Merci pour vos reviews, vous êtes des anges !
Bonne lecture et à la semaine prochaine pour la suite.
NA : usage toujours aussi abusif du mot de Cambronne … et d'autres fioritures du même acabit.
5 – Don gara la voiture – si tant est que l'on puisse appeler l'horreur qu'il conduisait présentement une voiture – à l'emplacement réservé normalement à l'une des voitures de collection de Larry. Il coupa le contact et sortit de la voiture. Gah ! Rien que d'être adossé à cette carrosserie lui donnait la nausée. Non mais franchement, qui avait pu avoir cette idée saugrenue ? C'était facile pour les planques tiens, une voiture orange vif ! Hum, au moins, elle avait un lecteur CD a peu près digne de ce nom.
Don fit la grimace et retourna s'asseoir dans la voiture. Il farfouilla un moment dans sa sélection personnelle de CD. Ah, Elysian Field (26). Excellent choix Monsieur Eppes, se félicita Don en jouant avec le petit disque argenté. Il introduit le CD dans le lecteur et la voix veloutée et sensuelle de Jennifer Charles emplit l'espace autour de lui. Don ferma les yeux et s'adossa à son siège, mains sur le volant, marquant distraitement le tempo.
Ok, temps de faire un peu de brainstorming. Son cerveau contre son cerveau. L'émulation du siècle.
Contrairement à Mégane, il n'était pas entièrement convaincu que le sabotage de sa voiture soit lié à une vengeance à son encontre. Charlie. C'était autour de lui que tournait cette affaire, il en était certain. Son petit frère attirait les ennuis comme le miel attire les abeilles. Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour avoir ces soi-disant pouvoirs de médium, là maintenant et découvrir ce que cachait toute cette affaire ! Gah … si son petit génie de frère apprenait qu'il entendait recourir au paranormal et non à ces précieuses mathématiques pour résoudre une affaire, il ne risquait pas de sitôt d'être invité à déguster les bons petits plats de leur père. Yep, il serait privé de lasagnes pendant au moins un bon mois ! Charlie pouvait être rancunier. Très rancunier. Ok, pas de médium pour l'agent Eppes. Hey ! pensa t-il, après tout j'ai déjà les deux, non ? Charlie Eppes, petit génie et médium extraordinaire, deux en un que demander de --
Un tapotement contre la vitre de la voiture le fit sursauter. Il ouvrit les yeux.
Le visage qui le fixait derrière la vitre était souriant, radieux même. On aurait pu penser au visage d'un ange.
Sauf que les anges ne pointaient pas d'arme à feu sur les gens.
Karen tapotait fiévreusement sur son téléphone portable en se mordillant les lèvres (vu son physique elle ne devait pas manquer d'admirateurs et Charlie était certain que son forfait SMS devait exploser) pendant que le footballeur, Kevin, évoquait les problèmes de sécurité des campus américains.
- … n'est-ce pas Professeur ? Demanda Kevin.
- Euh, je … répondit Charlie qui avait un peu perdu le fil de la conversation encore sous le choc de sa petite rencontre avec Kraft.
Le jeune homme éclata de rire et lui donna une tape dans le dos, le genre amicale mais qui propulsa Charlie en avant. Kevin le rattrapa juste avant qu'il ne tombe.
- Oups, désolé professeur, des fois je ne connais pas ma force … et donc, je disais, c'est incroyable, non ? Rien ! Aucune force de police. Bon, je sais que l'on ne peut pas mettre un flic derrière chaque personne mais quand même. Je veux dire ce type là, celui auquel vous parliez, bah, il aurait pu faire n'importe quoi, non ?
Charlie frissonna mais continua à avancer, ignorant la question de Kévin. Non, merci, il n'avait pas particulièrement envie de savoir ce que Kraft aurait fait mais Kevin continua sur la même veine.
- … ouais, il aurait pu vous enlever, en plein jour, pouf, disparu le professeur Eppes, juste comme ça (Kevin fit claquer ses doigts). Et personne n'aurait bougé le petit doigt. Franchement, ces types, je veux dire, les mecs qui dirigent les facs, ils nous facilitent vachement la tâche, croyez moi, nous --
- Kevin, bon sang, la ferme ! Cria soudain Eric.
Kevin fit une petite grimace et émit un rire forcé en se passant la main dans les cheveux.
- Oh. Oui. Je suis vraiment con parfois …
Un silence s'installa. Quelque chose avait changé. Radicalement. Les trois jeunes gens fixaient Charlie avec l'air de rapaces observant leur proie. Envolés les sourires amicaux. Karen soupira et composa un numéro sur son téléphone portable.
- Quelle bande de crétins, je vous jure, grommela t-elle. Occupez vous de lui, je vais voir où en sont les préparatifs.
Les préparatifs ? Charlie sentit un frisson le parcourir et cette fois, ce n'était pas Kraft qui en était la cause. Il fit instinctivement un pas en arrière.
- Professeur, ne nous rendez pas les choses difficiles, dit Eric.
Charlie serrait sa mallette contre lui et continuait à reculer. Kevin et Eric avançaient vers lui : pour un pas qu'il faisait en arrière, les deux jeunes en faisaient un en avant.
Et soudain, tout s'accéléra.
Charlie balança sa mallette à la tête d'Eric et se mit à courir.
Ils n'étaient plus très loin du parking et cette partie du campus n'était pas très fréquentée. Charlie se fit la remarque qu'en effet Kevin avait raison : l'endroit manquait de manière drastique de policiers. Il faudrait qu'il en touche deux mots au Lieutenant Gary Walker.
Charlie dévalait quatre à quatre l'escalier menant à Holliston Avenue et il était presque arrivé à la dernière marche lorsqu'il se sentit décoller. Au sens littéral du terme. La sensation d'envol fut de courte durée et le crash qui la suivit fut quant à lui violent. Une douleur terrible traversa la cheville droite de Charlie qui hurla. Une main fut plaquée sur sa bouche étouffant son cri.
- Nondedieu ! Kevin, cria Eric, mais qu'est-ce qui t'as pris ? T'es pas sur un terrain de foot ! Putain, t'aurais pu le tuer, espèce d'abruti !
- Ah ouais, et on aurait fait comment s'il s'était barré, hein ? Répliqua Kevin.
Charlie s'était recroquevillé en position fœtale contre Kevin qui le maintenait toujours plaqué face contre terre. La douleur foudroyante qu'il avait ressentie au moment du choc lui avait donné la nausée. Si Kevin n'enlevait pas sa main, il se ferait un plaisir de lui vomir dessus. Kevin l'agrippa brusquement par la taille, lui maintenant un bras dans le dos, et il se releva l'entraînant avec lui. Une fois debout, Charlie sentit sa cheville lâcher sous le poids de son corps. Il poussa un long gémissement de douleur.
- Et merde, je crois qu'il s'est fait mal en tombant, marmonna Kevin, sa main toujours fermement plaquée sur la bouche de Charlie.
- Oooooh, vraiment ? Moqua Karen qui venait de raccrocher son portable, quelle surprise ! Ce n'est pas comme s'il s'était fait tackler par un type faisant deux fois son poids et sa taille, n'est-ce pas ?
La jeune fille s'agenouilla près de Charlie. Elle releva son jean et poussa sa chaussette pour découvrir une chair gonflée et rouge. Kevin poussa un long sifflement.
- Woauou, là au moins, il ne risque plus d'essayer de nous fausser compagnie, déclara t-il.
Karen soupira.
- Alors ? Lui demanda Eric.
- Alors quoi ? Je ne suis pas médecin je te rappelle. Elle haussa les épaules. Je crois que Kevin a raison, il nous donnera moins de problème s'il est … un peu handicapé. Et cela n'aura aucune conséquence sur la cérémonie.
Cérémonie … Le cerveau de Charlie, tout occupé à gérer la douleur, enregistra le mot et le rangea à côté de celui de « préparatifs » dans la catégorie : danger !
- Ouais, mais quand même, je ne sais pas si …
- Non. Eric, tu sais ce qui est en jeu, lui rappela Karen. Va voir si le van est là. Elle saura quoi faire si ça peut te rassurer.
Eric fixait Charlie qui essayait de reprendre son souffle et de réprimer ses pleurs. Leur regard se croisa et pendant un moment, Charlie crut que le jeune homme allait faire quelque chose mais Eric détourna juste les yeux et descendit dans la rue. Charlie gémit en le voyant disparaître.
- Tiens bâillonne le, fit Karen qui avait sorti un foulard de son sac.
Charlie écarquilla les yeux lorsqu'il vit la jeune femme soextraire un autre item du sac : une paire de menottes.
- Bah merde alors, t'es drôlement équipée toi. Tu te ballades toujours avec ce genre de truc dans ton sac à main ? Demanda Kevin.
- Je suis du genre : « scout toujours prêt », allez, fais ce que je te dis, lui répondit Karen en se relevant.
La panique envahit Charlie. Non. Non, non … NON. Il arqua ses jambes puis les détendit violemment, frappant Kevin au visage et l'envoyant par terre. Le jeune homme se mit à quatre pattes, tenant son nez entre ses mains.
- Argh … le … le petit merdeux, il m'a cassé le nez !
Mais Charlie n'allait pas rester là pour vérifier si c'était le cas. Il asséna une superbe gifle à Karen (OhMonDieu ! Il venait de frapper une femme … encore. C'était la seconde fois depuis Simmons qu'il portait la main sur une femme) qui poussa un cri et tomba elle aussi. Charlie se mit, tant bien que mal, debout et, poussé par une montée d'adrénaline, crapahuta vers la rue. Il allait y arriver, il suffisait qu'il remonte Holliston pour tomber dans San Pasqual Street qui était une des rues les plus animées du campus.
- Hey, il est là ! Entendit-il derrière lui.
Charlie étouffa un sanglot. Il fallait qu'il aille plus vite ! La peur donne des ailes, jamais entendu dicton plus vrai, pensa-t-il tandis qu'il continuait à trottiner. Envolée la douleur, son corps était entièrement concentré sur une seule tâche : avancer, ne pas s'arrêter, ne pas flancher.
Il était presque arrivé à l'intersection entre les deux rues lorsque le bruit d'un moteur en pleine accélération lui fit tourner la tête. Un van le dépassa et dans un crissement de pneu, monta sur le trottoir, lui barrant la route. La portière s'ouvrit devant lui. Charlie recula … et stoppa net lorsqu'il fut bloqué par quelque chose derrière lui. Ou plus exactement quelqu'un. Il tourna la tête.
Le visage de Kévin était complètement déformé par la rage et par les effets du coup que Charlie lui avait donné. Oh que oui, son nez était bel et bien cassé, les chairs tuméfiées autour de ses yeux lui donnaient l'air d'un raton-laveur ou d'un boxeur malchanceux. Charlie ne put s'empêcher de penser qu'ils étaient à égalité maintenant : œil pour œil, dent pour dent … et os cassé pour os cassé.
Kevin agrippa violemment le bras de Charlie et se mit à le secouer.
- Petite ordure tu vas voir ce que --
- Hey, tu te calmes Conan, ok, lui intima Karen. Eric, donne lui un coup de main pour monter le professeur dans le van. Magne toi bon sang ! Faut pas qu'on traîne ici. Elle lançait des regards inquiets à la rue.
Un nouvel espoir emplit le cœur de Charlie. Quel idiot il faisait ! Ils étaient désormais à portée de voix de tout un tas de gens. Il ouvrit la bouche pour appeler à l'aide mais Kévin devait avoir – enfin – compris le danger et il posa à nouveau sa main sur sa bouche. Charlie porta ses mains à celle de Kevin, tentant de la déloger. Kévin le secoua comme s'il n'était qu'une poupée de chiffon et le propulsa vers le van. Eric, qui était monté dans le véhicule, attrapa Charlie par les aisselles et se mit à le hisser à bord. Charlie se débattit furieusement lorsque soudain une douleur horrible lui arracha un autre cri.
A travers ses larmes, Charlie vit le visage de Karen penché sur lui. Elle serrait la cheville blessée de Charlie. Elle lui murmura à l'oreille.
- Vous montez gentiment Professeur ou je demande à Kevin de vous casser autre chose … je suis certaine qu'il ne se fera pas prier.
Charlie arrivait à peine à respirer, la douleur menaçait de le submerger. Karen exerça une nouvelle pression sur sa cheville. Charlie étouffa un autre cri, déglutit péniblement et hocha lentement la tête.
- Bien, très bien, répondit juste Karen en lui tapotant les cheveux, un peu comme si elle caressait un animal obéissant. Eric ! Attrape.
Charlie vit juste un éclair argenté passer devant ses yeux. Les menottes. Il ferma les yeux. Eric ramena ses bras derrière son dos et lui passa les bracelets. Karen posa le foulard sur ses yeux et fit un nœud derrière sa tête, coinçant plusieurs boucles de cheveux.
- Bien, maintenant … il y eut un bruit de scotch que l'on déchire, fermez la bouche professeur.
Charlie détourna la tête mais la pression revint sur sa cheville. Il gémit et cessa de se débattre. Karen utilisa le scotch comme un bâillon, faisant deux fois le tour de la tête. Charlie fut ensuite lentement hissé dans le van et placé sur le sol. Il entendit quelqu'un refermer la porte et taper contre la paroi séparant le conducteur de l'arrière du véhicule.
Le van démarra.
- Mais c'est pas vrai ! Cria Mégane qui réprima l'envie de donner un bon coup dans la voiture de Don. Au moins, si elle rayait la peinture, les techniciens du FBI seraient peut-être obligés de repeindre cette horreur d'une couleur acceptable, non ?
Il ne leur avait pas fallu longtemps pour retrouver la voiture de Don. Le FBI n'avait peut-être aucun goût pour la couleur de ses voitures mais il était en revanche très à cheval sur la sécurité des personnes qui les conduisaient et le petit tracker GPS qui équipait tous ses véhicules étaient souvent une vraie bénédiction. Dommage qu'on ne puisse pas en faire autant avec les agents, pensa Mégane.
David était assis au volant, équipé de gants en latex, fouillant le véhicule méticuleusement avec le même sérieux dont il faisait preuve avec n'importe qu'elle victime. Sauf que cette fois la victime était loin d'être n'importe qui …
Mégane se tourna vers Colby qui discutait avec un des gardiens du parking. Vu sa tête, la discussion ne devait pas donner grand-chose. Il salua le gardien et vint rejoindre Mégane près de la voiture.
- Alors ? Demanda Mégane.
- Rien … personne n'a rien vu, rien entendu. Un grand classique, mais j'ai récupéré les vidéos de surveillance au cas où.
- Ok, c'est déjà ça.
Mégane se pencha vers la voiture.
- Et toi David ?
David secoua la tête.
- Et Charlie ? Demanda David.
Cette fois, ce fut au tour de Mégane de secouer la tête.
- Ok, récapitulons dit-elle en portant la main à son front, nous avons deux --
- LAISSEZ MOI PASSER ! Je vous dis que je dois la voir !
Les cris firent tourner la tête à Mégane. Elle reconnut aussitôt l'homme que les forces de police essayaient de repousser derrière le cordon de sécurité. Il leva les yeux vers elle et l'interpella lorsqu'il s'aperçut qu'elle le regardait.
- AGENT REEVES ! Je dois absolument vous parler !
- Hey, c'est pas ce type qui nous a aidés dans l'affaire de ces gamines passeuses de drogue, il y a deux ans de ça ? Le type qui a bossé avec la CIA et qui se prétend un --
- … médium, termina David. Ouais, c'est lui, Samuel Kraft. J'ai l'impression depuis ce foutu accident de voiture que nous sommes entrés dans la « 4ème dimension ».
- Ouais, bizarre, non ? Jusqu'à maintenant, j'avais plutôt l'impression d'évoluer dans Euréka, fit remarquer Colby.
- Je vous signale à tous les deux que la plupart des épisodes de la « 4ème dimension » série se terminaient mal pour les protagonistes, leur répondit Mégane juste avant de se diriger vers le cordon de sécurité.
- Laissez le passer, ordonna t-elle à l'attention des hommes qui se trouvaient là.
Kraft tira sur sa sacoche d'un coup sec pour la déloger de la main d'un des policiers puis il tourna un visage plutôt angoissé vers Mégane.
- Agent Reeves, je l'ai vu, vous devez me croire, je l'ai vu !
Il agitait plusieurs feuilles de papier à dessin, comme la première fois qu'elle l'avait vu dans les bureaux du FBI. Elle se rappelait aussi fort bien de ce qu'il lui avait dit sur son père. Le fait qu'il avait su l'avait profondément touchée. La partie cartésienne en elle avait tout d'abord refusé net ce qu'il lui avait dit mais l'autre partie d'elle-même, la petite fille blessée, elle, avait écouté. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Don et Charlie étaient portés disparus et si Kraft avait le moindre début de réponse, elle le prendrait volontiers. Elle en discuterait avec sa moitié cartésienne plus tard …
- Monsieur Kraft, que faites vous ici ?
Kraft émit un petit grognement impatient.
- Nous n'avons pas le temps … il est en danger … il est … c'est tout simplement incroyable, mes visions, elles n'ont jamais été aussi … aussi claires ! C'est comme s'il … comme s'il les dirigeait d'une certaine manière, comme s'il me guidait vers lui.
Colby et David qui avaient rejoint Mégane, posèrent la question simultanément.
- Qui « il » ?
Mais ce n'est pas kraft qui leur répondit.
- Charlie … murmura Mégane qui examinait les dessins de Kraft.
Sur celui qu'elle tenait dans les mains, se trouvait dessiné le corps d'un homme mains attachées derrière le dos, bâillonné et yeux bandés. La masse de boucles brunes ne laissait guère de doute sur son identité.
Charlie avait essayé de compter le nombre d'arrêts que le van marquait ainsi que le temps s'écoulant entre chacun d'eux. Il espérait qu'il pourrait trianguler sa position. A condition d'avoir accès à un ordinateur … bah voyons comme s'ils allaient le laisser s'approcher d'une connexion Internet !
Au moins, tant qu'ils roulaient, personne ne s'occupait de lui. Ce qui était un sacré plus sauf que … sauf que du coup son cerveau s'était mis en overdrive. Et les deux petits mots prononcés par ses kidnappeurs un peu plus tôt étaient revenus le hanter.
Des préparatifs, une cérémonie.
Charlie frissonna. Son cerveau aimait les maths. Opérations simples ou complexes. Même une simple addition … et son cerveau, en additionnant les mots préparatifs et cérémonie, arrivait invariablement à « sacrifice ».
Pas étonnant avec tous ces idiots qui le prenait pour un Dieu réincarné ! Il y avait de quoi échauffer les esprits un peu fragiles. Ou déséquilibrés … Charlie ne savait pas encore dans quelle catégorie il devait ranger Karen, Kevin et Eric. Ou la troisième personne, celle qui conduisait le van. Peut-être que --
Ses pensées stoppèrent en même temps que le van.
Don fulminait.
Un bleu, il s'était fait avoir comme un bleu ! Et -- Ouch !
Putain, elle ne pouvait pas faire un peu attention à sa conduite, cette folle, non ? Il fallait dire que le coffre n'était pas réputé pour être l'endroit le plus approprié pour une petite ballade en voiture.
Don essaya de se tourner pour trouver une position un peu plus confortable. Argh … peine perdue. Soit il était trop grand, soit le coffre était trop petit, ou bien était-ce un peu des deux, mais ce qui était sûr, c'était qu'il allait être couvert de bleus après cette petite expérience.
Au moins, ils avaient quitté le parking ce qui signifiait que Charlie n'était pas en danger. Et ce qui signifiait aussi qu'il s'était trompé dans son analyse : c'était bien lui la cible … encore qu'il ne comprenne pas ce que cette fille venait faire là-dedans ?
Un brusque virage envoya Don valdinguer conter la carlingue. Cette fois, il en avait vraiment, mais alors vraiment marre. Il se mit à frapper le capot de toutes ses forces … on ne savait jamais, quelqu'un pourrait peut-être l'entendre. Et puis, si ce n'était pas le cas, au moins ça lui permettait de passer sa frustration sur quelque chose.
Soudain, la voiture stoppa. Don se prépara. Il banda tout ses muscles, prêt à attaquer dès que le coffre s'ouvrirait. Après tout, elle ne pouvait pas à la fois, tenir son arme et le capot, non ?
Mais rien ne se passa. Il entendit la portière de la voiture s'ouvrir puis deux personnes converser. Deux voix féminines, peut-être ? Difficile à dire. Ce qu'elles se disaient ne lui parvenait pas assez clairement pour qu'il puisse distinguer ce qu'elles se disaient où s'il s'agissaient d'un homme et d'une femme ou de deux femmes. Au bout d'un moment, quelqu'un remonta dans la voiture, la portière se ferma et la voiture repartit.
Cette fois, ils ne roulèrent pas très longtemps, à peine quelques minutes. La voiture fit quelques manœuvres, indiquant que le conducteur la garait. Don attendit, muscles bandés. Sauf que rien ne se passa. Au bout de quelques minutes, Don se remit à frapper le capot, hurlant de toutes ses forces. Au moins, maintenant qu'ils étaient arrêtés, il y avait une bonne chance pour que quelqu'un l'entende. Et si ce n'était pas le cas, ça devrait au moins faire réagir ses --
Le capot s'ouvrit soudainement et la lumière éblouit Don qui en oublia toutes ses idées d'attaque surprise. Il cligna des yeux, essayant de se protéger en mettant ses mains devant ses yeux.
- Scully n'a jamais enfermé Mulder dans le coffre de sa voiture, grommela t-il à l'attention d'Helen Tisdalle.
Cette dernière le regarda un moment avant de répondre, son arme fixée sur sa poitrine.
- Elle aurait peut-être du, cela lui aurait évité pas mal de soucis, vous ne croyez pas ? Tenez, dit-elle en lui lançant quelque chose, vous en aurez besoin.
Instinctivement, Don attrapa les objets que Tisdalle lui avait lancés : une couverture et une bouteille d'eau.
- Je suis désolée, mais pour le moment, vous allez devoir rester là, puis elle baissa le capot.
- Hey, non. Helen !
Le capot claqua.
- Helen ! HELEN !!!
Personne ne lui répondit.
Le cœur battant, Charlie attendait. La porte du van s'ouvrit. Soudain, des mains le saisirent sous les aisselles.
- Hey, vous me donnez un coup de main, ou quoi ?
C'était Kevin.
- Ouais, ouais, attends que je sois descendu, ok, on n'est pas aux pièces, lui répondit Eric.
Ils sortirent Charlie du van sans grande difficulté mais les choses se compliquèrent un peu lorsqu'il fallut qu'il se mette debout. Cette fois, la douleur dans sa cheville était insupportable et des petits points blancs se mirent à danser devant ses yeux, puis plus rien … jusqu'à ce que Karen le gifle. Violement.
- Mais qu'est-ce qui vous prend ! Hurla une autre voix, celle d'une femme. Une voix que Charlie était certain d'avoir déjà entendue.
- Il s'est fait mal en tombant, répondit juste Kevin.
- Laissez moi voir ça, fit la voix. Et puis enlevez lui ce bâillon !
Le scotch fut enlevé sans grande douceur. Charlie cracha le morceau de tissu par terre. Quelque chose buta contre ses dents.
- Tenez, buvez.
Charlie hésita un moment mais obéit. De l'eau, c'était de l'eau … qui aurait cru que le Nectar des Dieux résidait dans une simple bouteille d'eau minérale ?
- Bon, reposez le maintenant, que je vois de quoi il retourne.
Kévin reposa Charlie dans le van en position assise. Une main souleva sa jambe et il étouffa un cri. Il entendit soudain un bruit de tissu que l'on déchire. Adieu son jean tout neuf !
- Bien, voyons voir … hummm, ça risque de faire un peu mal, mais je n'ai pas trop le choix si je veux vous examiner proprement. Je vais essayer d'y aller doucement, d'accord ?
Charlie se demandait pourquoi cette femme lui demandait son avis : il n'y avait de toute manière rien qu'il puisse faire pour l'empêcher d'arriver à ses fins, non ?
Elle délaça sa chaussure. Depuis qu'il devait réutiliser son vélo, Charlie mettait ses chaussures de marche, c'était plus pratique que des tennis.
- Ok, prêt ?
Prêt ? Prêt à qu-- Charlie hurla et se mit à se débattre. Violemment. Sa tête heurta quelque chose de mou, choc qui fut suivi d'un « ouch ! » provenant de sa droite.
- Mon nez ! Ce pt'it con m'a encore démolli le nez !
L'idée qu'il venait une fois de plus de rendre la monnaie de sa pièce à Kévin aurait pu être séduisante si Charlie n'avait pas été trop occupé à lutter contre la douleur et à essayer d'échapper aux mains qui voulaient lui enlever sa chaussure.
- CHARLIE ! CHARLIIIIIIIIE !
Charlie arrêta de se débattre, surprenant ses geôliers.
- Merde, quoi encore ! Fit Kevin.
Cette voix … ce n'était pas celle de l'un de ses kidnappeurs. C'était celle de …
- Do-Don … ? Murmura Charlie.
- CHARLIE ! NONDEDIEU ! Helen ... Tisdalle, vous êtes … vous êtes morte, vous m'entendez ! MORTE ! Si jamais vous lui avez fait le moindre mal, j'aurais votre peau !
Le tout fut suivi de divers jurons ainsi que de coups furieux portés contre une paroi métallique.
La voix de Don lui parvenait avec un écho, en résonance. C'était comme s'il se trouvait derrière quelque chose. Une porte ? Ils étaient certainement devant un bâtiment et Don se trouvait là, à l'intérieur. Et il frappait comme un fou furieux contre la barrière – de la tôle selon toute évidence – qui l'empêchait apparemment de voir son frère.
- DON ! Hurla Charlie.
- Charlie ? Dieu merci … Charlie, tout va bien ?
Ca c'était la question à 1000 dollars. Nope, tout n'allait pas bien, pas bien du tout même et -- Minute ? Don avait bien dit Tisdalle ? Helen Tisdalle ? L'infirmière qu'ils avaient rencontrée lors de l'accident ? L'accident … Charlie eut brutalement une autre révélation.
Eric.
Eric Newkirk. Le jeune avec lequel Don était resté jusqu'à l'arrivée des secours. Charlie se rappelait maintenant où il avait vu le visage du jeune homme : sur une civière, juste avant que l'ambulance ne l'emporte. Sa jeune sœur n'avait pas eu autant de chance que lui. Elle, ç'avait été une des voitures du coroner qui l'avait évacuée.
Mais que lui voulaient ces gens ?
- Enlevez lui son bandeau, annonça Tisdalle.
Kevin grommela mais s'exécuta, toujours avec autant de douceur. Charlie pouvait dire adieu à une bonne poignée de cheveux. Il cligna des yeux et examina l'endroit où ils se trouvaient. Il le trouva étrangement familier. Une sensation de malaise le saisit et lui noua l'estomac. Ils étaient près des docks. Près de …
Oh, non … non, non, non. Charlie savait où ils se trouvaient exactement : devant le bâtiment où il avait trouvé Ibolya Korkura, agonisante !
- Charlie !
Don ! Charlie regarda autour de lui. Où était donc son frère ?
- Charlie ! Réponds moi bon sang !
Les yeux de Charlie s'écarquillèrent lorsqu'il identifia l'endroit d'où venaient les coups. Helen Tisdalle se trouvait tout près de la voiture dans laquelle son frère était manifestemement enfermé. Elle fixa longuement Charlie avant de sortir, en un geste délibérément lent, comme pour ménager ses effets, un revolver, le genre que portent les femmes avec une petite crosse en nacre. Pas très grand mais l'air aussi dangereux que n'importe quelle autre arme à feu. Elle posa le canon sur le capot de la voiture.
- C'est assez simple en fait, Charlie. Soit vous vous laissez faire gentiment, sans faire d'histoire, soit je vide mon chargeur, puis je recharge et je recommence … autant de fois qu'il le faut pour que la surface entière de ce capot ressemble à de la dentelle.
Dans le coffre de la voiture Don avait arrêté de donner des coups.
L'émotion rendait Charlie incapable de dire quoi que ce soit. Il fixait toujours le revolver posé sur le capot.
- Charlie ?
Charlie hocha la tête.
- Bien, dit Tisdalle l'air satisfait, maintenant, voyons un peu cette cheville.
Charlie se mordit les lèvres pour éviter de crier lorsque Tisdalle enleva sa chaussure. Elle lui ôta sa chaussette et manipula sa cheville avec une douceur qui détonnait étrangement avec sa menace de transformer Don en passoire.
- Ce n'est pas cassé, vous avez eu de la chance. Le choc a du être brutal, mais le fait que vous ayez porté des chaussures de marche, haute et tenant bien la cheville, vous a évité le pire. C'est une mauvaise entorse qu'il faudrait sans doute plâtrer …
Yep, Helen Tisdalle, l'image même de la professionnelle. Future médecin si Charlie se rappelait ce que lui avait dit Don. C'était définitif : Charlie détestait les médecins et tout ceux qui, de près ou de loin, travaillaient dans le monde médical.
- Kevin, Eric, vous l'aidez à entrer.
Tisdalle examina sa montre et soupira, agacée.
- Nous sommes déjà en retard sur notre timing,
- En retard ? Fit la voix étouffée de Don. En retard pour quoi ? Tisdalle, répondez moi ? Charlie ! CHARLIE !
Charlie laissa les deux étudiants le soulever et ils rejoignirent l'entrée du bâtiment, cahin-caha. Pendant tout le trajet, son regard resta sur la voiture où était enfermée Don. Il croisa le regard de Karen penchée au dessus de la voiture.
Oh non. Non, non, non. Don frappait de toutes ses forces sur le capot, hurlant à Tisdalle de laisser son frère tranquille.
Toc, toc, toc.
Le bruit stoppa net Don.
- Hey vous, fit une petite voix fluttée. Vous êtes qui au juste ?
Don cligna des yeux. Ok, tout ça était de plus en plus bizarre : des kidnappeurs qui ignoraient qui étaient leur victime ?
- Eppes, je suis Don Eppes, je suis agent du FBI et --
- Oooh, vous êtes de la même famille que le professeur ?
- Oui, je suis son frère. Ecoutez, vous pouvez nous aider, il --
- Plus âgé ou plus jeune ?
- Pardon ?
La voix soupira.
- Vous êtes son grand frère ou son petit frère ?
- L'aîné, je suis l'aîné, mais --
- Oh, cool.
- Ecoutez, vous devez --
Il y eut un tapotement sur le capot.
- Ne vous inquiétez pas, nous allons bien nous occuper de votre petit frère. Nous vous le rendrons dès demain matin. Quand nous aurons retrouvé les notres : un frère pour un frère, une sœur pour une sœur, c'est plutôt juste, non ? Allez, bonne nuit Agent Eppes !
Un frère pour un frère ? Mais de quoi parlait cette folle ? Don entendit le bruit des pas de la jeune femme s'éloigner. Il frappa le capot de toutes ses forces.
- Hey ! Revenez ! Revenez !
Mais personne ne lui répondit.
Charlie qui était assis sur une chaise, le pied surélevé et posé sur un tabouret, frottait ses bras et ses poignets endoloris. Tisdalle avait ordonné à Eric de lui ôter les menottes dès qu'ils étaient entrés dans la petite pièce où il se trouvait maintenant. Dieu merci, ce n'était pas celle où il avait trouvé le corps d'Ibolya !
- Je vais juste la bander, lui annonça Tisdalle en reposant doucement son pied sur le tabouret. Je ne peux pas faire grand-chose d'autre. Je vais aussi vous faire une petite injection de morphine et --
- Non ! S'écria Charlie, terrifié à l'idée d'être drogué.
Tisdalle leva les yeux vers lui. Des yeux froids.
- Dois-je vous rappeler votre promesse et le prix à payer pour tout acte de désobéissance ?
Charlie soupira et secoua la tête. Non, il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle que la vie de son frère était en jeu. Si seulement, il savait exactement pourquoi ?
- Helen, je … expliquez moi ce que vous attendez de moi. Je … je suis certain que nous pourrons trouver … trouver un autre moyen de--
Tisdalle se releva brusquement. Elle récupéra un des sacs qui se trouvaient près de l'entrée et farfouilla dedans un moment. Elle en sortit différents items qu'elle déposa sur un ancien établi puis, une bande straps dans les mains, elle revint vers Charlie et s'agenouilla une fois encore devant lui.
- Helen, s'il vous plaît …
Helen lui répondit sans relever la tête.
- Moi aussi ce jour là, le jour de l'accident, je vous ai supplié, mais vous m'avez ignorée. Vous avez ignoré la douleur autour de vous alors que vous aviez le pouvoir de la soulager.
Quant elle leva les yeux vers lui, ils étaient remplis de colère.
- Soyez heureux que je ne décide pas d'agir comme vous !
Elle posa le straps puis se leva. Elle récupéra ce qu'elle avait laissé sur l'établi.
- Déshabillez vous et passez ça.
« Ca » c'était une longue tunique en coton, blanche. Le cœur de Charlie se remit à battre la chamade. Les images de sacrifices de tous les films de séries Z qu'il avait pu voir dans son adolescence défilaient dans sa tête. OhMonDieu, c'était donc ça ! Ils allaient le … le sacrifier !
- Charlie, nous attendons. Bien entendu, Eric et Kevin peuvent aussi vous « donner » un coup de main, si vous préférez.
La voix sèche de Tisdalle le fit sursauter. Son regard fit le tour de la pièce. Eric et Kevin étaient là. Le visage de Kévin était méconnaissable. Ce qui était très clair en revanche, c'était son sourire. Charlie savait que le jeune homme n'hésiterait pas un instant à « l'aider » à se déshabiller … avec toute la douceur dont il était capable bien entendu.
Charlie secoua la tête.
- Non, je … je vais le faire seul mais … pas … pas de morphine.
- Nous verrons, répondit Tisdalle, tout dépendra de votre état. Allez, dépêchons.
Tisdalle se tenait debout devant Charlie, bras croisés sur la poitrine. Derrière elle, près de la porte les deux adolescents attendaient eux aussi. Charlie se leva péniblement et déboutonna sa chemise.
- Oh, il est prêt ! Fit Karen, la tête passée dans l'entrebâillement de la porte.
Oooooh que oui, il était prêt. Sauf que Charlie ignorait encore pour quoi. Il avait l'air ridicule dans cette espèce de robe blanche et surtout, surtout il était gelé. Tisdalle avait insisté pour qu'il se déshabille … entièrement. Passé le moment d'humiliation de se retrouver nu devant trois étrangers, Charlie avait enfilé rapidement la tunique qui le couvrait jusqu'aux chevilles et maintenant, il se retrouvait à frissonner, assis sur cette foutue chaise, en compagnie de gens qui avaient visiblement perdus pieds avec la réalité il y avait un bon moment de ça. Et pour couronner le tout, Février n'était pas pour rien réputé être le mois le plus froid à L.A ! Don ! S'il était toujours dans la voiture, il devait lui aussi souffrir du froid.
Tisdalle leva les yeux vers la jeune fille.
- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda t-elle avec brusquerie.
Karen avança jusqu'à Charlie ignorant ostensiblement Helen. Elle tendit la main vers ses cheveux et Charlie recula instinctivement. Karen sourit, visiblement amusée par sa réaction. Elle caressa une boucle puis elle enfonça sa main dans ses cheveux.
- Hum, ils sont tout emmêlés. Je vais vous arranger ça.
Tisdalle soupira, agacée.
- Karen, je t'ai posé une question ?
- Oh, fit juste Karen qui fouillait dans son sac à main. Elle veut vous voir. Ca semble urgent.
Ignorant Tisdalle, Karen sortit une brosse à cheveux de son sac, s'installa derrière Charlie et se mit à lui brosser les cheveux.
Charlie ignorait qui était ce « elle » mais elle devait être importante parce qu'à l'annonce que cette mystérieuse personne voulait la voir, Tisdalle perdit sa belle assurance.
- Oui, bien sûr, la cérémonie est pour bientôt, nous avons encore des choses à voir.
- Huhu, fit juste Karen qui se battait avec une des boucles de Charlie.
Tisdalle observa un moment la jeune femme puis sortit de la pièce, les laissant seuls, Charlie et elle.
Le silence s'installa. Charlie était trop épuisé pour faire la conversation. Et puis Tisdalle lui avait gentiment rappelé ce qu'il lui en coûterait de « jouer au plus malin ».
Karen poussa un petit cri de victoire lorsqu'elle parvint enfin à délivrer la boucle de son nœud récalcitrant.
- Lorie … c'était … c'est ma meilleure amie vous savez, lâcha t-elle soudain.
Lorie ? Et encore un nom familier … Lorie, Lorie … Newkirk ! La malheureuse sœur d'Eric. Et Karen était … avait été, sa meilleure amie ? Charlie écarquilla les yeux. Il croyait que Lorie Newkirk était une gamine ? Du moins c'était ce que lui avait dit Don. Comment Karen et Lorie pouvaient-elles se cconnaître ?
Comme si elle pouvait lire dans ses pensées, Lorie éclata de rire.
- Ca le fait, hein ? Vous me donnez quel âge professeur ? Allez, dites un chiffre ?
Elle se leva et tourna sur elle-même comme un top model, jouant avec ses longs cheveux blonds pour renforcer l'effet sensuel des mouvements de son corps.
- Alors professeur ? Pas de chiffres ? Et moi qui croyais que vous les adoriez.
Elle éclata à nouveau de rire et se laissa retomber par terre, s'installant en tailleur à côté de lui. Elle prit son visage dans ses mains et l'embrassa Charlie secoua violemment la tête pour échapper au baiser. Karen le relâcha, une mine amusée sur le visage.
- Je vais avoir 14 ans professeur … dans, laissez moi réfléchir, yep, dans 4 mois et 22 jours. Moi aussi vous voyez, j'aime bien les chiffres mais ce que j'aime par-dessus tout … sa mine s'assombrit. C'est elle. Lorie … et vous allez me la ramener.
Avant que Charlie ait pu demander par quel miracle elle pensait qu'il allait pouvoir faire revenir à la vie une personne morte depuis plusieurs jours, Karen reprit. Cette fois, son regard était planté sur le mur en face d'elle, comme si elle était perdue dans ses souvenirs.
- Vous voyez, rien ne peut nous séparer, rien. Nous sommes sœurs de sang. Regardez …
Elle lui montra sa paume droite. Il y avait une cicatrice, celle d'une petite estafilade. Elle ferma le poing et le serra contre son cœur.
- Nous avons échangé notre sang il y a des années de ça, lors d'une colonie de vacances, murmura t-elle, et maintenant, nous ne faisons plus qu'une. Elle est la meilleure chose qui me soit jamais arrivé. Il faut qu'elle revienne ou bien …
Son regard bleu plongea dans le regard brun de Charlie.
- … ou bien je ne serai pas la seule à perdre une part de moi-même.
Avant que Charlie ait pu lui demander des explications sur ce qu'elle entendait par là, la porte s'ouvrit. Tisdalle se tenait dans l'embrasure, main sur la poignée.
- Va rejoindre les autres, ils ont besoin d'un coup de main pour les derniers préparatifs.
Karen soupira mais se leva, non sans avoir d'abord passé sa main dans la chevelure de Charlie. Elle hocha la tête, satisfaite certainement par son petit travail d'apprentie coiffeuse.
- A tout à l'heure professeur, lança t-elle juste avant de sortir.
Charlie fixait Tisdalle.
- Et maintenant ? Demanda t-il, sur un ton qui, il l'espérait, ne trahissait pas trop sa peur.
Une ombre passa derrière Helen. Cette dernière se poussa pour laisser entrer la personne qui se trouvait derrière elle.
En découvrant son identité, Charlie perdit le peu de couleur qui lui restait.
- Maintenant Charlie, dit le docteur Cheryl Simmons, nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses.
A suivre …
(26) Un groupe Newyorkais que j'aime beaucoup. Ils sont classés Jazz mais en fait sont plutôt dans la mouvance « Dark Rock », avec leurs belles ballades mélancoliques. J'écris cette NBP en écoutant Live for the Touch (album Dreams that breathe your name).
