Dédicace : pour vanessfantasy et son adorable review ! Merci Mlle !

Bonne lecture ... et à la semaine prochaine pour la suite !

NA : euh, un léger abus dans l'utilisation du mot de Cambronne …

4 – Don fronça les sourcils. Il leva les yeux vers ses deux agents. David arborait, comme d'habitude, un air concentré, attendant les instructions de son supérieur ; Colby quant à lui était plus détendu, bras croisés sur la poitrine, assis sur le rebord de la table de la salle de réunion. Don tapota du doigt le rapport qui se trouvait devant lui.

- Et Lee pense que c'est intentionnel ? Demanda t-il.

Colby hocha la tête.

- Oui, avec les procédures de sécurité dont s'entourent les constructeurs, il n'y a selon lui aucun doute : l'airbag a été trafiqué.

Merde, pensa Don, il ne lui manquait plus que ça ! Il avait désormais à gérer non seulement les hordes de névrosés qui croyaient que son petit frère était la réincarnation d'une divinité Mésopotamienne (certains avait même avancé le nom de John Lennon …) mais aussi ce qui ressemblait fort à une vengeance. Dixit Mégane. Selon elle, le procédé utilisé – l'empoisonnement – était plus le signe d'un règlement de compte personnel que de l'exécution d'un contrat. Il n'avait plus qu'à fouiller dans les dossiers de ces dix dernières années pour trouver le suspect … et vu le nombre d'arrestations qu'il avait conduites, ainsi que le nombre de fois où il avait malheureusement eu à se servir de son arme, la liste allait avoir de quoi faire griller l'ordinateur qui allait effectuer cette petite recherche.

- Ok, soupira t-il, de toute manière, cette affaire est désormais entre les mains de notre service interne. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas prêts d'en savoir plus avant un bon moment.

Colby sourit, mais David resta sérieux.

- Don, dit-il, je crois que tu devrais prendre quelques précautions. Demander une protection …

- David, ma meilleure protection est toujours sur ma hanche droite, répondit Don en tapotant son holster.

- … Auxquels tu peux rajouter les nôtres, ajouta Colby.

Don hocha la tête. Il avait une sacrée équipe à ses côtés. Et en parlant d'équipe … Il jeta un coup d'œil vers le bureau de Mégane. Et fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas.

Don se leva. Colby et David tournèrent les yeux vers leur collègue féminine et échangèrent un regard entendu : yep, vu la tête que faisait Mégane, une autre mauvaise nouvelle allait leur tomber dessus.

Mégane était debout, combiné de téléphone collé à l'oreille, et elle fixait Don. Il lui fit un petit signe de la tête, exprimant son interrogation. Mégane termina la conversation qu'elle tenait avec son interlocuteur puis se dirigea vers la salle de réunion. Lorsqu'elle entra, les trois hommes la fixaient, attendant qu'elle leur délivre sa petite bombe.

- Quelqu'un s'est introduit dans la morgue de Cédar Sinai Medical Center. Ils ont volé un corps, annonça t-elle.

Don sentit des frissons le parcourir. Les poils de ses bras se relevèrent comme autant de petits chiens de garde dressant la tête, truffe reniflant les ennuis à des lieues à la ronde.

- Qui ? demanda t-il.

- Lorie Newkirk.

Don serra la mâchoire. Yep, une petite bombe, genre Little Boy et Fat Man réunies (23).

Colby fronça les sourcils.

- Newkirk ? Pourquoi est-ce que ce nom me dit quelque chose …

David interrompit Colby.

- L'accident … C'est le nom du gamin que Don a aidé après l'accident sur l'autoroute. Newkirk. Eric Newkirk. Lorie était sa sœur. Elle est morte sur le coup.

- Mais qui voudrait subtiliser le corps d'une gamine morte depuis maintenant plusieurs jours ? Demanda Colby. Et surtout pourquoi ?

- La nécrophilie est le plus souvent évoquée dans des cas de ce genre, lui répondit Mégane. Il s'agit d'une paraphilie caractérisée par l'attirance pour des personnes inconscientes, la plupart du temps des personnes comateuses, ou des cadavres. D'une certaine manière, la nécrophilie est un des motifs qui guide le violeur à avoir recours à des produits incapacitants, tel que le GBH.

Elle se tourna vers Don.

- C'est certainement ça, lui dit-elle.

Don se leva.

- Ouais, bien sûr … et Tom Cruise est sain d'esprit, maugréa t-il en mettant la main sur la poignée de la porte de la salle de réunion. La nécrophilie sur un corps juste froid ok, mais là c'est pousser la névrose un peu loin si tu veux mon avis. Mégane, tu vas faire un petit tour à la morgue du Sinaï, je file à CalSci. David, Colby, vous me faites un petit tour au service interne, on ne sait jamais …


- Professeur Eppes ?

Charlie détourna la tête de son tableau noir et, les yeux et l'esprit encore tout au problème qu'il tentait de résoudre, répondit distraitement.

- Oui, qu'est-ce que je peux faire pour … vous ?

Il venait de reconnaître l'homme qui venait d'entrer. Il savait qu'il aurait du écouter Mildred lorsqu'elle lui avait dit qu'il avait besoin d'une assistante. Elle aurait pris ses rendez-vous avec les étudiants et débouté, gentiment mais fermement, les importuns. Le problème c'était que justement, Charlie avait trop souvent eu à souffrir lui-même de ces procédés lorsqu'il avait été étudiant. Qui prenait au sérieux un gamin de 13 ans voulant prendre rendez-vous avec le responsable de la chaire de physiques de Princeton, hein ? Il avait eu de la chance que ledit responsable ait été le docteur Larry Fleinhardt. Depuis qu'il était lui-même devenu enseignant, la politique de Charlie avait toujours été « ma porte vous est ouverte !» mais là maintenant, il le regrettait amèrement.

- Qu'est-ce que vous voulez ? Demanda t-il à son visiteur sur un ton discourtois qui cachait mal son agacement.

Samuel Kraft lui sourit et posa sa sacoche sur le bureau de Charlie. Kraft ressemblait au croisement entre un hippie et un business man. Il portait une montre qui devait coûter au bas mot une année de salaire d'enseignant à CalSci et des sandales qui semblaient sorties tout droit d'une farfouille.

- Professeur Eppes, je sais que la dernière fois que nous nous sommes vus nous --

- La dernière fois que nous nous sommes vus, Monsieur Kraft, vous avez ni plus ni moins démontré que vous n'étiez … n'êtes … qu'un escroc profitant de la crédulité de certains et des traumas personnels des autres. Au revoir et n'oubliez pas de refermer la porte derrière vous en sortant.

Au diable les pauvres étudiants : demain, Charlie appelait le service du personnel et demandait une assistante.

Kraft soupira.

- Professeur Eppes … je peux vous appeler Charlie, n'est-ce pas ?

La main de Charlie se crispa sur sa craie.

- Non, Monsieur Kraft, vous ne pouvez pas m'appeler Charlie.

Dehors, dehors, dehors ! ne cessait de crier désespérément son cerveau. Sors de mon bureau, et sors aussi de ma vie par la même occasion. Plus exactement, ne te mêle pas de ma vie … parce que Charlie savait fort bien ce que Kraft voulait.

Discuter autour d'une tasse de thé de leurs pouvoirs respectifs.

Charlie avait beau taquiner son frère sur les méthodes, pour le moins musclées, qu'il utilisait pour éloigner de lui les curieux mais en fait, il lui était reconnaissant d'être là. Son père avait proposé de rentrer mais Charlie l'en avait dissuadé. Il méritait bien de se détendre un peu lui aussi. Et puis, il devait affronter ça seul … enfin, presque seul.

Lors de son dernier rendez-vous avec Catherine, cette dernière avait approuvé sans réserve la présence de Don à ses côtés. Elle avait expliqué à Charlie que « parfois notre subconscient a besoin de savoir que quelqu'un veille sur notre conscient » … ou quelque chose dans ce genre là. C'était sensé favoriser la guérison en libérant le subconscient du poids des angoisses matérielles pesant sur le conscient … à moins que cela ne soit le contraire. Bref, Don était donc devenu son ange gardien, mais après tout, avait-il cessé un jour de l'être ?

- Professeur, vous ne pouvez pas nier qu'il s'est passé quelque chose ce soir là, quelque chose d'important et vous devriez en parler à quelqu'un qui sait ce que --

En parler ? Oui, il aurait du en parler. A Catherine au moins. Lui parler de cette petite fille en socquettes violette courant sous la pluie. Seulement, son conscient, même gardé, refusait absolument de livrer cette petite information.

Il était un scientifique bon sang ! Comment pourrait-il croire une seule minute en la parapsychologie ? Cette pseudoscience incapable prouver l'existence de son objet d'étude, le Psi, ces phénomènes mettrant en jeu le psychisme et son interaction avec l'environnement. Personnellement, Charlie se sentait davantage l'âme d'un Houdini (19) que d'un Richet (20). Non, il y avait une explication à ce qui était arrivé ce jour là et il allait la trouver, il lui fallait juste un peu de temps … et de tranquillité.

- … et je suis prêt à … euh, Professeur Eppes ?

Charlie avait reposé sa craie sur le bord du tableau et s'essuyait les mains. Ignorant Kraft, il rangea ses affaires dans sa mallette. Huhuhuh, ne pas oublier les copies des troisièmes années et …. Ah oui, l'article sur la concurrence coopérative des Tigres asiatiques et des Dragons asiatiques (21) qu'il voulait utiliser en référence pour son cours sur les Jeux à somme nulle (22). Charlie sortit de son bureau.

- Professeur ! Cria une dernière fois Kraft dans le dos de Charlie.

Charlie sortit du bâtiment de mathématiques et arrivé au garage à vélos, il tourna enfin la tête. Personne ne l'avait suivi. Kraft avait apparemment compris qu'il ne voulait rien avoir à faire avec lui. Ce type était peut-être un escroc mais il avait un cerveau après tout. Miracle … Charlie gloussa. Peut-être même pouvait-on penser qu'il s'agissait d'une phénomène Psi ! Il installa sa mallette dans le porte-bagages, défit l'antivol et enfourcha son vélo. Il avait besoin de calme pour réfléchir et l'endroit idéal pour ça, c'était à la maison.

Charlie avait roulé jusqu'à la sortie de l'allée réservée aux deux roues et allait s'engager sur la route lorsque son téléphone portable sonna. Il s'arrêta sur le bas côté et répondit lorsqu'il reconnut le numéro de téléphone : c'était Don.

- Hey Don !

//Hey Chuck …//

Charlie leva les yeux au ciel mais ne fit aucune remarque sur l'emploi du surnom.

//J'ai … fini ma journée. Je suis sur le chemin de CalSci, je devrais être là dans moins de 20 mn, si tu veux que je te ramène.//

Gné ? Charlie jeta un coup d'œil à sa montre. Il n'était même pas 16 :30. Depuis quand les journées de son frère se finissaient-elles avant que la nuit tombe ? Et puis, il avait un air hésitant … pas bon ça, pas bon du tout. Il y avait un problème.

Charlie soupira. Lui qui aspirait à un peu de sérénité … c'était raté.

- Ok, bien sûr, c'est … gentil de ta part. Tu me rejoins à mon bureau ?

//Euh, non, non, viens me retrouver au parking souterrain sur Holliston Avenue (24). Je me mettrai sur l'emplacement réservé au Professeur Tournesol, petit ami de tu sais qui …//

Charlie éclata de rire.

- Une « tu sais qui » qui te botterait les fesses si elle savait comment tu appelles le grand Larry Fleinhardt.

//Yep, mais elle n'en saura rien, n'est-ce pas ? Je te rappelle que je sais exactement comment faire pour me débarrasser d'un corps encombrant, petit frère …//

- Oooooh des menaces ! Je me demande si on peut valablement avoir peur de quelqu'un qui conduit une voiture … rappelle moi la couleur exacte ?

//Ahahaha, très drôle.//

- En fait, je me demande si je fais bien de te laisser me reconduire. Pas sûr que ma réputation de Professeur émérite résiste à ça … et en parlant de réputation, par le plus grand des hasards, ce ne serait pas pour protéger celle de grand méchant agent du FBI que tu te caches, je veux dire que tu te gares, dans le parking le plus éloigné du bâtiment de math ? A toute grand frère !

Charlie eut le temps d'entendre la réponse que son frère maugréa juste avant que la ligne ne soit coupée.

//Orange ! Elle est orange, screugnegneu !//

Charlie souriait toujours lorsqu'il rangea son téléphone portable dans son sac. Il fit demi-tour et passa tout le trajet à se demander ce que Don allait lui apprendre.

C'est sans doute pour ça qu'il ne remarqua pas le van qui le suivait de près.


Mégane fut surprise de voir David et Colby entrer dans la morgue de Cédar Sinaï.

- Hey, Don ne vous avait pas chargé d'aider nos amis du service interne ? Leur lança-t-elle.

- Des amis !!! Brrrrr, dit Colby d'un air théâtral. Comme dit le dicton "qui a besoin d'ennemis avec des amis comme ça" ?

- Ouais, précisa David, ils ont commencé à nous chauffer les oreilles rapidement, insinuant que le problème venait de Don et non pas d'un de ses dossiers.

Mégane sourit.

- Pas facile d'être un bœuf-carotte. Ils font juste leur boulot et pour citer un autre « dicton », Quis custodiet ipsos custodes, n'est-ce pas ?

Ses deux collègues la regardèrent avec le même air sur le visage que lorsque Charlie se lançait dans une de ses explications scientifiques.

- « Qui garde les gardiens eux-mêmes », une petite phrase très juste de Juvenal (24). Chaque groupe détenant du pouvoir doit contrôler son propre fonctionnement. La police des polices en est un excellent exemple.

- Oh, oui, bien sûr, dit Colby. Bref, nous avons préféré laisser nos … gardiens, à leur fantasmes de ripoux et de complots.

- Et toi, du nouveau ? Demanda David.

Mégane fit une grimace.

- Non pas grand-chose. Le corps a « disparu » cette nuit. Il n'y a pas eu d'effraction. J'ai interrogé les parents. Ils sont dévastés, je doute qu'ils soient impliqués. Eric, leur fils aîné, est sorti de l'hôpital il y a quelques jours de ça. Je n'ai pas pu lui parler. La mort de sa sœur l'a pas mal touché.

- C'est lui qui conduisait la voiture lors de l'accident ? Demanda David.

- Oui, il était allé chercher Lorie à la sortie de son cours de danse. Il venait juste d'acheter la voiture. Une occasion … la ceinture de sécurité de Lorie n'a pas joué son rôle de prétensionneur. Elle est morte sur le coup … nuque brisée.

David et Colby hochèrent la tête, échangeant une pensée silencieuse pour cette jeune vie fauchée trop tôt.

- Oh, vos collègues vous ont rejoints, Agent Reeves ? Demanda un homme d'une cinquantaine d'années. Un médecin si on devait en croire sa blouse blanche. Je suppose que vous voulez voir le corps, même si je ne vois pas très bien ce que vous pourrez en tirer, ce n'est pas comme s'il pouvait nous dire quoique ce soit, n'est-ce pas ? Bien entendu, nous pouvons considérer qu'en matière médico-légale, un mort peut être extrêmement « bavard », si vous voyez ce que je veux dire, mais dans le cas présent --

Mégane finit par retrouver ses esprits et interrompit le médecin.

- Examiner le corps ? Mais je croyais qu'il avait disparu !

Le médecin fronça les sourcils et son regard alla de l'un à l'autre des agents devant lui.

- Euh, ils ne vous pas dit ?

- Pas dit quoi ? demanda brusquement Colby.

- Ceux qui ont volé le corps de l'adolescente ont aussi --

- Lorie Newkirk, précisa david.

- Euh, oui, c'est ça, Newkirk, ils ont aussi essayé de subtiliser une autre victime de l'accident de voiture, un certain … laissez moi retrouver son nom dans mes notes …. Ah oui, voilà, un certain Marcus Diller. Il travaillait ici en fait.

- Ici ? A la morgue ? Demanda Mégane.

- Non, non, ici, à Cédar Sinaï. Il était agent d'entretien … euh, affecté à la maternité il me semble.

- David, dit Mégane, tu préviens le service des affaires internes, cette information devrait les intéresser et leur faire abandonner une fois pour toute la piste --

- De l'agent ripoux, termina David, je les appelle immédiatement.

Il s'éloigna pour passer tranquillement son appel téléphonique.

- Humpf, il trouve toujours un moyen pour éviter les visites à la morgue, grogna Colby tout en suivant Mégane et le médecin légiste.

- oooooh, mon pauvre … moqua Mégane, allez, j'ai pitié, tu te charges d'appeler Don.

Le regard de Colby s'illumina aussitôt.

- Vos désirs sont des ordres, madame !

- Pire que des mômes soupira Mégane qui emboîta le pas au légiste.


Une heure plus tard, Mégane soupirait toujours. Son entretien avec le légiste n'avait pas donné grand-chose de nouveau. Apparemment, les « voleurs » avaient été dérangés dans leur tâche et avaient du abandonner le corps de Marcus Diller. Ce dernier avait pendant près de dix ans, occupé un poste d'agent d'entretien au Cédar Sinaï, apparemment, d'après les premiers éléments qu'elle avait recueillis, tout le monde l'aimait bien, qu'il s'agisse de son supérieur à ses collègues. Mégane ferait des recherches un peu plus poussées mais elle était persuadée que cela ne donnerait pas grand-chose. Non, pour elle il ne faisait aucun doute que cette affaire était liée d'une manière ou d'une autre à Don. Même si elle ne voyait pas encore quel était le lien en question …

La voiture de Don trafiquée, des corps qui disparaissaient … et tout semblait lié à cet accident de voiture et -- et elle avait un sacré mal de crâne rien que d'y penser. Elle appellerait Larry ce soir. Il savait toujours exactement quoi lui dire pour lui faire voir les choses sous un autre angle et lui redonner un peu de sérénité.

David et Colby la rejoignirent dans la salle d'attente de la morgue.

- Mégane ! Nous avons un problème … annonça David.

- … le portable de Don ne répond pas, finit Colby.

- Idem pour celui de Charlie. J'ai aussi essayé leur téléphone fixe respectif … nada, ajouta David.

Et merde pensa Mégane. Quelque chose lui disait que Larry aurait fort à faire pour la rassurer ce soir …


Charlie entra à nouveau dans le parking à vélos. Il ajusta son antivol et se releva … pour tomber nez à nez avec Samuel Kraft.

- Raaaaaah ! Cria Charlie.

- Oh, désolé Professeur … il n'était pas dans mon intention de vous faire peur, lui répondit Kraft, tout sourire.

Charlie avait toujours la main sur la poitrine, essayant en vain de calmer les battements fous de son cœur. La colère fit vite place à la peur.

- Robin Brooks, grinça-t-il.

Kraft fronça les sourcils.

- Pardon ?

- C'est le nom de l'assistante du Procureur qui vous délivrera l'interdiction de vous approcher de mon lieu de travail, de mon domicile et des mes proches. C'est aussi une très bonne amie de la famille, je suis certaine qu'elle fera son possible pour que le juge se prononce rapidement.

Charlie récupéra sa mallette et mit son I-pod sur ses oreilles, bien décidé à ignorer Kraft mais ce dernier, après un moment de surprise, réagit tout simplement en se mettant au travers du chemin de Charlie.

- Ecoutez, je ne vous veux pas de mal, je veux juste vous parler ! Le ton de Kraft montrait clairement que l'homme était à deux doigts de perdre le contrôle de lui-même.

Charlie ôta ses écouteurs avec rage.

- Et je n'ai rien à vous dire, Kraft ! Rien ! Je n'avais déjà rien à vous dire avant l'accident alors --

- AHAHAHAHA ! Fit soudainement Kraft, sur un ton victorieux faisant sursauter Charlie. Vous voyez ! Vous le sentez n'est-ce pas ? Vous savez ce qui vous est arrivé ?

Une lueur qui n'était pas franchement le reflet d'un esprit sain brillait dans les yeux du médium. Charlie recula instinctivement mais Kraft lui saisit le bras.

- Nous devons nous parler. Vous ne comprenez pas ce qui est en jeu !

- Tout va bien professeur ? Fit une voix féminine derrière Charlie.

Kraft leva les yeux vers la personne qui avait parlé. Il la fixa un long moment puis soupira et relâcha brutalement Charlie qui faillit perdre l'équilibre.

- Oui … oui, ça va merci. Monsieur Kraft allait quitter le campus, n'est-ce pas ? Le quitter … définitivement.

Charlie n'avait pas employé le nom du médium par hasard. Il voulait que les étudiants puissent soutenir sa demande de délivrance d'une interdiction d'approcher. La première chose qu'il ferait ce soir serait d'appeler Robin … il l'inviterait peut-être à dîner, ce serait une bonne surprise pour Don.

Kraft ajusta ses lunettes, poussa un soupir bruyant en secouant la tête puis il et quitta le parking à vélo sans un mot.

Charlie lâcha le soupir qu'il retenait depuis qu'il avait vu Kraft et se tourna vers les étudiants qui lui avaient épargné une scène désagréable.

Ils étaient jeunes, deux garçons et une fille, certainement des étudiants en première année. La fille ressemblait à une pom-pom girl : blonde, pleine de formes là où ça comptait et deux grands yeux bleus … le genre aigue-marine qui hurlait « lentilles » ; quant aux deux garçons ils étaient du genre athlétique. L'un deux, un grand brun aux yeux noirs, avait la carrure d'un joueur de football américain. Le second faisait presque « frêle » à ses côtés ! Ouais, un « petit gars » qui devait pourtant bien faire une tête de plus que Charlie. Curieusement, Charlie était certain qu'il le connaissait. Il avait déjà vu ce visage quelque part. Plus précisément, ces yeux, des yeux verts, comme du jade. Un frisson parcourut Charlie.

Ok, c'était ridicule ! Il devait juste s'agir d'un de ses étudiants. L'amphi accueillant les premières années devait contenir un petit millier d'étudiants, difficile de se souvenir de tous, n'est-ce pas ?

- Vous êtes sûr que ça va bien ? Demanda la jeune fille. Vous êtes tout pâle.

Charlie secoua la tête.

- Non, non, ça va, merci.

- Hey, vous voulez qu'on vous accompagne à l'infirmerie ? demanda le footballeur.

- Non, vraiment ça --

- On va vous raccompagner, hein les gars ? fit le jeune homme à l'attention de ses compagnons. Sa déclaration fut suivie de deux hochements de tête enthousiastes.

- Euh, je ne sais pas si … balbutia Charlie.

- Huhu, pas question qu'on vous laisse tout seul ! Surtout si ce type rôde toujours dans les parages. Vous allez où ? Dans votre bureau ?

- Non, je rejoins quelqu'un au parking sur Holliston Avenue.

- Super ! C'est à quoi ? Un quart d'heure, pas plus. Professeur, considérez nous comme votre escorte officielle ! Annonça le footballeur.

Charlie capitula.

- Parfait, merci … euh … ?

- Oh ! Fit la jeune fille. Nous en oublions tout notre savoir vivre, désolée Professeur. Je suis Marion Keller, et mes deux « bodyguards » du jour (Elle surprit Charlie en gloussant un peu avant de continuer) sont Kevin Diller et Eric Newkirk.

A suivre …

(19) Harry Houdini, (24 mars 1874 – 31 octobre 1926) est un prestidigitateur américain d'origine hongroise. Au moment où naît le spiritisme, il cherche à démasquer les faux médiums en parcourant les Etats-Unis. Des scientifiques s'intéressent aussi de très près aux médiums, comme Pierre et Marie Curie, mais Houdini ne rendait visite qu'à ceux soupçonnés d'imposture pour tenter de les démasquer.

(20) Charles Robert Richet (26 août 1850 – 3 décembre 1935) est un physiologiste français, prix Nobel (1913) pour sa description de l'anaphylaxie. Il est aussi célèbre pour avoir co-fondé l'Institut métaphysique international en 1919, tout en ayant propagé ce terme dès 1894. Il consacre une grande partie de sa vie à l'étude des phénomènes paranormaux via cette science de l'inhabituel.

(21) Ces deux « qualificatifs » désignent des groupes d'Etats asiatiques à forte croissance industrielle qui se sont constitués dans le milieu du XXème siècle. Les Tigres asiatiques désignent la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines et Brunei, et les Quatre dragons asiatiques font références la Corée du Siud, Hong Kong, Singapour et Taiwan (auxquels certains ajoutent aussi la Chine). Ces pays ont suivi le modèle économique développé par le Japon auquel ils font concurrence dans les activités industrielles les plus sophistiquées (automobile, électronique grand public) depuis 1980.

(22) En Théorie des Jeux (une branche des mathématiques appliquées), les jeux à somme nulle sont tous les jeux où la somme "algébrique" des gains des joueurs est nulle. Ce que gagne l'un est nécessairement perdu par un autre, l'enjeu est la répartition du total fixé, qu'on peut supposer réparti à l'avance, ce qui ramène au cas où les gains sont vraiment nuls (d'où la dénomination). Les échecs ou le poker sont des jeux à somme nulle car les gains de l'un sont très exactement les pertes de l'autre.

(23) Little Boy est le nom de la bombe qui fut lâchée sur Hiroshima le 6 août 1945 ; Fat Man est le nom de celle qui fut lâchée sur Nagasaki trois jours plus tard.

(24) Si vous allez sur le site de Caltech dont s'inspire CalSci, vous trouverez ce parking. J'ai passé une heure à me balader sur leur carte interactive et à saliver d'envie : ce campus est tout simplement sublime !

(25) La véritable citation est « sed quis custodiat ipsos custodes ? » : « mais qui garde ces gardiens ? ». Juvenal était un poète satirique latin (fin du 1er siècle et début du second siècle après JC).