Troisième partie

Tadam !Et on entame la 3ème - et dernière - partie ! Elle sera beaucoup moins drôle et beaucoup moins longue que les deux précédentes - car, oui, cette fic touche à sa fin T_T. C'est triste mais ça devait arriver, hein... Bref, vous comprendrez sans doute pourquoi nous avons fixé la limite de cette partie à cet endroit, je ne vais pas vous le dire ici, ça gâcherait tout le plaisir.

Pour finir, encore et toujours : un immense MERCI aux reviewers qui nous suivent (même les fantômes qui nous ajoutent dans leurs favoris, c'est génial^^) et nous soutiennent. So, je vais vous souhaiter une bonne lecture, et... j'attends votre avis avec impatience !! :D

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Chapitre 21

Disparition

--POV Edward--

La fin du weekend arriva à grande vitesse, si bien que je n'eus pas l'occasion de revoir Envy en tête à tête après notre dernière entrevue plutôt mouvementée. Dans la joie et la bonne humeur, j'avais achevée de corriger mes devoirs écrits en entrant dans la cantine, rasséréné. M'emparant d'un nombre incalculable d'aliments pour étancher ma faim lancinante, je saluai quelques élèves tout en cherchant imperceptiblement le regard d'un seul en particulier. Je le trouvai, assis au loin, accoudé à une fenêtre, le regard perdu dans le vague tandis que Sloth et Lust lui parlait sans interruption. De là où j'étais, je n'entendais et ne comprenais rien, mais rien qu'au visage exaspéré de mon amant et aux mines sérieuses des deux homonculus, j'en déduisais sans difficulté qu'il était en train de se faire lyncher. A la droite de Sloth, Wrath ricanait, visiblement satisfait de cette situation ; Glutony, à côté de Wrath, dévisageait son plat sans conviction ; et à la gauche d'Envy, Greed souriait à son assiette, silencieux mais attentif. Soudainement beaucoup moins enjoué, j'accélérai le pas pour les dépasser et tenter d'entendre une parcelle de leurs secrets d'immortels, mais à peine étais-je arrivé à trois mètres d'eux qu'ils s'enfoncèrent dans un silence morne, faussement songeur. Je tentai d'échanger quelques coups d'œil avec Envy, mais ce dernier gardait obstinément les yeux braqués sur un point entre Sloth et Wrath, feignant de ne pas m'avoir remarqué. Troublé, je n'insistai pas et continuai ma route, filant m'asseoir entre Lin et Winry, qui m'avaient volontairement gardé une place. En face, Alphonse me dévisageait – c'est du moins ce que je pouvais constater, d'après l'aura inquisitrice qui émanait de son armure.

- Bien dormi ? s'enquit ma mécanicienne.

- Oui, lançai-je doucement, évasif.

Je posai les yeux sur mon plateau et me découvris soudainement beaucoup moins d'appétit que quelques minutes précédemment. L'ignorance volontaire d'Envy me blessait-elle donc à ce point ? Il fallait croire.

Balayant ces pensées stupides d'un mouvement de tête, je m'attaquais à mon entrée lorsqu'Harold lança :

- Qui est le prochain Alchimiste d'Etat, après le Fullmetal ?

Je tressailli. J'avais oublié ce détail. Cet infime, mini, micro détail concernant la fin prochaine de mon contrat en tant que professeur dans cette Académie. Après tout, j'avais fini par m'y faire, moi, à cette vie. Elle me plaisait bien. Et puis, il y avait Envy. Ici, je pouvais le voir tous les jours. Une fois que je serais partit, qu'est-ce que nous allions faire ? Allions nous continuer de nous fréquenter ? Ses confrères homonculus allaient-ils autoriser cette relation incongrue ? Et si nous venions à devoir nous séparer, qu'allais-je devenir ? J'avais besoin de lui, moi, autant que d'Al ou Winry ! Peut-être même plus, qui sait…

A nouveau, je mis fin à mes songeries plaintives en toussant et écoutai plutôt la Vieille – je sais, Mme Okina, mais on ne change pas les mauvaises habitudes comme ça – répondre :

- C'est au tour de ce bon vieux Armstrong. Il va falloir faire prévenir l'assurance, ainsi que les parents.

Tous leurs rires raisonnèrent de concert, mais le mien sonna faux, comme un grelot funeste. Je ne voulais pas partir. Je ne m'en rendais compte que maintenant, mais cette vérité était irrévocable, sans doute aussi cruciale qu'inutile dans la suite des évènements, mais je n'avais absolument aucune envie de m'éloigner d'Envy. Mon cœur battant contre mes tempes, je louchai dans mon assiettes tous le long du repas, n'échangeant pas un mot avec quiconque, mes élans de bonne humeur du matin aussi désintégrés que la miette de pain avec laquelle je jouais depuis maintenant une heure.

A la fin du déjeuné, Al demanda à me parler, tandis que nous montions tous deux chercher nos affaires pour nos cours prochains.

- Quelque chose ne va pas, Al ? demandai-je.

- C'est plutôt à moi de te demander ça, répliqua-t-il. Depuis ce midi tu parais… déprimé. Il y a un problème ?

Je serrai les dents et me mordit la lèvre, imperceptiblement. Je détestais toujours autant lui mentir.

- Non, pas… vraiment. Un coup de fatigue, rien de plus.

Nous étions arrivés en haut des marches, et je m'apprêtai à emprunter le chemin inverse du sien – nos appartements chacun à une extrémité du couloir – mais il me retint par le bras avec puissance. Surpris, je me tournai vers lui et levai les yeux vers les deux fentes lumineuses qui lui servaient d'yeux, incrédule.

- Ed… raconte moi. Je veux savoir. Tu n'es plus toi-même, ces dernier temps, et si ça a quelque chose à voir avec moi, j'aimerai…

- Ça n'a aucun rapport avec toi, coupai-je aussitôt en baissant les yeux.

- Alors quoi ? Je déteste te savoir dans cet état, et tu ne m'expliques rien, ne me dis plus rien ! Toi qui d'habitude me confiais tout, jusqu'à la moindre parcelle d'agacement, je… j'ai l'impression que tu t'éloignes de moi, que tu me rejettes, que tu… m'oublies…

Sa main avait lentement glissée sur mon bras pour finalement retomber le long de ses flancs dans un claquement métallique. Son regard étoilé s'était assombrit, et je me figeai d'effrois. Mon cœur se serra, mes mains devinrent moites, et l'unique neurone qui me restait se contenta de me hurler des questions. Comment avais-je pu en arrivé là ? Comment avais-je pu être aveugle au point de faire douter mon petit frère de ce qui me rattachait à lui ? Comment avais-je pu le délaisser, lui, l'être le plus cher à mon cœur, celui qui partageait ma souffrance, celui pour qui il me manquait un bras, celui pour qui je continuais d'avancer, de vivre ? Comment avais-je pu être assez irresponsable pour aller jusqu'à véritablement le mettre en retrait, oublier ma promesse, notre lien ?

- Al, je…

Soudain, ses deux énormes jambes de métal s'affaissèrent pour s'agenouiller face à moi, et cette fois son regard ne brûlait plus, éteint dans cette armure vide. Il souffrait, et ce détail était ce qui me le démontrait le mieux, en plus de la douleur presque palpable qui émanait de son corps gigantesque.

- Ed… ne m'abandonne pas, s'il te plait…

Pétrifié, je le dévisageai, accroupit face à moi, sa douleur me renvoyant tout mon égoïsme à la figure. Courageusement, je me lançai :

- Al, il faut que je te dise…

- Edward, Alphonse ?

Je sursautai et mon petit frère dévia brusquement le visage vers Winry, arrivée en haut des marches, nous dévisageant, paniquée.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Mon frère se redressa vivement et je déglutis avec peine, battant des paupières pour chasser ces débuts de larmes qui menaçaient de rouler sur mes joues.

- R… rien, balbutia Al. C'est… rien d'important.

- Tu plaisantes ? clama-t-elle avec agressivité. On aurait dit que vous veniez d'apprendre la mort de quelqu'un ! Qu'est-ce qui se passe ?

Je soupirai. Cette Winry… toujours la même. Braquant mon regard au sien, j'accrochai un léger sourire sur mon visage et répondis doucement, en commençant d'ores et déjà à m'éloigner.

- Nous sommes juste triste de devoir partir dans peu de temps. Bon, j'ai un cours à donner, à plus.

Je leur avais tourné le dos à tous les deux, ne maitrisant plus ma respiration saccadée et douloureuse, lorsque Winry s'exclama furieusement :

- Tu mens, Edward !

Je me figeai mais ne me tournai pas vers elle, de peur qu'elle constate avec évidence qu'elle avait raison.

- P… pourquoi tu es toujours comme ça ?! Pourquoi est-ce que tu ne dis rien à personne ?! Pourquoi tu gardes toujours tout pour toi ?!

- Non, Winry, tu…

- Elle a raison, me coupa Al.

Cette fois, la stupéfaction l'emporta, et je déviai vivement vers mon frère, debout au côté de ma meilleure amie. Il enchaîna, sa voix chargée de douleur raisonnant à l'intérieur de son corps d'acier :

- Autrefois, je ne pouvais pas admettre ces mots, parce que tu me disais tout, parce que je savais qu'à moi, ton frère, tu ne cachais rien. Mais aujourd'hui… tu as changé, Ed. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais depuis que nous sommes ici, tu es distant, tu nous ignores, c'est à croire que retrouver nos corps ne t'importe plus…

- Bien sûr que non ! m'écriai-je aussitôt.

- Alors qu'est-ce qui se passe ?! s'écria-t-il, plus fortement encore. Explique-nous, bon sang ! Justifie-toi ! Trouve une excuse, mens nous encore une fois si ça te chante, mais ne reste pas sans rien dire, ne nous laisse pas dans l'ignorance plus longtemps !

Mon cœur cognait contre mes tempes, à m'en rendre sourd, et je n'avais presque plus la force de respirer. Au fond de moi, quelque chose s'effritait, tombait en cendres. J'ignorais ce que c'était, mais j'étais conscient de la douleur que cela me procurait, comme des couteaux tranchants qui s'enfonçaient dans ma chaire avec vivacité. Face à moi, les deux personnes pour qui j'aurais tout donné, celles qui avaient assisté à ma descente aux Enfers et qui m'y avait suivit, sans broncher. Celles qui, n'importe quand, avaient toujours été là pour moi. Celles qui avaient subit mes folies suicidaires, mes caprices, mes conneries, mes crimes… Celles qui savaient tout, qui ne disaient rien. Celles que j'avais abandonnées. Celles à qui je devais la vérité. Elles me dévisageaient, leurs regards lourds de douleur et d'incompréhension suppliante. Finalement, je baissai les yeux, et j'avouai tout, sans rien omettre, rien dissimuler. J'avouais mes doutes du départ, mes prises de tête, mes sentiments. J'avouais Envy, j'avouais ma relation avec lui, et j'avouais son identité. Je dévoilai le plus grand secret de mon amant pour mon frère et Winry, parce qu'ils l'exigeaient de moi, parce que je leur devais bien ça.

Pardon, Envy. Je n'ai pas eu le choix.

xxx

Quelques temps plus tard, nous avions finis par nous retrouver dans mes appartements, pour que je puisse préparer mon cours tout en assistant à leur désarroi complet. Winry était assise contre un mur, le regard vide d'expression, et l'armure d'Alphonse semblait avoir été mise en pause, immobile, postée près de la fenêtre. Moi, je me complaisais dans un silence gêné que je comblais en remplissant ma serviette de paperasse, attendant qu'un des deux posent une autre de leurs nombreuses questions évasives et choquées. Ce fut Winry qui rompit, à ce moment là, ce silence affreusement lourd.

- Alors… Ery et Rose… c'était…

- Pour me couvrir, achevais-je avec calme. C'est la première excuse qui m'est venu pour que tu restes, et… ça a finit par être utile, car ça nous permettait d'éloigner tous soupçons comme quoi nous étions ensemble.

Elle baissa les yeux et eut un faible sourire ironique, comme si elle se parlait à elle-même en se traitant de profonde abrutie. Alphonse enchaina peu après :

- Alors… tu es amoureux de lui ?

Je me figeai. Je n'avais jamais tourné mes sentiments comme ça, lorsque je leur avais conté mon histoire. Tout simplement parce que je ne les avais jamais vraiment vu comme ça. Etais-je amoureux ? Cette question sembla me vider totalement, comme un énorme trou noir dans mon esprit. Je n'avais pas de réponse. Je ne savais même pas si je devais répondre oui ou bien non, ne serait-ce que par réflexe, puisque rien ne me venait, comme ça.

- Je… je n'en… je ne sais pas…

- Si tu n'étais pas amoureux, c'était quoi, alors ? cracha soudain Winry, en se levant. Coucher avec un homme, un homonculus, de surcroit, c'est un jeu ? Un passe-temps ? C'est parce que le sexe est plus important que le reste que tu nous as délaissé pour lui ?!

- N… Non !

- Alors oses me dire qu'il n'y avait pas d'amour là-dessous, Edward !

Cette fois, en femme terrifiante qu'elle était, elle m'empoigna violement par le col et me projeta contre le bureau, son visage furieux et indigné à quelques centimètres du mien.

- Win… Winry…

- Oses le dire, Ed !

Malgré ses hurlements, malgré sa ferveur à essayer de me faire avouer, je n'arrivais pas à répondre. Le vide ne se comblait pas, comme s'il manquait un élément, comme s'il attendait le déclic, quelque chose qui m'aurait ouvert les yeux. Malheureusement pour elle, pour moi, pour nous, ce ne fut pas les paroles de Winry qui remplirent ce rôle, et je finis par baisser les yeux en l'éloignant de moi doucement.

- Désolé, Winry… je ne sais pas quoi te répondre.

Elle recula, mâchoire serrée, larmes aux yeux. Savoir que je lui avais préféré un homme, un homonculus, devait la blesser. Mais constater que j'ignorais même si je l'aimais semblait la détruire.

- Je… je dois aller en cours.

Je la contournai, m'emparai de ma serviette et commençai à m'avancer pour sortir de la pièce. Cependant, la voix de mon frère s'éleva à nouveau, balayant notre conversation précédente pour poser une question lourde de sous-entendus réprobateurs :

- Alors… depuis le début, tu savais, pour Willy ?

Je baissais les yeux. Y'avait pas à dire, affronter Alphonse était cent mille fois plus blessant que Winry, bien que j'étais excessivement gêné par rapport à elle.

- Je l'ai dit… je n'ai apprit qu'en cours de route qu'ils étaient des homonculus. Je… je ne l'ai su qu'après…

- Mais tu savais, au final.

Cette fois, je fermai les yeux, n'osant pas me retourner pour lui faire face.

- Oui.

Il y eut un silence, et enfin le bruit significatif du métal claquant contre le sol se rapprocha de moi, et mon frère me dépassa sans un mot pour passer la porte avec rapidité, une onde de haine et de colère se déplaçant derrière lui. Voilà ce qu'il en coûtait, de dire la vérité au mauvais moment. Ils l'avaient voulu cependant, il l'avait eu. Je ne pouvais plus regretter. Plus rien.

xxx

J'entrai dans la salle de classe sans grande conviction, les voix excitées de mes élèves s'atténuant aussitôt que je fis mon entrée. Le pas lourd, je m'installai derrière mon bureau rehaussé de l'estrade, et une brusque constatation acheva de me démolir le moral. Envy était absent. Lust, Sloth, Glutony et Greed étaient là, mais aucune trace de mon amant. Étrange. D'habitude, je ne restais jamais si longtemps sans avoir de nouvelles de lui. Cette situation perdurait depuis hier soir, tout de même.

Je toussai légèrement, et me tournai vers les quatre immortels, feignant l'indifférence :

- Pourquoi Envy est absent ?

Il y eut alors quatre réactions simultanées, qui me glacèrent d'effroi. Greed ricana sournoisement, Sloth afficha un air de profonde satisfaction, Glutony se redressa et jeta un œil inquiet à Lust qui, de son côté, baissait les yeux sur ses mains. Ce fut la copie conforme de ma défunte mère qui se chargea de répondre d'une voix calme et posée :

- Il a d'autres occupations, il s'en excuse.

Je fronçai les sourcils mais n'ajoutai rien, peu enclin à déblatérer un flot de questions suspicieuses à quatre homonculus devant toute une classe. Je laissai donc tomber et commençai mon cours, durant lequel mon amant ne daigna pas se montrer.

Deux heures plus tard, je fus presque le premier à quitter la salle, pour foncer vers les chambres des étudiants. Vers celle d'Envy, en particulier. Sans même prendre la peine de frapper, j'entrai en trombe, et l'homonculus de mes nuits sursauta, alors qu'il semblait prit dans une contemplation rêveuse, assit sur le rebord de la fenêtre.

- Envy ! soufflai-je, rassuré de le trouver.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, d'un ton que je constatai comme étonnamment glacé.

- Tu… tu n'es pas venu en cours, je me demandais ce qui…

- J'avais mes raisons. Et elles ne te regardent pas.

Il ne m'accorda pas un regard supplémentaire et reporta son attention sur l'horizon derrière la vitre. Déstabilisé, je soufflai :

- Que… je ne… enfin, tu peux m'en parler, tu sais…

- Je n'ai pas envie d'en parler, et surtout pas à toi. Dégage.

Douché, je fus incapable de lui obéir, ou bien même d'effectuer le mouvement inverse. Paralysé, il me fut impossible de me mouvoir, seuls mes mots encore aptes à glisser sur mes lèvres.

- Je… je peux savoir ce qui te prend ?

Il poussa un long soupir agacé, me faisant clairement comprendre que je l'ennuyai profondément.

- J'ai rien à te dire. On s'est déjà tout dit, de toute façon.

- Tu… tu es au courant… pour Alphonse… ?

Cette fois sa curiosité l'emporta, et ses yeux d'améthyste se braquèrent sur moi à la manière d'un serpent. Je tressailli, et il lança, toujours aussi sèchement :

- Ton frangin ? Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans ?

Je baissai les yeux, déstabilisé. Est-ce qu'il ignorait réellement, au sujet de ma trahison, ou bien jouait-il la comédie pour me forcer à avouer ? Je choisis de jouer cartes sur table – j'étais si bien partit, depuis le début de la journée – et avouai doucement :

- J'ai… j'ai été obligé de leur dire… pour nous deux… et pour… toi.

Timidement, je relevai les yeux, et ma surprise fut d'autant plus grande que je vis passer plusieurs étapes sur son incroyable visage. D'abord, une incrédulité stupéfaite ; puis la panique, alors que ses yeux déviaient vers un point quelque part dans mon dos ; et enfin la colère, comme s'il réalisait soudainement. Il descendit de son perchoir et me toisa de bas en haut avec mépris, me crachant ces mots :

- T'es vraiment qu'un pauvre crétin. Comme si j'avais besoin de ça !

Mon estomac se tordit : j'aurais mieux fait de me taire. Il enchaina tout de même, son regard fuyant à nouveau le mien :

- De toute manière ce n'est pas si énorme, puisque nous ne sommes plus ensemble.

Cette fois, ce fut mon corps tout entier qui se contracta compulsivement.

- Que… quoi ? demandai-je, persuadé d'avoir mal entendu – et priant pour que cela soit le cas.

- T'as bien compris. C'est terminé, Fullmetal de mes deux, j'ai assez joué. J'avoue que c'était bien sympathique, mais je commence à en avoir ras le cul que Sloth et Lust me prennent la tête tous les jours. Tu m'en voudras pas, hein, mais j'ai autre chose à faire que de prendre soin d'un chienchien de l'armée plus longtemps.

Il s'élança vers moi soudainement, tandis que mon corps devenait glace. Agilement et sans même un regard, il me contourna, et à l'instant où il allait franchir la porte, je m'exclamai :

- Tu… Tu plaisantes ?!

Il s'arrêta. Même si nous étions dos à dos, je pouvais sentir sans même le voir qu'il baissait la tête, posait docilement une main sur la poignée. Il prit une grande respiration, et tout cet assemblage de mots terrifiants glissa de ses lèvres avec violence :

- Absolument pas. Tu peux prévenir ton frère chéri qu'il n'a plus de soucis à se faire, je ne trainerais plus dans les parages. Et t'as pas intérêt à t'accrocher, j'ai assez donné dans l'élevage de caniche.

La porte s'ouvrit en grand fracas, il la dépassa. Avant qu'elle ne claque à nouveau, je l'entendis souffler ces mots, secs mais teintés d'une consonance contradictoire que je n'étais pas en mesure de comprendre, à ce moment là :

- Désolé… mais c'est comme ça.

xxx

Tout avait été si rapide, si formel. Je ne pouvais pas y croire. Revoir cette scène, dans ma tête, me déchirait le cœur, mais je continuais de refuser d'accepter, d'admettre l'évidence. Envy m'avait quitté, et après ? Rien, absolument rien, mis à part la dureté de ses mots, rien ne réussissaient à me faire comprendre qu'il avait réellement désiré m'abandonner. C'était impossible. Pas comme ça, pas si soudainement, pas pour ces raisons. Je le connaissais, il ne pouvait pas me faire ça. Il ne pouvait pas m'avoir dupé pendant si longtemps, sans que je ne m'en rende compte. Rien de tout cela n'était vrai, quelque chose ou quelqu'un le manipulait, me mentait, se jouait de nous. J'en étais persuadé.

Oui. Mes pensées, mon esprit, raisonnait comme ça depuis maintenant deux jours. Mais mon corps, mon cœur, eux, n'étaient pas du tout du même avis. Ils étaient comme assaillit par un ras-de-marrée de douleur, de souffrance. Ainsi allongé sur mon lit, mes yeux fixant un point imaginaire, je n'arrivais presque plus à respirer, et mon rythme cardiaque était devenu lent et quasi-métronomique, comme une douce ascension vers le désespoir. Deux jours que je ne mangeais plus, ne dormais plus, refusait de parler, de bouger. Deux jours que j'étais devenu légume. Même Alphonse et Winry – qui pourtant savaient, désormais – n'avaient pas réussis à me soutirer des informations en ce qui concernait mon état déplorable. Mon cerveau ne fonctionnait plus que pour m'hurler que je me trompais, qu'il n'avait jamais désiré me quitter, que quelque chose ou quelqu'un l'y avait contraint.

- … comment il va, le p'tit ?

Un tendon le long de ma nuque se tendit soudainement, seul muscle de mon corps encore capable de tiquer sous cette insulte agaçante. C'était la voix de Lin, un brin inquiète. J'étais assez étonné de réussir à comprendre tous ces détails… Etais-je en train de sortir de ma léthargie ?

- Il ne bouge toujours pas. Il n'a pas de fièvre, pourtant, mais il semble… choqué. Comme s'il venait de vivre quelque chose de profondément traumatisant.

Ce son là, doux mais ferme, c'était Winry. Le suivant, je le connaissais par cœur, pour le chérir plus que de raison :

- Pourtant, on en a vécu, des choses traumatisantes…, souffla Alphonse. Pourquoi… pourquoi est-il dans un tel état ? Je ne comprends pas… Ce n'est pas son genre…

Ce fut sans doute elle, cette voix, ce discret appel à l'aide, qui me fit réagir. Mais qu'est-ce que je foutais ? J'étais encore en train d'abandonner Al et Winry ! A nouveau, je faisais passer mon égoïsme et mes sentiments avant eux, chose qui m'insupportait, venant de moi, le Fullmetal Alchemist, qui avait juré sur sa vie d'un jour ramener le corps de son frère et de retrouver ses membres ! Certes, cela n'avait pas beaucoup de rapport avec mon état actuel, mais je ne pouvais, encore une fois, m'éloigner de mon but pour de simples coups de déprime. Usant donc d'une force et d'une volonté d'esprit que je ne me connaissais pas, je repoussai au loin dans ma tête mes problèmes sentimentaux et me décidai à affronter la dure réalité en face, même si elle était parée de la meilleure des armes, et que j'étais sans défense.

J'ouvris brusquement les yeux, insensible à la luminosité ambiante. Craignant tout de même pour ma pauvre rétine, je finis par battre doucement des paupières, tandis que mon corps reprenait vie par à-coups. Winry fut la première à s'en rendre compte, se jetant sur moi en s'écriant :

- Ed ! Tu es revenu parmi nous ! Comment te sens-tu ?! Tu as faim ?! Tu as besoin de quelque chose ?!

- Tu…t…méhmf…

- Quoi ?

- Winry, tu l'étouffes, là, souffla Lin en s'approchant, tandis que je me débattais mollement, serré dans les bras de ma meilleure amie. Tu vas le tuer avant qu'il n'ait eu l'occasion de nous raconter son épopée au pays des légumes.

Du coin de l'œil, je lui lançai un regard de tueur, et il fut parcouru d'un léger rictus moqueur. Winry poussa un petit cri désolé et s'éloigna vivement, s'assaillant tout de même au bord du lit. Sans un mot, Alphonse s'approcha à son tour, et je n'eu pas besoin de le voir pour comprendre qu'il m'en voulait toujours. Je ravalais la boule de souffrance qui obstrua ma gorge, puis répondis enfin, cessant du même coup les questions incessantes de Lin et de la jeune femme :

- Je… ça va. Juste… juste… un coup de déprime.

- A quel sujet ? demanda Lin.

Je baissai les yeux. Lui, ne savait rien. Et je ne dirais rien. Pour rien au monde – j'en avais déjà assez fait en l'avouant à Al et Winry. Il pencha la tête de côté et eu un petit sourire railleur :

- Aaaah, je vois ! C'est sentimental ! Tout s'explique !

Je frissonnai, et la belle blonde se calma aussitôt, les muscles de sa nuque et de sa mâchoire tendue à l'impossible. Dans le fond de la pièce, Alphonse n'esquissa pas un geste. Lin allait reprendre – car il avait tout aussi bien remarqué que moi le changement brutal d'atmosphère qui avait suivit sa réplique – mais la porte du bureau s'ouvrit en grand fracas, et je vis soudain Rose débouler dans la chambre, l'air essoufflée et au bord des larmes.

- Rose ? s'inquiéta Lin. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je… Ery… il est… il est partit…

Mes mains, sous la couette, me donnèrent la sensation de fondre tant elles devinrent moites. Ma tête se vida de toute conscience, et mon estomac se tordit à la manière d'un serpent à l'intérieur de mon corps. Sans même bouger, j'eus la sensation de chanceler de surprise, et mes mots sortirent de moi sans même que je ne les contrôle :

- P-partit ? Où ça ? Pourquoi ?

Elle secoua la tête, visiblement bouleversée. Puis :

- Je… je ne sais pas… je l'ai vu s'en aller en courant, on… on aurait dit qu'il fuyait quelque chose, mais pourtant il n'était poursuivit par rien du tout, et il regardait droit devant lui… Ça fait presque une journée, il n'est pas revenu, et… et Lux, Sofia et les autres semblent ne pas y prêter attention… Ed, tu sais quelque chose ?

A l'intérieur de moi, les pensées qui avaient si longtemps hanté mon esprit en ôtant toute occasion de faire autre chose refirent surface, puisque de plus en plus confirmées. J'avais raison. Envy avait bien un problème, et il m'en avait éloigné, pour me protéger. Tout s'expliquait, et, quitte à croire quelque chose, je préférais me conforter dans cette opinion farfelue plutôt que d'admettre qu'il nous avait si brutalement quittés, l'Académie et moi.

Envoyant valser mes couvertures sur le côté, je bénis le Ciel d'être resté habillé, et me contentai d'enfiler une paire de bottine avant de m'élancer vers la sortie.

- Où vas-tu ? demandèrent Winry et Rose d'une même voix.

- M'informer !

Sans un mot, sans un regard, je les quittais, aussi soudainement que je les avais retrouvé. En dévalant les marches, je m'empêchai de penser à Alphonse, resté silencieusement prostré dans l'ombre de la chambre, ayant compris ce que je n'arrivais pas à admettre. Il souffrait, en cet instant, de constater mon état déplorable après avoir été quitté par Envy, en comparaison à la force mental que j'avais su déployer après la mort de notre mère. Qu'est-ce qui me poussait à agir si différemment ? Ces douleurs étaient incomparables, ce n'était pas les mêmes, ce n'était pas la même époque, je n'agissais pas pour la même raison. Peut-être étais-je plus fort à douze ans, qui sait ? Mais ce jour là, je ne pouvais faire autrement. Envy ne m'avait pas quitté pour lui, il l'avait faire pour quelque chose, j'en étais persuadé, et je ne pouvais l'accepter. Qu'il soit immortel ou pas, je refusais de rester les bras croisés tandis qu'il se repentait d'une faute dont j'étais à moitié l'actant.

J'avais, à cet instant, dans l'idée de trouver l'un des homonculus dans la véranda pour exiger de lui qu'il me ramène Envy, ou bien qu'il m'informe de ce qui lui arrivait. Cependant, je trouvai Lust plus tôt que prévu, alors que je m'apprêtais à passer devant le couloir des élèves pour continuer ma descente infernale. Je m'arrêtai net, et elle riva son regard sulfureux au mien, ayant, dans la seconde où elle m'avait vu, deviné ce pourquoi j'avais l'air si perturbé.

- Où est-il ?

- Il est partit.

- Je sais. Mais ma question, c'est où ?

- Ça ne vous regarde pas, Mr. Elric. Ou plus, si j'ose dire.

Je m'avançai vers elle et lui fit signe de me suivre, jusque dans sa chambre. Fort heureusement, Sloth ne s'y trouvait pas – si les choses sérieuses venaient à s'enclencher, je préférais éviter d'être confronter à deux homonculus. Lorsqu'elle eut verrouillé la porte derrière elle, je lui fis face, serrant les poings pour tenter de calmer la colère et l'indignation qui battaient contre mes tempes depuis mon réveil :

- C'est vous qui lui avez demandé de me quitter, n'est-ce pas ?

Elle hésita, scrutant mon visage de ses yeux de chats, comme si elle essayait de lire dans mon esprit. Finalement, elle croisa les bras sous sa généreuse poitrine, et répondis calmement :

- Non. C'est lui qui l'a choisit.

Comme je m'y attendais, cette réponse me fit plus mal que le contraire.

- Pourquoi ?

- Pour t'éloigner.

Je fus secoué d'un rictus ironique (à la fois parce qu'elle me tutoyait soudainement, et aussi parce que j'avais deviné cette phrase deux jours plus tôt) qui ne la fit pas ciller. Elle reprit, comme pour répondre à une question que je n'avais pas posée :

- Il voulait te protéger. Ne le cherche pas, c'est inutile, il ne reviendra pas.

Ce fut à cet instant que je perdis le contrôle de moi-même. Cela faisait un moment que le sang affluait dans mes veines à une vitesse improbable, et mon cœur cognait contre ma poitrine à la manière d'un tambour de guerre. Sans vraiment comprendre comment ni même pourquoi j'agissais ainsi, mes mains claquèrent l'une contre l'autre, et dans la seconde suivante Lust était projetée au mur par un énorme poing de brique mêlé au bois, que j'avais transmuté à partir du sol. Elle poussa un cri de douleur exaspérée, et ses doigts s'allongèrent soudain en de longues griffes acérées qui tranchèrent mon œuvre en deux parties distinctes et linéaires. Je ne m'arrêtai pas là pourtant, et d'une main j'attrapai le bureau que je transmutai en cinq épaisses lances filant vers la superbe brune.

- Dis-moi où il est ! hurlai-je.

Elle en évita une, puis deux, mais la troisième s'enfonça dans son épaule avec autant de facilité que s'il eut s'agit d'une motte de beurre. Elle hurla, et un mouvement du poignet suffit à faire disparaitre la lance de sa chaire, ainsi qu'à réduire en de petit copeaux de bois ceux qui arrivaient à la suite. Désormais énervée, elle me lança un regard de profonde haine, que je lui rendis en attaquant à nouveau, mais cette fois de front. Presque mécaniquement, je transmutai mon bras bionique en une lame de métal aiguisée, puis m'élançai vers elle, hurlant ces mots :

- DIS-MOI OU IL EST, BORDEL !

Elle m'évita, me contournant avec l'agilité d'un félin, ses griffes démesurées sifflant derrière ma nuque. Cette espèce de danse funèbre et violente dura en tout quelque seconde, jusqu'à ce que mon dos ne rencontre le mur, ma main agrippée au bras de l'homonculus, la retenant près de moi, ma lame menaçant sa nuque. De son côté, elle avait décidé de m'empêcher tout mouvement en emprisonnant mon corps entre ses doigts, deux d'entre eux plantés dans le mur de chaque côté de mon cou, d'autre, suivant la même logique au niveau de ma taille. Je soufflai, exténué, chancelant de cet amas de colère et de souffrance qui ne me quittait pas. Finalement, elle décida de m'achever, tout mon être s'effritant sur place, plongeant dans le désespoir le plus profond, suite à ces mots qui m'ôtèrent toute parcelle de raison :

- Arrête de t'acharner, Fullmetal. Envy est mort.

xxxxxxxxxxx

=D un piti mot ?

By Yumi.