NA : commej'ai réintroduis dans ce chapitre des personnages de la fic Agnus Dei, je me suis dit, tiens, pourquoi ne pas aller plus loin ? Et donc, c'est officiel : cette fic est une suite de Ederlezi qui est une suite d'Agnus Dei. Breeeeef, les trois fics sont liées. Une sorte de trilogie quoi … sauf que non, ce serait plutôt une quadrilogie vu que j'ai aussi commencé la suite d'Agnus Dei. Diable, je m'y perds … Bonne lecture quand même !


3 – Le vrombissement d'un hélicoptère fit lever la tête de Don vers le ciel. Enfin, les secours étaient arrivés ! Du moins, une partie. Ils allaient pouvoir évacuer les blessés les plus graves.

- La cavalerie est arrivée, on dirait, hein, tout va bien se passer, dit-il en souriant au conducteur de la Hyundai verte avec qui il venait de passer une bonne heure.

Il fronça les sourcils et regarda sa montre, ouch, non, ça faisait un peu plus que ça en fait. Comme le temps passe vite quand on s'amuse, n'est-ce pas ? Il serra gentiment l'épaule du gamin. Eric Newkirk, 19 ans. Yep, un gamin. C'avait été sa première sortie avec la voiture d'occasion qu'il venait d'acheter. Il avait décidé d'emmener Lorie, sa petite soeur, faire une petite virée … Don avait utilisé sa veste de signalisation pour recouvrir le corps de Lorie.

- Don ! DON !

Don tourna la tête et eut du mal à réprimer un soupir de soulagement en voyant courir vers lui Mégane, David et Colby.

- J'ai besoin d'une équipe médicale par ici ! Cria t-il.

Il vit immédiatement Colby prendre son talkie-walkie. Pendant qu'il s'entretenait avec les responsables des équipes de secours, Mégane et David rejoignirent Don. Mégane fit un geste du menton en direction de la passagère. Don secoua la tête.

- Hey, Eric, je te présente Mégane, ma coéquipière de choc et une grand admiratrice de l'équipe de hockey du Michigan, nos amis les Spartans.

- Sa--salut, murmura Eric.

Mégane esquissa un sourire et prit la place de Don près du jeune homme. Don se leva et la laissa seule avec lui. Il pouvait entendre leur conversation feutrée.

- Une équipe médicale arrive tout de suite. C'est un sacré merdier … euh, je veux dire, avec la pluie et le vent, les secours sont un peu ralentis, dit Colby qui avait rejoint David.

- Ouais, je m'en doute, fit Don en se passant la main dans les cheveux. Charlie a du vous raconter ce qui s'était passé, non ? Voilà ce qu'un simple excès de vitesse et une bonne dose d'inconscience peut donner, soupira t-il.

Colby et David échangèrent un regard rapide.

- Don, nous n'avons pas trouvé Charlie à la voiture, annonça David.

- Nous pensions qu'il était peut-être avec toi, précisa Colby.

- QUOI !

- Nous avons facilement trouvé ta SUB grâce au tracker GPS du FBI qui équipe toutes nos voitures mais aucune trace de Charlie et -- DON !

Don n'écoutait plus David et courrait vers l'endroit où se trouvait sa défunte voiture. L'endroit où il était persuadé d'avoir demandé à un certain petit génie de l'attendre. S'il lui était arrivé quoique ce soit, il allait l'entendre !


Don fit le tour de la voiture et finit par frapper le haut du capot de cette dernière. La colère bataillait avec la peur pour prendre le contrôle de ses émotions. Ok, il fallait qu'il se calme, qu'il garde la tête froide. Cette journée pouvait vraiment se qualifier pour le concours de la journée de merde du siècle ! Voir de la semaine en fait … Ok, il fallait qu'il soit honnête, cela faisait des mois qu'il marchait sur des œufs avec son petit frère, qu'il attendait que le pire arrive et voilà qu'en moins de 24 heures, il avait eut le pire et le « pire du pire », le tout en deux accidents de voiture. Il se tourna vers ses subordonnés.

- David tu me quadrilles le périmètre et --

Il fut interrompu par le grésillement du talkie-walkie de Colby. Ce dernier y répondit d'une oreille distraite puis un large sourire apparut sur son visage.

- DON ! Ils ont retrouvé Charlie !


Le « ils » en question n'était autre qu'une des équipes médicales. Charlie se trouvait assis dans une des ambulances, serrant contre lui une couverture (sèche apparemment). L'image lui rappelait celle, pas si lointaine que ça, où en pleine nuit, il avait récupéré Charlie après qu'un des sbires d'un promoteur immobilier véreux ait tenté de le tuer (10). Don se précipita vers lui.

- Charlie ! Est-ce que tout va bien ?

Il inspecta son frère sous toutes les coutures (Dieu merci pas de sang !), notant le triste état dans lequel il se trouvait : trempé, ses boucles collées sur son front, des cernes noirs sous les yeux. Charlie écarta sa main d'un geste las.

- Ca va Don, ça va … je--

Une fois féminine le coupa net.

- Hey, mais ne serait-ce pas là l'agent Mulder ?

Don sourit à Helen. La pauvre avait à peu près la même mine que Charlie. La nuit avait été éprouvante pour tout le monde apparemment.

- Tu la connais ? Demanda Charlie qui s'était soudain raidi.

- Euh, pas vraiment, je --

- L'agent Eppes m'a sortie de la voiture dans laquelle je me trouvais, Professeur.

Charlie lança un regard noir à la jeune femme qui surprit Don. Oula, que s'était-il donc passé entre ces deux là ? Charlie avait ses « bêtes noires » : lorsqu'il n'appréciait pas quelqu'un, il lui était difficile, si ce n'est impossible, de le cacher. Et si Don interprétait correctement le langage corporel de son petit frère, c'était le cas avec Mlle Tinsdale.

- La mère de Denise voudrait vous --

- Non, répondit sèchement Charlie, interrompant la jeune femme. Il commença à ôter la couverture et fit mine de se lever. Don, je vais parfaitement bien, donc si quelqu'un pouvait me ramener à la maison, j'apprécierais. Je tuerais pour une bonne douche chaude. Une longue, très longue douche chaude.

Aaaaah, la tactique bien connue du « et si on changeais de sujet, ok ? ».

- Tttttt, pas question, tu restes là – et je dis bien « rester » Chuck – tant qu'un médic n'aura pas donner son feu vert, répondit Don en maintenant son petit frère en place d'une main ferme, le forçant à se rasseoir.

Charlie laissa échapper un « humpf » d'insatisfaction et allait tenter une nouvelle « percée » lorsque quelque chose fut pratiquement balancée sur son visage. Il recula instinctivement pour éviter de se prendre la chose en question dans le nez et fut en retour, ébloui par une lumière blanche.

- Professeur Eppes, est-il vrai que vous avez sauvé un enfant cette nuit, juste en apposant vos mains sur sa poitrine ? Pensez-vous qu'il s'agisse là d'une nouvelle manifestation de vos incroyables capacités cérébrales ?

Jane Sinclair, reporter pour K9TV (11) agitait son micro sous le nez de Charlie qui visiblement se retenait de le mordre à moins qu'il n'ait envie de mordre la reporter … Don se dit qu'il était temps d'intervenir. Il ne manquerait plus que son petit frère choppe une saloperie en mordant Sinclair. On ne pouvait jamais être assez prudent avec les rongeurs et les charognards. Qui pouvaient dire où ils avaient traînés ?

- Mlle Sinclair, toujours à essayer de violer la loi, on dirait, susurra Don avec une honnêteté digne d'un avocat Hollywoodien.

Lewis, le caméraman attitré de Sinclair, tourna immédiatement sa caméra vers Don.

- Oooooh agent Eppes, j'aurais du m'en douter, lorsque l'on voit un des frères Eppes, l'autre n'est jamais très loin, n'est-ce pas ? répondit Sinclair exactement sur le même ton.

Ooooo-kay ma jolie, pensa Don, tu veux jouer au plus fin avec moi, parfait, voyons qui sera le plus futé de nous deux.

Mais Don n'eut pas l'occasion de terminer pas sa petite joute verbale avec la reporter. Il venait juste de remarquer que l'acteur principal de son petit jeu était absent. Il abandonna vite Sinclair et vit Charlie marcher vers la voiture de Mégane. Est-ce qu'il parlait une autre langue ? Depuis quand « reste là !» signifiait-il « décampe !» ?

- Charlie ? Hey, Charlie !

Ce qui eut bien évidemment aussi pour effet d'attirer l'attention de Jane Sinclair. La lumière de la caméra de Lewis quitta Don pour se concentrer sur le dos de Charlie dont la silhouette disparaissait dans la nuit.

- Professeur Eppes ! S'il vous plaît, le public a le droit de savoir si -- HEY ! Vous n'avez pas le droit de faire ça ! Je me plaindrais à votre supérieur Eppes. Vous avez déjà entendu parler du 1er amendement ? (12)

Don tendit à David le micro qu'il venait littéralement d'arracher des mains de la reporter.

- David, tu t'occupes de Mlle Sinclair … euh, comme si c'était une cousine éloignée, hein, entre Sinclair et tout et tout.

David récupéra le micro et se tourna vers son homonyme (et Dieu merci pas de la même famille !).

- Venez avec moi Mlle, je vais vous raccompagner à votre voiture … et vous aussi, suivez moi, fit-il à l'attention de Lewis qui continuait à filmer Charlie et Don.


Assez. Charlie en avait assez, assez, ASSEZ. Il fallait que ça cesse et vite. Il allait s'enfermer chez lui, et il ne ressortirait que dans une dizaine d'années. Yep, ermite. Il allait se faire ermite. Un ermite mathématicien, comme Grigori Perelman (13). Quoique non, lui n'abandonnerait pas les maths. Seulement, à quoi lui serviraient ses précieuses mathématiques s'il n'en faisait pas profiter le genre humain, hein ?

Bon, ok, pas de vie de reclus, n'empêche qu'il limiterait ses sorties au strict nécessaire.

Plus de sorties sur des quais déserts et donc plus de risque de trouver une pauvre fille dépecée ; plus de sorties non plus en voiture – vue qu'il n'avait plus le permis, ce ne serait pas le plus difficile – et donc plus de risque de … de …

Il ferma les yeux.

Elles étaient mortes, toutes les deux, Ibolya et cette gamine, Denise. Il en était sûr parce qu'il avait recueilli leur dernier souffle, tenu leur main alors qu'elles quittaient cette terre … tous les clichés liés au passage de la vie au trépas qui pouvait lui venir à l'esprit, il les avait vécus avec elles. Elles étaient mortes dans ses bras.

Sauf que Denise était de nouveau en vie.

De « nouveau » en vie. Ok, est-ce qu'il pouvait être un peu plus pathétique que ça ?! Depuis quand croyait-il en Saint Lazare ? Et surtout, depuis quand se prenait-il pour Jésus ressuscitant les morts, hein ?

Depuis que celle folle d'infirmière lui avait fait son numéro de « vous avez accompli un miracle ! », voilà depuis quand. Toutes les femmes appartenant au corps médical étaient–elles des folles en puissance ? Il allait finir par croire que c'était le cas.

Non, ils devaient s'être trompés tous les deux, Tinsdalle et lui. Denise qu'ils avaient cru mourante ne l'avait tout simplement pas été. Simple erreur de diagnostic, après tout, d'après ce qu'il avait pu comprendre, Tinsdalle n'était pas encore médecin.

Donc pas de miraculée et par conséquent ni miracle ni Jésus Eppes. A+B=C. Simple comme une addition. Les joies de l'arithmétique.

Sauf que …

Sauf que cela n'expliquait pas tout.

Il avait vu cette autre gamine. La réplique de Denise. Sa sœur jumelle avait-il cru, sauf que Denise Wells était fille unique. Mais le pire, ç'avait été la réalisation que la gamine qu'il avait vue ne pouvait pas être « vraie » pour une autre raison, une raison toute simple : elle avait été sèche de la tête aux pieds. Ca, il s'en rappelait très bien. Ce qui voulait dire que cette fois, les choses étaient différentes. Cette fois, il avait réellement des hallucinations.

Et rien ne le terrifiait davantage que l'idée de perdre la tête et d'en être parfaitement conscient.

- Charlie ?

Don.

Charlie ne se retourna pas.

- Je … je veux rentrer à la maison, murmura t-il, un sanglot dans la voix.

Charlie savait qu'il était pathétique mais il était trop fatigué pour s'en préoccuper. Une main se posa sur son épaule et il fut attiré doucement contre la poitrine de son frère. Il ne résista pas et enfouit sa tête dans la veste trempée de Don.

Ils restèrent là un long moment, silencieux, sous la pluie toujours battante.


- Hum, on ne dirait pas qu'elle a été impliquée dans un accident de voiture, fit Colby en examinant la SUB de Don.

- Ouais, les apparences peuvent être trompeuses, précisa David qui faisait le tour de la voiture.

- Ils ont eu de la chance ; quand je pense aux dégâts que ce foutu poteau de signalisation aurait pu faire, frissonna Colby.

David hocha la tête. Yep, la voiture n'avait pas grand-chose, la partie latérale gauche était complètement rayée, à tel point qu'on aurait eu du mal à certains endroits à deviner qu'elle avait été noire, et bien entendu le pare-brise n'était plus qu'un souvenir mais à part ça, pas de gros bobos. Ce n'était qu'un simple accident de voiture mais le FBI exigeait un examen des véhicules appartenant au service implique dans un accident, quel qu'il soit. Simple procédure de routine en fait. Il y avait trois jours maintenant que la SUB de Don avait été envoyée à l'atelier du FBI et Don avait donc chargé David et Colby de voir ce qu'il en était. En fait, il voulait surtout savoir s'il pourrait récupérer sa voiture. Le malheureux s'était vu attribuer, à titre temporaire, une Ford … orange. Version sanguine. Une horreur dont personne ne voulait et pour cause.

David repéra Matt Li (14) près de l'un des ordinateurs de l'atelier.

- Hey, Matt ! Alors, est-ce que Don va pouvoir récupérer sa voiture chérie et nous laisser enfin en paix ?

- Ouais, renchérit Colby, y'en a un peu marre de devoir faire ses courses parce qu'il ne veut pas sortir avec sa citrouille. Du moins pas avant Halloween.

Matt fronça les sourcils.

- Désolé, mais je doute que l'agent Eppes puisse la récupérer.

- Elle n'a pourtant pas l'air si mal en point que ça. C'est quoi le problème ? Le moteur est foutu ?

Matt cala son porte bloc-notes contre sa poitrine. Il dégagea une feuille de son clip et la tendit à un de ses assistants, puis il se tourna vers les deux agents.

- Le problème, c'est que cette voiture est désormais une pièce à conviction. J'allais justement ordonner sa mise sous scellés et régler les questions administratives d'ouverture d'enquête.

- QUOI ! Firent simultanément David et Colby.

Colby fut le premier à se remettre de sa surprise.

- Tu veux dire que … que la voiture de Don a été trafiquée ? Ils ont touché à quoi, le système de freinage ?

Matt secoua la tête.

- Non. Les airbags. En fait, si curieux que cela puisse paraître, la personne qui est responsable n'a pas pensé au fait que l'agent Eppes puisse être victime d'un accident de voiture et donc que nous puissions découvrir son petit acte de sabotage. Venez, je vais vous expliquer.

Matt les conduisit à l'avant de la voiture. Il s'installa à la place du conducteur et leur montra l'espace dans le volant accueillant le sac de l'airbag.

- Un airbag n'est rien d'autre qu'un sac rempli de gaz, expliqua-t-il. Lors de l'impact, un générateur de gaz se déclenche et débite les gaz qui vont assurer le gonflement du sac. Il existe trois types de générateurs : pyrotechniques, hybrides et Cold Gas, ou gaz froid. Les premiers n'utilisent pour générer des gaz que des éléments pyrotechniques comme le propergols solides, proche du carburant des fusées, ou de l'azoture de sodium, sous forme de pastille. L'impulsion électrique transmise au détonateur enflamme les pastilles. L'azoture de sodium se décompose et entraîne une libération d'azote qui gonfle le coussin. Les seconds associent ces mêmes éléments à des gaz inertes stockés dans un réservoir indépendant comme de l'argon ou de l'hélium. Ces gaz viennent en complément de ceux créés par la combustion du propergol, pour les refroidir, mais aussi pour limiter la masse de produit explosif dans le générateur et conserver la même capacité de gonflage. Le Cold Gas quant à lui, n'est qu'une réserve de gaz libérée au moment du gonflage et la totalité des gaz du réservoir serviront à gonfler le sac sans aucune aide pyrotechnique.

David et Colby échangèrent un regard amusé. Lorsque les « geeks » étaient lancés, il était toujours difficile de les arrêter. Mais depuis qu'ils travaillaient avec Charlie, ils avaient pris l'habitude d'écouter et d'attendre la « chute ».

- Bien évidemment, continuait Matt, le défi technologique consiste à garantir le bon fonctionnement du dispositif ce qui couvre, comme vous pouvez vous en douter, le problème de l'étanchéité du réservoir. Celle-ci nécessite en effet l'utilisation de technique de détection de fuite extrêmement sensible. Il existe un réel risque d'intoxication en cas de contact répété avec les gaz contenus dans les sacs. Chez les fournisseurs d'airbags, et les équipementiers réalisant les essais de validation, de puissants systèmes d'aération ou de protection des personnels par masque à gaz sont installés (15).

Matt leva les yeux vers les deux agents qui attendaient sagement la conclusion.

- Et c'est justement ce qui a été trafiqué ici, termina-t-il.

- Le réservoir de gaz ? Quelqu'un y a touché ? Demanda Colby.

- Oh que oui. Ce qui explique que les airbags n'aient pas fonctionné lors de l'impact. En fait, s'il avait eu une plus longue exposition à ces gaz, l'agent Eppes ne serait plus de ce monde pour jouer au Cendrillon roulant en citrouille magique, précisa Matt.


- Non, il n'a rien à déclarer ! Hurla Don en raccrochant le combiné du téléphone avec assez de force pour faire bouger toute la table basse. Un vase trembla dangereusement sur ses bases.

- Hey, fais gaffe, annonça Charlie calmement. C'était le vase préféré de maman.

Don se passa la main dans les cheveux et soupira. Il repositionna ledit vase au centre de la table puis s'écroula dans un des fauteuils du salon. Charlie était allongé dans le canapé, corrigeant des copies si Don devait en croire les borborygmes assassins que son petit frère maugréait dans sa barbe. Don avait rarement vu le feutre rouge de Charlie bouger avec autant de fureur. Certainement des copies d'étudiants de première année.

- Comment peux tu faire pour rester aussi calme ? Dit-il, toujours en colère. 1er amendement, tu parles ! Comme si toutes ces idioties pouvaient entrer dans la catégorie « droit d'expression ». Quant à la liberté de la presse n'en parlons pas … et d'ailleurs, quelle presse ? Juste des tabloïds bons à laisser dans les toilettes. Et encore, pas pour la lecture.

Charlie haussa les épaules.

- Ils finiront par se lasser, répondit-il sans lever les yeux de ses copies.

- Ouais, si tu le dis.

Mais Don n'était pas certain que l'engouement des médias pour son petit frère se relâche d'aussitôt. Pas avec un sujet aussi juteux que ça : le paranormal.

Charlie était déjà connu des médias en tant que célébrité pour son bouquin sur l'amitié par les maths – mais au moins, avec ça il avait eu droit à la une de Vanity Fair pas le tabloïd qui déclarait régulièrement qu'Elvis était vivant et coulait des jours heureux avec Marilyn Monroe ! – mais aussi après sa petite mésaventure entre les mains de l'héritier de la fortune Brandford.

Et c'est là que l'affaire, justement, se corsait. Ces abrutis de journaleux aimaient compiler les faits pour leur faire dire exactement ce qu'ils voulaient. Selon eux – et grâce à la charmante étudiante en médecine, Helen Tinsdalle (Scully n'était-elle pas sensée être complètement imperméable à toutes ces conneries touchant au surnaturel ?) – Charlie, du fait de son incroyable intelligence avait réussi à utiliser une partie inexplorée de son cerveau et paf ! il était devenu un guérisseur. Il aurait ainsi non seulement ressuscité la petite Denise Wells mais aussi guéri (bah voyons !) Richard Brandford de ses psychoses, ce qui était, aux yeux de cette bande d'idiots, la seule raison pour laquelle Brandford n'avait pas tué Charlie comme il avait tué les autres.

Les théories allaient bon train sur l'origine des superpouvoirs de Charlie : mutation ou parapsychisme ? Don avait vu un article où son frère était comparé au Professeur Xavier (15). C'était surtout le grand n'importe quoi.

Charlie avait paru dévasté la nuit de l'accident. Don avait demandé à Mégane de le raccompagner à Pasadéna puis il était lui aussi passé chez lui, avait empaqueté deux ou trois choses (de toute manière, il avait une partie de ces affaires qui restaient en permanence chez Charlie et son père) et avait emménagé chez Charlie. Preuve que son petit frère n'était pas au mieux de sa forme : il n'avait rien dit. Généralement, Charlie détestait qu'on le prenne pour un pauvre petit garçon perdu incapable de s'occuper de lui-même. Et donc, Don babyssittait. Ou plus exactement, il jouait l'attaché de presse de son célèbre petit frère.

- J'ai une petite soif, lança t-il soudain. Discuter avec tous ces chacals m'a asséché le gosier.

Charlie leva un sourcil amusé.

- Discuter ? Ah, c'est comme ça que tu appelles ça toi ? Et moi qui croyais que pour discuter il fallait que la conversation dure un peu plus que 10 secondes.

- Ahahaha, très drôle. Tu préférerais peut-être les entendre taper à la porte toute la journée ?

- Don, je suis certain que la petite démonstration que tu leur as fait hier soir, leur a ôtés toute envie de venir frapper à ma porte.

Don grogna. Oui, bon, il avait peut-être un peu abusé sur ce coup là. Mais nondedieudemerde ! Ces types étaient vraiment des sangsues. Il comprenait mieux que Brittney Spears ait pété un câble. Deux paparazzi s'étaient purement et simplement introduis dans le jardin et Don, qui avait cru être face à des cambrioleurs, leur avait fait une peur bleue en les menaçant de son arme et en les menottant à la grille. Ils avaient hurlé comme des putois jusqu'à l'arrivée de la police, brandissant le fameux 1er amendement tel Moïse présentant les Tables de la Loi.

- Et oui, moi aussi j'ai une petite soif et ne dirais pas non à une bière, finit Charlie.

Don se leva, prit une serviette qui traînait sur la table, la posa sur son bras et avec un accent français, sensé être celui d'un loufiat (17) parisien, il s'exclama.

- Et deux bières, deux !

Le rire de Charlie le suivit jusque dans la cuisine.


L'homme attendait depuis maintenant une bonne heure devant la maison, assis sur un vieux tronc d'arbre. L'endroit était calme, la brise soulevait une légère odeur de fleurs, mimosa peut-être ? Oui, l'endroit était propice à la méditation, au recueillement. Il vit la silhouette de l'agent Eppes passée devant une des fenêtres de la maison, deux bières à la main. Il sourit. Il aimait bien Eppes, du moins, l'agent ne le prenait pas pour un total farfelu. Pas comme son frère …

Incroyable, non ? Le Professeur Charles Eppes, un homme qui ne croit que ce qui peut être démontré par les chiffres. Même l'amitié s'il devait en croire le livre qu'il avait dans sa besace.

Un homme que rien ne prédisposait à devenir … quoi ? Un adepte ? Certainement pas. Un frère ? Oui, peut-être … s'il parvenait à le convaincre.

Dire que la CIA avait passé des années à l'entraîner, lui et quelques autres, pensant en faire une armée d'espions redoutables. Télépathie, télékinésie, chiromancie, ils avaient tout testé, tout exploré. Ils avaient abandonné le projet … mais pas lui, il n'abandonnerait jamais. Il savait qui il était, de quoi il était capable. Même si ses pouvoirs étaient limités, il en était fier.

Samuel Kraft (18) ferma les yeux, tourna le visage vers le soleil et laissa la brise lui caresser la joue.

Oui, il savait quelles étaient ses limites et c'était pour ça qu'il devait lui parler. Il était une pauvre lumière de 25 volts alors qu'Eppes brillait comme un Soleil.

Il fallait qu'il ait un entretien avec Charlie Eppes. Quoi qu'il en coûte.


Dans une autre partie de L.A., une femme attendait, elle aussi.

Elle attendait que le plan qu'elle avait mis plusieurs mois à mettre en place, porte enfin ses fruits. Elle avait du en changer un peu la direction depuis l'accident de voiture dont avaient été victimes ses deux proies mais en fait, ce n'était pas bien grave. Au contraire. Ce qu'elle avait imaginé à la place lui donnerait bien plus de satisfaction. Et dire que l'idée ne venait même pas d'elle ! Elle poussa un petit gloussement.

- Ooooooh Charlie, rien ne change n'est-ce pas ? Tu me facilites toujours les choses …

A suivre

(10) Episode 411, A bout de souffle.

(11) Personnage que j'ai créé dans Agnus Déi (yep, je fais dans le recyclage de perso, LOL !).

(12) 1er amendement, Constitution des Etats-Unis d'Amérique : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs ».

(13) Grigori (Grisha) Iakovlevitch Perelman est un des génies de notre siècle. Il vit en reclus à Saint-Pétersbourg et a abandonné sa carrière de mathématicien. Le 11 novembre 2002, il a envoyé un courriel au site dans lequel il a résolu, en 39 petites pages, l'une des sept énigmes du siècle listés en 2000 par l'Institut Clay, qui a mis à prix leur résolution à un million de dollars chacun : la Conjecture Poincarré. Perelman a refusé en 2006, lorsque la communauté scientifique a fini par reconnaître ses résultats, la fameuse médaille Fields (équivalent du Nobel qui comme tous les fans de Numb3rs le savent, n'existent pas pour les maths). Il a également renoncé à la fameuse prime de 1 million de dollars … Cette icône des maths fait l'objet d'un véritable culte sur le web, il faut dire que son look de Jésus moderne l'y prédispose.

(14) Matt Li est un technicien du FBI. Ce personnage apparaît dans 11 épisodes de Numb3rs : 102, Le démineur, 105, Le génie, 110, Jeu de piste, 214, Trafic d'organes, 221, peur bleue, 309, Empoisonnement, 317, Contre la montre, 321, Confessions macabres, 403, A toute vitesse, 510, Frienemies et 515, Guilt Trip.

(15) Source Wikipédia.

(16) X-Men.

(17) Garçon de café en argot.

(18) Personnage introduit dans l'épisode 217, Médium et que l'on revoit dans le 513, Trouble in Chinatown.