Voulant sans doute détendre l'atmosphère, elle demanda évasivement :
- Tu as bien dormis… ?
- Très bien.
Moi-même, je m'exaspérai d'être si désagréable. La pauvre, elle n'avait rien fait… Je n'étais qu'un crétin. Finalement, elle abandonna sa piteuse tentative de relaxation, et termina rapidement son travail, avant de me saluer d'un signe de main hésitant, comme si elle avait peur que je lui saute à la gorge. Ma conscience, nullement victime de mes sautes d'humeur, me cria de m'excuser, ou d'au moins lui répondre gentiment, mais tout mon corps m'intima le contraire, élançant mes jambes vers les marches et braquant mon visage dans une moue colérique, sans un mot supplémentaire.
Me traitant d'abruti intérieurement, j'essayai de ne pas m'aventurer à parler à Alphonse lorsqu'il tenta à son tour une approche près de la véranda, faisant mine de ne pas l'avoir remarqué, me dirigeant à grandes enjambées dans ce couloir interminable. Enfin, j'arrivai devant la porte de ma classe. Machinalement, je jetai un œil à ma montre : j'avais un quart d'heure d'avance – plutôt étonnant, pour quelqu'un qui s'étais levé si tard. Bah, tant mieux, ça me permettrait de décompresser seul dans la salle avant le cours (je risquai d'être accusé d'agressivité envers les élèves s'ils me voyaient dans cet état). Soupirant d'agacement, j'entrai, et sursautai de stupeur en trouvant Envy assit à sa place habituel, apparemment en train de roupiller, affalé sur sa table, la tête enfouis entre ses bras. Doucement, je refermai la porte dans mon dos et m'approchai en silence, curieux de découvrir ce qu'il pouvait bien faire ici en train de dormir. Me penchant légèrement, je repérai un cercle de transmutation désormais masqué par ses cheveux, et une petite boite de poudre d'aluminium posé sur le coin du bureau. Bon sang, avait-il passé la nuit à tenter de faire de l'alchimie ?!
Après un petit coup d'œil ultra-rapide en direction de la porte et de ma montre, je me penchai doucement et dégageai quelques mèches de cheveux de sa nuque, pour lentement y poser mes lèvres, savourant l'odeur de sa peau comme le plus incroyablement des parfums. Elle était indéfinissable, mais merveilleuse. Il remua doucement, alerté par le contacte chaud de ma peau contre la sienne, et lentement je déplaçai mon visage jusqu'à sa joue, pour l'embrasser à son tour, observant ses paupières papillonner avec effort. Il était trop mignon. Ne pouvant résister à l'envie de sourire, je m'éloignai un peu lorsqu'il rouvrit les yeux complètement, les posant sur moi, l'air encore un peu agar et mécontent d'avoir été tiré des bras de Morphée. Je ricanai en penchant la tête sur le côté, et enfin il sembla me reconnaitre, son regard s'illuminant et ses lèvres s'étirant en un sourire tendre.
- Je devrai dormir ici plus souvent, si t'es volontaire pour me réveiller, marmonna-t-il.
- J'aimerai surtout savoir ce que tu fiches ici, et depuis combien de temps, ripostai-je, mes tons de voix s'étant étrangement calmés à la vue de cette adorable petite chose inhumaine.
Il prit de grandes respirations et se leva, étirant ton son corps à la manière d'un félin, aussi irréellement gracieusement que s'il répétait un mouvement de danse. Ebloui, je patientai en le contemplant, jusqu'à ce qu'il se rasseye avec fainéantise, et m'explique en désignant nonchalamment le cercle tracé sur la table :
- Je répétais, et ce depuis une heure et demi du matin, sans arriver à aucun résultat. Mais j'ignore à quel moment je me suis endormi…
Il se perdit un instant dans une réflexion inutile, mais je m'inquiétai plutôt du fait qu'après tout ces efforts il ne créait pas même une petite étincelle, alors que son cercle était absolument parfait, et que ses connaissances en alchimie dépassaient largement celles d'autres élèves, qui eux arrivaient à maitriser la matière. J'allai exprimer ces pensées tout haut, qu'il se leva brusquement et rapprocha son visage à quelques centimètres du mien, me faisant reculer de surprise.
- C'est pour ça que j'ai besoin d'une petite compensation, pour m'éviter de sombrer dans la dépression…
Il plaisantait, mais se rapprochait tout de même. J'allai m'aventurer à répondre à ses avances, que des voix s'élevèrent derrière la porte à quelques mètres de là, menaçant de nous surprendre à tout instant. Nerveusement, je le repoussai sur sa chaise et m'élançai vers mon bureau, à l'instant où le premier flot d'élèves faisait son entrée. Les quelques filles s'arrêtèrent en constatant la seule présence d'Envy en ma compagnie, leur regard passant successivement de lui à moi, jusqu'à ce que je tousse bruyamment pour les faire avancer, alors que les académiciens suivant débarquaient. Elles s'installèrent en pépiant, et finalement tous finir par prendre place ; les stars de la classe, Greed, Lust, Sloth et Glutony de leurs vrais noms s'avançant en dernier, me lançant quelques regards indéchiffrables que je tentai d'ignorer.
Depuis que j'avais appris la véritable identité d'Envy, je tentai massivement de me contenir en constatant que se tenait si près de moi le résultat de mon propre pêché, Sloth, copie parfaite de ma défunte mère. Elle-même ignorait que je connaissais la vérité, mais l'envie de lui hurler dessus, de l'obliger à disparaître, de l'empêcher de s'adresser à moi avec cette voix douce qui n'était pas sienne me torturait l'esprit, assez pour que je ne lui accorde plus un seul regard. Elle ne semblait pas s'en alarmer (du moins, d'après Envy), considérant ma réaction normale face à une femme qui ressemblait trait pour trait à ma génitrice. Tant mieux, ça me permettait de cacher pleinement mes pulsions de haine sans qu'elle ne se doute de rien.
J'avais commencé mon cours avec calme, mes élèves m'écoutant attentivement, et alors que tous commençaient à s'activer pour aller chercher les instruments nécessaires, l'une des filles qui s'était arrêter devant la porte tout à l'heure s'adressa à moi d'un ton mielleux :
- Professeur Elric, n'est-il pas vrai que nous sommes sensé monter une pièce de théâtre pour Noël ?
Des voix s'élevèrent de toute part soudainement, certains approuvant cette idée et d'autres la réfutant haut et fort – seuls les homonculus restèrent parfaitement silencieux. J'ordonnai le silence et répondis ensuite :
- Euh… oui, c'est vrai… D'ailleurs toute cette classe est obligé de jouer, mais je…
- Et vous avez trouvé ce qu'on allait faire ? demanda une voix de basse au fond de la pièce, m'indiquant sans même que je lève les yeux qu'il s'agissait de mon cinquantenaire – le plus vieux des académiciens.
Je déglutis avec peine, jetai un coup d'œil à un Envy silencieusement hilare, et répondis :
- Et bien… non. Pas du tout, je n'ai aucune idée de ce qu'on pourrait…
- On a qu'à faire ça tout de suite, tous ensembles ! lança une fille non-identifiée.
Les cinq homonculus se tournèrent vers elle à la manière d'un lion près à bondir pour lui arracher la tête, mais toutes les voix approbatrices les dissuadèrent de bouger, ou même d'exposer leur point de vu visiblement extrémiste. Quant à moi, je restai debout derrière mon bureau, stupéfié comme un abruti manipulé par ses élèves. Par conséquent, sans vraiment trop me demander mon avis, ils commencèrent à exposer leurs idées entre eux, s'excitant comme des gosses à qui ont aurait promis le plus merveilleux des parcs d'attraction. Ce fut Envy qui me sortit de ma torpeur, lorsqu'il s'avançant vers moi d'un pas rapide, pour attraper mon épaule et souffler à mon oreille :
- Fais quelque chose pour les calmer ou je te jure qu'il y en a un qui va morfler…
Je tressailli à l'idée de voir la tête d'un de mes élèves traverser la pièce, et finalement je m'avançai après une brève inspiration, et lançai, ma voix heureusement assez puissante pour couvrir celle du brouhaha régnant :
- OK, OK, stop, on se calme !
Les voix se turent petit à petit, et les visages se retournèrent vers moi, certains vraisemblablement surpris de trouver Envy dans mon dos. J'enchainai :
- Si vous avez tant envie que ça de trouver cette pu… cette intrigue, dîtes moi chacun votre tour vos idées, et nous les noterons sur le tableau. Là, nous procéderons à un vote, d'accord ?
Et c'est à ce moment que mon cours d'alchimie se transforma en préparation de pièce de théâtre, des idées de plus en plus farfelues sortant des tréfonds des esprits bizarres de mes élèves, que je notais docilement sur le tableau, sans en proposer une seule, mais ayant, à chacune d'elle, peur de devoir la jouer. Au bout d'une heure, plus aucune voix ne s'éleva, et je me reculai du tableau pour l'admirer en vue d'ensemble, afin d'achever mon désespoir grandissant. Trente deux idées. Des idées complètement tordues, d'autres faisables mais carrément niaises, d'autres incompréhensibles, et d'autre injouables. J'étais presque impatient de savoir ce qui allait nous tomber dessus. Soupirant de désespoir, je fis volte-face pour refaire face à mes élèves, et leur demandai de noter leur choix sur un bout de papier, anonymement et sans se concerter. Ils obéirent. Même les homonculus. Souriant un peu, j'observai la tête agacée d'Envy lorsqu'il nota son choix, et enfin on m'apporta le petit panier dans lequel trônaient des tas de bouts de papiers, et je m'occupai du dépouillage, moi qui n'avais et qui n'allais pas voter. Gabriel s'occupant de noter les petits bâtons là où je l'indiquais, au bout de dix minutes, j'annonçai le dernier vote, et des murmures indistincts s'élevèrent lorsque je posai les yeux sur le tableau, constatant que l'idée numéro vingt trois avait une légère avance. Un remix de compte de fée. La belle au bois dormant. Horrible.
Je déglutis difficilement, et demandai, sans même oser me tourner vers les élèves, de peur d'y voir des mines ravies (après tout, c'est eux qui avaient votés) :
- Qui a proposé ça, déjà ?
Sur le coup, personne ne répondit, ce qui m'interpella un peu. Finalement, je pris sur moi et me retournai, pour parcourir la classe des yeux. Là, je perçu plusieurs regard tournés dans une même direction, vers une même personne ; et lorsque je les suivis à mon tour, mon cœur eu un profond raté, qui me fit dangereusement vaciller.
- C'est… moi, souffla Rose en plongeant son regard dans le mien, rougissant de gêne.
N'osant pas jeter un coup d'œil à Envy, je pris une grande inspiration et assénai, aussi professionnellement que possible :
- Très bien, Rose, c'est ton idée qui est retenue. Avais-tu quelqu'un en tête pour la répartition des personnages ?
Elle baissa les yeux, s'empourprant davantage, tandis que mon propre malaise accroissait. Je ne le sentais pas, pas du tout, même…
- Oui, souffla-t-elle finalement. Pour… le prince.
Je du me retenir au bureau pour aider mes jambes à soutenir mon poids. Mon mauvais pressentiment me broyait l'estomac.
- Ah. Qui dont ?
Elle hésita, respira profondément, puis lâcha :
- Toi.
Bingo. Mon instinct ne m'avait pas trompé. En plein dans le mille. J'allais finir par la détester autant qu'Envy, si elle continuait… En parlant de lui, il fit un tel sursaut en avant que sa chaise grinça sur le sol, avant qu'il ne soit retenu par Lust, lui interdisant sans doute d'aller lui exposer sa façon de penser. Je toussotai nerveusement, et me décidai à répondre :
- Je… je ne pense pas que ça soit…
- Si ! C'est une bonne idée ! me coupa une fille, visiblement emballée par cette idée. Et Rose ferait Aurore, puisque c'est elle qui a trouvé l'idée !
Là, je me liquéfiai tellement que j'eu presque la sensation de fondre. Des murmures approbateurs du genre « ouais, il ferait un super beau couple ! » s'élevèrent, et même avant que je n'eu donné mon accord, les rôles semblaient être répartit. D'ailleurs, Gabriel, hilare, notait scrupuleusement tout ce que les élèves affirmaient, jusqu'à ce que, au bout d'une demi-heure où les académiciens avaient littéralement pris le contrôle de la classe, l'homonculus ne brandisse sa main vers le tableau, pour qu'on y lise les rôles principaux :
Roi Stéphane : Gabriel
Reine : Sofia
Prince Philippe : Edward
Aurore : Rose
La fée Bénévole (Bleue) : Melissa
La fée Jouvence (Rouge) : Lola
La fée Sapience (Verte) : Lux
Maléfice la Sorcière : ??
Ebahis devant cette répartition, je restai un moment sans voix, jusqu'à ce que Gabriel ne demande, feignant l'innocence :
- Bon, il nous manque la Sorcière. Qui pourrait bien être assez maléfique pour interpréter Maléfice… ?
Et là, ce fut un soudain mouvement de foule qui me fit presque rire, comme si un vent violent avait poussé toutes les têtes à se tourner dans la même personne : Envy. Au départ, il ne le remarqua pas, la tête enfoncée dans sa main, jusqu'à ce qu'il se rende compte du soudain silence pesant et de tous ces regards braqués sur lui. Il se redressa, effaré, et s'exclama :
- Attendez, vous… vous déconnez, là ? Il est hors de question que je fasse ça ! Même pas en rêve, bande d'abrutis !
- Mais, Ery, tu serais parfait, dans ce rôle, railla Greed. La méchante sorcière te va tellement bien !
- Non mais ça va pas bien, espèce de demeuré ! Demandez à Lux, c'est beaucoup plus logique, au lieu de la mettre en fée ! 'Tain, j'ai jamais vu autant de crétins rassemblés dans la même pièce !
Je ne pus retenir mon rictus, ce qui me valu un regard de tueur de la part de mon amant qui accentua mon hilarité. Greed le remarqua également, et me demanda, sourire railleur aux lèvres :
- Et vous, M'sieur Elric, qu'en pensez-vous ?
J'hésitai, et, plus par poussée de fierté que par réel intérêt, je me dis que si je devais me taper le rôle du prince, autant qu'il se prenne celui de la sorcière. Étouffant un rire, je répondis :
- Ça me parait être une bonne idée. Ery, tu joueras Maléfice.
- Quoi ?! Mais… non, je…
- C'est sans appel, coupai-je, tu seras parfait pour ce rôle, et je suis sûr que le directeur sera d'accord avec nous tous.
Envy allait répliquer que mon regard sévère l'en dissuada, et il finit par s'enfoncer sur sa chaise, boudant obstinément comme un gamin à qui l'on aurait refusé le nouveau jouet à la mode. Je ricanai tandis que Gabriel notait scrupuleusement le nom d'Ery au tableau, et nous entamâmes la répartition des rôles secondaires.
Bien que cette idée de pièce de théâtre était saugrenue et ne se résumait qu'à une perte massive de temps de travail, je devais admettre que tout cela commençait à devenir intéressant, et qu'il me tardait de voir comment tout cela allait s'achever…
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Et voilà ! Votre avis sur ce pitit chapitre ?
A la prochaine avec Izumy !!
By Yumi.
