Dédicace : Pour Andgy, en espérant que son petit cœur n'ait pas lâché !
2 – Charlie avait une terrible migraine. Depuis sa rencontre avec Simmons il détestait avoir mal à la tête, ou plus exactement, il avait peur d'avoir mal à la tête. Après tout, sa tête était ce qu'il avait de plus précieux du moins c'était ce que Don -- DON !
Tout lui revint brusquement. La pluie, le camion, l'accident. Il avait eu un accident et Don avait été avec lui !
Charlie se força à ouvrir les yeux. Il était suspendu sur son siège, la ceinture étant la seule chose qui l'empêchait de tomber. La pluie tombait dans la voiture et Charlie était déjà trempé jusqu'aux os. D'une main tremblante, il écarta les cheveux qui étaient collés sur ses yeux. Devant lui se trouvaient les restes du pare brise. Ainsi qu'un poteau. Un poteau qui avait traversé ledit pare brise. La preuve par A+B que les poteaux étaient dangereux. Pas la moindre trace d'airbag en revanche. Il aurait un mot à dire au fabricant de cette foutue voiture que Don aimait tant et -- Don ! Bon sang, mais qu'est-ce qui lui arrivait, il avait l'impression d'avoir la capacité de concentration d'une gerbille. Ou d'un de ses étudiants de première année, ce qui n'était pas peu dire.
Charlie tourna la tête vers le siège du conducteur. Ou plus exactement, il baissa la tête vers lui. La ceinture de sécurité de son frère avait elle aussi joué son rôle ? La tête de Don reposait sur la fenêtre. Pas de trace de sang sur lui ce qui était un bon point.
La voiture était couchée sur le flanc gauche. Charlie n'avait pas le choix, s'il voulait vérifier que Don allait bien, il allait devoir défaire sa ceinture … et donc tomber sur son frère, ce qui, si celui-ci était blessé, n'était pas la meilleure des idées. Charlie prit une large inspiration, histoire de se donner du courage, s'accrocha à la poignée de la portière et défit sa ceinture. Une fois dégagé de son siège, et avec le plus de précaution possible, prenant appui sur le tableau de bord et les repose-tête, il s'agenouilla tant bien que mal aux côtés de Don.
S'il était heureux d'avoir suivi les cours du FBI (8), c'était bien pour celui portant sur le secourisme ! Bien qu'à la vérité, il avait été assez fier de ses résultats aux tirs. Il avait, avec élégance, rabattu le caquet à tous ces testostéronés.
Charlie posa un doigt tremblant à la carotide de Don et … poussa un long soupir de soulagement. Un pouls régulier battait sous ses doigts.
- Huuuuuum … gémit Don, ce qui termina de rassurer Charlie.
- Hey, Don, tout va bien. Tout va bien.
Don cligna des yeux et les referma bien vite en raison de la pluie. Du moins Charlie espérait que c'était pour ça. Il ne voulait pas penser à toutes les autres raisons.
- Euh, Don. Don ! Charlie réprima l'envie de secouer son frère. Première règle du secourisme, ne pas bouger la victime. Même si vous n'avez qu'une envie, c'est justement de la voir bouger !
Don rouvrit les yeux et cette fois, il les garda ouverts.
- Chuck ? Murmura t-il.
Charlie soupira. Il n'avait jamais été aussi heureux d'entendre ce stupide surnom.
- Don, tu crois que … que tu peux bouger ? Je veux dire, tu n'as rien de cassé ? Tu as mal quelque part ?
Charlie commença à tripoter son frère, cherchant des blessures qu'il n'aurait pas vues au premier abord.
- Arrête ça, répondit Don sur un ton agacé, ça va, ça va. Ouch ! Il porta la main derrière son cou. Il avait une bosse de la taille d'un œuf de pigeon. Il allait avoir une belle gueule de bois demain matin. Ok, tout va bien Charlie, juste un peu secoué ce qui … Don regarda autour de lui. Ce qui est un véritable miracle apparemment. Un peu plus à droite et ce poteau --
Il ne termina pas sa phrase.
Charlie resta silencieux et secoua juste la tête envoyant des gouttelettes d'eau un peu partout. Il repoussa une fois encore ses boucles trempées. Il n'était pas mécontent d'avoir de l'eau ruisselant sur le visage. Elle cacherait les larmes qu'il sentait venir. Les dernières minutes avaient été un peu tendues et le flot d'émotions qu'il avait ressenties lorsqu'il avait cru que Don était blessé, ou même pire, menaçait de le submerger.
- Ok, ok, temps de sortir d'ici, grommela Don en défaisant sa ceinture de sécurité.
Don adressa un signe de la tête à Charlie désignant la fenêtre de la porte du côté passager.
- Nous allons devoir grimper par ici. Prêt ?
- Si je dis non, tu me proposes une alternative ?
- Désolé petit frère, c'est la seule sortie praticable. Une chance que j'aime les grosses voitures, hein ? Nous devrions avoir largement la place pour passer.
Charlie soupira. S'aidant une fois encore des repose-tête des fauteuils, il remonta la SUB et essaya d'ouvrir la portière. En vain.
- Coincée, sans doute à cause du choc, Don je ne --
- Pousse toi, grogna Don, qui avait sorti son arme de son holster, et met ça sur ta tête pour protéger ton visage.
Charlie prit la veste que Don lui tendait et lui obéit. Malgré le tissu, le son de la détonation résonna comme un coup de tonnerre dans l'habitacle de la voiture.
- Parfait, dit Don. Maintenant, utilise la veste pour nettoyer le plus possible le bord de la porte.
Charlie s'exécuta. Les morceaux de plexiglas tombèrent sur Don.
- Désolé.
- Ca va, ça va, ne t'inquiète pas, maintenant, pose la veste sur la fenêtre et sors. Je vais te donner un coup de main.
Charlie hocha la tête et mit le genou sur le rebord de la portière.
- Hey, pas comme ça ! Tu n'y arriveras jamais de cette manière, lui fit remarquer son frère. Il faut y aller comme pour faire de la plongée sous-marine. Tournes le dos à la portière, puis passes la tête, aide-toi de tes bras pour t'extraire, ok ?
- Oh … Ok, ok, j'y suis.
Arrivé dehors, Charlie fut accueilli par une violente bourrasque de vent. Il s'accrocha tant bien que mal aux rails du coffre que Don avait installé sur le toit de la voiture (jamais il n'avait été aussi heureux que Don aime emmener avec lui TOUT son équipement sportif lorsqu'il partait en vacances, d'où l'achat d'un coffre qu'il plaçait sur le toit de la voiture), puis il se laissa glisser contre la carlingue. Don le rejoignit quelques minutes plus tard.
Ce qu'ils découvrirent une fois dehors ressemblait à l'enfer.
La pluie avait du agir comme un « bruit blanc », pensa Charlie. Dans la voiture, les battements de son cœur lorsqu'il avait un moment cru que Don était mort avaient été les seuls sons dont il se souvenait mais dehors … dehors c'était une cacophonie de cris et de pleurs.
- Tu restes là, ordonna Don.
Charlie ne lui répondit pas, incapable de détourner le regard du paysage de destruction devant lui.
- Charlie ?
Charlie sursauta lorsque Don posa une couverture sur son dos.
- Mon dieu, Don … qu'est-ce que … qu'est-ce que nous allons faire … ?
- Toi, rien du tout. Tu vas sagement attendre les secours près de la voiture.
Don avait réussi à ouvrir le coffre de la voiture et en avait extirpé les triangles de signalisation qu'il installa par terre ainsi que deux vestes de sécurité.
- Tiens, passe ça, dit Don en lui tendant une des vestes tandis qu'il enfilait la seconde.
Charlie obéit. Il se sentait bizarre, comme déconnecté de la réalité. C'était juste un cauchemar : il allait se réveiller bien au chaud dans son lit sous sa couette. Il ferma les yeux puis les rouvrit lorsque Don le secoua.
- Hey, Charlie, ça va aller ?
Charlie fronça les sourcils. Non ça n'allait pas. Des gens étaient en train de mourir autour d'eux, certains étaient ans doute déjà morts …
Ce qui était incroyable, c'était le visage de son frère : lorsque son regard se posait sur les voitures autour de lui, il était froid, fermé, professionnel, mais posé sur lui, il était presque … vulnérable. Charlie était responsable de ce regard. Depuis ce qui était arrivé avec Simmons, Don le regardait comme s'il allait se briser au moindre choc. Quelque chose de fragile qu'il fallait protéger à tout prix. Bien sûr, l'accident de voiture d'hier n'avait pas du arranger les choses. Charlie devait lui prouver qu'il pouvait faire face. Il prit une large inspiration et sourit faiblement à son frère.
- Oui, Don, je crois … je crois que ça va aller. Ne t'inquiètes pas pour moi. Va les aider.
Don hocha la tête et donna une petite tape sur l'épaule de son frère avant de courir vers la voiture la plus proche. Charlie le regarda s'éloigner et se laissa glisser par terre, le long de la voiture. Il ramena ses genoux contre sa poitrine et continua de fixer le désastre devant lui.
Don arriva rapidement à la voiture qui les avait heurtés. Elle se trouvait elle aussi contre la rambarde mais contrairement à la SUB de Don, elle n'avait pas basculé. Don jeta un coup d'œil à l'intérieur et grimaça. Pas besoin d'être médecin pour affirmer que le conducteur était mort : personne ne pouvait vivre avec le cou à cet angle. Restait le passager. Don fit le tour de la voiture, sortit son téléphone portable de sa poche et appuya sur une des touches d'appel automatique.
//Don ?// Fit une voix surprise.
Don interrompit immédiatement Mégane.
- Appelle le central du trafic routier, ils ont un bel accident sur l'autoroute à la sortie de L.A., direction Pasadena. Un camion renversé, pas de liquide dangereux (Don se rappelait avoir vu le logo de la marque GAP sur le camion). Visibilité quasi nulle, continua t-il. Une bonne vingtaine de voitures concernées, et au moins un mort …
//Ok, je préviens David et Colby, nous serons là dès que possible … Don ? Charlie et toi …//
- Plus de peur que de mal … mais le directeur ne sera pas très heureux lorsqu'il verra l'état de la voiture.
//Hum, c'est déjà la troisième cette année agent Eppes, non ?// le taquina Mégane.
- Ouais … J'ai peur qu'on ne finisse par me demander de participer aux frais d'assurance de la prochaine qu'on me confiera. Je devrais peut-être demander au professeur Galuski (9) de me trafiquer un peu la prochaine. A tout de suite, Mégane.
Le rire cristallin de Mégane résonnait encore à ses oreilles lorsqu'il parvint de l'autre côté de la voiture. Il avait bien besoin de ce rire : il savait qu'il allait avoir à dénombrer pas mal de victime sur ce coup là.
La portière était complètement enfoncée mais l'airbag latéral semblait avoir joué son rôle. Don vit le passager, une jeune femme, tête posée sur la poitrine, bouger faiblement. Le prétensionneur de sa ceinture de sécurité la maintenait fermement plaquée contre son siège. Don tira sur la poignée qui lui résista un peu. Il prit appui sur la rambarde et tira de toutes ses forces. La portière s'entrouvrit juste assez pour que Don puisse passer la main. Il la posa sur la carotide de la jeune femme qui réagit immédiatement en ouvrant les yeux et en prenant une large inspiration, un peu comme si elle était en train de se noyer. Agenouillé près de la voiture, Don tenta de la calmer.
- Hey, hey, hey, tout va bien, ne bougez pas, ok, les secours ne vont pas tarder.
La passagère tourna la tête vers lui et cligna des yeux.
- Que … qu'est-ce qui … Marcus ?
Elle allait tourner les yeux vers le conducteur mais Don l'en empêcha. Sa main sur le menton de la jeune femme, il secoua doucement la tête. La jeune femme ouvrit la bouche, une impression horrifiée apparut sur son visage.
- Oh Mon Dieu, il … il est … mort, n'est-ce pas ?
Don hocha la tête.
- Je dois aller aider les autres victimes, vous croyez que vous pouvez rester ici et attendre les secours, seule ? Demanda Don.
La jeune femme ferma les yeux une seconde, puis les rouvrit et porta la main à sa ceinture de sécurité.
- HEY ! Qu'est-ce que vous faites ! Ne bougez pas, vous ne savez pas --
- Ecoutez, l'interrompit la jeune femme, je suis infirmière et je suis en troisième année de médecine. Je travaille depuis maintenant 5 ans au Cédar Sinai Medical Center, alors je sais ce que je fais. Je … je vais bien et mon devoir, en tant qu'infirmière, et que future médecin, est aussi d'aller aider les autres victimes, ok ? Alors aidez moi à sortir de cette carcasse.
Don hésita un moment puis capitula. Il savait qu'ils allaient avoir besoin de toute l'aide possible.
- Helen, finit par dire la jeune femme qui, libérée de sa ceinture de sécurité, poussait de toute ses forces sur la portière. Helen Tinsdale, précisa t-elle.
- Eppes, agent Don Eppes, FBI, répondit Don avec un sourire, tout en tirant sur la portière.
Helen lui sourit.
- FBI ? Woaou ! Et moi qui rêvait justement de rencontrer Mulder un de ces jours. Dommage que ce soit dans ces circonstances.
Don répondit à son sourire et tira une dernière fois sur la portière qui céda enfin.
- Et bien, puisque ça vous tente, et que vous avez – presque – le diplôme requis, vous pouvez être ma Scully, lui répondit-il en souriant.
Charlie grelottait. Il rabattit la couverture sur lui, laissant le moins possible l'eau pénétrer ses vêtements … ce qui était complètement inutile vu qu'il était déjà complètement trempé ! Même ses sous-vêtements collaient à sa peau et commençait à irriter certaines parties sensibles de son anatomie. Il se trémoussa un moment essayant de limiter les dégâts. Peine perdue. Il soupira. Saleté de pluie !
Ok, peut-être que s'il parvenait à ouvrir en grand le coffre de la voiture, il pourrait se protéger de cette foutue Léona.
Charlie se releva et alla à l'arrière de la voiture. Il utilisa la clé que Don lui avait laissée et dirigea le signal d'ouverture des portes vers la voiture. Les feux arrière clignotèrent. Charlie releva le coffre … qui refusa de s'ouvrir de plus d'une cinquantaine de cm. Il poussa un juron bien senti. Ok, là c'était certain, il avait du se mettre à dos toutes les divinités tant occidentales qu'orientales, présentes et passées, pour être le réceptacle d'une telle malchance ! Il referma violemment le coffre (ouch ! Encore heureux qu'il pourrait faire passer les dégâts sur le compte de l'accident. Don était si susceptible lorsque l'on touchait à sa voiture bien-aimée) puis il se retourna … et poussa un cri de surprise.
Une petite fille se tenait juste devant lui et le fixait.
Charlie porta la main à sa poitrine et poussa un long soupir de soulagement.
- Et bien dis moi, on peut dire que tu m'as fais une peur bleue, dit-il à l'attention de la gamine.
Le vent fouettait les pans de sa robe blanche. Charlie nota distraitement qu'elle était ornée de petites fleurs violettes, parfaitement assorties à la couleur de ses socquettes ainsi qu'au nœud qu'elle portait dans les cheveux. Il nota aussi le silence.
- Euh, tu … tu t'es perdue ?
Stupide, stupide, stupide ! pensa Charlie. Ils étaient en plein milieu d'un accident de voitures. Cette gamine devait avoir été à bord de l'un des véhicules accidentés. Choc. Ce qui expliquait son silence. Oui, c'était certainement ça, elle devait être en état de choc. Peut-être qu'elle avait été éjectée de la voiture de ses parents ?
- Tout va bien se passer. Les secours vont arriver. Euh, je … je crois qu'en attendant tu devrais rester avec--HEY !
La gamine venait de piquer un sprint en direction du crash.
- HEY ! Non, non, reviens, ça peut être dangereux !
Charlie se lança à sa poursuite.
Charlie ne courut pas très longtemps, mais ce ne fut pas d'avoir retrouvé sa petite inconnue qui le stoppa net. Ce qui le stoppa, ce fut la découverte de l'étendue de l'accident.
Plusieurs voitures étaient sur le toit, comme la SUB de Don, une autre ressemblait à un accordéon, la partie avant du véhicule enroulée comme l'aurait été un serpent autour d'un pylône. Un jeune homme se trouvait assis près de ce qui restait de la dite voiture, une petite ford rouge, et fixait la route, l'air hébété, certainement surpris de s'en être sorti indemne.
Des gens allaient et venaient, certains dans ce même état d'hébétude que le jeune propriétaire de la ford rouge, d'autres criant, la plupart pleuraient. Et Charlie continuait d'avancer dans ce qui ressemblait aux lendemains d'un champ de bataille. Désolation et destruction étaient les deux mots qui lui venaient à l'esprit pour décrire ce qu'il voyait.
- Hey … hey, vous ! Monsieur !
Charlie tourna la tête vers la personne qui le hélait.
Une jeune femme le fixait, un air grave mais calme sur le visage.
Calme … comment pouvait-on rester calme alors que le monde autour de vous n'était que chaos et désastre ?
- Vous allez bien, vous n'êtes pas blessé ? Demanda l'inconnue.
Charlie secoua la tête.
La jeune femme soupira, sembla hésiter un moment puis se décida. Elle agrippa le bras de Charlie.
- Bien, dans ce cas, vous allez m'aider.
Ils avaient trottiné sous la pluie jusqu'à une des voitures qui avait fini sa course à l'orée d'un petit bois bordant la route. Le pare brise était en miettes. Le conducteur … Charlie eut la nausée. Une main se posa sur son épaule.
- Il n'a pas souffert vous savez ? A cette vitesse … La jeune femme fit une petite grimace. La décélération brutale joue un rôle majeur dans la genèse des ruptures traumatiques aortiques, en étant responsable d'une projection antérieure du bloc cœur-aorte ascendante alors que la partie descendante fixe de l'aorte est retenue dans le médiastin postérieur, récita t-elle comme si ce qu'elle disait avait été appris par cœur.
Charlie cligna des yeux. De quoi lui parlait donc cette femme ?
- Son cœur, précisa cette dernière comme si elle avait lu dans ses pensées. Rupture traumatique aortique. Il est mort sur le coup … avant de passer par le pare-brise.
Oh. Et c'était sensé le rassurer ?
- Venez, dit la jeune femme en lui saisissant à nouveau le bras, j'ai besoin de votre aide par ici.
« Ici » c'était en fait par terre au chevet d'un autre mort en sursis.
Une robe blanche parsemée de petites fleurs violettes. Il lui manquait une chaussure, pensa Charlie qui était penché au-dessus de la forme immobile de la réplique exacte de la fillette qu'il avait croisée tout à l'heure.
- Pas de ceinture de sécurité murmura la jeune femme qui se trouvait aux côtés de Charlie. Vous allez rester avec elle. Je … je ne peux plus rien pour elle mais sa mère est encore en vie. Je crois que son prénom est Denise …
Et avec ça, l'inconnue laissa Charlie seul.
Charlie s'agenouilla par terre et resta un long moment à fixer l'enfant qui était étendu là. Un flot de questions incongrues lui traversèrent l'esprit : aimait-elle les poupées Barbie ? Quelle était son émission de Tv préférée ? Savait-elle nager ?
Une main se referma sur la sienne et Charlie sursauta. Une paire d'yeux bleus le fixait. La main était glaciale. Comme si toute chaleur avait déjà quitté son corps, pensa Charlie. Il serra la petite main.
- Hey, salut toi. Tu sais, j'ai croisé ta sœur tout à l'heure. Elle va bien (OHMONDIEU, faites qu'elle aille bien !). Tu as une magnifique robe. Je vais te dire un secret, le violet est une de mes couleurs préférées --
Il prit le petit corps dans ses bras et le ramena contre sa poitrine tout en continuant à parler.
Il parla à Denise de la couleur violette, comment on pouvait la synthétiser en utilisant le bleu de ses yeux et le rouge carmin de ses lèvres, combien ce pigment était rare à l'état naturel, comme elle était unique même si elle avait une jumelle, comment cette couleur dans la symbolique occidentale était associée à la noblesse, et que chaque enfant, comme elle, était un roi, mais il ne lui dit pas que dans la religion catholique, le violet symbolisait le deuil … Il lui parla jusqu'à ce que sa bouche soit sèche et qu'il aspire à un peu d'eau alors que le déluge continuait autour d'eux. Il lui parla jusqu'à ce que sa colère contre les injustices qui font qu'un enfant meurt sans raison, passe. Il lui parla jusqu'à ce qu'il sente sa petite main se refermer sur son tee-shirt. Une main chaude. Vibrante de vie.
Il cessa alors de parler pour la fixer, la bouche ouverte en un O de surprise. Vivante, elle était vivante !
- Qu'est-ce que vous avez fait ! Hurla une voix féminine derrière lui.
Charlie se retourna pour voir de qui il s'agissait mais il fut pris d'une sensation de vertige familière. Avant que son esprit ne décide à se mettre « en veille » comme Catherine appelait ses moments d'absence, il vit l'éclair d'une petite fleur violette. Il se rappela que le violet était aussi la couleur associée à la pénitence. Avec sa chance, ça ne pouvait pas être bon signe, n'est-ce pas ?
A suivre …
(8) Episode 414, Echec et Mat.
(9) Episodes 403 et 411, A toute vitesse et A bout de souffle.
