Tout d'abord, je m'excuse pour ce retard - nous qui avions toujours eu la méga-classe en les sortant pile toutes les semaines - je n'ai pas su gérer les vacances et le retard que j'avais déjà pris sur les chapitres que nous avions en avance. Bref. Désolé, donc.

Comme toujours, un immense merci à nos reviewer, nous sommes excessivement heureuses que cette fic vous plaise tant. Merci, merci, merci !

Là-dessus, je n'ai rien à ajouter, et je vous laisse lire mon pieux chapitre, en espérant qu'il vous plaise autant que les précédents :).

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Chapitre 15

Réveillon

--POV Edward --

Quelques jours s'écoulèrent, assez pour qu'après m'être remit de ma quarantaine. Je découvris que noël approchait à grand pas, me rappelant que je n'avais toujours pas appris le texte pour la pièce, et qu'il semblerait qu'Envy ne me parlait plus. Autant ne pas me mentir à moi-même, c'était ce dernier fait qui m'accablait le plus, sans pour autant assez m'émouvoir pour que je daigne aller vers lui.

Oui, j'avais eu raison de réagir comme je l'avais fait ; nous en avions déjà parlé, et la manière dont il avait traité Alphonse me mettait hors de moi à chaque fois que j'y repensais. Il m'avait promis de se tenir à carreaux : et bien voilà le résultat ! M'enfin, je n'en avais plus rien à faire, désormais. Avec ou sans lui, ma vie restait la même. Du moins, c'était ce que je me répétais depuis notre dispute. Ça faisait des heureux, en tout cas ; Rose, en particulier, qui désormais ne me lâchait plus d'une semelle ; Winry, qui semblait rassurée que mon ex-amant aie cessé de l'insulter ; Al, qui avait arrêté de se poser des questions à notre sujet ; et les autres homonculus, qui se complaisaient à me faire savoir que c'était ce qui devait arriver à chaque fois que je les croisais.

C'est donc avec tout ça sur le dos que je me dirigeai lourdement vers ma salle de classe, ce vendredi vingt trois décembre. J'entrai, constatai sans surprise que tous mes élèves m'y attendaient, ravis que je sois enfin de retour. Ils étaient tous vêtus de leur costume pour la pièce et un exemplaire du manuscrit pendait dans leur main – je devais avouer que, bien qu'ils se détestaient, Envy et Rose avaient fait du bon boulot en tant que délégués pour organiser tout ça pendant mon absence. Cette dernière se précipita sur moi, sa robe de princesse moulant son buste et bouffant sur ses hanches, ses cheveux pour le moment coiffés comme d'ordinaire voletant derrière elle.

- Ed ! Il faut que tu essayes ton costume, tu es le seul à ne pas l'avoir encore fait.

- Ah… ?

Elle me prit la main et je m'avançai, sous les chuchotis indistincts des élèves commères. Bah, cela devait paraître plus plausible que je me rapproche de Rose plutôt que d'Envy ; et je risquai beaucoup moins de représailles. La seule différence étant que je n'avais aucune envie d'être avec la jeune femme.

Distraitement, elle m'amena jusqu'à ladite couturière, qui commença à me prendre les mesures :

- C'est juste une vérification, Winry m'avait déjà donné tes mensurations, je vois seulement si je ne me suis pas trompé…

Je ne l'écoutai pas plus que ça, parcourant la pièce des yeux à la recherche de celui qui hantait mon esprit plus que jamais depuis quelques jours. Je trouvai, dans l'ombre de la pièce, Lust, Greed, Glutony et Sloth ricanant sur leurs tenues respectives, mais aucun Envy. Etouffant un soupir embêté, je reportais mon attention sur Rose et ses copines lorsque la porte s'ouvrit en grand fracas, dans mon dos. Me retournant vivement, je vis l'homonculus de mes pensées s'avancer vers ses confrères sans m'accorder un regard, ni même un minuscule petit coup d'œil. Une fille l'arrêta pour lui donner son costume et il le lui arracha presque des mains d'un mouvement brusque et vraisemblablement énervé, pour se poster à la droite de Lust, dos à moi. Je déglutis avec peine, une étouffante boule m'obstruant la gorge, mais ce fut une brusque piqure sur ma hanche droite qui me ramena à la réalité :

- Désolé, Ed, ce… j'en ai pas fait exprès, tu…

- C'est rien, Rose, soufflai-je en sentant des perles de sang glisser le long de ma peau.

- J'ai voulu rectifier un pli, mais l'aiguille a…

- Tu n'as pas besoin de te justifier, je t'ai dit que ce n'était rien.

Mon ton avait été plus sec que je ne l'aurais souhaité, mais dire qu'elle ne m'agaçait pas aurait été mentir. Faut dire, cela faisait un peu trop longtemps qu'elle ne s'était pas prit la tête avec Envy à mon sujet – du coup, elle n'avait plus aucun intérêt. Certes, ça m'énervait. Certes, j'en avais plus qu'assez de ces provocations stupides et de ces compétitions enfantines ; mais au moins, Envy me portait de l'attention. Il pensait à moi, il jalousait ceux qui me côtoyaient, il s'énervait de voir qu'il n'était pas le seul à me convoiter. Même si cela m'exaspérait, j'aimais ça. J'aimais qu'il s'occupe de moi. J'aimais qu'il soit près de moi. Mais maintenant, à quoi avais-je droit ? A rien. Pas un geste, pas un regard : rien. L'antithèse de l'amour n'est pas la haine, en vérité ; c'est l'indifférence. Et c'était sans doute la pire des sensations qui soit…

D'une profonde inspiration et d'un léger mouvement de tête, je balayai ces funestes pensées et finalement la couturière se redressa, m'observa de haut en bas, et affirma joyeusement :

- Votre costume est prêt, Monsieur Elric.

- Très bien. Merci.

- Ah, et… quand est-ce que votre automail sera réparé ? Parce que ça risque d'être dur, pour jouer la pièce, avec un bras en moins…

J'haussai les sourcils et posai mon regard sur mon avant-bras désarticulé. Je l'avais oublié celui-là ! A vrai dire, j'avais vécu tellement de chose depuis quelques temps avec cette unique prothèse de métal, que je ne pensais même plus aux difficultés qu'elle m'infligeait. Promettant d'aller en parler à Winry dès la fin du cours, la répétition se mit en place. On avait poussé mon bureau et dégagé tout l'estrade pour en faire une mini scène qui, jusque là, ferait l'affaire. J'étais donc affublé d'un collant bordeaux ridicule et d'une espèce de pardessus vert moulant, au dessus d'une chemise à jabot un peu pompeuse. J'avais l'air d'un imbécile, comme ça, avec ma fausse épée sur le côté et mes petites sandales de cuir, mais je me retins de le dire, la couturière ne cessant de me reluquer – ou, du moins, ne cessant d'admirer son œuvre.

La première scène débuta, et, aussi indifférent envers moi soit-il, Envy fit son entrée. Evidemment, je ne pu m'empêcher de rire. Il avait revêtu le parfait costume de sorcière : longue robe noire un peu abîmée, cintrée à la taille, des faux seins placardés sur ce torse que j'adulais, ses cheveux encore méchés retombant sur sa peau d'albâtre avec décontraction. Il paraissait énervé, bizarrement. Peut-être parce que tout le monde se moquait de lui… Allez savoir. Je n'allais pas les faire taire, sûrement pas ; et puis quoi encore ! Il balança son texte sans doute apprit la veille pour le lendemain mais su à la perfection, et tout le monde passa outre son manque d'investissement, certains me jetant quelques coups d'œil comme pour appuyer la thèse que c'était à cause du fait que nous ne nous parlions plus qu'il était si démotivé. Peut-être. Je m'en fichais pas mal.

Moi, au contraire, j'eu besoin du manuscrit pour m'aider à me rappeler de mon texte, ma convalescence ne m'ayant pas aidé à retenir de genre de paroles un peu stupides. Vint la dernière scène, pour laquelle Rose (ou « Aurore ») était allongée sur une table – qui, dans deux jours, aura été remplacée par un lit – mimant la belle endormit attendant son pieux baiser. Visiblement, personne n'avait l'air décidé à laisser cette scène pour la surprise, et je finis par renoncer à attendre l'intervention de quelqu'un. M'avançant vers elle d'un pas rapide – manquant, de ce fait, de m'étaler au sol en me prenant les pieds dans un fil – je m'accroupis près d'elle et pris sa main, tout en déblatérant mon texte sans grande conviction. Puis, je me redressai et me penchai vers elle, lorsqu'une voix plus que familière raisonna dans l'assemblée attentive :

- Ça ne va pas, là, quand il est accroupit on ne voit que le haut de son crâne, c'est débile, asséna Envy, assit sur un bureau à côté de Sloth.

Certains se retournèrent vers lui d'un air exaspéré, d'autres acquiescèrent à sa remarque avec intérêt. On m'ordonna de reprendre en me mettant cette fois de l'autre côté du « lit », et j'obéis sans broncher, m'accroupissant, puis me relevant, et commençant à me pencher vers les lèvres de la jeune endormit pour la réveiller. Je n'étais plus qu'à quelques centimètres de cet évènement fatidique, qu'à nouveau je fus coupé dans mon élan par un Envy râleur :

- Non, mais là c'est complètement con, on a son cul en pleine ligne de mire ; quelle finesse !

Je me redressai en soupirant – Rose faisant de même – et on m'ordonna cette fois de ne pas m'accroupir, de simplement lui prendre la main et de réciter mon texte, avant de l'embrasser. Je m'exécutais, et comme je m'y attendais, j'arrivai à dix-centimètre du visage de la jeune femme qu'une nouvelle fois l'homonculus se fit entendre, provoquant les soupirs rageurs de l'assemblée exaspérée :

- C'est carrément affreux, là. Il est penché comme un vieux kéké, on dirait qu'il a mal au dos, ou qu'il va lui vomir dessus – pas que ça me déplairait, mais bon, c'est « sensé » être un merveilleux happy-end, clean et sans bavure, alors…

- Mais qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? On ne va pas installer Rose debout, non plus ! s'emporta un type du premier rang en se tournant furieusement vers mon ex-amant.

- C'est une idée, de toute manière elle peut pas avoir l'air plus débile qu'elle ne l'est en temps normal.

Rose siffla furieusement mais Envy l'ignora sans vergogne, reportant son attention sur un pan de sa robe qu'il s'entêtait à lisser depuis quelques minutes. Tout le monde resta silencieux un moment, incrédule, et le même élève s'emporta à nouveau :

- Eh bien propose quelque chose, au lieu de te taire comme ça !

- Eh là, l'empafé, tu ne me parles pas comme ça ! menaça Envy. Et puis, j'ai déjà dit ce qui n'allait pas, trouvez le reste tout seul bande d'abrutis, je vais pas tout faire non plus !

Tous finirent par abandonner la partie, et on me conseilla de m'asseoir sur le bord du lit, pour me pencher ensuite vers elle. Ça me parut être la meilleure solution, et je cru un instant pouvoir achever cette fichue scène mais Envy nous interrompit toujours au même moment, clamant d'un ton autoritaire en se levant :

- Bien, parfait, et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, on aura compris ! Pas la peine de perdre plus de temps avec ça, il vaut mieux répéter les autres scènes plus importantes, ou vous allez tous être plus ridicules les uns que les autres.

Il ne se compta pas dans les « ridicules », bien entendu. Même s'il m'ignorait, je n'étais pas assez idiot pour ne pas comprendre que tous ses efforts de metteur en scène pénible n'étaient que le simple fruit de sa jalousie excessive, et du fait qu'il refusait catégoriquement que j'embrasse Rose. Je n'allais pas lui en vouloir pour ça, faut dire. 1) Parce que ça m'empêchait d'émouvoir la jeune femme pour un rien ; et 2) parce que cela me prouvait que ses sentiments n'étaient pas encore passés du tout au rien. Cela me rassurait, et ce même si mon cœur était déchiré de savoir que je ne pouvais le remercier de ses élans de « bonté ».

xxx

Le lendemain après-midi même, j'avais interrompu la lecture d'un roman que j'avais débuté par simple curiosité – étant donné que toute l'Académie en discutait sans cesse – pour suivre Alphonse dans la véranda, où nous retrouvâmes Lin et Ranfan discutant devant un café. La bâtisse avait été décorée de partout, et les plus jeunes élèves s'amusaient comme des fous à recouvrir leur bonhommes de neige de guirlandes et de boules. Le sapin avait été placé dans le gigantesque salon près de la cheminée, et je devais avouer que Ranfan et la Vieille avaient fait du bon boulot en ce qui concernait sa décoration. Sur les planches d'affichages étaient placardées des annonces sur notre représentation du lendemain, ainsi que d'autres qui annonçaient simplement que l'ouverture des cadeaux se ferait le vingt quatre au soir – soit, aujourd'hui même. Heureusement, Alphonse s'était gentiment proposé, pendant mes derniers jours de convalescence, d'aller chercher les présents que je comptais offrir à Winry, Rose, Ranfan, Lin, la Vieille et Harold, et j'étais donc assez content de ne pas avoir à m'occuper de ça si tard. L'idée d'en offrir un à Envy m'avait longtemps trituré l'esprit, mais étant donné qu'il ne me parlait plus, je ne voyais aucune raison de le remercier pour cela.

Ce devait être ça, une rupture. Des mots doux, des sourires constamment, une complicité sans égale, puis rien. Pas un regard, pas un mot. Brutal, le changement. Douloureux, aussi. Mais enfin, j'avais assez longtemps tergiversé pour me prendre la tête à nouveau, partant du principe s'il me « haïssait » comme il l'avait dit, je ne voyais aucun intérêt à m'accrocher.

Je m'assis sur une chaise de bar en soupirant, commandant à Ranfan le café le plus fort qu'elle avait en stock. Alphonse s'installa à ma gauche, et je posai un peu brutalement les coudes sur le bar, enfonçant ma tête dans mes mains.

- Quelque chose ne va pas, Edward ? demanda la Xinoise en se penchant en avant pour essayer d'apercevoir mon visage.

Me rendant compte que je devais avoir l'air sérieusement dépressif dans cette position, je relevai vivement la tête et affirmai avec une gaieté feinte :

- Euh, non, tout va bien ! Simple coup de fatigue.

- Ne te plains pas, toi tu ne t'es pas tapé l'autre Ery Bell en cours ! râla Lin en se massant l'épaule, comme le mécanisme d'un mauvais souvenir.

Je tressailli, ignorai le regard insistant d'Alphonse (même si je ne voyais pas ses yeux, cela me brûlait la nuque) et m'enquis en mimant une simple curiosité :

- Ah ? Pourquoi, qu'est-ce qu'il a fait ?

- Eh bien, il s'est battu avec plus d'acharnement que jamais. Il est de sacré mauvais poil depuis quelques temps, mais aujourd'hui, c'était pire que tout. Etant donné qu'il est plutôt balèze en combat et que ça faisait vingt minutes qu'il foutait à terre tous les élèves – Rose s'est retrouvée à l'infirmerie, d'ailleurs, tu devrais passer la voir – j'ai décidé de combattre avec lui, pour le calmer. Et puis…

Sa voix s'éteignit au fond de sa gorge, et Ranfan lâcha un rictus moqueur puis acheva pour lui :

- Et finalement c'est lui qui a perdu, Ery lui en a mit plein la figure.

- Bon, faut dire que j'avais un peu mal à la cheville, se justifia vivement Lin, essayant de sauver son honneur.

Je m'esclaffai, suivant le mouvement, et songeant qu'il me faudrait aller voir comment se portait Rose avant de me plonger dans une nouvelle séance de répétition. Mais tout d'un coup, une voix charmeuse, dédaigneuse et teintée d'un amas de moqueries s'éleva dans mon dos, me grisant de surprise :

- Alors, Fullmetal, tu croyais pouvoir passer un joyeux noël sans moi ?

- J'avais osé l'espéré, en effet, grinçai-je en me retournant vers mon imbécile de supérieur, Roy Mustang. Qu'est-ce que vous faîtes là ?

- Quel accueil sympathique ! Est-ce comme ça que tu remercies celui qui te paye ? se plaignit-il, faussement vexé, en ignorant ma question.

- Apparemment.

Il fit mine de soupirer, et salua vivement tous ceux autour de moi, tandis que je faisais de même avec Riza Hawkeye, prostrée silencieusement à la droite de Mustang. Ce ne fut qu'après cela qu'il daigna m'expliquer la raison de son abominable présence ici :

- J'ai pris quelques jours de repos pour pouvoir profiter des fêtes. Et comme cela fait des lustres que nous ne t'avons pas vu trainer dans les bibliothèques ou aux rayons des archives de Central, je me suis dit qu'un peu de ma compagnie te ferais du bien.

- Comme c'est aimable à vous, ironisai-je avec aigreur. Fallait pas, vraiment.

- Tu me remercieras plus tard, va, riposta-t-il, tout autant sarcastique. En attendant, quelqu'un daignerait-il me montrer les chambres d'amis ?

- Parce que vous comptez dormir là ? Ce n'est pas une auberge, ici ! grinça alors la Vieille, apparue soudainement dans le dos de mon supérieur.

Ce dernier se tourna vers elle et l'éclaira d'un immense sourire, braillant de ce ton éternellement agaçant :

- Mme Okina ! Comme je suis ravi de vous revoir !

Mme Okina ? C'était donc ça son nom ??

- Le plaisir n'est pas partagé, Mustang ! Que venez-vous encore faire ici ? Si c'est pour continuer d'essayer de séduire des élèves, ce n'est pas…

- Enfin, Mme Okina ! coupa vivement le Colonel en s'abaissant vers elle. Chuut, enfin, il y a mon très cher Lieutenant avec moi, ne dévoilez pas tout nos petits secrets…

- Je vous en foutrez des secrets, moi ! s'écria la Vieille, tandis que je ricanai de l'embêtement de l'autre imbécile. Les trois mois que nous avons passé en votre compagnie on faillit réduire cette école en cendres, alors secret ou pas, je n'ai aucune envie de vous revoir ici !

Le Colonel se redressa, vaincu, et envoya un timide sourire en direction du Lieutenant Hawkeye qui le dévisageait avec sévérité. Il se frotta les mains un peu nerveusement et se tourna vers Alphonse, feignant de s'intéresser soudainement à son cas. Je roulai des yeux en reportant mon attention sur mon café, et brusquement Mustang se tu, une espèce d'onde de vent glacé me chatouillant le dos. A nouveau, je me retournai vers l'importun et mon cœur eu un sérieux raté lorsque je vis Envy, accompagné de Lust, Sloth et Willy (lequel je connaissais tellement peu qu'il m'était encore difficile de l'appeler « Wrath »), qui dépassaient les deux militaires en les dévisageant avec éloquence. En vue de sa mine mi-profondément agacé, mi-railleuse et sournoise, je doutais qu'Envy prenne simplement la peine de passer. Et j'avais raison. Ne m'accordant pas un regard, il se planta dos à moi et s'adressa au Colonel d'un ton propre à refroidir un volcan :

- Mais qui voilà ? Le Colonel Mustang ! Quelle surprise !

Le militaire en question frissonna, puis afficha ce sourire faussement réjoui qui m'agaçait profondément, en tendant la main à l'homonculus.

- Ravi de te revoir, Ery Bell. Comment vas-tu ?

Mon ex-amant accéda à sa requête, et je fronçai les sourcils quant à la mine crispée du Colonel lorsqu'il toucha la paume glacée de l'immortel. Qu'avait-il bien pu se passer entre eux pour que le preux, vaillant et imperturbable Roy Mustang soit si déboussolé ? Ça promettait d'être drôle, connaissant Envy et ses « blagues ». Je me retins de sourire, et écoutai plutôt leur conversation :

- Très bien, Colonel, merci. Alors, vous venez pour les fêtes ?

Mon supérieur retira vivement sa main une fois qu'Envy l'eu serrée et répondit doucement, jouant de sa malice habituelle :

- En effet. Cela faisait une décennie que je n'avais pas rendu visite à l'avorton, donc…

- Qui traitez-vous d'avorton, là ?! m'écriai-je, piqué au vif.

Je vis les muscles d'Envy se crisper au son de ma voix, mais il ne se retourna pas, explorant plutôt le visage de Mustang qui m'envoyait un sourire amusé et sournois. Alphonse posa une main apaisante sur mon épaule tandis qu'une veine de rage battait contre mes tempes, et l'homonculus reprit à l'adresse de mon supérieur :

- Eh bien, nous nous rêverons au réveillon, alors. A ce soir, Colonel.

P… pourquoi est-ce qu'il employait ce ton si séducteur ? Non, il n'avait pas fait avec lui ce qu'il faisait avec moi ?! Et puis, il n'avait tout de même pas dans l'idée de recommencer ? Hein ?? D'elles-mêmes, mes jambes commencèrent à me porter jusqu'à lui pour demander confirmation, mais la voix d'Alphonse – qui s'interrogeait de me voir m'agiter soudainement – me tira sur terre, amenant avec lui la terrible réalité ; qu'est-ce qu'Envy en avait à faire de moi ? Nous n'étions plus ensemble, il m'ignorait avec brio, je n'étais plus rien pour lui. Et puis, j'imagine que se taper le Colonel – MON supérieur – devait être une manière de se venger. De me rendre jaloux. Ça marchait, faut dire… Balayant ses sombres pensées et mes accès de sentimentalisme d'un geste de la tête, je détournai les yeux du corps idyllique de l'homonculus qui s'éloignait, et remontai sur mon siège, replongeant, à nouveau, dans la contemplation de ma tasse de café. Cela promettait d'être dur. Très dur.

xxx

Le soir tant attendu arriva vite. Les gamins étaient complètement surexcités, et ne cessaient de foncer sur Alphonse – leur professeur, rappelons-le – pour savoir si le Père-Noël allait arriver bientôt, si leurs cadeaux allaient être beaux, s'ils avaient été assez sages durant l'année pour en mériter… Et, avec l'infinie patience dont j'étais pitoyablement démuni, il répondait doucement, les rassurait, berçait leur espoirs d'enfants impatients. Un vrai papa-poule.

Alors que nous traversions le couloir de nos appartements, je lançai avec un amusement un peu sadique :

- Tu devrais te déguiser en Père-Noël, histoire de leur faire peur un bon coup avec ce corps en métal.

J'éclatai de rire à ma propre blague, et il répondit en soupirant de désespoir :

- Ce que tu peux être méchant, parfois. Les pauvres. Et puis ils devineraient que ça serait moi…

- Je sais. C'est pour ça que c'est drôle. J'imagine leur tête hallucinée, à tous, et l'un deux qui sort (je pris une voix haut-perchée, histoire de pousser à fond l'imitation :) « Professeur Alphonse, pourquoi vous êtes déguisé en Papa-Noël ? C'est une blague ? » et là… vlan ! toutes leurs jolies croyances réduites à néant. Ça serait vraiment marrant…

Alphonse me dévisagea tandis que je ne pouvais me retenir de rire, puis il soupira, limite effrayé :

- Fréquenter Ery ne t'a pas fais du bien. Tu commences presque à lui ressembler, parfois.

Et tac ! Celle-là je ne l'avais pas sentit venir, par contre. Douchée par cette réflexion plus que pertinente, je me tu aussitôt, et mon frère n'ajouta rien, alors que nous arrivions dans le hall bondé. Comme d'habitude, des gosses se précipitèrent sur Al, et j'en profitai bien volontiers pour m'éclipser de ses soupçons déplaisants (soupçons qui n'avaient plus lieu d'être, d'ailleurs) en me dirigeant vers le salon décoré de mille feux. Au dehors, la nuit battait son plein, et à l'intérieur, une de mes élèves s'était installée au piano, diffusant une douce musique d'ambiance fort agréable. Déjà sa voix me parvenait dans mon dos lorsque Mustang se dirigea vers moi. Il avait abandonné son uniforme de militaire pour une chemise blanche décontracté et un pantalon noir classique. C'était plutôt surprenant de le voir vêtu ainsi – de même pour sa collègue, qui avait revêtu une élégante robe bleue-nuit vaporeuse, perchée sur des talons hauts de même couleur. Elle était vraiment jolie, lorsqu'elle abandonnait sa coiffure tirée en arrière, ses flingues un peu partout, et qu'elle se maquillait un peu.

Tandis que je l'observais discuter avec Ranfan – qui, elle, restait égale à elle-même – mon supérieur s'adossa au mur à côté de moi, suivant mon regard sans se faire prier.

- Etrange, n'est-ce pas, comment quelqu'un peut changer de personnalité en fonction de ses vêtements…

- Oui, soupirai-je évasivement.

Un moment passa tandis que Mustang se perdait dans la contemplation de son Lieutenant, puis il finit par s'intéresser à mon cas, glissant son regard sur mon bras droit désarticulé.

- Toujours infirme ? Ta mécanicienne est pourtant là depuis un bout de temps.

Machinalement, je repérai la concernée dans un coin de la pièce, en pleine discussion avec le cinquantenaire de ma classe. Elle aussi s'était faite belle. Elle avait noué ses cheveux en un chignon imprécis, quelques mèches retombant sur sa nuque. Une jolie robe rouge me dessinait des formes que j'avais vu changer durant mon enfance, et d'élégants souliers noirs recouvraient la pointe de ses longues jambes élancées. Ce fut à cet instant que je me rendis compte que j'avais complètement oublié de lui parler de mon bras, et que du même coup, Rose avait du sortir de l'infirmerie sans que j'eu pensé à venir prendre de ses nouvelles. Bah, tant pis, je me rachèterais avec mes cadeaux.

- Hmm… Oui, c'est vrai. Mais elle a besoin de temps, tout son matériel n'est pas ici…

Il s'esclaffa en avançant sa main pour m'ébouriffer les cheveux, mais je l'esquivai avec rapidité :

- Tu es bien naïf, mon pet…

- Je ne suis pas petit !

- … Fullmetal, se rattrapa-t-il en soupirant d'un air las. Si tu crois que c'est à cause de son matériel qu'elle prend tant de temps, tu te trompes. A mon humble avis, ton bras serait déjà pleinement réparé si elle avait réellement envie de partir.

- Qu… quoi ? m'étonnai-je, n'ayant jamais songé à cette éventualité.

- Réfléchis deux secondes, Edo, dit-il en croisant les bras sur sa poitrine d'un air ennuyé. Cela fait des années que tu la tiens dans le secret de vos actions, avec Alphonse. Vous avez dix-huit ans maintenant, et qu'est-ce qu'elle sait, de vous ? Rien. Moi qui ne suis que ton supérieur, je suis plus au courant de tes projets que votre meilleure et seule véritable amie. Alors, j'imagine que c'est la seule solution qu'elle a trouvée pour pouvoir rester à vos côtés sans se faire envoyer voir ailleurs, quitte à te supprimer un bras.

Pantois devant une évidence si limpide, mon regard passa alternativement d'elle à mon bras, puis sur Alphonse, toujours entouré d'enfants. Mustang avait raison. C'était surprenant que cette vérité ne me soit pas venue à l'idée… J'étais sans doute trop occupé. Je me rendais compte maintenant que depuis Envy, je ne faisais plus attention à rien autour de moi ; jusqu'à en oublier la galère d'avoir un bras en moins. J'en oubliais mes recherches pour la pierre, j'en oubliais le danger qui nous suivait toujours, j'en oubliais cette éternelle épée de Damoclès pointée au dessus de nos têtes, au dessus des frères Elric, famille maudite au destin tragique. J'en avais oublié la raison pour laquelle je la tenais éloigné de nous ; sa protection, la certitude de savoir qu'elle allait bien, qu'elle ne risquait rien. Pour Envy, j'avais tout oublié. Mon esprit, mangé par son image, avait banni mes principes premiers, mes buts, mes espoirs. Je m'étais rendu dépendant de lui, abandonnant ceux qui avaient besoin de moi. J'étais stupide. Stupide et égoïste. Pourquoi égoïste ? Pour la simple et bonne raison que je refusais d'admettre que cette dépendance était définitivement terminée, je refusais d'accepter de redevenir celui que j'étais avant, de refaire face à tout ce qui venait de me revenir en mémoire. Je voulais continuer à être aveugle, à oublier, à ne vivre que pour une seule et unique personne. Je voulais Envy.

- Ça va, Fullmetal ?

Moment de flottement.

- Ed ?

Enfin, je touchai terre.

- Hein ? Ah, euh, ouais, ça va. Vous avez sûrement raison. Je… je vais aller la voir.

Constatant que mon Colonel était assez motivé pour me déprimer le soir du réveillon, je profitai de cette excuse pour m'en aller discuter avec l'amie en question, qui releva les yeux une fois que je fus près d'elle. Le cinquantenaire m'adressa un salut presque honoré et me céda sa place. Winry m'éblouit d'un grand sourire, et j'attaquai le vif du sujet sans perdre de temps :

- J'étais venu te demander où est-ce que tu en es, pour mon automail.

Elle s'empourpra un peu – détail que je n'aurais sans doute pas remarqué si Mustang ne m'avait pas ouvert les yeux – et répondis en rivant les yeux sur la pointe de ses chaussures :

- J'ai… j'ai presque fini. Juste quelques finissions, tu l'auras dans quelques jours.

Constatant que sa bonne humeur semblait s'être effritée soudainement, je m'empressai de rajouter sur le ton de la plaisanterie :

- Non pas que je sois pressé, hein, mais je vais finir par oublier comment on fait de l'alchimie si tu ne me rends pas mon bras !

Elle rit un peu, et notre conversation dévia vers de tous autres sujets, plus sympathiques, signifiant moins pour elle son départ prochain.

Rose fit son entrée peu de temps après. Elle s'était elle aussi vêtue avec élégance, dans une souple robe blanche brodée de quelques fils bleus. Ses cheveux étaient relevés sur sa nuque, ne laissant que ses deux mèches roses entourer son visage. Je vis Mustang la regarder avec intérêt, mais je ne pris pas la peine de l'imiter, mon regard dirigé vers un tout autre corps, une toute autre personne – qui, il fallait le dire, m'attirait dix mille fois plus. Envy avait revêtu un pantalon de cuir assez serré, et son demi-t-shirt me laissait l'occasion d'admirer ses pectoraux qui manquaient cruellement à ma vie ces temps-ci. Ses mèches d'onyx chatouillant ses reins, il me tourna le dos sans plus de cérémonie, et je du m'arracher à sa contemplation pour écouter ce que Rose était venu me dire... encore.

Minuit sonna, et les gosses se précipitèrent au pied du sapin, à la recherche DU paquet où était étiqueté leur nom. Certains se portèrent volontaires pour apporter ceux des adultes, et Willy – non, Wrath ! – me lança le mien d'un mouvement fluide du poignet. Je le rattrapai au vol, surpris, et l'ouvrai sans grand enthousiasme. C'était le cadeau de Winry ; une paire de gant en cuir noir d'assez haute qualité qui, je devais l'admettre, me plaisait bien. Puis vint le tour de celui de Rose, qui ne laissa pas d'enfant s'en charger, puisqu'elle alla le chercher elle-même au pied du sapin – pour être sûre que je sache qu'il était d'elle, je suppose. Je la remerciai d'un signe de tête et déchirai doucement le papier d'emballage et ouvrai ensuite l'élégante boite rectangulaire qui me masquait encore la vue de mon présent. C'était un magnifique stylo-plume en étain, de fines inscriptions noires s'enroulant autour du manche. Je relevai vivement le visage vers la jeune femme et m'exclamai, presque horrifié :

- Rose ! Ça a du te coûter une fortune !

- Chut, Ed, souffla Winry qui déballait à son tour mon propre cadeau (une jolie écharpe de coton). Je te rappelle qu'il y a un paquet de gosses qui croient encore au Père-Noël, ici.

Je l'ignorai, et Rose se rapprocha de moi, et répondit timidement :

- Ne t'en fait pas, ça me fait plaisir. Tu écris beaucoup, pour tes cours ou tes affaires personnelles, alors je me suis dit que ça pourrait t'être utile…

Je déglutis avec difficulté ; comment pouvais-je être aussi cruel envers une fille aussi gentille… ?

- Oui, beaucoup. Merci.

Elle rougit de plaisir, et partie à son tour à la recherche de ses présents.

xxx

A la fin de la soirée, j'avais en main des bougies de la part de la Vieille Okina ; un kit de coiffure de la part de Lin et Ranfan – qui disaient qu'avec ça je pourrai m'amuser à changer de coiffure de temps en temps, et opter pour des chignons ou des couettes… ; une légère augmentation de ma paye de la part d'Harold ; du parfum de la part d'Alphonse (genre, je pue) ; et enfin, l'ultime et le plus stupide de tous, Le guide du professeur d'Alchimie qui aime accentuer ses affinités avec ses élèves. de la part de ce crétin de Mustang. Il me l'avait tendu, un sourire idiot accroché aux lèvres, et m'avait soufflé avec malice : « Tu vois ce que je veux dire, hein, Fullmetal. Mais pas un mot, mon Lieutenant m'a défendu de te l'offrir – ce sera notre petit secret. » Je l'avais remercié en lui balançant mon cadeau à la figure (un mouchoir en soie avec ses initiales – on m'avait dit que c'était très élégant – mais maintenant je regrettais, puisque de toute évidence « élégance » ne faisait pas partie de son vocabulaire).

Tout ça empilé entre mes bras, je m'aidai du coude pour ouvrir la porte de ma chambre, tandis que quatre heures du matin sonnaient à l'horloge du salon. Les enfants s'étaient couchés trois heures plus tôt, peu de temps après qu'ils eurent déballé leurs cadeaux, mais tous les adultes étaient tellement porté sur le blablatage habituel des soirées de ce genre, que je n'avais réussis à trouvé le moyen de sortir qu'à cette heure plus que tardive. Ignorant, de ce fait, les appels un tantinet désespérés d'un Lin et d'un Mustang devenu les meilleurs amis du monde par une trop grande absorption d'alcool, je déposais tous mes cadeaux sur mon bureau et me dévêtis vivement, m'étirant du même coup. Baillant à m'en décrocher la mâchoire, je poussais la porte de ma chambre et mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque je vis un corps plus que familier assit sur ma couette, croisant les bras sur sa poitrine, l'air mi-amusé mi-agacé.

- En… Envy ! suffoquai-je, me félicitant d'avoir réussi à étouffer un cri pas tellement masculin.

- C'est à cette heure qu'il rentre, le Fullmetal Nabot ! Eh ben, c'est du joli. Tu sais que ça fait bien deux heures que je patiente ici, comme un abruti.

- Comme si je pouvais le deviner, ripostai-je froidement. Aux dernières nouvelles, tu ne m'adresses plus la parole.

Cette idée me tordit l'estomac, mais je ne pouvais ignorer la cadence en crescendo qui rythmait les battements de mon cœur à le trouver ainsi devant moi, me regardant enfin depuis ces quelques jours. Il soupira et se redressa, me faisant face, laissant encore un intervalle de deux bons mètres entre mon corps à moitié nu et le sien recouvert de ces vêtements si singuliers.

- J'ai pu constater que tu n'as pas daigné m'offrir quelque chose pour Noël, asséna-t-il, un brin réprobateur.

Je m'esclaffai sans joie aucune :

- Ha ! Parce qu'en plus je dois remercier ceux qui me haïssent ? Je ne savais pas que ta philosophie d'homonculus était fondée sur de si généreux principes, Envy !

Il m'honora d'un sourire hypocrite qui retranscrivait tout à fait ce que moi-même je ressentais, et il répliqua, se prêtant à mon jeu ironique :

- Comme quoi, on en apprend tous les jours, n'est-ce pas.

- Tout à fait. Bon, si tu veux bien, j'aimerai dormir.

J'avais commencé à m'approcher du lit – du côté qu'il ne me barrait pas – mais il me coupa dans mon élan en lançant, exempt de toute émotion :

- Mais moi j'en ai un pour toi, figures-toi.

Je me figeai, ahuris, et relevai les yeux vers sa divine personne. Son bras seulement avait bougé, me tendant un écrin de velours vert foncé. J'hésitai, mais son regard d'améthyste me convainquit d'accepter, et j'ouvris la petite boite avec délicatesse, un brin déstabilisé. Ma surprise ne s'arrêta pas là lorsque je constatai un superbe médaillon forgé dans l'or blanc, traçant avec précision et délicatesse chaque trait de son propre tatouage, l'Ouroboros, symbole de son immortalité. Chancelant, je finis par m'asseoir sur le lit, lui tournant le dos, laissant tomber l'objet dans le creux de ma main avec admiration. C'était, et de loin, le plus beau bijou qu'il m'eut été donné de voir. Peut-être était-ce parce qu'il me rappelait Envy, ou bien parce que c'était tout simplement son présent, mais très vite cet objet prit une importance considérable au fond de moi, si bien que je me retrouvais à le serrer entre mes doigts avec sérieux.

- Il te plait ? s'enquit cette voix délicieuse, derrière moi.

Je mis un moment à répondre, n'arrivant plus à réfléchir. Qu'est-ce que ça signifiait ? Il ne me haïssait plus ? Il était décidé à me reparler ? Tout allait redevenir comme avant ? Allais-je pouvoir re-goûter au bonheur de me fondre entre ses bras ? Allais-je accepter de tout oublier pour lui ? Allais-je enfin pouvoir revivre, sans souffrir, chassant cette douleur infernale qui me tiraillait l'esprit et le cœur depuis ces jours de solitude ? Ce fut ses deux mains glacées qui répondirent à ma place, se glissant autour de mon cou, ses jambes venant entourer les mienne, son buste se collant à mon dos, son visage se logeant dans ma nuque.

- Tu… m'a manqué.

Je devinais le déploiement d'une incroyable force d'esprit de sa part pour avoir réussi à s'excuser d'une si douce manière, mais toutes les barrières que j'avais jusque là montées contre lui pour, éventuellement, réussir à tirer cette histoire au clair, me quittèrent. De ce fait, je ne pu contrôler mes jambes lorsqu'elles se redressèrent pour me permettre de me retourner, ni-même mes bras lorsqu'ils s'enroulèrent autour de ses épaules, et encore moins mes lèvres lorsqu'elles s'abattirent sur les siennes avec passion. Sentant poindre cette hérésie délicieuse qui me submergeait lorsque tout son être me faisait envie, je le fis basculer en arrière, nos bouches toujours scellées avec insistance, doux résultat de notre abstention commune ces derniers jours.

Ses mains parcoururent d'abord mon visage avec ferveur, puis glissèrent sur mes épaules, mon torse, mes hanches, caressant ma peau déjà nue avec vivacité et désir. Les miennes n'étaient pas plus farouches, glissant dans son cou, sur ses omoplates, savourant sa chair marmoréenne avec délice. Lorsque nous fûmes sérieusement en manque d'air, je reculai légèrement la tête et la posai sur son front, ne quittant pas des yeux les perles violacées qui me fixaient elles aussi. A tâtons, je retrouvai bien vite le médaillon que j'avais momentanément laissé errer sur le bord du lit et le fis glisser entre mes doigts. Le souffle court, j'eu le courage d'affirmer doucement, frissonnant encore des allez-retours de ses doigts dans mon dos :

- Merci, Envy. Il est superbe.

Il m'éclaira d'un franc sourire ravi, et d'un rapide mouvement des bras, il l'accrocha à mon cou, soufflant en dernier lieu :

- Je me fiche qu'il soit en exposition constamment ; d'ailleurs, il vaut mieux qu'il ne le soit pas. Tout ce que je te demande, c'est que tu ne le quittes pas, quoiqu'il arrive. Es-tu capable de faire ça ?

Je souris à mon tour, l'embrassai doucement, et répondis en ricanant :

- Toute poussée d'orgueil mise à part, après tout ce que j'ai accompli jusque là, ta mission me parait abordable, presque agréable.

- « Presque », hein, s'esclaffa-t-il. Tu vas voir, je vais te faire quelque chose qui ne va pas être seulement presque agréable, et tu m'en diras des nouvelles !

Ne me laissant pas l'occasion de rebondir sur une réplique bien salée, il emprisonna mes lèvres, mon corps et tout mon être, nous plongeant dans un univers de délice qui m'avait incroyablement et dangereusement trop manqué.

xxxxxxx

Une fin toute chamalow, parce que ça fait du bien, quand même, de temps en temps ;)

Merci de m'avoir lu !

By Yumi.